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Sur la décision
| Référence : | TJ Strasbourg, 11e civ. s3, 29 août 2025, n° 25/00291 |
|---|---|
| Numéro(s) : | 25/00291 |
| Importance : | Inédit |
| Dispositif : | Expulsion "conditionnelle" ordonnée au fond avec suspension des effets de la clause résolutoire |
| Date de dernière mise à jour : | 5 novembre 2025 |
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Texte intégral
N° RG 25/00291 – N° Portalis DB2E-W-B7I-NI2F
TRIBUNAL JUDICIAIRE
DE STRASBOURG
11ème Chambre Civile, Commerciale
et des Contentieux de la Protection
45 rue du Fossé des Treize
CS 60444
67008 STRASBOURG CEDEX
11ème civ. S3
N° RG 25/00291 -
N° Portalis DB2E-W-B7I-NI2F
Minute n°
☐ Copie exec. à :
☐ Copie c.c à défenderesse
Le 29 août 2025
Le Greffier
RÉPUBLIQUE FRANÇAISE
AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS
JUGEMENT DU
29 AOUT 2025
DEMANDERESSE :
OPHEA, anciennement CUS HABITAT
Office Public de l’Habitat de l’Eurométropole de Strasbourg
représenté par son Directeur Général
24 Route de l’Hôpital
67000 STRASBOURG
représenté par Maître Fabienne DIEBOLD-STROHL,
substituant Maître Steeve WEIBEL,
Avocats au barreau de STRASBOURG, vestiaire : 253
DEFENDERESSE :
Madame [D] [M]
3 avenue de Montmorency
95700 ROISSY
comparante en personne
OBJET : Baux d’habitation – Demande en paiement des loyers et des charges et/ou tendant à faire prononcer ou constater la résiliation pour défaut de paiement ou défaut d’assurance et ordonner l’expulsion
COMPOSITION DU TRIBUNAL :
Marjorie MARTICORENA, Juge des Contentieux de la Protection
Nathalie PINSON, Greffier
DÉBATS :
A l’audience publique du 03 Juin 2025 à l’issue de laquelle le Président, Marjorie MARTICORENA, Juge des Contentieux de la Protection, a avisé les parties que le jugement serait prononcé par mise à disposition au greffe à la date du 29 Août 2025.
JUGEMENT
Contradictoire en Premier ressort,
Rendu par mise à disposition au greffe,
Signé par Marjorie MARTICORENA, Juge des Contentieux de la Protection et par Nathalie PINSON, Greffier
EXPOSE DU LITIGE
Par acte sous seing privé avec effet au 14/11/2022, l’OPHEA a donné à bail à Madame [D] [Y] [O] un local à usage d’habitation situé 53 PLACE PETRARQUE à 67200 STRASBOURG.
Le loyer mensuel actuel s’élève à 548,39€ provision sur charges et prestations de services comprises.
Par acte signifié le 29/07/2024, le bailleur a délivré congé au locataire au motif du non-paiement des loyers et accessoires, avec effet au 30/09/2024.
Par assignation délivrée le 02/12/2024, l’OPHEA a fait assigner Madame [D] [Y] [O] devant le juge des contentieux de la protection de ce tribunal aux fins de :
* CONSTATER que le congé délivré à la partie défenderesse est régulier.
* PRONONCER la déchéance de la partie défenderesse de tout droit au maintien dans les lieux, conformément à l’article 10-1 ° de la loi du 1er septembre 1948.
* CONDAMNER la partie défenderesse ainsi que tout occupant de son chef à évacuer les locaux occupés par elle
* PRONONCER à titre subsidiaire la résiliation judiciaire du bail liant les parties, conformément aux articles 1184 et 1741 du Code Civil.
* CONDAMNER la partie défenderesse à payer la somme de 2174,22 € à titre d’arriérés de loyers et accessoires avec les intérêts légaux à compter de l’assignation, conformément à l’article 1728 du Code Civil et à payer les arriérés de loyers et charges nés entre l’assignation et la date de l’audience.
En tout état de cause,
* CONDAMNER la partie défenderesse à payer les loyers et charges jusqu’à la résiliation du bail par le Tribunal, en quittances et deniers,
* CONDAMNER la partie défenderesse à payer à OPHEA, anciennement CUS Habitat à titre d’indemnité d’occupation, le montant de 557,53€ (loyer augmenté des charges et prestations fournies) augmenté des intérêts légaux à compter de chaque échéance et jusqu’à évacuation effective des locaux définitive, sous réserve des augmentations légales ultérieures et ce à compter de la date de résiliation du bail, conformément à l’article 1142 du Code Civil,
* CONDAMNER la partie défenderesse à payer 220 euros au titre de l’article 700 du Code de Procédure Civile,
* CONDAMNER la partie défenderesse aux entiers frais et dépens conformément à l’article 696 du Code de Procédure Civile,
* DÉCLARER le jugement à intervenir exécutoire par provision.
Au soutien de ses prétentions, le bailleur expose qu’au visa de l’article 4 de la loi du 1er septembre 1948, le locataire qui n’exécute pas ses obligations et notamment le paiement de ses loyers et charges ne peut être considéré comme de bonne foi et ne bénéficie ainsi pas du droit au maintien dans les lieux.
A l’audience du 03/06/2025, le bailleur a repris les termes de son assignation en actualisant sa demande principale en paiement de l’arriéré locatif à la somme de 3.190,71 € arrêtée à la date du 22/05/2025.
Il a précisé que le loyer intégral n’est pas payé, que la locataire a effectué deux règlements de 500 € chacun en mars et mai.
Madame [D] [Y] [O] comparant en personne, a reconnu devoir les sommes qui lui sont réclamées sous déduction d’un versement complémentaire de 500 € effectué fin mai et a demandé des délais de paiement à hauteur de 150 € par mois en sus du loyer courant. Elle a précisé qu’elle est agent d’escale à ROISSY CDG, perçoit un salaire mensuel entre 1900 et 2500 €, qu’elle doit payer sa formation d’hôtesse de l’air à hauteur de 500 € par mois, qu’elle a un enfant à charge, qu’elle ne souhaite pas rester dans le logement et a donné congé à OPHEA.
Le bailleur a indiqué qu’il est d’accord pour l’octroi de délais de paiement, sous réserve de prévoir une clause de déchéance du terme en cas de non-respect de ces délais.
Il sera statué par jugement contradictoire et en premier ressort.
Régulièrement autorisé, le bailleur a fourni en date du 27/08/2025, un décompte locatif justifiant du versement complémentaire de 500 € en date du 30/05/2025, conformément aux déclarations de la locataire à l’audience. Le bailleur a cependant sollicité la réouverture des débats au motif d’une réactualisation de ses demandes, consécutive au départ de la locataire.
MOTIFS DE LA DÉCISION
Sur la demande de réouverture des débats
Il n’y a pas lieu de faire droit à la demande, formulée deux jours avant la date de délibéré et alors même que la partie demanderesse, informée du congé donné par le locataire, n’a pas sollicité lors des débats le renvoi de l’affaire à une date postérieure à l’état des lieux de sortie.
Sur la demande principale de déchéance du droit au maintien dans les lieux
Le droit au maintien dans les lieux n’entre en vigueur qu’après que le locataire a reçu congé et pris la qualité d’occupant légal.
Ce congé est réglementé par l’article 4 de la loi n°48-1360 du 1er septembre 1948, afin d’assurer une complète information du locataire.
L’article 4 de la loi n°48-1360 du 1er septembre 1948 prévoit que les occupants de bonne foi des locaux définis à l’article 1er bénéficient de plein droit et sans l’accomplissement d’aucune formalité, du maintien dans les lieux loués, aux clauses et conditions du contrat primitif non contraires aux dispositions de la présente loi, quelle que soit la date de leur entrée dans les lieux.
Sont réputés de bonne foi les locataires, sous-locataires, cessionnaires de baux, à l’expiration de leur contrat, ainsi que les occupants qui, habitant dans les lieux en vertu ou en suite d’un bail écrit ou verbal, d’une sous-location régulière, d’une cession régulière d’un bail antérieur, d’un échange opéré dans les conditions légales, exécutent leurs obligations.
L’acte par lequel le bailleur notifie au locataire qu’il met fin au contrat de louage et qui entraîne l’application des dispositions précédentes doit, à peine de nullité, reproduire les dispositions des deux alinéas précédents et préciser qu’il ne comporte pas en lui-même obligation d’avoir à quitter effectivement les lieux.
En l’espèce, le défaut d’indication dans le congé de la mention qu’il ne comporte pas l’obligation d’avoir à quitter effectivement les lieux, a nécessairement fait grief au locataire qui ne peut connaître l’étendue de son droit à l’expiration du bail (CA Paris, 08 janvier 2021, n° 18/21610).
En conséquence, le congé est nul.
Madame [D] [Y] [O] conserve son statut de locataire de sorte que le bailleur ne peut utilement invoquer un droit au maintien dans les lieux qui aurait succédé au bail et partant, solliciter le prononcé de la déchéance de ce droit.
La demande sera donc rejetée.
Sur la demande subsidiaire de prononcé de la résiliation judiciaire du bail
Les conditions de recevabilité édictées par l’article 24 II et III de la loi du 6 juillet 1989 ont été respectées par le bailleur.
La demande est donc régulière et recevable.
Sur le fond, conformément aux dispositions de l’article 1728 du code civil et de l’article 7 a/ de la loi du 06 juillet 1989, le locataire est tenu d’une obligation essentielle, qui consiste en le paiement du loyer aux termes convenus au bail, en contrepartie de la mise à disposition des lieux loués.
L’article 1741 du même code rappelle que le contrat de louage se résout par la perte de la chose louée, et par le défaut respectif du bailleur et du preneur de remplir leurs engagements.
Aux termes de l’article 1224 du code civil, la résolution résulte soit de l’application d’une clause résolutoire soit, en cas d’inexécution suffisamment grave, d’une notification du créancier au débiteur ou d’une décision de justice.
Aux termes de l’article 1228 du code civil, le juge peut, selon les circonstances, constater ou prononcer la résolution ou ordonner l’exécution du contrat, en accordant éventuellement un délai au débiteur, ou allouer seulement des dommages et intérêts.
Il appartient au juge d’apprécier souverainement si les manquements imputés sont d’une gravité suffisante pour justifier la résiliation du contrat.
En l’espèce, il ressort des pièces de la procédure que les impayés locatifs persistent depuis septembre 2023 et que la dette s’élève à la somme de 3190,71 €.
Le locataire s’étant abstenu, depuis de nombreux termes, de l’exécution de son obligation au paiement des loyers, ces manquements constituent des faits répétés, suffisamment graves, pour justifier la résiliation du contrat, à effet du prononcé du présent jugement.
Madame [D] [Y] [O] devenant sans droit ni titre à compter du prononcé du jugement, il convient d’ordonner son expulsion ainsi que l’expulsion de tous occupants de son chef.
Passé le délai de deux mois suivant la signification du commandement d’avoir à libérer les lieux, prévu par les dispositions des articles L. 412-1 et suivants du code des procédures civiles d’exécution, il pourra être procédé à cette expulsion, avec le concours de la force publique.
Sur la demande en paiement de l’arriéré locatif
Le bailleur produit un décompte démontrant que la défenderesse reste lui devoir la somme de 2 690,71€, terme d’avril inclus, déduction faite du versement complémentaire de 500 € en date 30/05/2025.
Il convient dès lors de condamner Madame [D] [Y] [O] au paiement de cette somme, assortie des intérêts au taux légal à compter de ce jour.
Il convient en outre de condamner Madame [D] [Y] [O] à payer à OPHEA les loyers et charges dus à compter du mois de mai 2025 et jusqu’au jour du prononcé de la résiliation judiciaire du contrat de bail, avec intérêts au taux légal à compter de ce jour.
Sur la demande de délai de paiement
Aux termes de l’article 1343-5 du code civil, seul applicable en cas de prononcé de la résiliation du bail, le juge peut, compte tenu de la situation du débiteur et en considération des besoins du créancier, reporter ou échelonner, dans la limite de deux années, le paiement des sommes dues.
En l’espèce, Madame [D] [Y] [O] propose de régler la somme de 150 € par mois en sus du loyer courant. Le bailleur ne s’y oppose pas.
Dans ces circonstances, Madame [D] [Y] [O] sera autorisée à se libérer de sa dette locative dans les conditions qui seront précisées au dispositif ci-après.
Sur les demandes accessoires
Madame [D] [Y] [O] qui succombe, supportera les dépens.
Par ailleurs, il serait inéquitable de laisser à la charge du demandeur l’intégralité des frais irrépétibles qu’il a pu exposer à l’occasion de la présente instance. Il convient dès lors de condamner Madame [D] [Y] [O] à lui payer la somme de 100 € sur le fondement de l’article 700 du Code de Procédure Civile.
PAR CES MOTIFS
Le juge des contentieux de la protection, statuant publiquement, par jugement mis à disposition au greffe, contradictoire et en premier ressort,
REJETTE la demande de réouverture des débats,
DIT que le congé notifié à Madame [D] [Y] [O] le 29/07/2024 au visa de l’article 4 de la loi du 1er septembre 1948 est nul,
REJETTE en conséquence la demande tendant au prononcé de la déchéance du droit de Madame [D] [Y] [O] au maintien dans les lieux,
PRONONCE la résiliation judiciaire du bail liant les parties à la date du présent jugement,
ORDONNE l’expulsion des lieux loués de Madame [D] [Y] [O] et de tous occupants de son chef, au besoin avec le concours de la force publique, passé un délai de deux mois suivant la signification du commandement d’avoir à quitter les lieux, conformément aux dispositions des articles L. 412-1 et suivants du code des procédures civiles d’exécution,
CONDAMNE Madame [D] [Y] [O] à payer à OPHEA la somme de 2690,71 €, au titre des loyers et charges dus arrêtés à la date du 30/05/2025, terme d’avril inclus,
DIT que cette somme produira intérêts au taux légal à compter du présent jugement,
AUTORISE Madame [D] [Y] [O] à s’acquitter de sa dette en 17 mensualités de 150 € le 10 de chaque mois et pour la première fois le 10 du mois suivant la signification de la présente décision, outre le loyer et les charges courants, et une 18ème mensualité qui soldera la dette, en principal, frais et intérêts,
DIT que les paiements s’imputeront en priorité sur le capital,
DIT que le défaut de paiement d’un seul règlement à l’échéance prescrite entraînera la déchéance du terme et que la totalité du solde restant dû deviendra immédiatement exigible,
CONDAMNE Madame [D] [Y] [O] à payer à OPHEA les loyers et charges dus à compter du mois de mai 2025 et jusqu’au jour du prononcé de la résiliation judiciaire du contrat de bail,
DIT que ces sommes produiront intérêts au taux légal à compter du présent jugement,
CONDAMNE Madame [D] [Y] [O] à payer à OPHEA une indemnité mensuelle d’occupation égale au montant du loyer et des charges qui auraient été dus si le bail s’était poursuivi, à compter du présent jugement et jusqu’à la date de la libération effective et définitive des lieux, caractérisée par la restitution des clés, avec intérêts au taux légal à compter de la date d’exigibilité de chaque échéance,
CONDAMNE Madame [D] [Y] [O] aux dépens,
CONDAMNE Madame [D] [Y] [O] à payer à OPHEA la somme de 100 € au titre de l’article 700 du code de procédure civile,
Ainsi fait et prononcé les jour, mois et an susdits, siégeant Madame MARTICORENA présidant l’audience, assistée de Madame le greffier, qui ont signé la minute de la présente
Le Greffier Le Juge des Contentieux de la Protection
Nathalie PINSON Marjorie MARTICORENA
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