Commentaire • 0
Sur la décision
| Référence : | TJ Le Havre, civil jcp procedure orale, 3 mars 2025, n° 24/00861 |
|---|---|
| Numéro(s) : | 24/00861 |
| Importance : | Inédit |
| Dispositif : | Déboute le ou les demandeurs de l'ensemble de leurs demandes |
| Date de dernière mise à jour : | 5 mai 2025 |
| Lire la décision sur le site de la juridiction |
Sur les parties
| Avocat(s) : | |
|---|---|
| Cabinet(s) : | |
| Parties : |
Texte intégral
MINISTÈRE DE LA JUSTICE
TRIBUNAL JUDICIAIRE DU HAVRE
JUGE DES CONTENTIEUX DE LA PROTECTION
JUGEMENT DU 03 MARS 2025
Minute :
N° RG 24/00861 – N° Portalis DB2V-W-B7I-GUIT
NAC : 53B Prêt – Demande en remboursement du prêt
DEMANDERESSE :
S.A. ORANGE BANK, immatriculée au RCS de BIBIGNY sous le numéro B 572 043 800, dont le siège social est sis 67 rue Robespierre – 93100 MONTREUIL
Représentée par Me Quentin DELABRE de la SELARL CABINET BADINA ET ASSOCIÉS, Avocats au barreau de ROUEN
DÉFENDEUR :
Monsieur [J] [V]
né le 08 Janvier 1984 à SAINTE ADRESSE (76310), demeurant 67, Impasse du Vogosse – Saint Pierre Lavis – 76640 TERRES DE CAUX
Non comparant ni représenté
COMPOSITION DU TRIBUNAL :
Lors des débats et du délibéré :
PRÉSIDENT : Danielle LE MOIGNE, Vice-Présidente, Juge au Tribunal Judiciaire du HAVRE chargée des contentieux de la protection
GREFFIER : Isabelle MAHIER
DÉBATS : en audience publique le 06 Janvier 2025
JUGEMENT : réputé contradictoire
en premier ressort
par mise à disposition au Greffe, les parties présentes en ayant été préalablement avisées dans les conditions prévues au 2ème alinéa de l’article 450 du Code de procédure civile.
SIGNÉ PAR : Danielle LE MOIGNE, Vice-Présidente, Juge au Tribunal Judiciaire du HAVRE chargée des contentieux de la protection et Isabelle MAHIER, Greffier au siège de ce Tribunal, 133 Boulevard de Strasbourg – 76600 LE HAVRE
EXPOSE DU LITIGE
Suivant offre préalable conclue en la forme électronique le 9 novembre 2022, la SA ORANGE BANK a consenti à Monsieur [J] [C], ayant changé son nom pour [J] [V], un prêt personnel d’un montant de 21 000 €, remboursable en 84 mensualités de 294,78 € (hors assurance), au taux débiteur fixe de 4,79 % et au TAEG de 4,90 %.
Se prévalant du non-paiement des échéances aux termes convenus, la SA ORANGE BANK a adressé à Monsieur [V] une mise en demeure d’avoir à régulariser le retard sous 15 jours, visant la déchéance du terme, par lettre recommandée avec accusé de réception en date du 4 janvier 2024. La déchéance a été prononcée et notifiée à Monsieur [V] par acte d’huissier en date du 16 mai 2024.
Cette mise en demeure étant restée sans effet, par acte du 25 juillet 2024, la SA ORANGE BANK a fait assigner Monsieur [V] devant le juge des contentieux de la protection. Elle lui demande de :
— condamner Monsieur [V] à lui payer la somme principale de 22 089,60 €, avec intérêts au taux contractuel de 4,79 % sur la somme de 20 135,42 € à compter du 25 juin 2024,
A titre subsidiaire,
— prononcer la résiliation du contrat de prêt et, en conséquence, condamner Monsieur [V] à lui payer la somme principale de 21 724,08 €, avec intérêts au taux contractuel de 4,79 % sur la somme de 20 135,42 € à compter du jugement à intervenir,
En tout état de cause,
— condamner le défendeur à lui payer la somme de 800 euros sur le fondement de l’article 700 du code de procédure civile,
— le condamner en tous les dépens.
A l’audience du 6 janvier 2025, lors de laquelle l’affaire est évoquée, la SA ORANGE BANK, représentée par Maître [U], substituée par Maître [W], a maintenu les demandes formulées dans son acte introductif d’instance, auquel il sera renvoyé pour un plus ample exposé de ses prétentions et moyens.
Sur les moyens relevés d’office tendant notamment à :
— l’irrecevabilité de la demande en paiement pour cause de forclusion,
— la nullité du contrat pour déblocage anticipé des fonds et omission de la date de l’offre par l’emprunteur,
— la déchéance du droit aux intérêts conventionnels pour non remise d’un exemplaire du contrat doté d’un bordereau de rétractation, non remise de la fiche d’informations précontractuelles européennes normalisées, défaut de consultation préalable du fichier des incidents de remboursement des crédits aux particuliers, non remise d’une notice d’assurance à l’emprunteur, défaut de recueil d’un nombre d’informations suffisantes permettant la vérification de solvabilité de l’emprunteur, défaut de justificatif de l’accomplissement du devoir d’explication, absence de conformité du contrat aux articles L. 312-28, L. 312-65 et R. 312-10 du code de la consommation, non-conformité du document d’information à l’article R. 314-20 du code de la consommation en matière de regroupement de crédit,
— la réduction de l’indemnité conventionnelle,
— la suppression de l’intérêt au taux légal,
La banque a fait valoir qu’il n’existait pas de cause de forclusion ou de nullité, ni de cause de déchéance du droit aux intérêts conventionnels.
Monsieur [V], cité par procès-verbal de remise à étude, n’a pas comparu à l’audience.
La décision a été mise en délibéré au 3 mars 2025.
MOTIFS
Sur l’opposabilité du contrat de prêt personnel à Monsieur [V]
Il convient, tout d’abord, de rappeler qu’une vérification minimale de ce que la demande est bien fondée en matière contractuelle consiste à s’assurer que le défendeur à l’instance est bien celui qui a conclu le contrat dont le demandeur sollicite l’exécution.
Dès lors que le juge entend statuer sur la question de la preuve de l’imputabilité du contrat aux défendeurs, il s’agit d’une question de preuve de l’obligation réclamée et non pas d’un moyen nouveau mis dans le débat par la juridiction.
Selon l’article 1353 du code civil, celui qui réclame l’exécution d’une obligation doit la prouver. Les obligations d’un montant supérieur à 1 500 € se prouvent par écrit, a fortiori quand le contrat est soumis à un formalisme impératif d’ordre public.
L’article 1366 du code civil précise que l’écrit électronique a la même force probante que l’écrit sur support papier, sous réserve que puisse être dûment identifiée la personne dont il émane et qu’il soit établi et conservé dans des conditions de nature à en garantir l’intégrité.
L’article 1367 du même code dispose que la signature électronique consiste en l’usage d’un procédé fiable d’identification garantissant son lien avec l’acte auquel elle s’attache, la fiabilité de ce procédé étant présumée, jusqu’à preuve contraire, lorsque la signature électronique est créée, l’identité du signataire assurée et l’intégrité de l’acte garantie, dans des conditions fixées par décret en Conseil d’État.
L’article 1er du décret n° 2017-1416 du 28 septembre 2017, relatif à la signature électronique énonce quant à lui sur ce point que « la fiabilité d’un procédé de signature électronique est présumée, jusqu’à preuve du contraire, lorsque ce procédé met en œuvre une signature électronique qualifiée » et qu’est « une signature électronique qualifiée » une signature électronique avancée, conforme à l’article 26 du règlement UE n° 910/2014 du 23 juillet 2014 sur l’identification électronique et les services de confiance pour les transactions électroniques au sein du marché et créée à l’aide d’un dispositif de création de signature électronique qualifié répondant aux exigences de l’article 29 dudit règlement, qui repose sur un certificat qualifié de signature électronique répondant aux exigences de l’article 28 de ce règlement.
Ce n’est donc que dans cette hypothèse de la preuve d’une signature électronique qualifiée, c’est à dire répondant aux exigences du décret du 5 décembre 2016, que le document soumis à l’appréciation du juge bénéficiera de la présomption de fiabilité prévue à l’article 1367 alinéa 2 du code civil.
Il n’est pas prétendu au renversement de la charge de la preuve accordé par la mise en œuvre d’une signature électronique qualifiée ou même avancée. Les documents en cause comportent une signature électronique simple dont la juridiction doit vérifier la fiabilité à défaut de présomption sur ce point.
Pour permettre à la juridiction de vérifier cette fiabilité, il revient à la partie qui se prévaut du document en cause, en application de l’article 1353 précité, de rapporter les éléments permettant de vérifier le procédé selon lequel la signature électronique a été recueillie. A cet égard, doivent notamment figurer parmi ces éléments de preuve : une copie du document en cause comportant la mention de la signature électronique avec le nom du signataire, la date de la signature, le fichier de preuve ou à tout le moins la synthèse du fichier de preuve et enfin la certification par un organisme tiers de la fiabilité du procédé utilisé.
En l’espèce, le contrat porte mention de la signature électronique de Monsieur [V] le 9 novembre 2022.
La SA ORANGE BANK produit bien le fichier de preuve retraçant les étapes du processus de signature électronique mais elle ne produit pas l’attestation de fiabilité des pratiques délivrée par un organisme habilité par l’ANSSI au tiers certifiant les étapes de signature du processus de signature électronique.
Le document versé aux débats par la banque est un article tiré d’un site internet qui ne s’assimile en aucun cas à une attestation de fiabilité des pratiques délivrée par un organisme habilité par l’ANSSI au tiers certifiant les étapes de signature du processus de signature électronique.
A défaut de justifier que cet organisme tiers était effectivement, à la date de signature du contrat en cause, un tiers digne de confiance habilité à authentifier des signatures selon les dispositions des textes précités en tant que service de confiance, il convient de considérer que le procédé utilisé, détaillé dans le fichier de preuve versé aux débats, ne garantit pas suffisamment la fiabilité de la signature imputée à Monsieur [V].
Il importe peu que le document numérique ait ensuite été archivé dans des conditions fiables si l’intégrité et la fiabilité du processus de signature électronique initial n’est pas établi.
Le contrat de prêt n’est donc pas imputable à Monsieur [V], la seule remise des documents personnels ne pouvant suppléer une absence de signature, sauf à vider de toute substance les dispositions légales imposant l’apposition d’une signature manuscrite ou électronique sur un acte juridique pour engager la volonté de son auteur.
La SA ORANGE BANK ne saurait, en outre, renverser la charge de la preuve en sollicitant de son adversaire la preuve négative de ce qu’il n’aurait pas signé l’acte alors qu’il incombe au créancier prétendu qui invoque un acte juridique d’établir que le signataire est bien celui à qui il l’oppose.
Par conséquent, en l’absence de certitude sur l’identité du signataire, que ce soit par écrit ou par voie électronique, l’acte fondant la demande ne saurait valablement être opposé à Monsieur [V]. Les demandes de la SA ORANGE BANK, fondées uniquement sur des écrits non imputables avec certitude à Monsieur [V], ne peuvent donc qu’être rejetées.
Sur les demandes accessoires
Aux termes de l’article 696 du code de procédure civile, la partie perdante est condamnée aux dépens, à moins que le juge, par décision motivée, n’en mette la totalité ou une fraction à la charge de l’autre partie.
La SA ORANGE BANK, qui succombe, est condamnée aux dépens de la présente instance.
La SA ORANGE BANK est déboutée de sa demande au titre de l’article 700 du code de procédure civile.
PAR CES MOTIFS
Le juge des contentieux de la protection, statuant après débats publics, par mise à disposition au greffe, par jugement réputé contradictoire et en premier ressort,
DEBOUTE la SA ORANGE BANK de l’ensemble de ses demandes, ;
CONDAMNE la SA ORANGE BANK aux dépens ;
RAPPELLE que l’exécution provisoire est de droit en application de l’article 514 du code de procédure civile.
Ainsi jugé le 03 MARS 2025.
LE GREFFIER LE MAGISTRAT
Isabelle MAHIER Danielle LE MOIGNE
Décisions similaires
Citées dans les mêmes commentaires • 3
- Droit des affaires ·
- Bail commercial ·
- Andalousie ·
- Sociétés ·
- Laine ·
- Tribunal judiciaire ·
- Dette ·
- Commissaire de justice ·
- Résiliation du bail ·
- Commandement de payer ·
- Expulsion ·
- Adresses
- Assemblée générale ·
- Résolution ·
- Consorts ·
- Vote ·
- Syndicat de copropriétaires ·
- Annulation ·
- Indivision ·
- Demande ·
- Abus de majorité ·
- Extraction
- Quai ·
- Ensemble immobilier ·
- Syndicat de copropriétaires ·
- Diffusion ·
- Expertise ·
- Mesure d'instruction ·
- Référé ·
- Partie ·
- Malfaçon ·
- Tribunal judiciaire
Citant les mêmes articles de loi • 3
- Loyer ·
- Clause resolutoire ·
- Bail ·
- Commandement de payer ·
- Exécution ·
- Tribunal judiciaire ·
- Procédure civile ·
- Expulsion ·
- Contentieux ·
- Locataire
- Preneur ·
- Commissaire de justice ·
- Clause resolutoire ·
- Commandement ·
- Juge des référés ·
- Bailleur ·
- Tribunal judiciaire ·
- Urbanisme ·
- Activité ·
- Loyer
- Déchéance du terme ·
- Financement ·
- Clause ·
- Consommation ·
- Service ·
- Intérêt ·
- Forclusion ·
- Crédit affecté ·
- Mise en demeure ·
- Peine
De référence sur les mêmes thèmes • 3
- Enfant ·
- Divorce ·
- Algérie ·
- Contribution ·
- Etat civil ·
- Date ·
- Formule exécutoire ·
- Autorité parentale ·
- Vacances ·
- Education
- Commissaire de justice ·
- Saisie immobilière ·
- Commandement de payer ·
- Déchéance du terme ·
- Exécution ·
- Clause ·
- Vente amiable ·
- Vente forcée ·
- Créance ·
- Tribunal judiciaire
- Tribunal judiciaire ·
- Adresses ·
- Café ·
- Dessaisissement ·
- Crédit lyonnais ·
- Défense au fond ·
- Assignation ·
- Désistement d'instance ·
- Référé ·
- Message
Sur les mêmes thèmes • 3
- Indemnité d'immobilisation ·
- Prêt ·
- Tribunal judiciaire ·
- Promesse unilatérale ·
- Condition suspensive ·
- Référé ·
- Offre ·
- Titre ·
- Demande ·
- Indemnité
- Matériel informatique ·
- Tribunal judiciaire ·
- Contrat de location ·
- Mise en demeure ·
- Loyer ·
- Cerf ·
- Sous astreinte ·
- Clause ·
- Intérêt ·
- Restitution
- Contrainte ·
- Opposition ·
- Cotisations ·
- Commissaire de justice ·
- Tribunal judiciaire ·
- Jeune entreprise innovante ·
- Réception ·
- Pénalité de retard ·
- Lettre recommandee ·
- Signification
Textes cités dans la décision
Aucune décision de référence ou d'espèce avec un extrait similaire.