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Sur la décision
| Référence : | TJ Bordeaux, ppp réf., 27 mars 2026, n° 25/01835 |
|---|---|
| Numéro(s) : | 25/01835 |
| Importance : | Inédit |
| Dispositif : | Expulsion "ferme" ordonnée en référé (sans suspension des effets de la clause résolutoire) |
| Date de dernière mise à jour : | 7 avril 2026 |
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Sur les parties
| Avocat(s) : | |
|---|---|
| Cabinet(s) : | |
| Parties : | S.A. ERILIA c/ Pôle protection et proximité |
Texte intégral
Du 27 mars 2026
5AA
SCI/DL
PPP Référés
N° RG 25/01835 – N° Portalis DBX6-W-B7J-276A
S.A. ERILIA
C/
,
[Y], [R]
— Expéditions délivrées à Avocat + déf.
— FE délivrée à AARPI RIVIERE-DE KERLAND
Le 27/03/2026
TRIBUNAL JUDICIAIRE DE BORDEAUX
JUGE DES CONTENTIEUX DE LA PROTECTION
Pôle protection et proximité,
[Adresse 1] -, [Localité 1]
ORDONNANCE DE RÉFÉRÉ DU 27 mars 2026
PRÉSIDENT : Madame Isabelle LAFOND, Vice-Présidente
GREFFIER : Monsieur Jean-Jacques GERAUD,
DEMANDERESSE :
S.A. ERILIA,
[Adresse 2],
[Localité 2]
Représentée par Maître Luc LHUISSIER de l’AARPI RIVIERE – DE KERLAND (Avocat au barreau de Bordeaux)
DEFENDEUR :
Monsieur, [Y], [R],
[Adresse 3] -,
[Adresse 3],
[Localité 3]
Présent
DÉBATS :
Audience publique en date du 23 Janvier 2026
PROCÉDURE :
Baux d’habitation – Demande en paiement des loyers et des charges et/ou tendant à faire prononcer ou constater la résiliation pour défaut de paiement ou défaut d’assurance et ordonner l’expulsion en date du 20 Octobre 2025
Articles 484 et suivants et 834 et suivants du Code de Procédure Civile.
QUALIFICATION DE l’ORDONNANCE:
La demande est indéterminée mais dans un domaine de compétence exclusive du Pôle Protection et Proximité ; l’ordonnance de référé rendue sera en premier ressort.
Le défendeur ayant comparu, l’ordonnance de référé rendue sera contradictoire.
EXPOSÉ DU LITIGE :
Par acte sous seing privé du 19 décembre 2024, la société anonyme ERILIA a donné à bail à Monsieur, [Y], [R] un bien à usage d’habitation, situé, [Adresse 3] à, [Localité 3], moyennant un loyer mensuel de 592,19 euros, charges comprises.
Des loyers étant demeurés impayés, la société ERILIA a fait signifier à Monsieur, [R] le 6 août 2025 un commandement de payer se prévalant de la résiliation du bail à défaut de régularisation de la dette.
Le 20 octobre 2025, la société ERILIA a fait assigner Monsieur, [R] devant le juge des contentieux de la protection de Bordeaux statuant en référé aux fins de voir :
— constater la résiliation de bail par l’effet de la clause résolutoire prévue au contrat de bail,
— d’expulsion de Monsieur, [R],
— de paiement des loyers à hauteur de 3468,96 euros et d’indemnités d’occupation égale au montant du loyer et des charges
— outre une indemnité de 600 euros au titre des frais irrépétibles et les dépens comprenant le coût du commandement de payer.
L’affaire a été débattue à l’audience du 23 janvier 2026, après un renvoi accordé le 12 décembre 2025.
Lors des débats, la société ERILIA, régulièrement représentée par son conseil, maintient ses demandes initiales, sauf à actualiser sa créance à la somme de 4609,12 euros selon un décompte fourni à l’audience et précise qu’elle s’oppose à l’octroi de délais de paiement sollicités par son locataire.
Il sera renvoyé à l’assignation, valant conclusions, soutenue oralement à l’audience, pour l’exposé complet des prétentions et des moyens de la SA ERILIA, en application de l’article 455 du Code de procédure civile.
Monsieur, [Y], [R], qui comparaît en personne, ne conteste pas les sommes qui lui sont réclamées et demande au juge des contentieux de la protection statuant en référé de lui accorder des délais de paiement au vu de sa situation (conducteur de bus et tram percevant un salaire de 1800 euros par mois) et de suspendre les effets de la clause de résiliation de plein droit.
La juridiction a été destinataire d’un diagnostic social et financier.
MOTIFS DE LA DÉCISION
En application des articles 834 et 835 du code de procédure civile, le juge des contentieux de la protection, dans les limites de sa compétence, d’abord, peut, dans tous les cas d’urgence, ordonner en référé toutes les mesures qui ne se heurtent à aucune contestation sérieuse ou que justifie l’existence d’un différend et peut toujours, même en présence d’une contestation sérieuse, prescrire en référé les mesures conservatoires ou de remise en état qui s’imposent, soit pour prévenir un dommage imminent, soit pour faire cesser un trouble manifestement illicite et, ensuite, peut, dans les cas où l’existence de l’obligation n’est pas sérieusement contestable, accorder une provision au créancier ou ordonner l’exécution de l’obligation même s’il s’agit d’une obligation de faire.
En l’espèce, tendant à constater l’extinction du bail et à permettre au bailleur de récupérer en conséquence un bien occupé sans droit ni titre, l’action est fondée sur un trouble manifestement illicite. En outre, le juge des référés dispose du pouvoir d’accorder une provision, sauf contestation sérieuse.
— SUR LA DEMANDE TENDANT A LA RÉSILIATION DU BAIL :
— sur la régularité et la recevabilité de l’action :
La société ERILIA justifie avoir saisi la commission de coordination des actions de prévention des expulsions locatives, par la voie électronique, le 11 août 2025, soit deux mois au moins avant la délivrance de l’assignation du 20 octobre 2025, conformément aux dispositions de l’article 24 II de la loi n°89-462 du 6 juillet 1989.
Par ailleurs, une copie de l’assignation a été notifiée à la préfecture de Gironde par la voie électronique le 20 octobre 2025, soit plus de six semaines avant la première audience du 12 décembre 2025, conformément aux dispositions de l’article 24, III, de cette loi, dans sa rédaction applicable au litige.
L’action est donc régulière et recevable au regard de ces dispositions.
— sur l’acquisition des effets de la clause résolutoire et la demande de délais de paiement visant à en suspendre les effets :
Il ressort des dispositions de l’article 24 de la loi du 6 juillet 1989 en sa version résultant de la loi n° 2023-668 du 27 juillet 2023 en vigueur à compter du 29 juillet 2023, que toute clause prévoyant la résiliation de plein droit du contrat de location pour défaut de paiement du loyer ou des charges aux termes convenus ou pour non versement du dépôt de garantie ne produit effet que six semaines après un commandement demeuré infructueux.
Le bail conclu entre les parties contient une clause résolutoire pour défaut de paiement des loyers en prévoyant un délai de six semaines pour régulariser la dette.
Un commandement de payer visant la clause résolutoire a été signifié à Monsieur, [R] le 6 août 2025, pour la somme en principal de 2280,72 euros.
Le commandement est demeuré infructueux pendant plus de six semaines.
Il y a lieu dès lors de constater que les conditions d’acquisition de la clause résolutoire étaient réunies à la date du 17 septembre 2025.
Il résulte de l’article 24, en ses V et VII, de la loi du 6 juillet 1989, dans sa rédaction applicable, que lorsque le juge est saisi en ce sens par le bailleur ou par le locataire, et à la condition que celui-ci ait repris le versement intégral du loyer courant avant la date de l’audience, les effets de la clause de résiliation de plein droit peuvent être suspendus pendant le cours des délais accordés par le juge au locataire en situation de régler sa dette locative. Cette même disposition ajoute que cette suspension prend fin dès le premier impayé ou dès lors que le locataire ne se libère pas de sa dette locative dans le délai et selon les modalités fixés par le juge.
En l’espèce, il ressort du décompte locatif que seule l’échéance du mois d’octobre 2025 a été réglée par Monsieur, [R] (les prélèvements suivants ont été rejetés) et non l’intégralité du loyer courant avant la date de l’audience, de sorte que le juge ne dispose pas du pouvoir de suspendre les effets de la clause résolutoire.
Dès lors, la demande formée par Monsieur, [R] tendant à se voir accorder des délais de paiement ne peut qu’être rejetée.
Par conséquent, il convient de constater que le bail conclu le 19 décembre 2024 a pris fin le 17 septembre 2025.
Monsieur, [R], qui n’a plus de titre d’occupation depuis cette date, et tout occupant de son chef, seront dès lors condamnés à quitter les lieux et l’expulsion sera autorisée dans les conditions précisées au dispositif de la présente ordonnance.
— SUR LES DEMANDES EN PAIEMENT
L’article 7 de la loi n°89-462 du 6 juillet 1989 prévoit que le locataire est obligé de payer le loyer et les charges récupérables aux termes convenus. Il résulte de l’article 1353 du code civil qu’il incombe au locataire qui se prétend libéré de justifier le paiement ou le fait qui a produit l’extinction de son obligation.
La SA ERILIA produit le bail conclu le 19 décembre 2024 ainsi qu’un décompte mentionnant que Monsieur, [R] reste devoir, après soustraction des frais de poursuite (483,51 euros+161,68 euros+0,85 euros) qui relèvent des dépens, la somme de 3963,08 euros à la date du 22 janvier 2026 (mois de janvier 2026 non compris).
Cette somme correspond à un arriéré locatif, exigible sur le fondement de l’article 7 susrappelé ainsi qu’aux sommes qui auraient été dues en raison de l’occupation des lieux si le bail n’avait pas été résilié de plein droit, que la partie défenderesse doit donc acquitter sur le fondement de la responsabilité délictuelle à compter de la résiliation du bail et jusqu’à libération effective des lieux.
Monsieur, [Y], [R] ne conteste ni le principe ni le montant de cette dette et doit, par conséquent, être condamné au paiement de la somme de 3963,08 euros, à titre provisionnel. S’agissant d’une provision, cette condamnation portera intérêts au taux légal à compter de la présente ordonnance.
Monsieur, [Y], [R] sera également condamné au paiement d’une indemnité mensuelle d’occupation provisionnelle pour la période courant à compter du 31 janvier 2026 jusqu’à la date de reprise effective et définitive des lieux, qu’il convient de fixer par référence au montant actuel du loyer et des provisions pour charges à 594,12 euros.
— SUR LES MESURES ACCESSOIRES :
En application de l’article 696 du code de procédure civile,Monsieur, [Y], [R], partie perdante, supportera la charge des dépens, qui comprendront notamment le coût du commandement de payer, de sa notification à la CCAPEX, de l’assignation et de sa notification à la préfecture.
Il apparaît équitable de laisser à la charge de la SA ERILIA les frais qu’elle a exposés en application de l’article 700 du code de procédure civile. Elle sera en conséquence déboutée de sa demande formée de ce chef.
En application de l’article 514 du code de procédure civile, la présente décision est de plein droit exécutoire à titre provisoire.
PAR CES MOTIFS :
Nous, I.LAFOND statuant en qualité de juge des contentieux de la protection, publiquement, en référé, par ordonnance mise à disposition au greffe, contradictoire et en premier ressort :
CONSTATONS, à la date du 17 septembre 2025, l’acquisition de la clause résolutoire figurant au bail conclu le 19 décembre 2024 et liant la société anonyme ERILIA à Monsieur, [Y], [R], concernant le bien à usage d’habitation, situé, [Adresse 3] à, [Localité 3];
REJETONS la demande de délais de paiement formée par Monsieur, [Y], [R] visant à suspendre les effets de la clause résolutoire;
ORDONNONS en conséquence à Monsieur, [Y], [R] de libérer les lieux, avec restitution des clés, dès la signification de la présente ordonnance;
DISONS qu’à défaut pour Monsieur, [Y], [R] d’avoir volontairement libéré les lieux et restitué les clés dans ce délai, la société anonyme ERILIA pourra, deux mois après la signification d’un commandement de quitter les lieux, faire procéder à son expulsion ainsi qu’à celle de tous occupants de son chef, y compris le cas échéant avec le concours d’un serrurier et de la force publique ;
RAPPELONS que le sort des meubles en cas d’expulsion est régi par les articles L.433-1, L.433-2 et R.433-1 et suivants du code des procédures civiles d’exécution ;
CONDAMNONS Monsieur, [Y], [R] à payer à la société anonyme ERILIA à titre provisionnel la somme de 3963,08 euros, au titre de l’arriéré de loyers, charges et indemnités d’occupation, arrêtée au 22 janvier 2026, échéance du mois de janvier 2026 non comprise, avec les intérêts au taux légal à compter de la présente ordonnance ;
CONDAMNONS Monsieur, [Y], [R] à payer à la société anonyme ERILIA à titre provisionnel une indemnité mensuelle d’occupation fixée à 594,12 euros, payable à compter du 31 janvier 2026 et jusqu’à la date de la libération effective des lieux;
REJETONS le surplus des demandes formées par la société anonyme ERILIA;
CONDAMNONS Monsieur, [Y], [R] aux dépens, qui comprendront notamment le coût du commandement de payer, de sa dénonciation à la CCAPEX, de l’assignation et de sa notification à la préfecture ;
RAPPELONS que la présente ordonnance est de plein droit exécutoire à titre provisoire.
Ainsi jugé et prononcé, les jour, mois et an susdits.
LE GREFFIER LA PRÉSIDENTE
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