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Sur la décision
| Référence : | TJ Paris, exequatur, 10 janv. 2024, n° 23/06963 |
|---|---|
| Numéro(s) : | 23/06963 |
| Importance : | Inédit |
| Dispositif : | Fait droit à une partie des demandes du ou des demandeurs sans accorder de délais d'exécution au défendeur |
| Date de dernière mise à jour : | 6 août 2024 |
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Texte intégral
TRIBUNAL
JUDICIAIRE
DE PARIS [1]
[1] Expéditions
exécutoires
délivrées le:
■
Exequatur
N° RG 23/06963
N° Portalis 352J-W-B7H-CZZ65
N° MINUTE :
Assignation du :
16 Mai 2023
JUGEMENT
rendu le 10 Janvier 2024
DEMANDEURS
Monsieur [D] [H] [Y] [L]
[Adresse 2]
[Localité 3]
Monsieur [K] [P] [G] [O]
[Adresse 2]
[Localité 3]
représentés par Maître Clélia RICHARD de l’AARPI CLAVIN RICHARD DURET REYNOLDS, avocats au barreau de PARIS, vestiaire #D1229
DÉFENDERESSE
Mme LA PROCUREURE DE LA REPUBLIQUE
Parquet 03 Contentieux Général
Parvis du Tribunal de Paris
[Localité 4]
représentée par Madame Virginie PRIÉ, Substitut du procureur
Décision du 10 Janvier 2024
Exequatur
N° RG 23/06963 – N° Portalis 352J-W-B7H-CZZ65
COMPOSITION DU TRIBUNAL
Madame Cécile VITON, Première vice-présidente adjointe statuant en juge unique, par application des articles R.212-8, 2°, du code de l’organisation judiciaire et 812 et suivants du code de procédure civile,
assistée de Gilles ARCAS, Greffier ;
PROCÉDURE SANS AUDIENCE
Les parties ont donné leur accord pour que la procédure se déroule sans audience.
L’avocat a déposé son dossier de plaidoirie le 22 novembre 2023 au greffe de la chambre.
JUGEMENT
— Contradictoire
— En premier ressort
— Prononcé publiquement, par mise à disposition au greffe, les parties en ayant été avisées dans les conditions prévues au deuxième alinéa de l’article 450 du code de procédure civile
___________________________
L’enfant [E], [T] [L] [O] est né le [Date naissance 1] 2023 à [Localité 6] dans l’état de l’Oregon (Etats-Unis d’Amérique).
Par jugement déclaratoire de filiation complémentaire par consentement rendu le 22 mars 2023 dans l’affaire n° 22DR21129, le tribunal d’arrondissement (“circuit court”) de l’état de l’Oregon pour le comté de Multnomah (Etats-Unis d’Amérique) a déclaré que Monsieur [K], [P], [G] [O], père biologique, et Monsieur [D], [H], [Y] [L] sont les parents légaux de l’enfant et que Madame [B], [X] [U] n’en est pas le parent légal, et a ordonné l’établissement d’un acte de naissance conforme à sa décision.
Par acte de commissaire de justice du 16 mai 2023, Monsieur [K] [O] et Monsieur [D] [L] ont fait assigner le procureur de la République près le tribunal judiciaire de Paris aux fins de voir déclarer exécutoire sur le territoire national le jugement en date du 17 mars 2023 qui établit la filiation de [E] [T] [L] [O] à Monsieur [K], [P], [G] [O] et Monsieur [D], [H], [Y] [L].
Dans leurs dernières conclusions notifiées par voie électronique le 21 novembre 2023, Monsieur [K] [O] et Monsieur [D] [L] demandent de :
— conférer force exécutoire à la décision juridictionnelle américaine en date du 22 mars 2023 qui établit la filiation de [E] [T] [L] [O] à Monsieur [K], [P], [G] [O] et Monsieur [D], [H], [Y] [L] ;
— ordonner l’exécution provisoire ;
— condamner le Procureur de la République aux entiers dépens.
A l’appui de leurs prétentions, les demandeurs font valoir qu’ils ont eu un enfant né d’une convention de gestation pour autrui, dont la filiation a été établie par un juge étranger au regard de critères légaux conformes au droit local, que les conditions de l’exequatur sont toutes réunies et que la seconde filiation paternelle équivaut dans son résultat à une adoption plénière de l’enfant dans un cadre intraconjugal. Ils ajoutent que l’absence de reconnaissance de la force exécutoire de la décision étrangère contreviendrait à la Convention de New-York sur les droits de l’enfant et aux articles 6 et 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.
Par conclusions notifiées par voie électronique le 18 novembre 2023, le ministère public ne s’oppose pas à ce qu’il soit fait droit aux demandes des requérants, étant précisé que l’adoption ainsi prononcée devra produire, en France, les effets de l’adoption plénière au bénéfice de Monsieur [D] [L], Monsieur [K] [O] étant le père biologique de l’enfant [E].
Le ministère public, sous réserve d’une régularisation de l’assignation des demandeurs quant à la date du jugement dont l’exequatur est demandé, à savoir le 22 mars 2023, considère que la décision a été rendue par une juridiction compétente, qu’il est justifié de son caractère définitif et de la régularité de la procédure, que la décision n’apparaît pas contraire à l’ordre public international français et qu’elle n’est pas entachée de fraude.
L’ordonnance de clôture a été rendue le 22 novembre 2023.
MOTIFS DE LA DÉCISION
Aucune convention bilatérale ne régit les règles de reconnaissance des décisions judiciaires entre la France et les Etats-Unis d’Amérique.
Aux termes de l’article 509 du code de procédure civile : « Les jugements rendus par les tribunaux étrangers et les actes reçus par les officiers étrangers sont exécutoires sur le territoire de la République de la manière et dans les cas prévus par la loi. ». En application de ces dispositions, pour accorder l’exequatur à un jugement étranger, le juge français doit, en l’absence de convention internationale, vérifier la régularité internationale de cette décision en s’assurant que celle-ci remplit les conditions de compétence indirecte du juge étranger fondée sur le rattachement du litige au for saisi, de conformité à l’ordre public international de fond et de procédure et d’absence de fraude.
Il ressort des éléments versés au débat que la décision dont l’exequatur est demandé, a été rendue par la juridiction compétente, la règle française de solution des conflits de juridiction n’attribuant pas de compétence exclusive aux tribunaux français en cette matière et le litige se rattachant suffisamment à la juridiction étrangère au regard de la nationalité de l’enfant et de celle de la mère ayant mis au monde l’enfant, qui demeure également aux Etats-Unis d’Amérique.
Cette décision est exécutoire sur le territoire étranger, l’acte de naissance de l’enfant ayant été établi conformément à son dispositif.
Décision du 10 Janvier 2024
Exequatur
N° RG 23/06963 – N° Portalis 352J-W-B7H-CZZ65
Il est justifié de son caractère définitif et de la régularité de la procédure par un certificat de coutume établi le 24 avril 2023 par Maître Tabitha L. KOH, avocate au barreau de l’état de l’Oregon.
La juridiction étrangère a statué à la requête de Monsieur [K] [O] et Monsieur [D] [L] et sur consentement des parties qui étaient assistées de leurs avocats respectifs. La juridiction étrangère a décidé, dans l’intérêt supérieur de l’enfant, que Monsieur [K] [O], le père biologique de l’enfant, et Monsieur [D] [L], avec le consentement de Monsieur [K] [O], sont les parents de l’enfant et que Madame [B], [X] [U], avec son consentement libre et volontaire, n’en est pas la mère et, en conséquence, n’a pas de droits parentaux à l’égard de celui-ci.
La juridiction étrangère a donc considéré qu’étaient réunies les conditions légales permettant d’accorder à Monsieur [K] [O] et Monsieur [D] [L], et à eux seuls, l’ensemble des droits parentaux partagés à l’égard de l’enfant.
Il résulte de tout ce qui précède que la décision dont l’exequatur est demandé a été rendue par un juge compétent et est conforme à l’ordre public international français de procédure et de fond. Cette décision est également exempte de fraude. Il y a lieu dès lors de déclarer la décision exécutoire sur le territoire français.
La juridiction étrangère a rompu, de manière complète et irrévocable, tout lien de filiation avec la mère de naissance et l’époux de cette dernière, a établi une filiation à l’égard du père biologique et a, par l’établissement d’une seconde filiation paternelle par nature adoptive, modifié la filiation originelle de l’enfant. Le père biologique de l’enfant, a manifesté son accord tout au long de la procédure afin que son conjoint bénéficie des mêmes droits parentaux. En conséquence, la décision rendue exécutoire produira en France les effets d’une adoption plénière de l’enfant au bénéfice de Monsieur [D] [L].
Conformément aux dispositions de l’article 370-1-5 du code civil français, les demandeurs ont produit une déclaration conjointe de choix de nom patronymique, choisissant pour l’enfant le nom de famille [L] [O] ([L] en première partie et [O] en deuxième partie) sous lequel il sera désormais connu en France.
Au vu de la nature de l’affaire, s’agissant de l’exequatur d’une décision étrangère produisant en France les effets d’une adoption, il convient d’écarter l’exécution provisoire de droit de la présente décision.
Les dépens seront mis à la charge des demandeurs.
La transcription sur les registres de l’état civil de [Localité 7] est effectuée par le ministère public sans qu’il soit nécessaire de le préciser.
PAR CES MOTIFS
Le tribunal,
Déclare exécutoire sur le territoire français le jugement rendu, le 22 mars 2023, par le tribunal d’arrondissement (“circuit court”) de l’état de l’Oregon pour le comté de Multnomah (Etats-Unis d’Amérique).
Dit que la décision produit en France les effets d’une adoption plénière de l’enfant [E], [T] [L] [O], né [Date naissance 5] 2023 à [Localité 6] dans l’état de l’Oregon (Etats-Unis d’Amérique), au bénéfice de Monsieur [D], [H], [Y] [L].
Dit que l’enfant [E] se nommera [L] [O].
Ecarte l’exécution provisoire de droit.
Laisse les dépens à la charge des demandeurs.
Fait et jugé à Paris le 10 Janvier 2024.
Le GreffierLe Président
G. ARCASC. VITON
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