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Sur la décision
| Référence : | TJ Avignon, réf. jcp <ou= 10 000eur, 17 juin 2025, n° 24/00151 |
|---|---|
| Numéro(s) : | 24/00151 |
| Importance : | Inédit |
| Dispositif : | Expulsion "conditionnelle" ordonnée en référé avec suspension des effets de la clause résolutoire |
| Date de dernière mise à jour : | 28 juin 2025 |
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Texte intégral
COUR D’APPEL DE [Localité 9]
TRIBUNAL JUDICIAIRE D’AVIGNON
N° RG 24/00151 – N° Portalis DB3F-W-B7I-JU2R
Minute N° : 25/00280
Procédure civile de droit commun
ORDONNANCE DE REFERE
Code de procédure Civile art.454
DU 17 Juin 2025
Dossier + Copie + Copie exécutoire délivrés à :Me SANCHEZ
Dossier + Copie délivrés à :Me MARCEL
le :17/06/2025
DEMANDEUR
S.C.I. KR1 prise en la personne de son représentant légal en exercice
[Adresse 1]
[Adresse 8]
[Localité 2]
représentée par Me Karine SANCHEZ, avocat au barreau D’AVIGNON, substitué par Me Olivier GRAF, avocat au barreau d’AVIGNON
DÉFENDEUR :
Monsieur [B] [P]
né le 05 Février 2002 à [Localité 7] (MALI)
[Adresse 5]
[Adresse 4]
[Localité 3]
représenté par Me Véronique MARCEL, avocat au barreau D’AVIGNON
COMPOSITION DU TRIBUNAL :
Mme Meggan DELACROIX-ROHART, Juge,
assisté de Madame Béatrice OGIER, Greffier
DÉBATS :
Après avoir entendu à l’audience du 20 Mai 2025 les parties comparantes ou leurs conseils, le président les a informés que l’affaire était mise en délibéré et que l’ordonnance serait rendue ce jour, par mise à disposition au greffe.
EXPOSE DU LITIGE
Par acte sous seing privé du 26 novembre 2020, la SCI KR1 a consenti à [B] [P] un bail portant sur un local à usage d’habitation situé à [Adresse 6], moyennant un loyer mensuel de 400,00 euros charges non comprises.
Par exploit de commissaire de justice en date du 27 novembre 2023, la SCI KR1 a fait délivrer à [B] [P] un commandement de payer la somme totale de 1443,38 euros selon décompte arrêté au 22 novembre 2023 et dont la somme de 1291,44 euros correspond aux loyers et charges non réglés.
En l’absence de paiement des sommes réclamées, la SCI KR1 a fait assigner devant le juge chargé des contentieux de la protection du Tribunal judiciaire d’AVIGNON, [B] [P] par acte de commissaire de justice délivré le 13 février 2024 aux fins de:
constatation de l’acquisition de la clause résolutoire ;d’expulsion du ou des locataires ainsi que de tous occupants de son chef avec, si besoin est, le concours de la force publique,lui régler la somme de 2662,47 euros au titre de la dette locative,lui régler une indemnité d’occupation mensuelle fixée à une somme étant égale au montant du loyer contractuel et des charges, à compter du 28 janvier 2024 et ce jusqu’au départ effectif des lieuxlui régler la somme de 750,00 euros au titre des frais irrépétibles outre les entiers dépens comprenant le coût du commandement de payer.
*
Aux audiences du 21 mai 2024, du 1er octobre 2024 et du 04 février 2025, l’affaire a été renvoyée afin qu’un accord puisse éventuellement être trouvé entre elles.
A l’audience du 20 mai 2025, la SCI KR1, représentée, a sollicité le bénéfice de ses écritures soutenues oralement, et a fait état d’un accord entre les parties sur des délais de paiement.
Au cours de cette audience, [B] [P] représenté, a également sollicité le bénéfice de ses écritures soutenues à l’oral et a fait valoir l’existence d’un plan signé le 19 mai 2025. Il a indiqué qu’il s’était retrouvé dans une situation critique suite à la perte de son emploi et à l’absence d’indemnisation intervenue par son employeur. A ce titre, il a expliqué qu’il a été contraint de saisir la juridiction prud’homale afin d’obtenir ses droits. Il a également précisé qu’il avait eu des difficultés pour retravailler en raison de l’expiration de son titre de séjour. Il a mentionné qu’il travaille désormais dans le cadre d’un contrat à durée indéterminée lui permettant de percevoir mensuellement une rémunération de 1300,00 euros environ.
Le défendeur ayant comparu ou ayant été représenté, la présente décision, susceptible d’appel, sera contradictoire à l’égard de toutes les parties conformément aux dispositions de l’article 467 du code de procédure civile.
En application de l’article 455 du code de procédure civile qui dispose que «le jugement doit exposer succinctement les prétentions respectives des parties et leurs moyens. Cet exposé peut revêtir la forme d’un visa des conclusions des parties avec l’indication de leur date. Le jugement doit être motivé. Il énonce la décision sous forme de dispositif.», il sera fait renvoi pour un plus ample exposé du litige et des moyens aux conclusions des parties.
A l’audience du 20 mai 2025, l’affaire a été mise en délibéré au 17 juin 2025.
MOTIFS DE LA DÉCISION
En application de l’article 472 du code de procédure civile, « Si le défendeur ne comparaît pas, il est néanmoins statué sur le fond. Le juge ne fait droit à la demande que dans la mesure où il l’estime régulière, recevable et bien fondée ».
Sur la recevabilité de l’action
Aux termes de l’article 24 III et IV de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989, toute demande principale (par voie d’assignation), additionnelle ou reconventionnelle aux fins de constat de prononcé de la résiliation motivée par l’existence d’une dette locative, doit être notifiée au représentant de l’Etat dans le département au moins six semaines avant l’audience afin qu’il saisisse l’organisme compétent par le plan départemental d’action pour le logement et l’hébergement des personnes défavorisées.
En l’espèce, l’assignation a été notifiée au représentant de l’Etat dans le département suivant courrier électronique du 15 février 2024, au moins six semaines avant la première audience fixée au 21 mai 2024.
En outre, lorsque le bailleur est une personne morale (autre qu’une SCI familiale), il doit justifier de la saisine de la commission de coordination des actions de prévention des expulsions locatives (CCAPEX) par voie électronique au moins deux mois avant de délivrer leur assignation. Toutefois, cette saisine est réputée constituée lorsque persiste une situation d’impayés, préalablement signalée aux organismes payeurs des aides au logement (Allocation logement et aide personnalisée au logement) en vue d’assurer le maintien de leur versement.
Au cas d’espèce, la CCAPEX a été avisée le 30 novembre 2023 conformément au délai imposé par les dispositions précitées.
Aussi, la demande de résiliation du bail sera déclarée recevable.
Sur la résiliation du bail et l’acquisition de la clause résolutoire
L’article 835 du code de procédure civile dispose en son alinéa 2nd que « Dans les cas où l’existence de l’obligation n’est pas sérieusement contestable, ils peuvent accorder une provision au créancier, ou ordonner l’exécution de l’obligation même s’il s’agit d’une obligation de faire ».
L’article 4 g) de la loi du 06 juillet 1989 autorise l’insertion dans les baux d’habitation de clauses résolutoires que pour trois cas:
le défaut de paiement du loyer, des charges ou du dépôt de garantie,le non respect de l’obligation d’user paisiblement des locaux loués,l’absence de souscription d’une assurance garantissant la responsabilité du locataire.
L’article 24 de la loi du 06 juillet 1989 concerne spécifiquement la résiliation du contrat de bail pour défaut de paiement du loyer, des charges ou du dépôt de garantie. Cet article impose, à peine de nullité de forme, la signification au locataire d’un commandement de payer les sommes dues dans un délai de deux mois.
*
Au cas d’espèce, le contrat de bail du 26 novembre 2020 contient en son article VII une clause résolutoire pour défaut de paiement des charges et loyers.
La SCI KR1 a fait signifier à [B] [P], le 27 novembre 2023, un commandement de payer la somme totale de 1291,44 euros correspondant aux loyers et charges impayés.
Il ressort du décompte produit par la SCI KR1 que [B] [P] n’a pas satisfait aux termes du commandement de payer susvisé.
[B] [P] ne démontre pas d’avoir payé les sommes dues au titre du commandement susvisé dans le délai imparti.
Un délai de deux mois s’est écoulé entre la délivrance de ce commandement de payer resté infructueux et la signification de l’assignation.
Aussi, la clause résolutoire est acquise depuis le 27 janvier 2024 (commandement + 2mois) au profit de bailleur. Il y a lieu de constater la résiliation du bail à compter de cette date.
Sur les sommes dues au titre du solde locatif, les délais de paiement et la suspension des effets de la clause résolutoire, l’accord des parties
Il résulte de la combinaison de l’article 1728 2° du code civil et de l’article 7 a) de la loi du 06 juillet 1989, ainsi que des stipulations contractuelles du bail du 26 novembre 2020, que le locataire est tenu de payer le loyer et les charges récupérables aux termes convenus.
En outre, l’article 24 V de la loi du 06 juillet 1989 dans sa version issue de la loi 2023-668 du 27 juillet 2023, dispose que « Le juge peut, à la demande du locataire, du bailleur ou d’office, à la condition que le locataire soit en situation de régler sa dette locative et qu’il ait repris le versement intégral du loyer courant avant la date de l’audience, accorder des délais de paiement dans la limite de trois années, par dérogation au délai prévu au premier alinéa de l’article 1343-5 du code civil, au locataire en situation de régler sa dette locative. Le quatrième alinéa de l’article 1343-5 s’applique lorsque la décision du juge est prise sur le fondement du présent alinéa. Le juge peut d’office vérifier tout élément constitutif de la dette locative et le respect de l’obligation prévue au premier alinéa de l’article 6 de la présente loi. Il invite les parties à lui produire tous éléments relatifs à l’existence d’une procédure de traitement du surendettement au sens du livre VII du code de la consommation ».
A ce titre, il convient d’indiquer que l’article 1343-5 du code civil alinéa 04 prévoit que « La décision du juge suspend les procédures d’exécution qui auraient été engagées par le créancier. Les majorations d’intérêts ou les pénalités prévues en cas de retard ne sont pas encourues pendant le délai fixé par le juge ».
Aussi, il ressort de ces éléments que lorsque le juge est saisi d’une demande de délai de paiement par le bailleur ou par la locataire, et à la condition que celui-ci ait repris le versement intégral du loyer courant avant la date de l’audience, les effets de la clause résolutoire peuvent être suspendus pendant le cours des délais accordés par le juge. Cette suspension prend fin dès le premier impayé ou dès lors que le locataire ne se libère pas de sa dette locative dans le délai et selon les modalités fixées par le juge. Si le locataire se libère de sa dette locative dans le délai et selon les modalités prévues par le juge, la clause de résolutoire du bail est réputée ne pas voir joué et dans le cas contraire, elle reprend son plein effet.
*
La SCI KR1 produit un décompte arrêté au 19 mai 2025 à hauteur de 1063,49 euros.
La clause résolutoire étant acquise depuis le 27 janvier 2024, les sommes dues au titre des loyers et charges impayés par [B] [P] s’élèvent à 2205,46 euros.
Les parties ont fait valoir l’existence d’un plan signé entre elles le 19 mai 2025 sur la base d’une dette arrêtée au 09 mai 2025 pour un montant de 1557,77 euros et prévoyant un paiement en mai 2025 d’un montant de 150,00 euros puis 28 paiements mensuels de 50,00 euros puis un dernier paiement de 7,77 euros. Il convient de souligner que ce plan contient les sommes dues au titre des dépens et des frais de commissaire de justice : 144,01 euros en date du 1er mars 2024 et 126,82 euros en date du 23 avril 2024, de sorte que ces sommes seront incluses dans les comptes entre les parties et seront exclues des dépens.
Le dernier relevé communiqué en date du 19 mai 2025 atteste de la reprise du paiement des loyers et charges courants outre du commencement de l’exécution du plan signé entre les parties à hauteur de 150,00 euros au titre du paiement de mai 2025.
Dès lors, il y a lieu de constater l’accord des parties.
[B] [P] sollicite la suspension de la clause résolutoire pendant le cours des délais ainsi accordés, suspension à laquelle la SCI KR1 ne s’oppose pas.
Dès lors, pendant le cours des délais ainsi accordés, les effets de la clause résolutoire seront suspendus. Si [B] [P] se libère dans le délai et selon les modalités fixées, la clause résolutoire sera réputée ne pas avoir joué, et [B] [P] ne sera pas expulsé.
En revanche, si [B] [P] ne respecte pas les délais accordés ou s’il ne règle pas l’intégralité de son loyer courant à la date convenue, la totalité des sommes dues deviendra immédiatement exigible et la clause résolutoire sera réputée acquise.
Dans cette hypothèse, l’expulsion de [B] [P] sera ordonnée et le sort des meubles se trouvant dans les lieux sera régi conformément aux dispositions des articles L. 433-1 et L. 433-2 du code des procédures civiles d’exécution.
Par ailleurs, [B] [P] sera tenu de payer à la SCI KR1, à titre provisionnel et d’indemnité d’occupation, en application de l’article 1240 du code civil et à compter de la résiliation du bail, une somme égale au montant du loyer augmenté des charges fixés tels qu’ils auraient subsisté si le contrat de bail n’avait pas été résilié, indexation contractuelle comprise.
Sur les demandes accessoires
Sur les dépens,
En application de l’article 696 du code de procédure civile, la partie perdante est condamnée aux dépens, à moins que le juge, par décision, n’en mette la totalité ou une fraction à la charge d’une autre partie,
[B] [P] qui succombe à l’instance sera condamné aux entiers dépens (n’incluant pas le coût du commandement de payer en date du 27 novembre 2023 car déjà pris en compte dans le cadre du plan)
Sur les frais irrépétibles,
Au terme de l’article 700 du code de procédure civile, le juge condamne la partie tenue aux dépens qui perd son procès à payer à l’autre partie la somme qu’il détermine au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l’équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut même d’office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu’il n’y a lieu à condamnation.
L’équité commande de condamner [B] [P] à verser une somme de 100,00 euros au titre des frais irrépétibles que la SCI KR1 a pu exposer pour la présente procédure.
Sur l’exécution provisoire
En application de l’article 514 du code de procédure civile, les décisions de première instance sont de droit exécutoires à titre provisoire à moins que la loi ou la décision rendue n’en dispose autrement.
En conséquence, il y a lieu de rappeler que l’exécution provisoire de la présente décision est de droit.
PAR CES MOTIFS
Nous, Meggan DELACROIX-ROHART, Juge chargé des contentieux de la protection statuant en qualité de juge des référés, assistée de Béatrice OGIER, greffière, statuant publiquement, par ordonnance de référé contradictoire rendue en premier ressort,
Au principal, RENVOYONS les parties à se pourvoir ainsi qu’elles aviseront mais, dès à présent et par provision,
DECLARONS recevable la demande de résiliation formée par la SCI KR1 concernant le local à usage d’habitation situé [Adresse 6], loué par [B] [P] suivant contrat de bail du 26 novembre 2020,
CONSTATONS que les conditions d’acquisition de la clause résolutoire figurant au bail conclu le 26 novembre 2020 entre la SCI KR1 et [B] [P] concernant le logement à usage d’habitation situé [Adresse 6] sont réunies à la date du 27 janvier 2024,
CONSTATONS la résiliation de plein droit du contrat de bail précité à compter du 27 janvier 2024,
CONSTATONS l’accord des parties en date du 19 mai 2025 prévoyant une dette arrêtée au 09 mai 2025 à hauteur de 1557,77 euros,
En conséquence,
CONDAMNONS à titre provisionnel [B] [P] à payer à la SCI KR1, la somme de 1557,77 euros au titre des loyers et charges impayés outre les frais de commissaire de justice arrêtés au 09 mai 2025,
DISONS que [B] [P] pourra se libérer de la dite somme par 1 mensualité de 150,00 euros payables au cours du moi de mai 2025, puis 28 mensualités de 50,00 euros et une 30ème mensualité de 7,77 euros, chacune des mensualités payable en plus du loyer et des charges courantes, et en même que lui,
CONSTATONS que la mensualité de mai 2025, à hauteur de 150,00 euros a été payée avant l’audience du 20 mai 2025,
DISONS que les effets de la clause résolutoire sont suspendus durant l’exécution desdits délais de paiement,
DISONS qu’en cas de respect des délais de paiement, la clause résolutoire sera réputée ne jamais avoir jouée,
RAPPELONS qu’aux termes de l’article 1343-5 alinéa 4 du code civil, ces délais suspendent les voies d’exécution.
DISONS qu’à défaut de paiement d’une seule déchéance ou du loyer courant à sa date d’exigibilité et quinze jours après mise en demeure restée infructueuse:
la totalité de la somme restant due sera immédiatement exigible,la clause résolutoire retrouvera son plein effet,à défaut de départ volontaire de [B] [P] des lieux situés à [Adresse 6], et deux mois après la notification au préfet du commandement d’avoir à quitter les lieux, il sera procédé à son expulsion et à celle de tous occupants de son chef, avec l’assistance de la force publique et d’un serrurier, si besoin est, et au transport des meubles laissés dans les lieux aux frais de l’expulsé dans tel garde-meuble désigné par l’expulsé ou à défaut par le la SCI KR1. • [B] [P] sera tenu au paiement d’une indemnité d’occupation égale au montant des loyers et charges qui auraient été dus en cas de non-résiliation du bail, somme qui sera indexée et révisées conformément aux stipulations contractuelles,
DISONS que le présent jugement sera transmis aux services de la Préfecture de [Localité 10],
CONDAMNONS [B] [P] à régler à la SCI KR1 la somme de 100,00 euros aux titres des frais irrépétibles,
CONDAMNONS [B] [P] aux entiers dépens,
RAPPELONS que l’exécution provisoire est de droit,
Ainsi ordonné et mis à disposition du public par le greffe, en application des dispositions de l’article 450 alinéa 2 du code de procédure civile, le 17 juin 2025.
Le Greffier Le Juge
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