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Sur la décision
| Référence : | TJ Montpellier, réf. proximite, 14 mai 2025, n° 25/00063 |
|---|---|
| Numéro(s) : | 25/00063 |
| Importance : | Inédit |
| Dispositif : | Expulsion "ferme" ordonnée en référé (sans suspension des effets de la clause résolutoire) |
| Date de dernière mise à jour : | 24 septembre 2025 |
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Texte intégral
N°Minute:25/00624
DOSSIER : N° RG 25/00063 – N° Portalis DBYB-W-B7J-PMWM
Copie exécutoire à
Me Jean michel BERGON
expédition à
M. [V] [R]
le 14 Mai 2025
TRIBUNAL JUDICIAIRE DE MONTPELLIER
[Adresse 5]
AUDIENCE DES REFERES
ORDONNANCE
RENDUE LE 14 Mai 2025
PAR Emmanuelle SERRE, vice-présidente, juge des contentieux de la protection, statuant en matière de referé,
assistée de Marie-Agnès GAL, Greffier,
ENTRE :
DEMANDERESSE
Société ADE CHEZ MME [U], dont le siège social est sis [Adresse 1]
représentée par Me Jean michel BERGON, avocat au barreau de MONTPELLIER
ET
DEFENDEUR
Monsieur [V] [R], demeurant [Adresse 2]
comparant en personne
Les débats ont été déclarés clos le 08 Avril 2025 , Madame le Président ayant informé les parties que la décision serait rendue le 14 Mai 2025.
SUR QUOI, L’ORDONNANCE SUIVANTE A ETE RENDUE :
EXPOSE DU LITIGE
Par acte signé le 17 juin 2020 et ayant pris effet le 22 juin 2020, l’agence CENTURY 21, en tant que mandataire de la société A.D.E, a donné à bail à Monsieur [V] [R] un immeuble à usage d’habitation situé [Adresse 3], moyennant un loyer mensuel initial de 650 euros.
Des loyers étant demeurés impayés, la société A.D.E a fait signifier à Monsieur [V] [R], par acte de commissaire de justice en date du 7 octobre 2024, un commandement de payer la somme principale de 2 668,40 euros, au titre des loyers et provisions sur charges impayés, arrêté à la date du 18 septembre 2024, et visant la clause résolutoire prévue au bail.
Le 6 avril 2025, Monsieur [V] [R] a déposé un dossier de surendettement auprès de la Banque de France.
Par acte de commissaire de justice signifié à étude le 2 janvier 2025, notifié au représentant de l’État dans le département, la société A.D.E a fait assigner Monsieur [V] [R] pour l’audience du 8 avril 2025 devant le juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire de MONTPELLIER, statuant en référé, et demande, notamment sur le fondement de la loi du 06 juillet 1989 :
— le constat de la résiliation du bail par le jeu de la clause résolutoire en raison de l’impayé de loyers et de charges,
— l’expulsion de Monsieur [V] [R] et de tous occupants de son chef, au besoin avec le concours de la force publique et d’un serrurier,
— la fixation de l’indemnité mensuelle d’occupation au montant des loyers, charges comprises et ce jusqu’au départ effectif des lieux, avec indexation, et la condamnation de Monsieur [V] [R] au paiement de celle-ci,
— la condamnation de Monsieur [V] [R] à payer la somme de 1 752,60 euros à titre de provision correspondant aux loyers et charges impayés dus, somme à parfaire au jour de l’audience,
— la condamnation de Monsieur [V] [R] aux entiers dépens et à payer la somme de 960 euros au titre de l’article 700 du code de procédure civile.
À la suite de la notification de l’assignation au représentant de l’État dans le département, la Direction de l’action sociale et du logement n’a pas fait parvenir au tribunal un diagnostic social et financier concernant Monsieur [V] [R].
À l’audience du 8 avril 2025, la société A.D.E était représentée par son conseil qui a déposé son dossier. Monsieur [V] [R] a comparu.
La société A.D.E représentée par son avocat conclut comme suit :
VU l’article 1353 du code civil ;
VU l’article 1103 et suivants du code civil ;
VU la loi du 6 juillet 1989 et en particulier les articles 7 et 24 ;
VU l’article 849 du Code de Procédure Civile,
JUGER recevable et bien fondé faction en référé ;
RENVOYER les parties à se pourvoir ainsi qu’elles aviseront devant la juridiction compétente, mais dés à présent, par provision;
CONSTATER que les conditions d’acquisition de la clause résolutoire figurant au bail conclu 17 juin 2020 entre d’une part, la SCI ADE et d’autre part Monsieur [V] [R] concernant l’appartement à usage d’habitation situé [Adresse 4] réunis à la date du 7 décembre 2024 ;
JUGER en conséquence Monsieur [V] [R] occupant sans droits ni titres de Vappartement situé [Adresse 4] à compter du 7 décembre 2024 ;
ORDONNER la libération des lieux par Monsieur [V] [R] et la remise des clés après établissement d’un état des lieux de sortie ;
JUGER qu’à défaut pour Monsieur [V] [R] d’avoir volontairement libéré les lieux indûment occupés avec toutes les personnes et biens s’y trouvant de leur chef dans le délai de deux mois suivant la signification d’un commandement de quitter les lieux, il sera procédé à leur expulsion, au transport des meubles laissés dans les lieux, à leur frais, dans tel garde-meuble désigné par les personnes expulsés ou à défaut par la SCI ADE
CONDAMNER Monsieur [V] [R] à payer la société ADE une indemnité mensuelle d’occupation de 667,10€ par mois à compter du 8 décembre 2024, et ce jusqu’au jour de la parfaite libération des lieux et la restitution des clés au bailleur ou son mandataire, avec le cas échéant indexation selon les dispositions contractuelles jusqu’au jour de l’expulsion ;
CONDAMNER Monsieur [V] [R] à payer à titre de provision à valoir sur les loyers, provisions pour charges arrêtés à la date 30 avril 2025, à la somme de 4.421,00€ comprenant les loyers dus du 1er juin 2024 au 7 décembre 2024 inclus, et les indemnités d’occupation du 8 décembre 2024 au 30 avril 2025 inclus;
CONDAMNER Monsieur [V] [R] à payer à la SCI ADE la somme de 960,00€ au titre de l’article 700 du CPC ;
LE CONDAMNER aux entiers dépens de la présente instance en ce compris les frais du commandement du 7 octobre 2024 liquidé à la somme de 218,21€ ainsi que les dépens pour l’exécution de l’ordonnance à venir.
Monsieur [V] [R] a expliqué qu’il attendait le règlement d’une retraite complémentaire de 11 000 euros fin janvier, date décalée en février, mais que l’URSAFF a réalisé une saisie sur son compte. Il a indiqué avoir déposé un dossier de surendettement en février et a fait savoir qu’il souhaitait rester dans l’appartement et trouver un travail. Il précise avoir déclaré sa créance lors de la liquidation et s’être trompé de montant en raison d’une perturbation de sa mémoire due à son AVC, la somme étant bien inférieure à celle qu’il a indiquée.
La décision a été mise en délibéré au 14 mai 2025.
MOTIFS
Sur la saisine en référé
L’article 834 du code de procédure civile dispose que dans tous les cas d’urgence, le juge des contentieux de la protection, dans les limites de sa compétence, peut ordonner en référé toutes les mesures qui ne se heurtent à aucune contestation sérieuse ou que justifie l’existence d’un différend.
L’article suivant précise qu’il peut toujours, même en présence d’une contestation sérieuse, prescrire en référé les mesures conservatoires ou de remise en état qui s’imposent, soit pour prévenir un dommage imminent, soit pour faire cesser un trouble manifestement illicite. Dans les cas où l’existence d’une obligation n’est pas sérieusement contestable, le juge des contentieux de la protection peut accorder une provision au créancier ou ordonner l’exécution de l’obligation même s’il s’agit d’une obligation de faire.
En l’espèce, l’occupation sans droit ni titre d’un immeuble, qui peut résulter du constat de la résiliation du bail du fait d’impayés, constitue un trouble manifestement illicite que le juge des référés se doit de faire cesser si elle est avérée. L’action en référé est donc recevable.
Sur la demande de constat de la résiliation du bail et ses conséquences
Sur la recevabilité de la demande
En tant que bailleresse personne morale, la société A.D.E justifie avoir saisi la Commission de coordination des actions de prévention des expulsions locatives par voie électronique deux mois avant la délivrance de l’assignation, comme les dispositions de l’article 24 II de la loi n°89-462 du 06 juillet 1989 tendant à améliorer les rapports locatifs, le lui imposent à peine d’irrecevabilité.
La société A.D.E justifie par ailleurs avoir notifié une copie de l’assignation à la préfecture de l’Hérault par voie électronique plus de deux mois avant l’audience, conformément aux dispositions de l’article 24 III de la loi n°89-462 du 06 juillet 1989 précitée, qui l’imposent à peine d’irrecevabilité.
La demande est donc recevable.
Sur l’acquisition des effets de la clause résolutoire
L’article 24 I de la même loi, dans sa version applicable au présent litige, dispose que tout contrat de bail d’habitation contient une clause prévoyant la résiliation de plein droit du contrat de location pour défaut de paiement du loyer ou des charges aux termes convenus ou pour non-versement du dépôt de garantie. Cette clause ne produit effet que deux mois après un commandement de payer demeuré infructueux.
Le commandement de payer du 7 octobre 2024 vise cette clause et reproduit les mentions obligatoires à peine de nullité de l’article 24 précité. Ce commandement est demeuré infructueux pendant plus de deux mois, de sorte qu’il y a lieu de constater que les conditions d’acquisition de la clause résolutoire contenue dans le bail étaient réunies à la date du 9 décembre 2024, date de résiliation dudit bail.
À compter de la résiliation du bail, Monsieur [V] [R], devenu occupant sans droit ni titre, sera tenu de payer une indemnité mensuelle d’occupation d’un montant équivalent à celui du loyer augmenté de la provision sur les charges, qui aurait été exigible si le bail n’avait pas été résilié, et ce jusqu’à l’entière libération des lieux. Conformément au principe de la réparation intégrale, cette indemnité mensuelle d’occupation sera indexée, le cas échéant, selon les modalités prévues au contrat de bail.
Sur la demande de provision
Conformément à l’article 835 du code de procédure civile, le juge des référés peut accorder une provision au créancier lorsque l’existence de l’obligation n’est pas sérieusement contestable.
En l’espèce, il résulte des documents et décomptes versés aux débats que Monsieur [V] [R] se trouve redevable de la somme de 4 421 euros en arriéré de loyers, de charges et d’indemnités d’occupation échus, arrêté au 1er avril 2025, mensualité du mois de avril comprise, selon décompte établi par la bailleresse et ci-après annexé, après le cas échéant, enlèvement des différents frais ne pouvant être considérés comme des loyers ou des charges récupérables.
Monsieur [V] [R] sera donc condamné à payer la somme provisionnelle de 4 421 euros à la société A.D.E.
Sur les délais de paiement
L’article 24 V de la loi n°89-462 du 06 juillet 1989 précitée dispose que le juge peut, à la demande du locataire, du bailleur ou d’office, à la condition que le locataire soit en situation de régler sa dette locative et qu’il ait repris le versement intégral du loyer courant avant la date de l’audience, accorder des délais de paiement dans la limite de trois années, par dérogation au délai prévu au premier alinéa de l’article 1343-5 du code civil, au locataire en situation de régler sa dette locative.
Le VII du même article précise que lorsque le juge est saisi en ce sens par le bailleur ou par le locataire, et à la condition que celui-ci ait repris le versement intégral du loyer courant avant la date de l’audience, les effets de la clause de résiliation de plein droit peuvent être suspendus pendant le cours des délais accordés par le juge dans les conditions prévues aux V et VI du présent article. Cette suspension prend fin dès le premier impayé ou dès lors que le locataire ne se libère pas de sa dette locative dans le délai et selon les modalités fixées par le juge. Ces délais et les modalités de paiement accordés ne peuvent affecter l’exécution du contrat de location et notamment suspendre le paiement du loyer et des charges.
Si le locataire se libère de sa dette locative dans le délai et selon les modalités fixées par le juge, la clause de résiliation de plein droit est réputée ne pas avoir jouée. Dans le cas contraire, elle reprend son plein effet.
En l’espèce, au regard de la situation financière et économique de Monsieur [V] [R], lequel n’a pas repris le paiement intégral de ses loyers et charges avant la date de l’audience, le tribunal n’est pas en mesure de lui permettre de reprendre le paiement du loyer courant augmenté d’éventuelles échéances de retard.
En conséquence, l’expulsion de Monsieur [V] [R] ne peut qu’être ordonnée selon les modalités prévues au dispositif de la présente ordonnance, le maintien de la relation locative n’étant plus possible.
Conformément à l’article L.433-1 du code des procédures civiles d’exécution, les meubles se trouvant dans les lieux seront remis aux frais de la personne expulsée en un lieu qu’elle désignera. A défaut, ils seront entreposés en un autre lieu approprié et décrit avec précision par le commissaire de justice chargé de l’exécution après sommation à la personne expulsée d’avoir à les retirer dans le délai imparti.
Sur les dépens
L’article 491 du code de procédure civile dispose que le juge des référés statue sur les dépens. Il le fait conformément aux dispositions de l’article 696 du code de procédure civile, selon lesquelles la partie perdante est condamnée aux dépens, à moins que le juge, par décision motivée, n’en mette la totalité ou une fraction à la charge d’une autre partie.
Monsieur [V] [R], partie perdante, sera donc condamné aux dépens.
Sur les frais irrépétibles
Aux termes de l’article 700 du code de procédure civile, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou qui perd son procès à payer à l’autre partie la somme qu’il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans tous les cas, le juge tient compte de l’équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d’office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu’il n’y a pas lieu à ces condamnations.
En l’espèce, l’équité et la situation économique de Monsieur [V] [R] justifient de ne pas faire application de ces dispositions.
La société A.D.E sera donc déboutée de sa demande à ce titre.
Sur l’exécution provisoire
Aux termes de l’article 514-1 du code de procédure civile, le juge statuant en référé ne peut écarter l’exécution provisoire qui est, aux termes de l’article précédent, de droit pour les décisions de première instance.
PAR CES MOTIFS
Statuant publiquement en qualité de juge des référés, par ordonnance contradictoire rendue en premier ressort,
DÉCLARONS RECEVABLE l’action en référé,
CONSTATONS que les conditions d’acquisition de la clause résolutoire figurant au bail signé le 17 juin 2020 et ayant pris effet le 22 juin 2020 entre l’agence CENTURY 21, en tant que mandataire de la société A.D.E, et Monsieur [V] [R] concernant l’immeuble à usage d’habitation situé [Adresse 3] sont réunies à la date du 9 décembre 2024,
DÉCLARONS en conséquence Monsieur [V] [R] occupant sans droit ni titre des lieux situés à l’adresse ci-dessus mentionnée à compter du 9 décembre 2024,
DISONS qu’à défaut pour Monsieur [V] [R] d’avoir volontairement libéré les lieux indûment occupés avec toutes les personnes et biens s’y trouvant de son chef, dans les deux mois de la signification d’un commandement de quitter les lieux, il sera procédé à son expulsion, au besoin avec le concours de la force publique et l’aide d’un serrurier, et il sera procédé, conformément à l’article L. 433-1 du code des procédures civiles d’exécution, au transport des meubles laissés dans les lieux, à ses frais, dans tel garde-meuble désigné par la personne expulsée ou à défaut par la bailleresse,
FIXONS au montant du loyer et des charges qui aurait été exigible si le bail n’avait pas été résilié, l’indemnité mensuelle d’occupation que Monsieur [V] [R] devra payer à compter de la date de résiliation de plein droit du bail le 9 décembre 2024, jusqu’à la date de la libération effective et définitive des lieux, caractérisée par la restitution des clés à la bailleresse ou à son mandataire, avec le cas échéant, indexation selon les dispositions contractuelles,
CONDAMNONS Monsieur [V] [R] à payer à la société A.D.E la somme provisionnelle de 4 421 euros représentant l’arriéré de loyers, charges et indemnités d’occupation arrêté à la date du 1er avril 2025, mensualité du mois de avril comprise,
DÉBOUTONS la société A.D.E de ses autres demandes,
CONDAMNONS Monsieur [V] [R] aux dépens,
DISONS que s’il devait être exposés des dépens pour l’exécution de la décision, ils seraient à la charge de Monsieur [V] [R],
DISONS n’y avoir lieu à application de l’article 700 du code de procédure civile et DÉBOUTONS la société A.D.E de sa demande de ce chef,
CONSTATONS l’exécution provisoire,
DISONS qu’une copie de la présente décision sera transmise au représentant de l’État dans le département.
Ainsi jugé et mis à disposition au greffe les jour, mois et an que dessus et signé par le Juge et le Greffier.
LA GREFFIÈRE LA JUGE DES RÉFÉRÉS
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