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Sur la décision
| Référence : | TJ Bobigny, ch. 28 proxi référé, 30 janv. 2025, n° 24/01859 |
|---|---|
| Numéro(s) : | 24/01859 |
| Importance : | Inédit |
| Dispositif : | Expulsion "conditionnelle" ordonnée en référé avec suspension des effets de la clause résolutoire |
| Date de dernière mise à jour : | 4 février 2025 |
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Texte intégral
TRIBUNAL DE PROXIMITE
DE SAINT DENIS
[Adresse 3]
[Localité 6]
Téléphone : [XXXXXXXX01]
Télécopie : [XXXXXXXX02]
@ : [Courriel 9]
REFERENCES : N° RG 24/01859 – N° Portalis DB3S-W-B7I-ZZNU
Minute : 25/00030
Madame [T] [H] [L] épouse [O]
Représentant : Me Bertrand ESPAGNO, avocat au barreau de TOULOUSE, vestiaire :
Monsieur [S] [O]
Représentant : Me Bertrand ESPAGNO, avocat au barreau de TOULOUSE, vestiaire :
C/
Madame [P] [I] [W]
Représentant : Me Issa KEITA, avocat au barreau de SEINE-SAINT-DENIS, vestiaire : 116
Exécutoire, copie, dossier
délivrés à :
Copie certifiée conforme délivrée à :
Me Issa KEITA
Le
ORDONNANCE DE REFERE
DU 30 Janvier 2025
Ordonnance rendue par décision contradictoire et en premier ressort et mise à disposition au greffe du tribunal de proximité en date du 30 Janvier 2025;
Par Madame Mylène POMIES, en qualité de juge des contentieux de la protection, assistée de Madame Erica KISNORBO, greffier ;
Après débats à l’audience publique du 19 Décembre 2024 tenue sous la présidence de Madame Mylène POMIES juge des contentieux de la protection, assistée de Madame Erica KISNORBO, greffier ;
ENTRE DEMANDEURS :
Madame [T] [H] [L] épouse [O]
[Adresse 4]
[Localité 7]
représentée par Me Bertrand ESPAGNO, avocat au barreau de TOULOUSE, vestiaire :
Monsieur [S] [O]
[Adresse 4]
[Localité 7]
représenté par Me Bertrand ESPAGNO, avocat au barreau de TOULOUSE, vestiaire :
D’UNE PART
ET DÉFENDEUR :
Madame [P] [I] [W]
[Adresse 5]
[Localité 8]
représentée par Me Issa KEITA, avocat au barreau de SEINE-SAINT-DENIS, vestiaire : 116
D’AUTRE PART
EXPOSE DES FAITS ET DE LA PROCEDURE
Par acte du 15 juillet 2022, Madame [T] [O] née [L] et Monsieur [S] [O] (“Monsieur et Madame [Z]” dans le bail) ont donné à bail à Madame [P] [I] [W] un appartement à usage d’habitation situé [Adresse 5], moyennant un loyer mensuel initial de 780 euros, outre une provision sur charges.
Des loyers étant demeurés impayés, Madame [T] [O] née [L] et Monsieur [S] [O] ont fait signifier à Madame [P] [I] [W] par acte de commissaire de justice du 15 avril 2024 un commandement de payer la somme de 2 266 euros, en principal, correspondant à l’arriéré locatif, terme du mois d’avril 2024 inclus et visant la clause résolutoire contractuelle.
Par acte de commissaire de justice du 10 juillet 2024, Madame [T] [O] née [L] et Monsieur [S] [O] ont fait assigner Madame [P] [I] [W] devant le juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire de Bobigny siégeant au tribunal de proximité de Saint-Denis statuant en référé aux fins de :
— constater le jeu de la clause résolutoire insérée au contrat de bail liant les parties sur le fondement de l’article 24 de la loi du 6 juillet 1989,
— ordonner l’expulsion de Madame [P] [I] [W] et de tout occupant de son chef avec le concours de la force publique et d’un serrurier si besoin est,
— condamner Madame [P] [I] [W] à leur payer une provision au titre des loyers et charges impayés au 24 juin 2024, soit la somme de 3 966 euros, sous réserve des loyers à échoir, ainsi qu’une indemnité d’occupation provisionnelle jusqu’à libération effective des lieux d’un montant mensuel égal au montant du loyer et des charges si le bail s’était poursuivi,
— condamner Madame [P] [I] [W] à leur payer la somme de 800 euros sur le fondement de l’article 700 du code de procédure civile, outre aux entiers dépens en ce compris le coût du commandement de payer.
Un diagnostic social et financier a été reçu au greffe avant l’audience et il a été porté à la connaissance des parties à l’audience.
Appelée à l’audience du 23 septembre 2024, l’affaire a fait l’objet de deux renvois pour être finalement retenue à l’audience du 19 décembre 2024.
A cette audience Madame [T] [O] née [L] et Monsieur [S] [O], représentés par leur conseil, ont maintenu leurs demandes, ont actualisé celle relative à la provision au titre de l’arriéré de loyers à la somme de 7 525,71 euros et se sont opposés à l’octroi de délais de paiement qui pourraient être accordés et à la suspension des effets de la clause résolutoire qui pourraient être accordés par le juge, estimant que le paiement intégral du loyer courant n’a pas été repris avant l’audience alors que le bail est récent et qu’un seul paiement a été effectué depuis plusieurs mois.
Comparante en personne et asssitée de son conseil, Madame [P] [I] [W] a sollicité le bénéfice de ses conclusions déposées à l’audience et soutenues oralement. Elle demande la suspension des effets de la clause résolutoire, l’octroi de délais de paiement à raison d’échéances de 115 euros par mois. Oralement elle a proposé de verser 200 euros par mois pour apurer sa dette en 36 mois. Elle a a titre subsidiaire solliciter des délais pour quitter les lieux.
Ele a reconnu la dette. Elle fait état de ressources mensuelles de 1 400 euros par mois, outre 700 euros par mois d’extra.
Il lui a été autorisé à déposer par note en délibéré la preuve de la reprise intégrale du loyer courant, par mandat cash, avant le 19 décembre 2024.
La décision sera contradictoire. A l’issue de l’audience, la décision a été mise en délibéré au 30 janvier 2025 par mise à disposition au greffe. Postérieurement à la clôture des débats, le 19 décembre 2024 avant midi, Madame [P] [I] [W] a justifié du paiement intégral du loyer courant par mandat cash effectué le jour même de l’audience.
MOTIVATION DE LA DECISION
En application des dispositions des articles 834 et 835 du code de procédure civile, dans tous les cas d’urgence, le président du tribunal judiciaire ou le juge du contentieux de la protection dans les limites de sa compétence, peuvent ordonner en référé toutes les mesures qui ne se heurtent à aucune contestation sérieuse ou que justifie l’existence d’un différend.
Le président du tribunal judiciaire ou le juge du contentieux de la protection dans les limites de sa compétence peuvent toujours, même en présence d’une contestation sérieuse, prescrire en référé les mesures conservatoires ou de remise en état qui s’imposent, soit pour prévenir un dommage imminent, soit pour faire cesser un trouble manifestement illicite.
Dans les cas où l’existence de l’obligation n’est pas sérieusement contestable, ils peuvent accorder une provision au créancier, ou ordonner l’exécution de l’obligation même s’il s’agit d’une obligation de faire.
Sur la recevabilité de la demande de résiliation et d’expulsion
Conformément à l’article 24 de la loi du 6 juillet 1989, l’assignation a été notifiée au représentant de l’État dans le département le 12 juillet 2024 soit au moins six semaines avant l’audience, et la situation a été signalée à la CCAPEX le 18 avril 2024, soit deux mois au moins avant la délivrance de l’assignation du 10 juillet 2024.
En conséquence, l’action introduite par Madame [T] [O] née [L] et Monsieur [S] [O] est recevable.
Sur l’acquisition de la clause résolutoire
En matière de bail, l’article 24 I de la loi n°89-462 du 6 juillet 1989 dispose que tout contrat de bail d’habitation contient une clause prévoyant la résiliation de plein droit du contrat de location pour défaut de paiement du loyer ou des charges aux termes convenus ou pour non-versement du dépôt de garantie et que cette clause ne produit effet que deux mois après un commandement de payer demeuré infructueux.
En l’espèce, le bail conclu le 15 juillet 2022 contient une clause résolutoire et un commandement de payer visant cette clause a été signifié le 15 avril 2024, pour la somme en principal de 2 266 euros. Ce commandement rappelle la mention que le locataire dispose d’un délai de deux mois pour payer sa dette, comporte le décompte de la dette et l’avertissement qu’à défaut de paiement ou d’avoir sollicité des délais de paiement, le locataire s’expose à une procédure judiciaire de résiliation de son bail et d’expulsion, outre la mention de la possibilité pour le locataire de saisir le fonds de solidarité pour le logement de son département aux fins de solliciter une aide financière et de saisir, à tout moment, la juridiction compétente aux fins de demander un délai de grâce sur le fondement de l’article 1343-5 du code civil. Il est ainsi régulier en sa forme.
Il correspond par ailleurs bien à une dette justifiée à hauteur du montant des loyers échus et impayés (voir ci-après au titre de la demande en paiement) et est ainsi valable.
Ce commandement est enfin demeuré infructueux pendant plus de deux mois, de sorte qu’il y a lieu de constater que les conditions d’acquisition de la clause résolutoire contenue dans le bail étaient réunies à la date du 17 juin 2024 compte tenu des règles de computation des délais des articles 641 et 642 du code de procédure civile.
Sur la demande de provision au titre de l’arriéré locatif et l’indemnité d’occupation
Madame [P] [I] [W] est redevable des loyers impayés jusqu’à la date de résiliation du bail en application des articles 1103 et 1217 du code civil. Par ailleurs, le maintien dans les lieux postérieurement à la date d’expiration du bail constitue une faute civile ouvrant droit à réparation en ce qu’elle cause un préjudice certain pour le propriétaire dont l’occupation indue de son bien l’a privé de sa jouissance. Au delà de cet aspect indemnitaire, l’indemnité d’occupation, qui est également de nature compensatoire, constitue une dette de jouissance correspondant à la valeur équitable des locaux.
En l’espèce Madame [T] [O] née [L] et Monsieur [S] [O] produisent un décompte faisant apparaître que Madame [P] [I] [W] restait devoir la somme de 7 525,71 euros à la date du 1er décembre 2024, échéance du mois de décembre 2024 incluse.
Les frais de poursuite facturés 159,71 euros, dont il n’est pas démontré qu’ils sont dus contractuellement, sont sérieusement contestables et seront retirés conformément à l’article 24 V de la loi du 6 juillet 1989 précisant que le juge peut d’office vérifier tout élément constitutif de la dette locative, étant rappelé que les frais du commandement de payer et de l’assignation sont inclus dans les dépens.
Pour la somme au principal, Madame [P] [I] [W] n’apporte par définition aucun élément de nature à contester le principe ni le montant de la dette, qu’elle reconnaît d’ailleurs à l’audience.
Elle sera donc condamnée à titre de provision au paiement de la somme de 7 366 euros arrêtée au 1er décembre 2024.
Madame [P] [I] [W] sera également condamnée au paiement à compter du 2 décembre 2024, en lieu et place des loyers et charges, d’une indemnité mensuelle d’occupation qu’il convient de fixer à titre provisionnel au montant du loyer qui aurait été dû en l’absence de résiliation et des charges mensuelles dûment justifiées, et ce jusqu’à la libération effective des lieux.
Sur la demande de délais de paiement et de suspension des effets de la clause résolutoire
Conformément à l’article 24 V de la loi du 6 juillet 1989, le juge peut, à la demande du locataire, du bailleur ou d’office, à la condition que le locataire soit en situation de régler sa dette locative et qu’il ait repris le versement intégral du loyer courant avant la date de l’audience, accorder des délais de paiement dans la limite de trois années, par dérogation au délai prévu au premier alinéa de l’article 1343-5 du code civil, au locataire en situation de régler sa dette locative.
L’article 24 VI de cette même loi dispose quant à lui que lorsque le juge est saisi en ce sens par le bailleur ou par le locataire, et à la condition que celui-ci ait repris le versement intégral du loyer courant avant la date de l’audience, les effets de la clause de résiliation de plein droit peuvent être suspendus pendant le cours des délais accordés par le juge dans les conditions prévues aux V et VI du présent article. Cette suspension prend fin dès le premier impayé ou dès lors que le locataire ne se libère pas de sa dette locative dans le délai et selon les modalités fixés par le juge. Ces délais et les modalités de paiement accordés ne peuvent affecter l’exécution du contrat de location et notamment suspendre le paiement du loyer et des charges.
Si le locataire se libère de sa dette locative dans le délai et selon les modalités fixés par le juge, la clause de résiliation de plein droit est réputée ne pas avoir joué. Dans le cas contraire, elle reprend son plein effet.
En l’espèce, Madame [P] [I] [W] a repris le paiement intégral du loyer courant en procédant au versement de la somme de 850 euros par mandat cash au jour de l’audience. Par ailleurs au regard des pièces produites et du diagnostic social, elle démontre être en capacité de régler sa dette locative dans le délai légal de 36 mois. Aussi des délais de paiement lui seront octroyés conformément aux modalités décrites au dispositif de la présente décision et les effets de la clause résolutoire seront suspendus.
Faute pour Madame [P] [I] [W] de respecter les modalités de paiement ainsi accordées ou de ne pas payer le montant intégral du loyer courant à compter de l’audience, le solde de l’arriéré de loyers et de charges deviendra immédiatement exigible et la clause résolutoire reprendra son plein effet, entraînant la résiliation du bail à la date de son acquisition et permettant son expulsion avec si nécessaire l’assistance de la force publique.
Sur les demandes accessoires
Conformément aux dispositions de l’article 696 du code de procédure civile, Madame [P] [I] [W] partie perdante, supportera la charge de l’intégralité des dépens de la présente procédure, qui comprendront notamment le coût du commandement de payer.
Il serait inéquitable de laisser à la charge du bailleur les frais exposés par lui dans la présente instance et non compris dans les dépens. La somme de 600 euros lui sera donc allouée au titre de l’article 700 du code de procédure civile.
La présente décision est exécutoire à titre provisoire, conformément à l’article 514 du code de procédure civile.
PAR CES MOTIFS
Nous, juge des contentieux de la protection statuant en référé, publiquement, par décision contradictoire, susceptible d’appel et prononcée par mise à disposition au greffe,
Constatons que les conditions d’acquisition de la clause résolutoire figurant au bail conclu le 15 juillet 2022 entre Madame [T] [O] née [L] et Monsieur [S] [O] et Madame [P] [I] [W], concernant l’appartement à usage d’habitation situé [Adresse 5] sont réunies à la date du 17 juin 2024 ;
Condamnons Madame [P] [I] [W] à payer à Madame [T] [O] née [L] et Monsieur [S] [O] à titre de provision à valoir sur les loyers et charges impayés et indemnités d’occupation au 1er décembre 2024, échéance du mois de décembre 2024 incluse la somme de 7 366 euros ;
Autorisons Madame [P] [I] [W] à s’acquitter de cette somme, outre le loyer et les charges courants à compter de l’audience, en 35 mensualités d’un montant d’au moins 200 euros et une 36ème mensualité qui soldera la dette en principal et intérêts, sauf meilleur accord des parties ;
Précisons que chaque mensualité devra être versée au terme prévu contractuellement pour le paiement du loyer et pour la première fois le mois suivant la signification de la présente décision ;
Suspendons l’effet de la clause résolutoire pendant l’exécution des délais accordés ;
Disons que si les délais accordés sont entièrement respectés, la clause résolutoire sera réputée n’avoir jamais été acquise et le bail sera réputé n’avoir jamais été résilié ;
Décidons en revanche qu’à défaut de paiement d’une seule mensualité, ou du loyer à son terme à compter de l’audience :
— la clause résolutoire retrouvera ses entiers effets et le bail sera résilié,
— le solde de la dette deviendra immédiatement exigible,
— Madame [P] [I] [W] devra quitter les lieux en respectant les obligations de tout locataire sortant (état des lieux et remise des clés notamment),
— Madame [P] [I] [W] sera tenue au paiement d’une provision à titre d’indemnité d’occupation payable au plus tard le 30 de chaque mois et fixée au montant des loyers qui auraient été dus en cas de non-résiliation du bail augmenté des charges dûment justifiées et ce jusqu’à complète libération des lieux à compter du 2 décembre 2024,
— qu’à défaut pour Madame [P] [I] [W] de libérer les lieux volontairement et deux mois après la signification d’un commandement d’avoir à quitter les lieux resté sans effet, il sera procédé à son expulsion et à celle de tous occupants de son chef, avec l’assistance d’un serrurier et de la force publique si besoin est,
— que le sort des meubles se trouvant dans les lieux sera alors régi conformément aux dispositions des articles L433-1 et suivants et R433-1 et suivants du code des procédures civiles d’exécution ;
Rejetons le surplus des demandes ;
Condamnons Madame [P] [I] [W] à verser à Madame [T] [O] née [L] et Monsieur [S] [O] une somme de 600 euros au titre de l’article 700 du code de procédure civile ;
Condamnons Madame [P] [I] [W] aux entiers dépens de la présente procédure, qui comprendront notamment le coût du commandement de payer ;
Rappelons que la présente décision est assortie de l’exécution provisoire.
Ainsi jugé et prononcé par mise à disposition les jour, mois et an susdits par le Juge des contentieux de la protection et le Greffier susnommés.
Le greffier Le juge des contentieux de la protection
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