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Sur la décision
| Référence : | TJ Meaux, ctx gen jcp, 7 mai 2025, n° 25/00447 |
|---|---|
| Numéro(s) : | 25/00447 |
| Importance : | Inédit |
| Dispositif : | Expulsion "conditionnelle" ordonnée au fond avec suspension des effets de la clause résolutoire |
| Date de dernière mise à jour : | 24 septembre 2025 |
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Texte intégral
Min N° 25/00419
N° RG 25/00447 – N° Portalis DB2Y-W-B7J-CD2PF
S.C.I. RENOVALOR 2
C/
M. [O] [N]
TRIBUNAL JUDICIAIRE DE MEAUX
JUGE DES CONTENTIEUX DE LA PROTECTION
JUGEMENT DU 07 mai 2025
DEMANDERESSE :
S.C.I. RENOVALOR 2
[Adresse 1]
[Localité 4]
représentée par Me Caroline MESSERLI, avocat au barreau de PARIS, avocat plaidant
DÉFENDEUR :
Monsieur [O] [N]
[Adresse 2]
[Adresse 6]
[Localité 5]
comparant
COMPOSITION DU TRIBUNAL :
Président : Madame CART Magalie, Juge
Greffier : Mme DEMILLY Florine
DÉBATS :
Audience publique du : 05 mars 2025
Copie exécutoire délivrée
le :
à : Me Caroline MESSERLI
Copie délivrée
le :
à : Monsieur [O] [N]
FAITS ET PROCÉDURE
Par contrat du 18 décembre 2020, avec prise d’effet au 2 janvier 2021, la SCI RENOVALOR 2 a consenti un bail d’habitation à Monsieur [O] [N] sur des locaux situés [Adresse 3]) à MEAUX (77100), moyennant un loyer mensuel initial de 923 euros et 134 euros de provision sur charges.
Des loyers étant demeurés impayés, la SCI RENOVALOR 2 a, par acte de commissaire de justice du 14 juin 2024, fait signifier au locataire un commandement de payer visant la clause résolutoire du contrat de bail.
Par acte de commissaire de justice du 21 janvier 2025, la SCI RENOVALOR 2 a ensuite fait assigner Monsieur [O] [N] devant le juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire de MEAUX aux fins de voir, sous le bénéfice de l’exécution provisoire :
constater l’acquisition de la clause résolutoire du bail,ordonner son expulsion,condamner Monsieur [O] [N] au paiement de la somme de 6.341,08 euros au titre de l’arriéré locatif arrêtée au 15 janvier 2025 sous réserve d’actualisation, d’une indemnité mensuelle d’occupation et d’une somme de 2.000 euros en application de l’article 700 du code de procédure civile outre les entiers dépens, incluant le coût du commandement payer et les frais d’expulsion.
L’affaire a été appelée et retenue à l’audience du 5 mars 2025.
A l’audience, la SCI RENOVALOR 2, représentée par son conseil, reprend les termes de son assignation actualisant la dette locative à la somme de 7.401,84 euros arrêtée au 1er mars 2025 (échéance du mois de mars 2025 incluse), précisant s’en rapporter à la décision du tribunal concernant l’octroi de délais de paiement au bénéfice du locataire.
Monsieur [O] [N] comparaît en personne et reconnaît le principe de la dette locative mais pas son montant, affirmant avoir effectué un virement récent d’un montant de 1.200 euros. Il demande à pouvoir se maintenir dans les lieux en s’acquittant du loyer courant et d’une somme supplémentaire de 200 euros en règlement de l’arriéré.
L’affaire a été mise en délibéré au 7 mai 2025.
Par notes en délibéré reçue au greffe par courriel des 6 et 10 mars 2025, sur autorisation du tribunal, le conseil de la demanderesse a confirmé le virement effectué par le locataire avancé à l’audience et ensuite un second virement effectué au cours du délibéré par le défendeur. Il a transmis un décompte actualisé de la dette locative d’un montant de 4.951,84 euros arrêté au 10 mars 2025 (échéance du mois de mars 2025 incluse).
MOTIFS DE LA DÉCISION
Sur la dette locative
L’article 1103 du code civil prévoit que les conventions légalement formées tiennent lieu de loi à ceux qui les ont faites.
Aux termes de l’article 7 a) de la loi du 6 juillet 1989, le locataire est obligé de payer les loyers et charges aux termes convenus. En application de l’article 1353 du code civil, il appartient à celui qui demande l’exécution d’une obligation d’en rapporter la preuve.
Selon l’article 24 V de la loi du 6 juillet 1989, le juge peut d’office vérifier tout élément constitutif de la dette locative.
En l’espèce, la SCI RENOVALOR 2 produit un décompte démontrant que Monsieur [O] [N] reste lui devoir, hors frais, la somme de 4.951,84 euros euros à la date du 10 mars 2025 (échéance du mois de mars 2025 incluse).
En conséquence, Monsieur [O] [N] sera condamné au paiement de cette somme de 4.951,84 euros euros au titre de l’arriéré locatif dû au 10 mars 2025 (échéance du mois mars 2025 incluse), avec les intérêts au taux légal à compter de la signification de la présente décision.
Sur la résiliation du bail
Sur la recevabilité de l’action
Une copie de l’assignation a été notifiée à la préfecture de SEINE-ET-MARNE par la voie électronique le 22 janvier 2025, soit plus de 6 semaines avant l’audience, conformément aux dispositions de l’article 24 III de la loi n°89-462 du 6 juillet 1989.
Par ailleurs, la SCI RENOVALOR 2 justifie avoir saisi la commission de coordination des actions de prévention des expulsions locatives de SEINE-ET-MARNE par la voie électronique le 17 juin 2025, soit deux mois au moins avant la délivrance de l’assignation, conformément aux dispositions de l’article 24 II de la loi n°89-462 du 6 juillet 1989.
L’action est donc recevable.
Sur le bien-fondé de la demande
L’article 24 I de la loi n°89-462 du 6 juillet 1989, modifié par la loi n° 2023-668 du 27 juillet 2023, dans sa version applicable au présent contrat, prévoit que toute clause prévoyant la résiliation de plein droit du contrat de location pour défaut de paiement du loyer ou des charges aux termes convenus ou pour non-versement du dépôt de garantie ne produit effet que deux mois après un commandement de payer demeuré infructueux.
En l’espèce, le bail conclu le 18 décembre 2020, avec prise d’effet au 2 janvier 2021, contient une clause résolutoire (clause n°VIII) prévoyant un délai de deux mois et un commandement de payer visant cette clause a été signifié le 14 juin 2024, pour la somme en principal de 7.338,41 euros.
Ce commandement est demeuré infructueux pendant plus de deux mois, de sorte qu’il y a lieu de constater que les conditions d’acquisition de la clause résolutoire contenue dans le bail étaient réunies à la date du 15 août 2024.
L’article 24 V de la loi n°89-462 du 6 juillet 1989 dispose que le juge peut, à la demande du locataire, du bailleur ou d’office, à la condition que le locataire soit en situation de régler sa dette locative et qu’il ait repris le versement intégral du loyer courant avant la date de l’audience, accorder des délais de paiement dans la limite de trois années, par dérogation au délai prévu au premier alinéa de l’article 1343-5 du code civil, au locataire en situation de régler sa dette locative. Le quatrième alinéa de l’article 1343-5 s’applique lorsque la décision du juge est prise sur le fondement du présent alinéa. Le juge peut d’office vérifier tout élément constitutif de la dette locative et le respect de l’obligation prévue au premier alinéa de l’article 6 de la présente loi. Il invite les parties à lui produire tous éléments relatifs à l’existence d’une procédure de traitement du surendettement au sens du livre VII du code de la consommation.
L’article 24 VII de la loi n°89-462 du 6 juillet 1989 précise que lorsque le juge est saisi en ce sens par le bailleur ou par le locataire, et à la condition que celui-ci ait repris le versement intégral du loyer courant avant la date de l’audience, les effets de la clause de résiliation de plein droit peuvent être suspendus pendant le cours des délais accordés par le juge dans les conditions prévues aux V et VI du présent article. Cette suspension prend fin dès le premier impayé ou dès lors que le locataire ne se libère pas de sa dette locative dans le délai et selon les modalités fixées par le juge. Ces délais et les modalités de paiement accordés ne peuvent affecter l’exécution du contrat de location et notamment suspendre le paiement du loyer et des charges.
Si le locataire se libère de sa dette locative dans le délai et selon les modalités fixées par le juge, la clause de résiliation de plein droit est réputée ne pas avoir joué. Dans le cas contraire, elle reprend son plein effet.
Le bailleur s’en rapporte à la décision du tribunal concernant l’octroi de délais de paiement. Il précise que le locataire a bénéficié d’un plan de surendettement devenu caduc du fait de son absence de respect.
A l’audience, Monsieur [O] [N] demande à ce que lui soit accordé des délais de paiement afin de se maintenir dans les lieux.
Il ressort des éléments du dossier que le dernier loyer courant a été réglé et que le locataire dispose de ressources suffisantes pour apurer le montant de la dette dans les délais légaux.
En effet, ce dernier vit en concubinage avec un enfant à charge et le couple perçoit chacun des ressources d’un montant mensuel de 2.500 euros. Le locataire a effectué deux virements pour réduire le montant de la dette locative ce qui démontre sa volonté d’apurer son montant.
Compte tenu de ces éléments, Monsieur [O] [N] sera autorisé à se libérer du montant de leur dette selon les modalités qui seront précisées au dispositif de la présente décision.
Les effets de la clause résolutoire seront suspendus pendant le cours des délais ainsi accordés.
L’attention du locataire est attirée sur le fait qu’à défaut de paiement d’une seule échéance comprenant le loyer courant et la mensualité de remboursement de l’arriéré locatif :
la clause résolutoire sera acquise, et le bail résilié de plein droit, sans qu’une nouvelle décision de justice ne soit nécessaire ; dans ce cas, et pour le cas où les lieux ne seraient pas libérés spontanément, le bailleur pourra faire procéder à son expulsion, et à celle de tout occupant de son chef ;Monsieur [O] [N] sera redevable du paiement d’une indemnité mensuelle d’occupation égale au montant du loyer et des charges qui auraient été dus en l’absence de résiliation du bail, jusqu’à la date de la libération effective et définitive des lieux caractérisée par la remise des clés au bailleur ou un procès-verbal d’expulsion.
Sur les demandes accessoires
En application de l’article 696 du code de procédure civile, Monsieur [O] [N], partie perdante, supportera la charge des dépens.
Compte tenu des démarches judiciaires que la SCI RENOVALOR 2 a dû accomplir, Monsieur [O] [N] sera condamné à lui verser une somme de 400 euros au titre de l’article 700 du code de procédure civile.
La présente décision est exécutoire à titre provisoire, conformément aux articles 514 et 514-1 du code de procédure civile. En l’espèce, il n’y a pas lieu d’écarter l’exécution provisoire de la présente décision.
PAR CES MOTIFS,
Le juge des contentieux de la protection, statuant après débats publics, par jugement contradictoire, rendu par mise à disposition au greffe, et en premier ressort,
DÉCLARE recevable l’action de la SCI RENOVALOR 2 aux fins d’expulsion ;
CONSTATE que les conditions d’acquisition de la clause résolutoire figurant au bail conclu le 18 décembre 2020, avec prise d’effet au 2 janvier 2021, entre la SCI RENOVALOR 2, d’une part, et Monsieur [O] [N], d’autre part, concernant les locaux à usage d’habitation situés [Adresse 2] (RDC) à MEAUX (77100) sont réunies à la date du 15 août 2024 ;
CONDAMNE Monsieur [O] [N] à verser à la SCI RENOVALOR 2 la somme de 4.951,84 euros au titre de l’arriéré locatif arrêté au 10 mars 2025 (échéance du mois de mars 2025 incluse), avec les intérêts au taux légal à compter de la signification de la présente décision ;
AUTORISE Monsieur [O] [N] à s’acquitter de la dette en 24 mensualités de 200 euros minimum chacune et une 25ème mensualité soldant la dette, en plus du loyer courant, payables le 10 de chaque mois, et pour la première fois le 10 du mois suivant la signification de la présente décision ;
SUSPEND les effets de la clause résolutoire pendant l’exécution des délais accordés ;
RAPPELLE que, conformément à l’article 1343-5 du code civil, la décision du juge suspend les procédures d’exécution qui auraient été engagées par le créancier, les majorations d’intérêts ou les pénalités encourues à raison du retard cessent d’être dues pendant le délai fixé par le juge ;
DIT que si les délais et les modalités ainsi fixés sont entièrement respectés, la clause résolutoire sera réputée n’avoir jamais été acquise ;
DIT qu’en revanche, si une seule mensualité, qu’elle soit due au titre du loyer et des charges courants ou de l’arriéré, reste impayée quinze jours après l’envoi d’une mise en demeure :
la clause résolutoire reprendra ses pleins effets et le bail sera considéré comme résilié de plein droit à compter du 15 août 2024 ;
le solde de la dette deviendra immédiatement exigible ;
le bailleur sera autorisé, à défaut de départ volontaire des lieux, à faire procéder à l’expulsion de Monsieur [O] [N], ainsi que tous occupants de son chef, dès l’expiration d’un délai de deux mois suivant la délivrance d’un commandement de quitter les lieux, avec l’assistance d’un serrurier et de la force publique si nécessaire,
le sort des meubles sera régi conformément aux dispositions des articles L. 433-1 et L. 433-2 du code des procédures civiles d’exécution ;
Monsieur [O] [N] sera condamné à verser à la SCI RENOVALOR 2 une indemnité mensuelle d’occupation égale au montant du loyer et des charges qui auraient été dus en l’absence de résiliation du bail, jusqu’à la date de la libération effective et définitive des lieux caractérisée par la remise des clés aux bailleurs ou un procès-verbal d’expulsion ;
RAPPELLE que l’expulsion ne peut avoir lieu qu’en dehors de la période de la trêve hivernale ;
/
CONDAMNE Monsieur [O] [N] à verser à la SCI RENOVALOR 2 une somme de 400 euros au titre de l’article 700 du code de procédure civile ;
CONDAMNE Monsieur [O] [N] aux dépens qui comprennent le coût du commandement visant la clause résolutoire ainsi que les actes de procédure nécessaires au sens des articles L111-7 et L111-8 du code des procédures civiles d’exécution ;
DIT n’y avoir lieu à écarter l’exécution provisoire de la présente décision.
La greffière La juge
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