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Sur la décision
| Référence : | TJ Paris, pcp jcp acr fond, 17 avr. 2026, n° 25/09447 |
|---|---|
| Numéro(s) : | 25/09447 |
| Importance : | Inédit |
| Dispositif : | Fait droit à une partie des demandes du ou des demandeurs sans accorder de délais d'exécution au défendeur |
| Date de dernière mise à jour : | 30 avril 2026 |
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Texte intégral
TRIBUNAL
JUDICIAIRE
DE [Localité 1] [1]
[1] Copie conforme délivrée
le :
à : [B] [A]
Copie exécutoire délivrée
le :
à : Me Viviane RODRIGUES
Pôle civil de proximité
■
PCP JCP ACR fond
N° RG 25/09447 – N° Portalis 352J-W-B7J-DBC6K
N° MINUTE : 11
JUGEMENT
rendu le 17 avril 2026
DEMANDEURS
Madame [F] [S], demeurant [Adresse 1], Monsieur [I] [Q] [P] [S], demeurant [Adresse 2], Madame [E] [T] épouse [S], demeurant [Adresse 2], Madame [J] [S] épouse [W], demeurant [Adresse 3], Monsieur [R] [S], demeurant [Adresse 4], Madame [O] [S] [L], demeurant [Adresse 5] representée par son representant legal M. [R] [S], Monsieur [N] [S] [L], demeurant [Adresse 5] representé par son representant legal M. [R] [S], Monsieur [X] [U], demeurant [Adresse 6], Monsieur [G] [U], demeurant [Adresse 7], Madame [H] [W], demeurant [Adresse 6]
tous représentés par Me Viviane RODRIGUES, avocat au barreau de PARIS, vestiaire : #D0263
DÉFENDEUR
Monsieur [B] [A], demeurant [Adresse 8]
non comparant, ni représenté
COMPOSITION DU TRIBUNAL
Delphine THOUILLON, Vice-présidente, juge des contentieux de la protection assistée de Clarisse DUMONTET, Greffier,
DATE DES DÉBATS
Audience publique du 02 février 2026
JUGEMENT
réputé contradictoire et en premier ressort prononcé par mise à disposition le 17 avril 2026 par Delphine THOUILLON, juge des contentieux de la protection assistée de Clarisse DUMONTET, Greffier
Décision du 17 avril 2026
PCP JCP ACR fond – N° RG 25/09447 – N° Portalis 352J-W-B7J-DBC6K
EXPOSÉ DES FAITS ET DE LA PROCÉDURE
Par acte sous seing privé du 17 octobre 2015, Mme [F] [M] [S], M. [I] [Q] [P] [S], Mme [E] [Z] [C] [S] née [T], Mme [J] [F] [D] [W] née [S], M. [R] [K] [V] [S] en son nom et en qualité de représentant légal de Mme [O] [Y] [KT] [S] [L] et de M. [N] [GR] [TC] [S] [L], M. [X] [NN] [U], M. [G] [R] [U] et Mme [H] [VL] [W] (ci-après " INDIVISION [S] ") représentés par le cabinet Dhuit ont consenti un bail d’habitation à M. [B] [A] sur des locaux situés au [Adresse 9], moyennant le paiement d’un loyer mensuel de 500 euros à la date de prise d’effet du bail le 20 octobre 2015.
Par acte de commissaire de justice du 11 octobre 2024, l’INDIVISION [S] a fait délivrer au locataire un commandement de payer la somme principale de 10 916,07 euros au titre de l’arriéré locatif dans un délai de deux mois, en visant une clause résolutoire.
La commission de coordination des actions prévention des expulsions locatives a été informée de la situation de M. [B] [A] le 11 octobre 2025.
Par assignation du 8 septembre 2025, l’INDIVISION [S] a ensuite saisi le juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire de Paris pour faire constater, à titre principal, l’acquisition de la clause résolutoire, subsidiairement, la résiliation judiciaire du contrat de bail, être autorisée à faire procéder à l’expulsion de M. [B] [A] et de tous les occupants de son chef, statuer sur le sort des meubles garnissant les locaux et obtenir sa condamnation au paiement des sommes suivantes :
— une indemnité mensuelle d’occupation d’un montant égal à celui du loyer et des charges, à compter de la résiliation du bail et jusqu’à libération des lieux,
-18025,90 euros au titre de l’arriéré locatif arrêté au 3 septembre 2025, avec intérêts au taux légal à compter du commandement de payer,
— 1500 euros sur le fondement de l’article 700 du code de procédure civile, outre les entiers dépens.
L’assignation a été notifiée au représentant de l’État dans le département le 9 septembre 2025, mais aucun diagnostic social et financier n’est parvenu au greffe avant l’audience.
PRETENTIONS ET MOYENS DES PARTIES
À l’audience du 2 février 2026, l’INDIVISION [S], représentée par son conseil, maintient l’intégralité de ses demandes. Elle considère qu’il n’y a pas eu de reprise du paiement intégral du loyer courant avant l’audience, au sens de l’article 24 de la loi du 6 juillet 1989 et ne forme aucune demande de suspension des effets de la clause résolutoire.
Bien que régulièrement assigné par acte de commissaire de justice délivré à étude, M. [B] [A] n’a pas comparu et ne s’est pas fait représenter
À l’issue des débats, la décision a été mise en délibéré jusqu’à ce jour, où elle a été mise à disposition des parties au greffe.
L’INDIVISION [S] a été autorisée à produire en délibéré un décompte actualisé des sommes dues. Par RPVA, elle a produit un décompte actualisé à la date du 3 février 2026 faisant état d’une dette d’un montant de 21 059,11 euros.
MOTIVATION
En application de l’article 472 du code de procédure civile, si le défendeur ne comparaît pas, il est néanmoins statué sur le fond, le juge ne faisant alors droit à la demande que dans la mesure où il l’estime régulière, recevable et bien fondée.
Conformément à l’article 473 du code de procédure civile, il sera statué par décision réputée contradictoire.
Sur la demande de constat de la résiliation du bail
Sur la recevabilité de la demande
L’INDIVISION [S] justifie avoir notifié l’assignation au représentant de l’État dans le département plus de six semaines avant l’audience.
Elle justifie également avoir saisi la commission de coordination des actions prévention des expulsions locatives deux mois au moins avant la délivrance de l’assignation.
Son action est donc recevable au regard des dispositions de l’article 24 de la loi n°89-462 du 6 juillet 1989.
Sur la résiliation du bail
Aux termes de l’article 24 de la loi du 6 juillet 1989 modifié par la loi du 27 juillet 2023, tout contrat de bail d’habitation contient une clause prévoyant la résiliation de plein droit du contrat de location pour défaut de paiement du loyer ou des charges aux termes convenus ou pour non-versement du dépôt de garantie. Cette clause ne produit effet que six semaines après un commandement de payer demeuré infructueux.
Cependant, la loi du 27 juillet 2023 ne comprend aucune disposition dérogeant à l’article 2 du code civil, selon lequel la loi ne dispose que pour l’avenir et n’a point d’effet rétroactif. Ainsi, il n’y a pas lieu de faire application aux contrats conclus antérieurement au 29 juillet 2023 de l’article 10 de cette loi, en ce qu’il fixe à six semaines – et non plus deux mois le délai minimal accordé au locataire pour apurer sa dette, au terme duquel la clause résolutoire est acquise. Ces contrats demeurent donc régis par les stipulations des parties, telles qu’encadrées par la loi en vigueur au jour de la conclusion du bail.
En l’espèce, le contrat de bail a été renouvelé pour la dernière fois le 20 octobre 2024, soit postérieurement à l’entrée en vigueur de la loi du 27 juillet 2023. Force est de constater que le bail renouvelé contient une clause résolutoire (article VIII) stipulant que le contrat sera résolu de plein droit deux mois après un commandement de payer demeuré infructueux.
Un commandement de payer reproduisant textuellement les dispositions légales et la clause résolutoire contenue dans le contrat de bail a été signifié au locataire le 11 octobre 2024 et vise un délai de deux mois. Il sera donc fait application du délai de deux mois.
Or, d’après l’historique des versements, la somme de 10916,07 euros n’a pas été réglée par ce dernier dans le délai de deux mois suivant la signification de ce commandement et aucun plan d’apurement n’a été conclu dans ce délai entre les parties.
La bailleresse est donc bien fondée à se prévaloir des effets de la clause résolutoire, dont les conditions sont réunies depuis le 11 décembre 2024, à minuit.
Il convient, en conséquence, d’ordonner au locataire ainsi qu’à tous les occupants de son chef de quitter les lieux, et, pour le cas où les lieux ne seraient pas libérés spontanément, d’autoriser l’INDIVISION [S] à faire procéder à l’expulsion de toute personne y subsistant.
Cependant, dès lors qu’aucune circonstance ne justifie la réduction du délai prévu à l’article L.412-1 du code des procédures civiles d’exécution, il convient de rappeler que l’expulsion ne pourra avoir lieu qu’à l’expiration d’un délai de deux mois suivant la délivrance au locataire d’un commandement de quitter les lieux.
Sur la dette locative
Aux termes de l’article 1353 du code civil, celui qui réclame l’exécution d’une obligation doit la prouver tandis que celui qui se prétend libéré doit justifier le paiement.
L’article 1103 du même code prévoit, par ailleurs, que les conventions légalement formées tiennent lieu de loi à ceux qui les ont faites.
En l’espèce, l’INDIVISION [S] verse aux débats un décompte démontrant qu’à la date du 3 février 2026, M. [B] [A] lui devait la somme de 21059,11 euros, correspondant aux loyers, charges et indemnités d’occupation.
M. [B] [A], absent, n’apportant donc aucun élément de nature à remettre en cause ce montant, il sera condamné à payer cette somme à la bailleresse, avec intérêts au taux légal à compter du 11 octobre 2024 sur la somme de 10 916,07 euros, à compter de l’assignation sur la somme de 7109,83 euros et à compter de la signification de la présente décision pour le surplus, conformément aux dispositions des articles 1231-6 et 1344-1 du code civil.
Sur l’indemnité d’occupation
En cas de maintien dans les lieux du locataire ou de toute personne de son chef malgré la résiliation du bail, une indemnité d’occupation sera due. Au regard du montant actuel du loyer et des charges, son montant sera fixé à la somme mensuelle de 608,95 euros.
L’indemnité d’occupation est payable et révisable dans les mêmes conditions que l’étaient le loyer et les charges, à partir du 12 décembre 2024, et ne cessera d’être due qu’à la libération effective des locaux avec remise des clés l’INDIVISION [S] ou à son mandataire.
Sur les frais du procès et l’exécution provisoire
Aux termes de l’article 700 du code de procédure civile, le juge condamne la partie tenue aux dépens, ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l’autre partie la somme qu’il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens ; dans tous les cas, le juge tient compte de l’équité et de la situation économique de la partie condamnée.
M. [B] [A], qui succombe à la cause, sera condamné aux dépens de la présente instance, conformément à l’article 696 du code de procédure civile.
L’équité commande par ailleurs de faire droit à hauteur de 500 euros à la demande de l’INDIVISION [S] concernant les frais non compris dans les dépens, en application des dispositions précitées.
Selon l’article 514 du code de procédure civile, les décisions de première instance sont de droit exécutoires à titre provisoire à moins que la loi ou la décision rendue n’en dispose autrement.
Toutefois, selon l’article 514-1 du même code, le juge peut écarter l’exécution provisoire de droit, en tout ou partie, s’il estime qu’elle est incompatible avec la nature de l’affaire. Il statue, d’office ou à la demande d’une partie, par décision spécialement motivée.
En l’espèce, compte tenu du montant et de l’ancienneté de la dette et de l’absence totale de reprise du paiement des loyers depuis l’assignation, il n’y a pas lieu d’écarter l’exécution provisoire de la présente décision.
PAR CES MOTIFS,
La juge des contentieux de la protection, statuant après débats publics, par jugement mis à disposition au greffe, réputé contradictoire et en premier ressort,
CONSTATE que la dette locative visée dans le commandement de payer du 11 octobre 2024 n’a pas été réglée dans le délai de deux mois,
CONSTATE, en conséquence, que le contrat conclu le 17 octobre 2015 entre Mme [F] [M] [S], M. [I] [Q] [P] [S], Mme [E] [Z] [C] [S] née [T], Mme [J] [F] [D] [W] née [S], M. [R] [K] [V] [S] en son nom et en qualité de représentant légal de Mme [O] [Y] [KT] [S] [L] et de M. [N] [GR] [TC] [S] [L], M. [X] [NN] [U], M. [G] [R] [U] et Mme [H] [VL] [W], d’une part, et M. [B] [A], d’autre part, concernant les locaux situés au [Adresse 10] à [Localité 2] est résilié depuis le 11 décembre 2024, à minuit,
ORDONNE à M. [B] [A] de libérer de sa personne, de ses biens, ainsi que de tous occupants de son chef, les lieux situés au [Adresse 10] à [Localité 2] ainsi que, le cas échéant, tous les lieux loués accessoirement au logement,
DIT qu’à défaut de libération volontaire, il pourra être procédé à son expulsion et à celle de tous occupants de son chef avec l’assistance de la force publique,
DIT que le sort des meubles sera régi conformément aux dispositions des articles L. 433-1 et L. 433-2 du code des procédures civiles d’exécution,
RAPPELLE que l’expulsion ne pourra avoir lieu qu’hors période hivernale et à l’expiration d’un délai de deux mois suivant la délivrance d’un commandement d’avoir à libérer les lieux,
CONDAMNE M. [B] [A] au paiement d’une indemnité d’occupation mensuelle égale au loyer et aux charges qui auraient été dus en cas de poursuite du bail, soit 608,95 euros (six cent huit euros et quatre-vingt-quinze centimes) par mois,
DIT que cette indemnité d’occupation, qui se substitue au loyer dès le 12 décembre 2024, est payable dans les mêmes conditions que l’étaient le loyer et les charges, jusqu’à libération effective des lieux et remise des clés à la bailleresse ou à son mandataire,
CONDAMNE M. [B] [A] à payer à Mme [F] [M] [S], M. [I] [Q] [P] [S], Mme [E] [Z] [C] [S] née [T], Mme [J] [F] [D] [W] née [S], M. [R] [K] [V] [S] en son nom et en qualité de représentant légal de Mme [O] [Y] [KT] [S] [L] et de M. [N] [GR] [TC] [S] [L] , M. [X] [NN] [U], M. [G] [R] [U] et Mme [H] [VL] [W], la somme de 21059,11 euros (vingt et un mille cinquante-neuf euros et onze centimes) au titre des loyers, charges et indemnités d’occupation, décompte arrêté au 3 février 2026, avec intérêts au taux légal à compter du 11 octobre 2024 sur la somme de 10916,07 euros, à compter de l’assignation sur la somme de 7109,83 euros et à compter de la signification de la présente décision pour le surplus,
DIT n’y avoir lieu d’écarter l’exécution provisoire de droit de la présente décision,
CONDAMNE M. [B] [A] à payer à Mme [F] [M] [S], M. [I] [Q] [P] [S], Mme [E] [Z] [C] [S] née [T], Mme [J] [F] [D] [W] née [S], M. [R] [K] [V] [S] en son nom et en qualité de représentant légal de Mme [O] [Y] [KT] [S] [L] et de M. [N] [GR] [TC] [S] [L] , M. [X] [NN] [U], M. [G] [R] [U] et Mme [H] [VL] [W], la somme de 500 euros (cinq cents euros) au titre de l’article 700 du code de procédure civile,
CONDAMNE M. [B] [A] aux dépens comprenant notamment le coût du commandement de payer du 11 octobre 2024 et celui de l’assignation du 8 septembre 2025.
Ainsi jugé par mise à disposition au greffe le 17 avril 2026, et signé par la juge et la greffière susnommées.
La Greffière La Juge
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