Commentaire • 0
Sur la décision
| Référence : | TJ Bordeaux, ppp réf., 6 mars 2026, n° 25/02088 |
|---|---|
| Numéro(s) : | 25/02088 |
| Importance : | Inédit |
| Dispositif : | Expulsion "conditionnelle" ordonnée en référé avec suspension des effets de la clause résolutoire |
| Date de dernière mise à jour : | 24 mars 2026 |
| Lire la décision sur le site de la juridiction |
Texte intégral
Du 06 mars 2026
5AA
SCI/FH
PPP Référés
N° RG 25/02088 – N° Portalis DBX6-W-B7J-3DIM
S.A. [Z]
C/
[F] [X]
— Expéditions délivrées à
— FE délivrée à
Me Alice SIMOUNET (SELARL RACINE [Localité 1])
Le 13/03/2026
TRIBUNAL JUDICIAIRE DE BORDEAUX
JUGE DES CONTENTIEUX DE LA PROTECTION
Pôle protection et proximité
[Adresse 1]
ORDONNANCE DE RÉFÉRÉ DU 06 mars 2026
PRÉSIDENT : M. Laurent QUESNEL,
GREFFIER : Madame Frédérique HUBERT,
DEMANDERESSE :
S.A. D’HLM [Z]
RCS [Localité 2] METROPOLE N° B 475 680 815
[Adresse 2]
[Localité 3]
Représentée par Maître Alice SIMOUNET, Avocat au barreau de BORDEAUX, membre de la SELARL RACINE BORDEAUX
DEFENDEUR :
Monsieur [F] [X]
né le 13 Juillet 1967 à [Localité 4]
[Adresse 3] [Adresse 4] [Adresse 5]
[Adresse 6]
[Localité 5]
Représenté par Me Laurette MAZET, Avocat au barreau de BORDEAUX
DÉBATS :
Audience publique en date du 16 Janvier 2026
PROCÉDURE :
Baux d’habitation – Demande en paiement des loyers et des charges et/ou tendant à faire prononcer ou constater la résiliation pour défaut de paiement ou défaut d’assurance et ordonner l’expulsion en date du 31 Octobre 2025
Articles 484 et suivants et 834 et suivants du Code de Procédure Civile
QUALIFICATION DE l’ORDONNANCE:
Contradictoire et en premier ressort
EXPOSE DU LITIGE
Par acte sous seing privé en date du 7 décembre 2022, la S.A. D’HLM [Z] a donné à bail à Monsieur [F] [X] un logement [Adresse 6], [Adresse 7] à [Localité 6].
Par acte de commissaire de justice du 26 juin 2025, la S.A. [Z] a fait délivrer au locataire un commandement de payer la somme de 2676,57 euros au titre de l’arriéré locatif, aux fins de mise en œuvre de la clause contractuelle de résiliation de plein droit du bail.
Par acte de commissaire de justice du 31 octobre 2025, la S.A. [Z] a assigné Monsieur [F] [X] devant le juge des contentieux de la protection statuant en matière de référé auprès du tribunal judiciaire de Bordeaux à l’audience du 16 janvier 2026 aux fins de voir :
— Constater la résiliation du contrat de location,
— Ordonner, en conséquence son expulsion ainsi que celle de toutes personnes introduites par lui dans les lieux et ce conformément aux dispositions de l’article L411-1 du Code des procédures civiles d’exécution,
— Ordonner que faute par lui de ce faire, il sera procédé à son expulsion avec le concours de la force publique et l’assistance d’un serrurier si besoin est,
— Le condamner au paiement de la somme de 3526,65 euros, représentant les loyers et charges impayés à la date de l’assignation, sauf à parfaire ou à diminuer suivant décompte qui sera fourni lors des débats, avec intérêts au taux légal à compter de l’assignation,
— Le condamner a u paiement d’une indemnité d’occupation mensuelle, fixée au montant actuel du loyer et des charges, jusqu’à son départ effectif des lieux,
— Le condamner au paiement de la somme de 700 euros, en application de l’article 700 du Code de procédure civile, outre les dépens.
Lors de l’audience du 16 janvier 2026, la S.A. [Z], représentée par son conseil, expose que la dette locative s’élève désormais à la somme de 4377,78 euros au 6 janvier 2026, terme de décembre 2026 inclus et confirme les termes de sa demande initiale.
En défense, Monsieur [F] [X], représenté par son conseil, informe le Tribunal qu’une procédure de surendettement est en cours d’instruction, que la Commission de surendettement a émis un avis de recevabilité de son dossier le 14 novembre 2025, et un projet de liste des dettes à suspendre, le 26 décembre 2025. Il sollicite en conséquence la suspension des effets de la clause résolutoire et propose un plan d’apurement.
Le diagnostic social et financier a été porté à la connaissance de la société bailleresse.
A l’issue de l’audience, la date du délibéré a été fixée au 6 mars 2026.
MOTIFS DE LA DECISION
En application des dispositions de l’article 467 du code de procédure civile, la présente ordonnance sera contradictoire.
Sur la régularité de la procédure
Conformément aux dispositions de l’article 24 de la loi du 6 juillet 1989, l’assignation a été régulièrement notifiée au représentant de l’État dans le département par courrier électronique le 31 octobre 2025, soit au moins six semaines avant la date de l’audience.
La société bailleresse justifie également avoir saisi la CCAPEX le 27 juin 2025.
L’action aux fins de constat de la résiliation du bail est donc recevable et régulière.
Sur la résiliation du contrat de bail
L’article 834 du code de procédure civile prévoit que, dans tous les cas d’urgence, le président du tribunal judiciaire ou le juge des contentieux de la protection dans les limites de sa compétence, peuvent ordonner en référé toutes les mesures qui ne se heurtent à aucune contestation sérieuse ou que justifie l’existence d’un différend. L’absence de contestation sérieuse implique l’évidence de la solution qu’appelle le point contesté.
En outre, selon l’article 835 du même code, le président du tribunal judiciaire ou le juge du contentieux de la protection peut toujours, même en présence d’une contestation sérieuse, prescrire en référé les mesures conservatoires ou de remise en état qui s’imposent, soit pour prévenir un dommage imminent, soit pour faire cesser un trouble manifestement illicite.
En vertu de l’article 7a) de la loi du 6 juillet 1989, le locataire est obligé de payer le loyer et les charges récupérables aux termes convenus.
Il ressort par ailleurs des dispositions de l’article 24 de la loi du 6 juillet 1989, en sa version alors applicable, que toute clause prévoyant la résiliation de plein droit du contrat de location pour défaut de paiement du loyer ou des charges aux termes convenus ou pour non versement du dépôt de garantie ne produit effet que deux mois après un commandement demeuré infructueux.
La S.A. [Z] a fait signifier à Monsieur [X] un commandement d’avoir à payer sous deux mois la somme de 2676,57 euros au titre des loyers échus, suivant exploit du 26 juin 2025. Ce commandement comporte les mentions obligatoires prescrites à peine de nullité à l’article 24 I de la loi du 6 juillet 1989.
Le défendeur n’a pas réglé les causes dudit commandement dans le délai de deux mois.
Ce défaut de régularisation fonde la S.A. [Z] à se prévaloir de la résiliation du bail à la date du 27 août 2025, nonobstant la recevabilité de la demande de surendettement, intervenue postérieurement à l’acquisition de la résiliation de plein droit.
Néanmoins l’article 24 VII de la loi du 6 juillet 1989 prévoit que le juge, à la demande du bailleur ou du locataire, peut lorsque le locataire a repris le paiement intégral du loyer avant l’audience et est en situation de régler sa dette locative, suspendre les effets de la clause de résiliation de plein droit, en accordant des délais de paiement dans les conditions de l’article 24 V, soit dans la limite de 3 années.
Cet article précise en outre que cette suspension prend fin dès le premier impayé ou dès lors que le locataire ne se libère pas de sa dette locative dans le délai et selon les modalités, fixés par le juge. Ces délais et les modalités de paiement accordés ne peuvent affecter l’exécution du contrat de location et notamment suspendre le paiement du loyer et des charges.
Si le locataire se libère de sa dette locative dans le délai et selon les modalités, fixés par le juge, la clause de résiliation de plein droit est réputée ne pas avoir joué. Dans le cas contraire, elle reprend son plein effet.
En outre, l’article VI du même article prévoit que lorsque la commission de surendettement des particuliers a rendu une décision de recevabilité de la demande de traitement de la situation de surendettement formée par le locataire, le juge accorde des délais de paiement jusqu’à, selon les cas, l’approbation du plan conventionnel de redressement prévu à l’article L. 732-1 du code de la consommation, la décision imposant les mesures prévues aux articles L. 733-1, L. 733-4, L. 733-7 et L. 741-1 du même code,
le jugement prononçant un rétablissement personnel sans liquidation judiciaire, le jugement d’ouverture d’une procédure de rétablissement personnel avec liquidation judiciaire ou toute décision de clôture de la procédure de traitement du surendettement ;
En l’espèce, Il ressort des débats, du décompte, du diagnostic social et financier, que Monsieur [X] a repris le paiement du loyer courant, qu’il perçoit un revenu mensuel d’environ 1400 euros d’indemnités de Sécurité Sociale.
Par suite, il y a lieu de lui accorder des délais de paiement dans les conditions précisées au dispositif, qui emporteront suspension des effets du commandement de payer visant la clause de résiliation du bail.
En cas de non-respect de ce moratoire, la S.A. [Z] sera autorisée à poursuivre l’expulsion de Monsieur [X].
En outre, dans cette hypothèse, il y a lieu de prévoir que Monsieur [X] sera tenu au paiement d’une indemnité mensuelle d’occupation égale au montant du loyer et des charges actuels, avec revalorisation de droit, à compter du 1er janvier 2026 et jusqu’à la libération effective des lieux loués.
Sur la provision et les indemnités d’occupation
En application de l’article 835 alinéa 2 du code de procédure civile, le président du tribunal judiciaire ou le juge du contentieux de la protection dans les limites de sa compétence, peuvent dans les cas où l’obligation n’est pas sérieusement contestable, accorder au créancier une provision ou ordonner l’exécution de l’obligation, même s’il s’agit d’une obligation de faire.
En l’espèce, au soutien de sa demande, la S.A. [Z] produit un décompte actualisé, selon lequel sa créance s’établirait à la somme de 4377,78 euros à la date du 6 janvier 2026.
Il convient de soustraire de ce montant la somme de 267,59 euros correspondant à des dépens.
Le solde de cette créance n’étant pas sérieusement contesté ni contestable, en l’absence au jour de l’audience de la décision définitive qui sera prise à l’issue de la procédure de surendettement, Monsieur [X] sera donc condamné au paiement de la somme de 4110,19 euros à titre d’indemnité provisionnelle pour l’arriéré de loyers, charges locatives et indemnités d’occupation dus à la date du 6 janvier 2026, – échéance du mois de décembre 2025 incluse.
S’agissant d’une provision, cette somme portera intérêts au taux légal à compter du prononcé de la présente décision.
Dans l’hypothèse où le défendeur ne respecterait pas les délais de paiement accordés et en serait déchu, il sera en outre condamné, en deniers ou quittances valables, au paiement des loyers ou indemnités d’occupation ayant couru ou continuant à courir à compter du 1er janvier 2026.
Sur le sort des meubles
En ce qui concerne le sort des meubles, il sera procédé selon les dispositions des articles L433-1 et L433-2 du Code des procédures civiles d’exécution.
Sur les dépens et l’article 700 du code de procédure civile
Aux termes de l’article 696 du code de procédure civile, la partie qui succombe est condamnée aux dépens. Ceux-ci seront donc mis à la charge de Monsieur [X].
Compte tenu de la situation économique respective des parties, il apparait équitable de laisser à chaque partie les frais exposés pour la présente procédure.
Il convient de rappeler que l’exécution provisoire de la présente ordonnance est de droit.
PAR CES MOTIFS,
Statuant en référé, par ordonnance mise à disposition au greffe, contradictoire et en premier ressort,
Au principal, RENVOYONS les parties à se pourvoir ainsi qu’elles aviseront, et dès à présent, vu l’urgence :
CONSTATONS la réunion à la date du 27 août 2025 des conditions d’acquisition de la clause de résiliation insérée au contrat de bail du 7 décembre 2022 entre Monsieur [F] [X] et la S.A. [Z], relatif au logement [Adresse 8] [Adresse 7] à [Localité 6],
CONDAMNONS Monsieur [F] [X] à payer à la S.A. [Z] la somme de 4110,19 euros à titre d’indemnité provisionnelle pour l’arriéré de loyers, charges locatives et indemnités d’occupation à la date du 6 janvier 2026 (échéance du mois de décembre 2025 incluse), avec intérêts au taux légal à compter de la présente décision ;
ACCORDONS à Monsieur [F] [X] la faculté de se libérer de sa dette dans un délai de 36 mois à raison de 35 mensualités successives de 110 euros chacune, suivies d’une 36ème et dernière mensualité représentant le solde du principal, des intérêts, frais et indemnité de procédure, le premier versement devant intervenir dans le mois suivant la signification de la présente décision et chaque mensualité devant être versée au dernier jour de chaque mois au plus tard, le loyer courant et les charges devant être réglés à leur échéance ;
DISONS que les paiements s’imputeront d’abord sur la dette au titre des loyers, charges ou indemnités d’occupation puis sur les intérêts, dépens et autres frais s’il y a lieu ;
ORDONNONS, en conséquence, la suspension des effets de la clause de résiliation permettant la continuation du contrat de bail ;
DISONS que si le moratoire ci-dessus fixé est respecté, la clause de résiliation du bail sera réputée n’avoir jamais joué ;
DISONS, en revanche, qu’à défaut de paiement du loyer courant ou d’une seule mensualité à l’échéance fixée avant la fin du paiement de la dette en principal et intérêts :
— la totalité de la somme restant due deviendra immédiatement exigible ;
— si la défaillance intervient avant la fin du paiement des sommes dues au titre des loyers, charges ou indemnités d’occupation, la clause de résiliation reprendra son plein et entier effet entraînant la résiliation immédiate du contrat de bail ;
— qu’en ce cas, à défaut pour Monsieur [F] [X] d’avoir libéré volontairement les lieux, il sera procédé à son expulsion et à celle de tous occupants de son chef avec, si nécessaire, le concours et l’assistance de la force publique, deux mois après la délivrance d’un commandement de quitter les lieux conformément aux dispositions des articles L.411-1 et L.412-1 du code des procédures civiles d’exécution ;
— qu’en ce cas le sort des meubles sera réglé conformément aux dispositions des articles L.433-1, L.433-2 et R.433-1 et suivants du code des procédures civiles d’exécution ;
— qu’en ce cas sera due une indemnité d’occupation égale au montant du loyer révisable selon les dispositions contractuelles et de la provision sur charges, augmentée de la régularisation au titre des charges dûment justifiées et CONDAMNONS Monsieur [F] [X] à son paiement à compter du 1er janvier 2026, jusqu’à libération effective des lieux ;
CONDAMNONS Monsieur [F] [X] aux dépens qui comprendront notamment le coût du commandement de payer, de l’assignation, de la notification de l’assignation au représentant de l’État ;
DISONS n’y avoir lieu à condamnation en application des dispositions de l’article 700 du code de procédure civile ;
REJETONS le surplus des demandes ;
RAPPELONS que la présente ordonnance est exécutoire de plein droit par provision ;
Ainsi jugé les jour, mois et an susdits.
LE GREFFIER LE JUGE DES CONTENTIEUX DE LA PROTECTION
Décisions similaires
Citées dans les mêmes commentaires • 3
- Billet ·
- Taxi ·
- Train ·
- Albanie ·
- Tribunal judiciaire ·
- Audition ·
- Voiture ·
- Droit d'asile ·
- Séjour des étrangers ·
- Asile
- Faute inexcusable ·
- Manutention ·
- Employeur ·
- Plan de prévention ·
- Tribunal judiciaire ·
- Sociétés ·
- Pièces ·
- Accident du travail ·
- Manquement ·
- Code du travail
- Clause resolutoire ·
- Locataire ·
- Loyer ·
- Dette ·
- Commissaire de justice ·
- Bailleur ·
- Délais ·
- Commandement ·
- Parking ·
- Logement
Citant les mêmes articles de loi • 3
- Syndicat de copropriétaires ·
- Charges de copropriété ·
- Recouvrement ·
- Paiement ·
- Lot ·
- Intérêt ·
- Mise en demeure ·
- Sommation ·
- Titre ·
- Huissier
- Commissaire de justice ·
- Adresses ·
- Tribunal judiciaire ·
- Expertise ·
- Cadastre ·
- Référé ·
- Construction ·
- Consignation ·
- Empiétement ·
- Parcelle
- Successions ·
- Notaire ·
- Indemnité d 'occupation ·
- Tribunal judiciaire ·
- Réponse ·
- Liquidation ·
- Partage ·
- Date ·
- Plaidoirie ·
- Juge
De référence sur les mêmes thèmes • 3
- Adresses ·
- Tribunal judiciaire ·
- Flore ·
- Motif légitime ·
- Commune ·
- Mesure d'instruction ·
- Expertise ·
- Ordonnance de référé ·
- Dépôt ·
- Assignation
- Adresses ·
- Contrat de prêt ·
- Crédit lyonnais ·
- Acte authentique ·
- Ensemble immobilier ·
- Suspension du contrat ·
- Contrats ·
- Avocat ·
- Épouse ·
- Copropriété
- Provision ·
- Tribunal judiciaire ·
- Expertise ·
- Préjudice ·
- Déficit ·
- Consolidation ·
- Certificat médical ·
- Dire ·
- Référé ·
- Lésion
Sur les mêmes thèmes • 3
- Testament ·
- Notaire ·
- Partage amiable ·
- Veuve ·
- Indivision ·
- État ·
- Successions ·
- Juge ·
- Tribunal judiciaire ·
- Confusion
- Locataire ·
- Loyer ·
- Expulsion ·
- Bailleur ·
- Clause resolutoire ·
- Exécution ·
- Commandement de payer ·
- Résiliation ·
- Charges ·
- Tribunal judiciaire
- Loyer ·
- Bailleur ·
- Locataire ·
- Habitat ·
- Clause resolutoire ·
- Commandement de payer ·
- Délais ·
- Commissaire de justice ·
- Charges ·
- Tribunal judiciaire
Textes cités dans la décision
Aucune décision de référence ou d'espèce avec un extrait similaire.