Rejet 7 avril 2025
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Sur la décision
| Référence : | TA Lille, juge unique (8), 7 avr. 2025, n° 2203327 |
|---|---|
| Juridiction : | Tribunal administratif de Lille |
| Numéro : | 2203327 |
| Importance : | Inédit au recueil Lebon |
| Dispositif : | Rejet |
| Date de dernière mise à jour : | 30 mai 2025 |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 4 mai 2022 et 25 janvier 2024, M. A B représenté par Me Alexandre Ciaudo, demande au tribunal :
1°) de condamner l’Etat à lui verser la somme de 2 699,15 euros, assortie des intérêts au taux légal et de la capitalisation des intérêts, au titre des arriérés de salaires qu’il estime lui être dus s’agissant des activités professionnelles exercées au sein du centre de détention de Bapaume pour la période de juin 2019 à août 2021 ;
2°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique.
Il soutient que :
— il a travaillé au sein des services généraux du centre de détention de Bapaume, pour la période de juin 2019 à juin 2020 sur un poste de classe II, et pour la période de juillet 2020 à août 2021 sur un poste de classe I ; les heures qu’il a effectuées sont plus nombreuses que celles mentionnées sur ses fiches de paie ;
— il est fondé à demander le versement d’une somme de 2 699,15 euros au titre des arriérés de salaire qui lui sont dus.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 janvier 2024, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
— aucune erreur de calcul n’est intervenue dans la rémunération du requérant ;
— le requérant n’apporte aucun élément de nature à contredire l’attestation établie par les fiches de paie s’agissant des heures effectivement travaillées ;
— les fiches de paie font état d’un trop perçu dont le requérant a bénéficié.
Par une ordonnance du 4 janvier 2024, la clôture de l’instruction a été fixée au 19 février 2024 à 14 heures.
M. B a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 16 mars 2022 du bureau d’aide juridictionnelle.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
— le code de procédure pénale ;
— le code de la sécurité sociale ;
— la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
— l’ordonnance n° 96-50 du 24 janvier 1996 ;
— le décret n° 2018-1173 du 19 décembre 2018 ;
— le décret n° 2019-1387 du 18 décembre 2019 ;
— le décret n° 2020-1598 du 16 décembre 2020 ;
— le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme C en application de l’article R. 222-13 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
— le rapport de Mme C,
— et les conclusions de M. Babski, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, alors incarcéré au centre de détention de Bapaume, a été affecté au sein des services généraux de cet établissement sur un poste de classe II au titre des mois de juin 2019 à juin 2020 puis sur un poste de classe I au titre des mois de juillet 2020 à août 2021. Par un courrier du 7 décembre 2021, l’intéressé a sollicité du directeur de cet établissement pénitentiaire le versement de la somme de 2 699,15 euros au titre des arriérés de salaires qu’il estimait lui être dus. Cette demande est restée sans réponse. Par la présente requête, M. B demande au tribunal de condamner l’Etat à lui verser la somme totale de 2 699,15 euros.
Sur les conclusions indemnitaires :
2. D’une part, aux termes de l’article 717-3 du code de procédure pénale, alors en vigueur : « () / La rémunération du travail des personnes détenues ne peut être inférieure à un taux horaire fixé par décret et indexé sur le salaire minimum de croissance défini à l’article L. 3231-2 du code du travail. Ce taux peut varier en fonction du régime sous lequel les personnes détenues sont employées. ». Aux termes de l’article D. 432-1 du même code : " Hors les cas visés à la seconde phrase du troisième alinéa de l’article 717-3, la rémunération du travail effectué au sein des établissements pénitentiaires par les personnes détenues ne peut être inférieure au taux horaire suivant : / 45 % du salaire minimum interprofessionnel de croissance pour les activités de production ; / 33 % du salaire minimum interprofessionnel de croissance pour le service général, classe I ; / 25 % du salaire minimum interprofessionnel de croissance pour le service général, classe II ; / 20 % du salaire minimum interprofessionnel de croissance pour le service général, classe III. / Un arrêté du garde des sceaux, ministre de la justice, détermine la répartition des emplois entre les différentes classes en fonction du niveau de qualification qu’exige leur exécution. / La rémunération des activités proposées dans le cadre de l’insertion par l’activité économique ne peut être inférieure à un taux horaire de 45 % du salaire minimum interprofessionnel de croissance. ".
3. L’article 1er des décrets des 19 décembre 2018, 18 décembre 2019 et 16 décembre 2020 portant relèvement du salaire minimum de croissance fixent respectivement le montant du salaire minimum de croissance à 10,03 euros l’heure à compter du 1er janvier 2019, à 10,15 euros l’heure à compter du 1er janvier 2020 et à 10,25 euros l’heure à compter du 1er janvier 2021.
4. D’autre part, aux termes de l’article D. 433-3 du code de procédure pénale, alors en vigueur : « Dans chaque établissement, des personnes détenues sont affectées au service général de l’établissement pénitentiaire, en vue de maintenir en état de propreté les locaux de la détention et d’assurer les différents travaux nécessaires au fonctionnement des services. Elles sont rémunérées suivant le taux horaire fixé par l’article D. 432-1. / () ». Aux termes de l’article D. 433-4 du même code : « Les rémunérations pour tout travail effectué par une personne détenue sont versées, sous réserve des dispositions de l’article D. 121, à l’administration qui opère le reversement des cotisations sociales aux organismes de recouvrement et procède ensuite à l’inscription et à la répartition de la rémunération nette sur le compte nominatif des personnes détenues, conformément aux dispositions de l’article D. 434. / Ces rémunérations sont soumises à cotisations patronales et ouvrières selon les modalités fixées, pour les assurances maladie, maternité et vieillesse, par les articles R. 381-97 à R. 381-109 du code de la sécurité sociale. / () ».
5. Aux termes de l’article R. 381-99 du code de la sécurité sociale : « Le taux de la cotisation d’assurance maladie et maternité sur les rémunérations versées aux détenus est fixé à 4,20 % du montant brut de ces rémunérations. Cette cotisation est à la charge de l’employeur. / () ». S’agissant de l’assurance vieillesse, l’article R. 381-104 de ce code prévoit que : « Les cotisations, salariale et patronale, sont fixées au taux de droit commun du régime général. Elles sont assises sur le total des rémunérations brutes des détenus. ». Selon l’article D. 242-4 de ce code, la part salariale du taux de cotisation des assurances vieillesse et veuvage est fixée, à compter du 1er janvier 2017, à 6,90 % de la rémunération dans la limite du plafond prévu au premier alinéa de l’article L. 241-3 et à 0,40 % sur la totalité de la rémunération. Aux termes de l’article R. 381-105 du même code : « Lorsque le travail est effectué pour le compte de l’administration et rémunéré sur les crédits affectés au fonctionnement des services généraux, les cotisations, salariale et patronale, sont intégralement prises en charge par l’administration. / () ». Enfin, aux termes de l’article R. 381-107 de ce code : « La part de cotisation à la charge du détenu est précomptée sur sa rémunération lors de chaque paie, sous réserve de l’application de l’article R. 381-105 ».
6. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que, lorsque le travail est effectué au titre des services généraux de l’établissement pénitentiaire, tant la cotisation pour l’assurance maladie et maternité que les cotisations salariales et patronales, pour l’assurance vieillesse sont prises en charge par l’employeur. En revanche, lorsque le travail est effectué au titre d’une activité dite de production, seule la cotisation d’assurance maladie et maternité et la cotisation patronale pour l’assurance vieillesse sont prises en charge par l’employeur, à l’exclusion de la cotisation salariale pour l’assurance vieillesse qui reste à la charge de la personne détenue.
7. Par ailleurs, aux termes de l’article L. 136-1 du code de la sécurité sociale : " Il est institué une contribution sociale sur les revenus d’activité et sur les revenus de remplacement à laquelle sont assujettis : / 1° Les personnes physiques qui sont à la fois considérées comme domiciliées en France pour l’établissement de l’impôt sur le revenu et à la charge, à quelque titre que ce soit, d’un régime obligatoire français d’assurance maladie ; / () ".
8. Aux termes de l’article 14 de l’ordonnance du 24 janvier 1996 relative au remboursement de la dette sociale, dans sa version applicable depuis le 1er septembre 2018 : « I.-Il est institué une contribution assise sur les revenus d’activité et de remplacement mentionnés à la section 1 du chapitre 4 du titre 3 du livre 1 du code de la sécurité sociale perçus par les personnes physiques désignées à ce même article. Cette contribution est soumise aux conditions prévues aux articles L. 136-1-1 à L. 136-4 du même code. / (). ».
9. Il résulte de ces dispositions que la rémunération due aux personnes détenues en contrepartie du travail qu’elles effectuent dans le cadre d’activités de service général est assujettie à la contribution sociale généralisée (CSG), ainsi qu’à la contribution au remboursement de la dette sociale (CRDS). En application des dispositions des articles L. 136-1-1, L. 136-2, L. 136-8, L. 412-8, D. 242-2-1 et D. 136-1 du code de la sécurité sociale ainsi que des articles 14 et 19 de l’ordonnance du 24 janvier 1996 relative au remboursement de la dette sociale, la contribution sociale mentionnée à l’article L. 136-1 du code de la sécurité sociale s’élève à 9,2% du montant brut des rémunérations, préalablement réduit de 1,75%, à compter du 1er janvier 2018, et à 9,2% du montant brut des rémunérations sur une assiette de 98,25% de 62% du salaire brut depuis le 1er janvier 2020, tandis que la contribution prévue par l’article 14 de l’ordonnance du 24 janvier 1996 précitée s’élève à 0,5% du montant brut des rémunérations, préalablement réduit de 1,75% jusqu’au 31 décembre 2019, et à 0,5 % du montant brut des rémunérations sur une assiette de 98,25% de 62% du salaire brut depuis le 1er janvier 2020.
10. En l’espèce, M. B soutient qu’il aurait dû percevoir une rémunération totale supplémentaire de 2 699,15 euros au titre des mois de juin 2019 à août 2021. Il résulte de l’instruction que l’intéressé a été affecté au service général du centre de détention de Bapaume sur un poste de classe II au titre des mois de juin 2019 à juin 2020 et sur un poste de classe I au titre des mois de juillet 2020 à août 2021. Conformément aux dispositions précitées de l’article D. 432-1 du code de procédure pénale, sa rémunération brute au titre des activités au sein du service général ne pouvait être inférieure au taux horaire correspondant à 25 % du salaire minimum interprofessionnel de croissance s’agissant de l’activité exercée sur le poste de classe II et à 33 % s’agissant de l’activité exercée sur le poste de classe I.
11. Pour déterminer les rémunérations nettes dont aurait dû bénéficier M. B, il convient de déduire de la rémunération brute qui lui était due, les différentes cotisations salariales dont il avait à s’acquitter. À ce titre, il doit être soustrait à la rémunération brute pour ces activités de service général, les cotisations relatives à la contribution sociale généralisée et à la contribution pour le remboursement de la dette sociale, calculées selon les taux indiqués au point 9, soit un taux de CSG de 9,2 %, et un taux de CRDS de 0,5 %, ces deux contributions étant appliquées sur une assiette de 98,25 % du salaire brut pour les rémunérations perçues avant le 1er janvier 2020 et sur une assiette de 98,25 % de 62 % du salaire brut pour les rémunérations perçues à compter de cette date.
12. Il résulte de l’instruction qu’eu égard à l’emploi au service général occupé par M. B durant la période citée au point 10, et compte tenu du nombre d’heures travaillées telles qu’elles figurent sur les fiches de paie produites à l’instance, ce dernier aurait dû percevoir, selon les règles de calcul rappelées précédemment, la somme totale de 7 713,78 euros. Les rémunérations nettes qui lui ont été effectivement versées par l’administration pénitentiaire au titre de la même période étant d’un montant total de 7 778,86 euros, ce dernier doit être regardé comme ayant bénéficié d’un indu de rémunération à hauteur de 65,08 euros. Si M. B conteste le nombre d’heures figurant sur ses fiches de paie, il n’apporte aucun élément de nature à démontrer qu’il aurait effectué une quotité de travail supérieure à celle indiquée sur ses fiches de paie. Dans ces conditions, le requérant ne peut se prévaloir d’aucun préjudice subi du fait des erreurs commises par l’administration pénitentiaire dans le calcul des rémunérations versées.
13. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n’est pas fondé à demander la condamnation de l’Etat à lui verser la somme de 2 699,15 euros. Par suite, ses conclusions indemnitaires doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
14. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mis à la charge de l’Etat, qui n’est pas partie perdante à l’instance, le versement tant au conseil de M. B qu’à lui-même de quelque somme que ce soit au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au garde des sceaux, ministre de la justice, et à Me Alexandre Ciaudo.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 avril 2025.
La magistrate désignée,
Signé
S. C
La greffière,
Signé
N. PAULET
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
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Textes cités dans la décision
- Loi n° 91-647 du 10 juillet 1991
- Décret n°2018-1173 du 19 décembre 2018
- Décret n°2019-1387 du 18 décembre 2019
- Décret n°2020-1598 du 16 décembre 2020
- Code de justice administrative
- Code de procédure pénale
- Code du travail
- Code de la sécurité sociale.
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