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Sur la décision
| Référence : | TJ Bourgoin-Jallieu, ch. procedure orale, 13 mars 2026, n° 25/01292 |
|---|---|
| Numéro(s) : | 25/01292 |
| Importance : | Inédit |
| Dispositif : | Fait droit à une partie des demandes du ou des demandeurs sans accorder de délais d'exécution au défendeur |
| Date de dernière mise à jour : | 28 mars 2026 |
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Texte intégral
TRIBUNAL JUDICIAIRE DE BOURGOIN-JALLIEU
JUGE DES CONTENTIEUX DE LA PROTECTION
JUGEMENT DU 13 Mars 2026
N° Minute : 26/
N° RG 25/01292 – N° Portalis DBYG-W-B7J-DO3O
Plaidoirie le 06 Janvier 2026
Composition du tribunal :
Président : Mme Jeanne-Odile ALMODOVAR-BOY
Greffier : Mme Catherine MOTTIN
Copie exécutoire délivrée le :
à SCP PYRAMIDE AVOCATS
Copies aux parties délivrées le :
Dans l’affaire opposant :
DEMANDERESSE
[M]
50 Rue du Pavillon CS 91007
01009 BOURG EN BRESSE CEDEX
représentée par la SCP PYRAMIDE AVOCATS, avocats au barreau de VIENNE
DEFENDEURS
Madame [P] [N] [K]
née le 16 Septembre 2004 à BOURGOIN JALLIEU (38)
6 Rue René Frion
38110 LA TOUR DU PIN
non comparante, ni représentée
Monsieur [W] [S] [Z]
né le 25 Mars 1976 à SAINT LEU (974)
6 Rue René Frion
38110 LA TOUR DU PIN
non comparant, ni représenté
Le jugement dont la teneur suit a été rendu le 13 Mars 2026 par mise à disposition au greffe en application des dispositions des articles 450 à 453 du Code de Procédure Civile, les parties avisées oralement.
EXPOSÉ DU LITIGE
Par contrat de bail daté du 23 novembre 2023, consenti par la [M], Madame [P] [N] [K] et Monsieur [W] [S] [Z] ont pris en location un logement situé 6 Rue René Frion – 3110 LA TOUR DU PIN, en contrepartie du versement d’un loyer mensuel d’un montant de 449,71 €.
Par acte de commissaire de justice, remis à personne le 16 octobre 2024, la [M] a fait délivrer à Madame [P] [N] [K] et Monsieur [W] [S] [Z] un commandement de payer dans un délai de deux mois la somme totale de 2 038+,32 € au titre des loyers et charges impayés, ce commandement visant la clause résolutoire insérée au contrat de bail.
la [M] a saisi la commission de coordination des actions de prévention des expulsions locatives suivant courrier daté du 08 octobre 2024.
Par acte de commissaire de justice remis à personne le 29 août 2025 et dénoncé au représentant de l’État dans le département le 1er septembre 2025, la [M] a assigné Madame [P] [N] [K] et Monsieur [W] [S] [Z] devant le juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire de Bourgoin-Jallieu aux fins de voir :
• Constater avec effet au 27 Novembre 2024, la résiliation de plein droit du bail consenti par la [M] le 23 Novembre 2023 pour l’appartement situé 6 Rue René Frion- 38110 LA TOUR DU PIN ;
• Dire que Monsieur [W] [S] [A] et Madame [P] [N] [K] se trouvent occupants sans droit ni titre et en conséquence, prononcer leur expulsion ainsi que celle de tout occupant de leur chef, si besoin est avec l’assistance de la force publique ;
• Fixer une indemnité d’occupation mensuelle égale au montant du loyer mensuel en cours, outre charges, accessoires, et indexation conformément aux clauses du bail à compter du 28 novembre 2024 ;
• Condamner solidairement Monsieur [W] [S] [A] et Madame [N] [P] [K] à payer à la [M] la somme principale de 4 559,07 €, outre intérêts au taux légal sur la somme de 2038,32 € à compter du 16 Octobre 2024, et intérêts au taux légal sur le surplus à compter de l’assignation, au titre des loyers, charges et indemnités d’occupation dus au mois de Juin 2025 inclus, outre une indemnité d’occupation mensuelle égale au montant du loyer conventionnel en cours, outre charges, accessoires et indexation identique à celle applicable conformément aux clauses du bail à compter du 28 Novembre 2024 jusqu’à leur départ effectif des lieux dont s’agit,
• Voir rappeler l’exécution provisoire de droit du jugement à intervenir ;
• Condamner in solidum Monsieur [W] [S] [A] et Madame [N] [P] [K] à payer à la [M] la somme de 600 € en application de Particle 700 du Code de Procédure Civile ;
• Voir condamner in solidum les mêmes aux entiers dépens qui comprendront le coût du commandement de payer.
Madame [P] [N] [K] et Monsieur [W] [S] [Z] ne se sont pas présentés aux rendez-vous proposés par l’Udaf de l’Isère afin d’établir un diagnostic social et financier.
L’affaire a été appelée et retenue à l’audience du 06 janvier 2026, en présence de la [M], régulièrement représentée par son conseil, lequel a maintenu ses demandes, tout en précisant qu’il y a lieu de dire que la condamnation sollicitée dans le dispositif de l’assignation est à l’encontre de Monsieur [W] [S] [Z] et Madame [P] [N] [K] et non de Monsieur [W] [S] [A] comme indiqué par erreur et Madame [P] [N] [K]. Après avoir actualisé la créance à hauteur de 4 396,77 € suivant décompte arrêté au 19 décembre 2025, il s’en est remis oralement à l’acte introductif d’instance, dont il a sollicité l’entier bénéfice, et auquel, en application des dispositions de l’article 455 du code de procédure civile, il est expressément renvoyé pour plus ample exposé des moyens soutenus à l’appui des prétentions. La [M] s’est opposée à l’octroi de tout délai de paiement.
Pour leur part, bien que régulièrement cités, Madame [P] [N] [K] et Monsieur [W] [S] [Z] n’ont pas comparu.
L’affaire a été mise en délibéré au 03 mars 2026, prorogé au 13 mars 2026 par mise à disposition au greffe.
MOTIFS DE LA DECISION
Les dispositions de la loi n°89-462 du 6 juillet 1989, qui sont d’ordre public, sont applicables en l’espèce.
En application des articles L. 213-4-4 et R. 213-9-4 du code de l’organisation judiciaire, le juge des contentieux de la protection connaît des actions dont un contrat de louage d’immeubles à usage d’habitation ou un contrat portant sur l’occupation d’un logement est l’objet, la cause ou l’occasion, en dernier ressort jusqu’à la valeur de 5 000,00 € et à charge d’appel lorsque la demande excède cette somme ou est indéterminée.
Aux termes de l’article 472 du code de procédure civile, si le défendeur ne comparaît pas il est néanmoins statué sur le fond, le juge ne faisant droit à la demande que dans la mesure où il l’estime régulière, recevable et bien fondée.
Par ailleurs, l’article 473 du code de procédure civile dispose que « lorsque le défendeur ne comparaît pas, (…) le jugement est réputé contradictoire lorsque la décision est susceptible d’appel ou lorsque la citation a été délivrée à la personne du défendeur ».
En l’espèce, le litige est relatif à une demande de constat d’acquisition de la clause résolutoire insérée dans un contrat de bail d’habitation et les défendeurs, bien que régulièrement cités, n’ont pas comparu.
Dès lors, s’agissant d’une demande indéterminée, le présent jugement sera réputé contradictoire et rendu en premier ressort.
Sur la recevabilité de la demande
En application de l’article 24 de la Loi du 6 juillet 1989, le bailleur personne morale autre qu’une société civile constituée exclusivement entre parents et alliés jusqu’au 4ème degré inclus, ne peut faire délivrer sous peine d’irrecevabilité de la demande, une assignation aux fins de constat de résiliation du bail avant l’expiration d’un délai de deux mois suivant la saisine de la commission de coordination des actions de prévention des expulsions locatives (CCAPEX).
Cette saisine est réputée constituée lorsque persiste une situation d’impayés, préalablement signalée dans les conditions réglementaires aux organismes payeurs des aides au logement en vue d’assurer le maintien du versement des aides mentionnées à l’article L.821-1 du code de la construction et de l’habitation.
la [M] justifie de la saisine de la CCAPEX en versant la copie du courrier qui lui a été adressé le 08 octobre 2024.
Par ailleurs, l’assignation en date du 29 août 2025 a été notifiée au représentant de l’État dans le département le 1er septembre 2025 selon les modalités et dans le délai prévus par l’article 24 III de la Loi N°89-462 du 6 juillet 1989, ce dont il est également justifié.
La demande est donc recevable.
Sur l’acquisition de la clause résolutoire
L’article 24 de la loi du 6 juillet 1989, modifié par la loi du 27 juillet 2023 entrée en vigueur le 29 juillet 2023, dispose que : « la résiliation de plein droit du bail pour défaut de paiement ne peut intervenir qu’après la délivrance d’un commandement de payer resté infructueux pendant six semaines. Ce commandement doit rappeler au locataire le délai dont il dispose pour régler, préciser le montant du loyer et des charges, détailler la dette, avertir des risques de résiliation et d’expulsion, et mentionner les possibilités de saisir le FSL ou de demander des délais de grâce au juge. »
Le bail conclu le 23 novembre 2023 entre les parties contient une clause résolutoire prévoyant la résiliation de plein droit pour défaut de paiement des loyers, six semaines après un commandement de payer resté sans effet.
En l’espèce, la [M] produit aux débats un décompte qui établit que Madame [P] [N] [K] et Monsieur [W] [S] [Z] ne paient pas régulièrement ou intégralement le loyer depuis le mois de février 2024.
Au vu de ces impayés, la [M] a fait délivrer à Madame [P] [N] [K] et Monsieur [W] [S] [Z], le 16 octobre 2024, un commandement de payer visant la clause résolutoire insérée au contrat de bail.
À l’issue du délai de six semaines courant à compter de la délivrance de ce commandement, la dette n’a pas été intégralement réglée auprès de la [M].
Il convient dès lors de constater que les conditions d’application de la clause résolutoire insérée dans le contrat de bail et rappelée dans le commandement de payer sont réunies depuis le 27 novembre 2024.
Sur la créance du bailleur
Compte tenu des justificatifs produits, la dette locative s’établit à la date du 19 décembre 2025 à la somme de 4 396,77 € au paiement de laquelle Madame [P] [N] [K] et Monsieur [W] [S] [Z] seront solidairement condamnés, outre intérêts au taux légal à compter de l’assignation.
Il y a lieu de rappeler à ce titre que les frais de procédures sont compris dans les dépens et de préciser que parmi les sommes réclamées, celles correspondant à la période suivant la résiliation du bail doivent être qualifiées d’indemnités d’occupation.
Le bailleur est bien fondé à solliciter le paiement d’une indemnité d’occupation du fait du maintien dans les lieux du locataire malgré la résiliation du bail.
Cette indemnité d’occupation est fixée au montant du loyer conventionnel, outre charges, accessoires et indexation identiques à celles applicables conformément aux clauses du bail.
Madame [P] [N] [K] et Monsieur [W] [S] [Z] seront donc condamnés solidairement au paiement de cette indemnité d’occupation à compter de la résiliation du bail, intervenue le 27 novembre 2025 et jusqu’à libération effective des lieux.
Cette indemnité d’occupation produira, en application des dispositions de l’article 1231-7 du code civil, intérêts au taux légal à compter de l’assignation pour les indemnités échues et au jour où chaque échéance mensuelle sera due pour celles non échues.
Sur la demande de libération des lieux
L’ancienneté et l’importance de l’arriéré justifient que le bailleur puisse à nouveau disposer de son logement et il est donc fondé à réclamer la libération des lieux.
Il y a lieu par conséquent de prévoir qu’à défaut de libération volontaire, le locataire pourra être expulsé dans les deux mois suivant un commandement de quitter les lieux resté infructueux en application de l’article L. 412-1 du code des procédures civiles d’exécution.
Sur la solidarité
Conformément à l’article 1310 du code civil, la solidarité ne se présume pas et doit être expressément stipulée.
En l’espèce, le contrat de bail en cause prévoit une clause de solidarité portant sur l’ensemble des engagements, des preneurs, en ce compris le paiement de l’indemnité d’occupation, de sorte que la [M] peut réclamer la totalité de la dette à chacun des preneurs, sans que puisse lui être opposé le bénéfice de discussion et de division.
Sur les demandes accessoires
Madame [P] [N] [K] et Monsieur [W] [S] [Z], succombant à l’instance, seront condamnés in solidum à supporter la charge des dépens, qui incluront le coût du commandement de payer.
Compte tenu de la disparité matérielle et financière entre les parties, l’équité commande de ne pas faire droit à la demande exposée sur le fondement de l’article 700 du code de procédure civile.
Enfin, il y a lieu de rappeler que la présente décision est exécutoire de plein droit à titre provisoire, en tous ses éléments.
PAR CES MOTIFS
LA JUGE DES CONTENTIEUX DE LA PROTECTION, statuant après débats en audience publique, par jugement réputé contradictoire, rendu en premier ressort et par mise à disposition au greffe,
CONSTATE que les conditions de mise en œuvre de la clause résolutoire insérée au contrat de bail liant les parties sont réunies à compter du 27 novembre 2025 ;
DIT que Madame [P] [N] [K] et Monsieur [W] [S] [Z] devront libérer les lieux ;
ORDONNE à défaut de départ volontaire, l’expulsion de Madame [P] [N] [K] et Monsieur [W] [S] [Z] et de tous occupants de leur chef avec au besoin l’assistance de la force publique, du logement situé 6 Rue René Frion- 38110 LA TOUR DU PIN;
AUTORISE la [M] à faire transporter les meubles et objets mobiliers garnissant les lieux, dans tout garde-meuble de son choix, aux frais, risques et périls des défendeurs ;
FIXE une indemnité d’occupation mensuelle, due à compter du 27 novembre 2024 égale au montant du loyer et des charges qui auraient été exigibles si le bail n’avait pas été résilié, et qui sera indexée selon les mêmes modalités que celles prévues pour le loyer au contrat de bail ;
CONDAMNE solidairement Madame [P] [N] [K] et Monsieur [W] [S] [Z] à payer à la [M] l’indemnité d’occupation comme fixée ci-avant jusqu’à libération effective des lieux, avec intérêts au taux légal à compter de l’assignation pour les indemnités échues et à compter de chaque indemnité pour celles à échoir ;
CONDAMNE solidairement Madame [P] [N] [K] et Monsieur [W] [S] [Z] à payer à la [M] la somme de 4 396,77 € correspondant au montant des loyers, charges et indemnités d’occupation impayés au 19 décembre 2025, échéance du mois de novembre 2025 incluse, outre intérêts au taux légal à compter de l’assignation ;
DEBOUTE la [M] de sa demande formulée au titre de l’article 700 du code de procédure civile ;
CONDAMNE in solidum Madame [P] [N] [K] et Monsieur [W] [S] [Z] aux dépens, comprenant le coût du commandement de payer ;
RAPPELLE que la présente décision est de plein droit exécutoire par provision, en tous ses éléments.
Ainsi jugé et prononcé par mise à disposition au greffe du tribunal judiciaire de BOURGOIN-JALLIEU le TREIZE MARS DEUX MIL VINGT SIX.
LA GREFFIÈRE LA JUGE DES CONTENTIEUX DE LA PROTECTION
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