Commentaire • 0
Sur la décision
| Référence : | TJ Paris, 1 2 1 nationalite a, 26 févr. 2026, n° 21/09762 |
|---|---|
| Numéro(s) : | 21/09762 |
| Importance : | Inédit |
| Dispositif : | Déboute le ou les demandeurs de l'ensemble de leurs demandes |
| Date de dernière mise à jour : | 10 mars 2026 |
| Lire la décision sur le site de la juridiction |
Texte intégral
TRIBUNAL
JUDICIAIRE
DE [Localité 1]
■
1/2/1 nationalité A
N° RG 21/09762
N° Portalis 352J-W-B7F-CU42A
N° PARQUET : 21/844
N° MINUTE :
Assignation du :
21 juillet 2021
M. J.G.
[1]
[1] Expéditions
exécutoires
délivrées le :
JUGEMENT
rendu le 26 février 2026
DEMANDERESSE
Madame [W] [J]
demeurant chez Monsieur [L] [T]
[Adresse 1]
[Adresse 2]
[Localité 2] – ALGERIE
élisant domicile au cabinet de Me Sohil BOUDJELLAL
[Adresse 3]
représentés par Me Sohil BOUDJELLAL, avocat au barreau de PARIS, avocat plaidant, vestiaire #D0058
DEFENDERESSE
LA PROCUREURE DE LA REPUBLIQUE
Parquet 01 Nationalités
[Adresse 4]
[Localité 3]
Monsieur Arnaud FENEYROU, vice-procureur
Décision du 26 février 2026
Chambre du contentieux
de la nationalité – Section A
RG n° 21/09762
COMPOSITION DU TRIBUNAL
Madame Maryam Mehrabi, vice-présidente
Présidente de la formation
Madame Muriel Josselin-Gall, vice-présidente
Madame Clothilde Ballot-Desproges, juge
Assesseures
assistées de Madame Christine Kermorvant, greffière
DEBATS
A l’audience du 15 janvier 2026 tenue publiquement
JUGEMENT
Contradictoire
en premier ressort
Rendu publiquement, par mise à disposition au greffe, les parties ayant été avisées dans les conditions prévues au deuxième alinéa de l’article 450 du Code de procédure civile
Signé par Madame Maryam Mehrabi, vice-présidente et par Madame Christine Kermorvant, greffière à laquelle la minute de la décision a été remise par la magistrate signataire.
Vu les articles 455 et 768 du code de procédure civile,
Vu l’assignation délivrée le 21 juillet 2021 par Mme [W] [J] au procureur de la République,
Vu les dernières conclusions du ministère public notifiées par la voie électronique le 15 décembre 2024,
Vu les dernières conclusions de Mme [W] [J] notifiées par la voie électronique le 22 janvier 2025, et le bordereau de communication de pièces notifié par voie électronique le 24 janvier 2025,
Vu l’ordonnance de clôture rendue le 9 mai 2025 ayant fixé l’affaire à l’audience de plaidoiries du 15 janvier 2025,
MOTIFS
Sur la procédure
Aux termes de l’article 1043 du code de procédure civile, dans sa rédaction applicable à la présente procédure, dans toutes les instances où s’élève à titre principal ou incident une contestation sur la nationalité, une copie de l’assignation est déposée au ministère de la justice qui en délivre récépissé.
En l’espèce, le ministère de la justice a délivré ce récépissé le 17 mai 2022. La condition de l’article 1043 du code de procédure civile est ainsi respectée. Il y a donc lieu de dire que la procédure est régulière au regard de ces dispositions.
Sur l’action déclaratoire de nationalité française
Mme [W] [J], se disant née le 28 novembre 1994 à [Localité 4] (Algérie), revendique la nationalité française par filiation paternelle, sur le fondement de l’article 18 du code civil. Elle expose que son père, M. [V] [J], né le 22 septembre 1962 à [Localité 4] (Algérie), est français pour avoir bénéficié de l’effet collectif attaché à la déclaration recognitive de nationalité française souscrite le 12 novembre 1963 par son propre père [B] [J], né le 25 avril 1938 à [Localité 4] (Algérie).
Son action fait suite à la décision de refus de délivrance d’un certificat de nationalité française qui lui a été opposée le 18 novembre 2019 par le directeur des services de greffe judiciaires du pôle de la nationalité française du tribunal d’instance de Paris (pièce n°1 du ministère public).
Sur le fond
En application de l’article 30 alinéa 1 du code civil, la charge de la preuve en matière de nationalité incombe à celui qui revendique la qualité de Français lorsqu’il n’est pas déjà titulaire d’un certificat de nationalité délivré à son nom conformément aux dispositions des articles 31 et suivants du même code.
Conformément à l’article 17-1 du code civil, compte tenu de la date de naissance revendiquée par la demanderesse, l’action relève des dispositions de l’article 18 du code civil aux termes duquel est français l’enfant dont l’un des parents au moins est français.
Il est en outre rappelé que les effets sur la nationalité française de l’accession à l’indépendance des départements d’Algérie, fixés au 1er janvier 1963, sont régis par l’ordonnance n°62-825 du 21 juillet 1962 et par la loi n°66-945 du 20 décembre 1966 ; ils font actuellement l’objet des dispositions des articles 32-1 et 32-2 du code civil ; il résulte en substance de ces textes que les Français originaires d’Algérie ont conservé la nationalité française:
— de plein droit, s’ils étaient de statut civil de droit commun ce qui ne pouvait résulter que de leur admission ou de celle de l’un de leur ascendant, ce statut étant transmissible à la descendance, à la citoyenneté française en vertu exclusivement, soit d’un décret pris en application du sénatus-consulte du 14 juillet 1865, soit d’un jugement rendu sur le fondement de la loi du 4 février 1919 ou, pour les femmes, de la loi du 18 août 1929, ou encore de leur renonciation à leur statut personnel suite à une procédure judiciaire sur requête, étant précisé que relevaient en outre du statut civil de droit commun les personnes d’ascendance métropolitaine, celles nées de parents dont l’un relevait du statut civil de droit commun et l’autre du statut civil de droit local, celles d’origine européenne qui avaient acquis la nationalité française en Algérie et les israélites originaires d’Algérie qu’ils aient ou non bénéficié du décret “Crémieux” du 24 octobre 1870 ;
— s’ils étaient de statut civil de droit local, par l’effet de la souscription d’une déclaration de reconnaissance au plus tard le 21 mars 1967 (les mineurs de 18 ans suivant la condition parentale dans les conditions prévues à l’article 153 du code de la nationalité française), ce, sauf si la nationalité algérienne ne leur a pas été conférée postérieurement au 3 juillet 1962, faute de quoi ils perdaient la nationalité française au 1er janvier 1963.
Selon l’article 153 du code de la nationalité française, dans sa rédaction issue de l’ordonnance n°45-2441 du 19 octobre 1945, modifiée par la loi n°60-752 du 28 juillet 1960 « les enfants mineurs de dix-huit ans, non mariés, des personnes ayant bénéficié des dispositions de l’article 152 suivront la condition :
1° s’ils sont légitimes, de leur père ou, en cas de prédécès, de leur mère survivante ;
2° s’ils sont enfants naturels, du parent à l’égard duquel leur filiation est d’abord établie ou, en cas de prédécès de celui-ci, de l’autre parent survivant ».
Par ailleurs, suivant décision n° 2021-954 QPC du 10 décembre 2021 du Conseil Constitutionnel, l’enfant légitime mineur de 18 ans, non marié, d’une personne ayant bénéficié des dispositions de l’article 152, suit la condition du parent ayant souscrit la déclaration recognitive.
Il appartient donc à Mme [W] [J], non titulaire d’un certificat de nationalité française, d’une part, de démontrer un lien de filiation à l’égard de son père revendiqué, et, d’autre part, d’établir que celui-ci était mineur de dix-huit ans lorsque son propre père a souscrit une déclaration recognitive de nationalité française dans les conditions précitées, par des actes d’état civil fiables et probants au sens de l’article 47 du code civil, étant rappelé qu’aux termes de l’article 20-1 du code civil, la filiation de l’enfant n’a d’effet sur la nationalité de celui-ci que si elle est établie durant sa minorité.
Aux termes de l’article 47 du code civil, tout acte de l’état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d’autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l’acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité. Celle-ci est appréciée au regard de la loi française.
Il est précisé à ce titre que dans les rapports entre la France et l’Algérie, les actes d’état civil sont dispensés de légalisation par l’article 36 du protocole judiciaire signé le 28 août 1962 et publié par décret du 29 août 1962 ; il suffit que ces actes soient revêtus de la signature et du sceau officiel de l’autorité ayant qualité pour les délivrer.
Enfin, nul ne peut revendiquer à quelque titre que ce soit, la nationalité française, s’il ne dispose d’un état civil fiable et certain.
En l’espèce, Mme [W] [J] produit deux copies de son acte de naissance, mentionnant qu’elle est née le 28 novembre 1994 à [Localité 4] (Algérie) de [V] [J] et de [Y] [G] :
— une copie, délivrée le 6 septembre 2020, qui mentionne que l’acte a été dressé le 28 novembre 1994 par [X] [I], président de la commune de [Localité 4] (pièce n°1 de la demanderesse),
— une copie, délivrée le 4 octobre 2023, qui mentionne que l’acte a été dressé le 28 novembre 1994 par [C] [N], président de la délégation spéciale et officier état civil de la commune de [Localité 4] (pièce n°20 de la demanderesse).
Le ministère public fait valoir qu’à l’appui de sa demande initiale de certificat de nationalité française, [W] [J] avait produit une copie intégrale, délivrée le 11 février 2018, de son acte de naissance indiquant que l’acte avait été dressé le 28 novembre 1994 par [C] [N], président de la délégation spéciale de la commune de [Localité 4] (pièce n°7 du ministère public).
Le ministère public relevant les divergences sur les différentes copies de l’acte, en conteste la force probante.
En réponse, la demanderesse soutient que ces mentions différentes procèdent d’une simple erreur matérielle, le nom de [I] ayant été indiqué comme l’officier d’état civil rédacteur de l’acte, alors qu’il s’agit en réalité de l’officier d’état civil qui a délivré l’acte.
Toutefois, elle ne verse pas d’éléments aux débats susceptibles d’établir que les divergences relevées procèdent d’une erreur matérielle.
Il convient donc de rappeler qu’en principe l’acte de naissance est un acte unique, conservé dans le registre des actes de naissance, de sorte que les copies de cet acte doivent toujours avoir les mêmes références et le même contenu, des divergences remettant alors en cause le caractère probant de l’acte, sans qu’aucun ne puisse dès lors faire foi au sens de l’article 47 du code civil.
Au regard des mentions divergentes quant au nom de l’officier d’état civil ayant dressé l’acte, les copies produites de l’acte de naissance de la demanderesse ne peuvent se voir reconnaître aucune force probante.
Ne justifiant pas d’un état civil fiable et certain, Mme [W] [J] ne peut revendiquer la nationalité française à quelque titre que ce soit.
Décision du 26 février 2026
Chambre du contentieux
de la nationalité – Section A
RG n° 21/09762
En conséquence, il y a lieu de débouter Mme [W] [J] de sa demande tendant à voir dire qu’elle est de nationalité française par filiation paternelle. Par ailleurs, dès lors qu’elle ne peut relever la nationalité française à aucun titre, il sera jugé, conformément à la demande reconventionnelle du ministère public, qu’elle n’est pas de nationalité française.
Sur la mention prévue à l’article 28 du code civil
Aux termes de l’article 28 du code civil, mention sera portée, en marge de l’acte de naissance, des actes administratifs et des déclarations ayant pour effet l’acquisition, la perte de la nationalité française ou la réintégration dans cette nationalité. Il sera fait de même mention de toute première délivrance de certificat de nationalité française et des décisions juridictionnelles ayant trait à cette nationalité. En conséquence, cette mention sera en l’espèce ordonnée.
Sur les dépens
En application de l’article 696 du code de procédure civile, Mme [W] [J], qui succombe, sera condamnée aux dépens.
PAR CES MOTIFS
LE TRIBUNAL, statuant publiquement, contradictoirement, en premier ressort et par mise à disposition au greffe :
Dit la procédure régulière au regard des dispositions de l’article 1043 du code de procédure civile ;
Déboute Mme [W] [J] de sa demande tendant à voir juger qu’elle est de nationalité française ;
Juge que Mme [W] [J], se disant née le 28 novembre 1994 à [Localité 4] (Algérie), n’est pas de nationalité française ;
Ordonne la mention prévue par l’article 28 du code civil ;
Condamne Mme [W] [J] aux dépens.
Fait et jugé à [Localité 1] le 26 février 2026
La greffière La présidente
C. Kermorvant M. Mehrabi
Décisions similaires
Citées dans les mêmes commentaires • 3
- Contrainte ·
- Urssaf ·
- Auto-entrepreneur ·
- Opposition ·
- Cotisations ·
- Commissaire de justice ·
- Inspection du travail ·
- Sécurité sociale ·
- Activité ·
- Mise en demeure
- Commissaire de justice ·
- Sociétés ·
- Bail ·
- Clause resolutoire ·
- Tribunal judiciaire ·
- Responsabilité ·
- Mauvaise foi ·
- Demande ·
- Commandement de payer ·
- Préjudice moral
- Relations du travail et protection sociale ·
- Risques professionnels ·
- Faute inexcusable ·
- Sécurité ·
- Sociétés ·
- Risque ·
- Poste ·
- Accident du travail ·
- Salarié ·
- Employeur ·
- Rente ·
- Formation
Citant les mêmes articles de loi • 3
- Habitat ·
- Loyer ·
- Clause resolutoire ·
- Tribunal judiciaire ·
- Commandement de payer ·
- Résiliation ·
- Bailleur ·
- Délais ·
- Expulsion ·
- Versement
- Industrie ·
- Travail ·
- Employeur ·
- Salarié ·
- Faute inexcusable ·
- Sécurité ·
- Risque ·
- Manutention ·
- Victime ·
- Affection
- Tribunal judiciaire ·
- Assurances ·
- Courtier ·
- Expertise judiciaire ·
- Mutuelle ·
- Commissaire de justice ·
- Hors de cause ·
- Courtage ·
- Intervention volontaire ·
- Adresses
De référence sur les mêmes thèmes • 3
- Vente forcée ·
- Fonds commun ·
- Créanciers ·
- Commissaire de justice ·
- Saisie immobilière ·
- Exécution ·
- Registre du commerce ·
- Société par actions ·
- Adresses ·
- Siège
- Consignation ·
- Mise en état ·
- Incident ·
- Contrôle ·
- Mission ·
- Épouse ·
- Expertise judiciaire ·
- Tribunal judiciaire ·
- Partie ·
- Adresses
- Tribunal judiciaire ·
- Contrainte ·
- Opposition ·
- Adresses ·
- Urssaf ·
- Fins de non-recevoir ·
- Voies de recours ·
- Inobservation des délais ·
- Sécurité sociale ·
- Ordonnance
Sur les mêmes thèmes • 3
- Partage amiable ·
- Arménie ·
- Divorce ·
- Mariage ·
- Dissolution ·
- Jugement ·
- Régimes matrimoniaux ·
- Échec ·
- Tribunal judiciaire ·
- Conjoint
- Droits attachés à la personne ·
- Droit des personnes ·
- Magazine ·
- Vie privée ·
- Image ·
- Publication ·
- Atteinte ·
- Photographie ·
- Préjudice ·
- Information ·
- Provision ·
- Réparation
- Tribunal judiciaire ·
- Expertise ·
- Consignation ·
- Indemnité d'éviction ·
- Clientèle ·
- Contrôle ·
- Fond ·
- Référé ·
- Bail ·
- Mission
Textes cités dans la décision
- Loi n°60-752 du 28 juillet 1960
- Code de procédure civile
- Code civil
- Code de la nationalité française
Aucune décision de référence ou d'espèce avec un extrait similaire.