Rejet 5 septembre 2024
Commentaire • 0
Sur la décision
| Référence : | TA Nice, 5 sept. 2024, n° 2404903 |
|---|---|
| Juridiction : | Tribunal administratif de Nice |
| Numéro : | 2404903 |
| Importance : | Inédit au recueil Lebon |
| Type de recours : | Plein contentieux |
| Dispositif : | Satisfaction partielle |
| Date de dernière mise à jour : | 30 mai 2025 |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 4 septembre 2024, M. D A et Mme B C, épouse A, représentés par Me Persico, demandent au juge des référés :
1°) d’enjoindre à la rectrice de l’académie de Nice, sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-2 du code de justice administrative, dans un délai d’une semaine à compter de l’ordonnance à intervenir et sous astreinte de 200 euros par jour de retard passé ce délai, d’attribuer à leur fille un accompagnant des élèves en situation de handicap (AESH) ;
2°) de condamner l’Etat à leur payer une somme de 1 500 euros, en application des dispositions de l’article L.761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
— la condition d’urgence est remplie, leur fille n’ayant pas pu faire la rentrée 2024-2025, l’AESH qui lui était destiné ne s’étant pas présenté à l’école le jour de la rentrée des classes ;
— il est porté atteinte de manière grave et illégale au principe de l’éducation car leur fille ne peut bénéficier d’une scolarisation dans des conditions optimales et devra être déscolarisée.
Par un mémoire en défense enregistré le 5 septembre 2024, la rectrice de l’académie de Nice conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
— il ressort des pièces du dossier que l’enfant des requérants, scolarisée au sein de l’école maternelle privée sous contrat d’association « Kerem Menahem » à Nice, bénéficie de l’aide d’une accompagnante d’élèves en situation de handicap (AESH), et ce, depuis, à présent, trois années scolaires ;
— si le 2 septembre 2024, l’enfant Eden A a été empêchée de faire sa rentrée au CP car l’AESH qui devait s’occuper d’elle ne s’est pas présentée à l’école, pour regrettable qu’elle soit, cette circonstance de fait survenue soudainement, il y a seulement quarante-huit heures, et qui présente toutes les caractéristiques de la force majeure, ne traduit aucune négligence ou carence fautive de la part des services de l’éducation nationale, susceptible de matérialiser une atteinte grave et manifestement illégale au droit à l’instruction de l’enfant des requérants, en tant que liberté fondamentale ;
— au demeurant, il importe de souligner ici la difficulté générale et constante à laquelle est confrontée l’administration de l’éducation nationale s’agissant de recruter des AESH et de pourvoir à leur remplacement le cas échéant ;
— l’administration ne peut être regardée comme n’ayant pas accompli les diligences nécessaires à l’exécution de la mesure d’accompagnement prescrite au bénéfice de l’enfant ; quand bien même ces diligences n’ont pas encore porté leur fruit, et ce, indépendamment de la volonté de l’administration.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
— le code de l’action sociale et des familles ;
— le code de l’éducation ;
— le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Taormina pour statuer sur les demandes de référé.
Après avoir entendu au cours de l’audience publique du 5 septembre 2024, à laquelle les parties avaient été régulièrement convoquées :
— le rapport de M. Taormina, juge des référés ;
— et les observations de Me Persico pour M. et Mme A, la rectrice de l’académie de Nice n’étant ni présente, ni représentée.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes du code de justice administrative : « Art. L.521-2. – Saisi d’une demande en ce sens justifiée par l’urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d’une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d’un service public aurait porté, dans l’exercice d’un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. Art. L.522-1. – Le juge des référés statue au terme d’une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu’il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d’y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l’heure de l’audience publique (). Art. L.522-3. – Lorsque la demande ne présente pas un caractère d’urgence ou lorsqu’il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu’elle est irrecevable ou qu’elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu’il y ait lieu d’appliquer les deux premiers alinéas de l’article L. 522-1 ».
2. Aux termes de l’article L. 111-1 du code de l’éducation : « () Le droit à l’éducation est garanti à chacun afin de permettre de développer sa personnalité, d’élever son niveau de formation initiale et continue, de s’insérer dans la vie sociale, d’exercer sa citoyenneté () ». Aux termes de l’article L.112-1 de ce code : « Pour satisfaire aux obligations qui lui incombent en application des articles L.111-1 et L.111-2, le service public de l’éducation assure une formation scolaire, professionnelle ou supérieure aux enfants, aux adolescents et aux adultes présentant un handicap ou un trouble de la santé invalidant. Dans ses domaines de compétence, l’Etat met en place les moyens financiers et humains nécessaires à la scolarisation en milieu ordinaire des enfants, adolescents ou adultes en situation de handicap () ». Aux termes de l’article L.351-3 du même code : « Lorsque la commission mentionnée à l’article L.146-9 du code de l’action sociale et des familles constate que la scolarisation d’un enfant dans une classe de l’enseignement public ou d’un établissement mentionné à l’article L. 442-1 du présent code requiert une aide individuelle dont elle détermine la quotité horaire, cette aide peut notamment être apportée par un accompagnant des élèves en situation de handicap recruté conformément aux modalités définies à l’article L.917-1 () ».
3. L’égal accès à l’instruction est garanti par le treizième alinéa du préambule de
la Constitution de 1946, auquel se réfère celui de la Constitution de 1958. Ce droit, confirmé par l’article 2 du premier protocole additionnel à la convention européenne de sauvegarde
des droits de l’homme et des libertés fondamentales, est, en outre, rappelé à l’article L.111-1 du code de l’éducation, qui énonce que « le droit à l’éducation est garanti à chacun » et, s’agissant des enfants présentant un handicap ou un trouble de la santé invalidant, à l’article L.112-1 du même code selon lequel " tout enfant est inscrit dans l’un
des établissements mentionnés à l’article L.351-1 le plus proche de son domicile, qui constitue son établissement de référence « . L’exigence constitutionnelle d’égal accès à l’instruction est mise en œuvre par les dispositions de l’article L.131-1 de ce code, telles que modifiées par la loi n° 2019-791 du 26 juillet 2019 aux termes desquelles : » L’instruction est obligatoire pour chaque enfant dès l’âge de trois ans ". La privation pour un enfant, notamment s’il souffre d’un handicap, de toute possibilité de bénéficier d’une scolarisation ou d’une formation scolaire adaptée, selon les modalités que le législateur a définies afin d’assurer le respect de l’exigence constitutionnelle d’égal accès à l’instruction, est susceptible de constituer une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale, au sens de l’article L.521-2 du code
de justice administrative, pouvant justifier l’intervention du juge des référés sur le fondement de cet article, sous réserve qu’une urgence particulière rende nécessaire l’intervention d’une mesure de sauvegarde dans les quarante-huit heures. En outre, le caractère grave et manifestement illégal d’une telle atteinte s’apprécie en tenant compte, d’une part de l’âge de l’enfant et de son handicap, d’autre part des diligences accomplies par l’autorité administrative compétente, au regard des moyens dont elle dispose.
4. Par décision du 20 avril 2024, la commission des droits et de l’autonomie des personnes handicapées (CDAPH) de la maison départementale de l’autonomie des Alpes-Maritimes, a accordé pour l’enfant Eden A, née le 21 novembre 2017, notamment une aide humaine individuelle à élèves handicapés jusqu’au 31 juillet 2028. En dépit de cette décision, dès lors que l’enfant ne bénéficie pas de l’assistance d’une aide humaine depuis la rentrée des classes, ainsi que cela ressort d’un courriel de la directrice de l’école, alors que l’enfant ne peut pas répondre seule aux difficultés liées à son manque d’autonomie en classe. Dès lors, la situation d’urgence exigée par les dispositions de l’article L. 521-2 du code de justice administrative, impliquant qu’une mesure de sauvegarde soit prise dans les quarante-huit heures, doit être regardée comme justifiée.
5. La situation décrite ci-dessus, qui prive l’enfant d’une scolarisation adaptée, compte tenu de ses besoins propres, porte une atteinte grave et manifestement illégale à son droit à l’éducation. S’il doit être tenu compte des difficultés auxquelles l’administration est confrontée pour le recrutement des accompagnants d’élève en situation de handicap, il n’en demeure pas moins qu’elle est dans l’obligation de mettre en place les aides accordées par la CDAPH. Il y a lieu en conséquence de faire injonction à la rectrice de l’académie de Nice d’affecter à l’enfant des requérants, dans les conditions fixées par la CDAPH des Alpes-Maritimes dans sa décision du 20 avril 2024, un accompagnement d’élève en situation de handicap, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance. En revanche, il n’y a pas lieu d’assortir cette injonction d’une astreinte.
6. Dans les circonstances de l’espèce, il n’y a pas lieu de mettre à la charge de l’Etat une somme à verser à M. et Mme A au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : Il est enjoint à la rectrice de l’académie de Nice d’affecter à l’enfant Eden A un accompagnement d’élève en situation de handicap dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. et Mme A et au ministre de l’éducation nationale et de la jeunesse.
Copie en sera adressée à la rectrice de l’académie de Nice et à la Maison départementale de l’autonomie des Alpes-Maritimes.
Fait à Nice, le 5 septembre 2024.
Le juge des référés
signé
G. Taormina
La République mande et ordonne au ministre de l’éducation nationale et de la jeunesse ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
Ou par délégation, la greffière,
N°2404903
Décisions similaires
Citées dans les mêmes commentaires • 3
- Justice administrative ·
- Urgence ·
- Juge des référés ·
- Solidarité ·
- Commissaire de justice ·
- Refus ·
- Demande ·
- Allocations familiales ·
- Atteinte ·
- Disposer
- Transport ·
- Casier judiciaire ·
- Justice administrative ·
- Véhicule ·
- Cartes ·
- Permis de conduire ·
- Chauffeur ·
- Condamnation ·
- Annulation ·
- Commissaire de justice
- Justice administrative ·
- Immatriculation ·
- Titre ·
- Commissaire de justice ·
- Consultation ·
- Agence ·
- Désistement ·
- Délai ·
- Application ·
- Demande
Citant les mêmes articles de loi • 3
- Justice administrative ·
- Légalité externe ·
- Territoire français ·
- Commissaire de justice ·
- Ressortissant ·
- Gouvernement ·
- Titre ·
- Refus ·
- Pays ·
- Autorisation provisoire
- Polynésie française ·
- Associations ·
- Conseil d'etat ·
- Pacifique ·
- Action sociale ·
- L'etat ·
- Mandataire judiciaire ·
- Mesure de protection ·
- Mandataire ·
- Préjudice
- Île-de-france ·
- Astreinte ·
- Justice administrative ·
- Injonction ·
- Logement ·
- Région ·
- Commissaire de justice ·
- Habitation ·
- Construction ·
- Tribunaux administratifs
De référence sur les mêmes thèmes • 3
- Police ·
- Justice administrative ·
- Carte de séjour ·
- Renouvellement ·
- Urgence ·
- Titre ·
- Suspension ·
- Commission ·
- Vie privée ·
- Légalité
- Territoire français ·
- Refus ·
- Droit d'asile ·
- Séjour des étrangers ·
- Titre ·
- Liberté fondamentale ·
- Erreur ·
- Justice administrative ·
- Soutenir ·
- Convention européenne
- Tribunaux administratifs ·
- Justice administrative ·
- Compétence du tribunal ·
- Médiation ·
- L'etat ·
- Conseil d'etat ·
- Quasi-contrats ·
- Département ·
- Carence ·
- Juridiction
Sur les mêmes thèmes • 3
- Justice administrative ·
- Syndicat de copropriétaires ·
- Ville ·
- Désistement ·
- Immeuble ·
- Commissaire de justice ·
- Action ·
- Rejet ·
- Acte ·
- Recours gracieux
- Territoire français ·
- Congo ·
- Pays ·
- Durée ·
- Menaces ·
- Destination ·
- Enfant ·
- Droit d'asile ·
- Séjour des étrangers ·
- Justice administrative
- Justice administrative ·
- Juge des référés ·
- Sécurité sociale ·
- Urgence ·
- Assurance maladie ·
- Facture ·
- Commissaire de justice ·
- Contentieux ·
- Assurances ·
- Demande
Aucune décision de référence ou d'espèce avec un extrait similaire.