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Sur la décision
| Référence : | TJ Limoges, jcp, 26 mars 2026, n° 26/00032 |
|---|---|
| Numéro(s) : | 26/00032 |
| Importance : | Inédit |
| Dispositif : | Expulsion "ferme" ordonnée en référé (sans suspension des effets de la clause résolutoire) |
| Date de dernière mise à jour : | 3 avril 2026 |
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Texte intégral
N° Minute :
N° Rôle: N° RG 26/00032 – N° Portalis DB3K-W-B7K-GSTW
Baux d’habitation – Demande en paiement des loyers et des charges et/ou tendant à faire prononcer ou constater la résiliation pour défaut de paiement ou défaut d’assurance et ordonner l’expulsion
0A Sans procédure particulière
Affaire :
,
[D], [W]
C/
,
[C], [B],
[Y], [X],
[F], [B] (caution)
CCC le
CE le
TRIBUNAL JUDICIAIRE DE LIMOGES
Ordonnance de référé
du 26 Mars 2026
Après débats à l’audience tenue publiquement devant le juge des contentieux de la protection du Tribunal Judiciaire de Limoges, statuant en référé le 27 Février 2026, composé de :
PRESIDENT : Monsieur Christophe TESSIER
GREFFIER : Madame Audrey GUÉGAN
Il a été rendu l’ordonnance suivante par mise à disposition au greffe de la juridiction, le 26 Mars 2026 :
Entre :
Monsieur, [D], [W]
né le 29 Janvier 1957 à, [Localité 1] (19)
demeurant, [Adresse 1]
représenté par Maître Matthieu GILLET, avocat au barreau de LIMOGES;
DEMANDEUR
Et :
Monsieur, [C], [B]
né le 12 Septembre 1980 à, [Localité 2] (TUNISIE)
demeurant, [Adresse 2]
Madame, [Y], [X]
née le 30 Mars 1999 à, [Localité 3] (91)
demeurant, [Adresse 2]
Monsieur, [F], [B] (caution)
né le 13 Novembre 1985 à, [Localité 2] (TUNISIE)
demeurant, [Adresse 3]
NON COMPARANTS, ni représentés ;
DÉFENDEURS
A l’appel de la cause à l’audience du 27 Février 2026, l’avocat du demandeur a déposé son dossier de plaidoirie.
Puis le juge a mis l’affaire en délibéré à l’audience du 26 Mars 2026 à laquelle a été rendue la décision dont la teneur suit.
EXPOSE DU LITIGE
Par acte sous seing privé du 12 octobre 2020 à effet du 15 octobre 2020, M., [D], [W], représenté par la SCP FANAFAS-HORTHOLARAY-LUPETTE, a donné à bail à M., [E], [C], [B] un local à usage d’habitation situé, [Adresse 4], lot 7, 87000, [Adresse 5], moyennant un loyer mensuel révisable de 415 euros, outre une provision sur charge et le versement d’un dépôt de garantie équivalent à un mois de loyer principal.
Par acte sous seing privé du 12 octobre 2020, M., [F], [B] a déclaré se porter caution solidaire du règlement des loyers, charges, taxes, impôts, réparations locatives et tous intérêts et indemnités dus par M., [E], [C], [B].
Par avenant au contrat de location du 12 octobre 2020, signé le 8 juin 2022, ledit contrat a été modifié et établi au nom de M., [E], [C], [B] et de Mme, [Y], [O] à compter du 1er juin 2022.
Par acte de commissaire de justice remis à étude le 23 décembre 2025, M., [D], [W] a fait assigner les locataires, puis par acte remis à domicile le 5 janvier 2026, M., [F], [B], devant le juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire de Limoges, statuant en référés, aux fins de voir :
— constater que le bail intervenu entre les parties se trouve résilié de plein droit par le jeu de la clause résolutoire,
— ordonner en conséquence leur expulsion ainsi que celle de toutes personnes introduites par eux dans les lieux, avec le concours de la force publique et d’un serrurier si besoin est,
— les condamner au paiement à titre provisionnel de la somme de 4 378,48 euros au titre des loyers et charges au 10 décembre 2025, outre la somme de 260,44 euros au titre des frais de procédure, sauf à parfaire ou à diminuer suivant décompte qui sera fourni lors des débats,
— les condamner au paiement à titre provisionnel des loyers et charges impayés du jour du commandement de payer au jour du jugement à intervenir et avec intérêts,
— les condamner au paiement d’une indemnité d’occupation mensuelle, fixée provisoirement, au montant actuel du loyer et des charges jusqu’à son départ effectif des lieux, laquelle indemnité sera indexée tout comme le loyer, et ce avec intérêt de droit,
— les condamner au paiement d’une indemnité de 500 euros sur le fondement de l’article 700 du code de procédure civile, outre les entiers dépens, incluant notamment le coût du commandement, de l’assignation et des mesures conservatoires qui ont été prises sur les biens et valeurs mobilières.
L’affaire a été appelée et retenue le 27 février 2026.
A l’audience susdite, M., [D], [W], représenté par son conseil Maître GILLET, avocat au barreau de Limoges, a sollicité le bénéfice de son acte introductif d’instance en actualisant sa demande principale en paiement à la somme provisionnelle de 3 621,76 euros. Il fonde sa demande d’acquisition de la clause résolutoire sur le commandement de payer demeuré infructueux dans le délai de deux mois à compter de sa délivrance.
Bien que régulièrement assignés M., [E], [C], [B] (à étude), Mme, [Y], [O] (à domicile) et M., [F], [B] (à domicile) ne sont ni présents ni représentés.
L’affaire a été mise en délibéré au 26 mars 2026.
EXPOSE DES MOTIFS
En application de l’article 472 du code de procédure civile, si le défendeur ne comparaît pas, il est néanmoins statué sur le fond. Le juge ne fait droit à la demande que dans la mesure où il l’estime régulière, recevable et bien fondée.
La décision est réputée contradictoire en application de l’article 473 du code de procédure civile, du seul fait qu’elle est susceptible d’appel.
Sur la recevabilité :
Une copie de l’assignation a été notifiée à la Préfecture de la Haute,-[Localité 4], par voie électronique le 23 décembre 2025, soit plus de deux mois avant l’audience, conformément aux dispositions de l’article 24 III de la loi n°89-462 du 06 juillet 1989.
Par ailleurs, M., [D], [W] justifie avoir saisi la commission de coordination des actions de prévention des expulsions locatives le 11 septembre 2025 soit deux mois au moins avant la délivrance de l’assignation du 23 décembre 2025, conformément aux dispositions de l’article 24 II de la loi n°89-462 du 06 juillet 1989.
La demande est dès lors recevable.
Sur la demande de constat de l’acquisition de la clause résolutoire :
L’article 24 I de la loi n°89-462 du 06 juillet 1989 prévoit que « toute clause prévoyant la résiliation de plein droit du contrat de location pour défaut de paiement du loyer ou des charges aux termes convenus ou pour non-versement du dépôt de garantie ne produit effet que deux mois après un commandement de payer demeuré infructueux ».
Le contrat signé par les parties prévoit une clause résolutoire de plein droit à défaut de paiement du loyer et de ses accessoires deux mois après la délivrance d’un commandement de payer resté infructueux.
Par acte de commissaire de justice du 4 septembre 2025, M., [D], [W] a fait délivrer à M., [E], [C], [B] et Mme, [Y], [O] un commandement de payer visant la clause résolutoire pour un montant de 4 221,55 euros arrêté au 1er septembre 2025, reproduisant les dispositions des articles 24 de la loi n°89-462 du 6 juillet 1989 et celles de l’article 6 de la loi du 31 mai 1990 au titre des loyers et charges, lequel est demeuré infructueux.
Les locataires n’ayant pas réglé les sommes visées au commandement dans le délai de deux mois, il y a lieu en conséquence de constater que les conditions d’acquisition de la clause résolutoire sont réunies à la date du 5 novembre 2025.
Sur la demande en paiement des loyers et charges :
Le paiement des loyers et charges aux termes convenus dans le contrat est une obligation essentielle du locataire, résultant tant des dispositions contractuelles du bail signé entre les parties que de l’article 7 a) de la loi n°89-462 du 6 juillet 1989.
En l’espèce, il résulte des pièces versées aux débats, notamment du décompte actualisé au 24 février 2026, que les locataires ont irrégulièrement honoré leur loyer.
M., [D], [W] sollicite, à l’appui dudit décompte, la somme de 3 106 euros.
La créance n’étant pas sérieusement contestable ni contestée, il convient de condamner M., [E], [C], [B], Mme, [Y], [O] et M., [F], [B] au paiement à titre provisionnel de la somme de 3 106 € arrêtée au 24 février 2026, et ce avec intérêt au taux légal à compter du 4 septembre 2025 (date du commandement de payer) en application de l’article 1231-6 du code civil.
Sur les délais de paiement :
Sur le fondement de l’article 24 de la loi du 6 juillet 1989, le juge peut, à la demande du locataire, du bailleur ou d’office, à la condition que le locataire soit en situation de régler sa dette locative et qu’il ait repris le versement intégral du loyer courant avant la date de l’audience, accorder des délais de paiement dans la limite de trois années, par dérogation au délai prévu au premier alinéa de l’article 1343-5 du code civil, au locataire en situation de régler sa dette locative.
En l’espèce, les locataires, absents à l’audience, ne produisent aucun justificatif concernant leur situation financière actualisée de sorte qu’ils ne démontrent pas être dans la capacité d’apurer la dette locative en sus du paiement du loyer courant.
Dans ces conditions, aucun délai de paiement ne peut être accordé.
Sur l’expulsion :
Il convient d’ordonner l’expulsion de M., [E], [C], [B], de Mme, [Y], [O] et de tous occupants de leur chef des lieux loués selon les modalités prévues au dispositif ci-après.
Le sort des meubles sera régi conformément aux dispositions des articles L. 433-1 et L. 433-2 du code des procédures civiles d’exécution.
Sur l’indemnité d’occupation :
Selon l’article 1730 du code civil, à l’expiration du bail le locataire doit restituer les locaux. La restitution des lieux implique la remise des clefs.
Aux termes de l’article 1240 du code civil, tout fait quelconque de l’homme, qui cause à autrui un dommage, oblige celui par la faute duquel il est arrivé à le réparer. Il résulte de ce texte que l’occupant sans droit ni titre d’un local est tenu d’une indemnité d’occupation envers le propriétaire. L’indemnité d’occupation, dont la nature mixte, compensatoire et indemnitaire, constitue la contrepartie de l’occupation du bien après résiliation du bail et de son indisponibilité pour le bailleur.
En l’espèce, le bail se trouve résilié depuis le 5 novembre 2025, M., [E], [C], [B], et Mme, [Y], [O] sont sans droit ni titre depuis cette date. Il convient donc de fixer une indemnité d’occupation à compter de cette date, égale au montant du dernier terme de loyer et des charges qui auraient été dus si le bail s’était poursuivi, soit, 475,76 € et de condamner M., [E], [C], [B] et de Mme, [Y], [O] à son paiement à titre provisionnel dans les termes fixés au dispositif.
Sur les demandes accessoires :
En application de l’article 696 du code de procédure civile, M., [E], [C], [B], Mme, [Y], [O] et M., [F], [U] qui succombent, supporteront solidairement les dépens, en ce compris le coût du commandement de payer et de l’assignation.
Compte tenu de l’équité et de la situation économique des parties, il serait inéquitable de laisser à la charge de M., [D], [W] les sommes exposées par lui dans la présente instance et non comprises dans les dépens. Il convient donc de condamner solidairement M., [E], [C], [B], Mme, [Y], [O] et M., [F], [U] à lui verser une somme de 500 euros sur le fondement des dispositions de l’article 700 du code de procédure civile.
Conformément aux dispositions de l’article 514-1 du code de procédure civile, la présente ordonnance est assortie de droit de l’exécution provisoire.
PAR CES MOTIFS
Nous, juge des contentieux de la protection statuant en référé, par ordonnance mise à disposition au greffe, réputée contradictoire et en premier ressort,
Au principal, RENVOYONS les parties à se pourvoir ainsi qu’elles aviseront mais dès à présent et par provision, vu l’urgence,
DECLARONS recevable la demande de M., [D], [W] aux fins de constat de l’acquisition de la clause résolutoire ;
CONSTATONS l’acquisition de la clause résolutoire du bail conclu entre les parties à la date du 5 novembre 2025 ;
AUTORISONS M., [D], [W], à défaut de libération spontanée des lieux situés, [Adresse 4], lot 7,, [Localité 5] à faire procéder à l’expulsion de M., [E], [C], [B], Mme, [Y], [O] et à celle de tous occupants de leur chef par toutes voies et moyens de droit et au besoin avec l’assistance de la force publique et d’un serrurier, conformément aux articles L 411-1 et L 412-1 et suivants, R 411-1 et suivants , R 412-1 et suivants du code des procédures civiles d’exécution à l’expiration d’un délai de deux mois suivant la délivrance d’un commandement de quitter les lieux ;
DISONS que le sort des meubles sera réglé conformément aux articles L. 433-1 et suivants et R. 433-1 et suivants du code des procédures civiles d’exécution ;
CONDAMNONS solidairement M., [E], [C], [B], Mme, [Y], [O], M., [F], [B] à payer à titre provisionnel à M., [D], [W] la somme de 3 106 euros au titre des loyers, charges et indemnités d’occupation arrêtés à la date du 24 février 2026, avec intérêt au taux légal à compter du 4 septembre 2025 (date du commandement de payer) ;
FIXONS l’indemnité mensuelle d’occupation provisionnelle à compter du 4 novembre 2025 à une somme égale au montant du dernier terme de loyer augmenté des charges qui auraient été dus si le bail s’était poursuivi ;
CONDAMNONS solidairement M., [E], [C], [B] et Mme, [Y], [O] à payer à titre provisionnel à M., [D], [W] la somme de 475,07 euros au titre de ladite indemnité mensuelle d’occupation, à compter du 24 février 2026 jusqu’à la libération effective des lieux, avec intérêt au taux légal à compter de l’exigibilité de chacune des échéances (les indemnités d’occupation dues entre le 5 novembre 2025 et le 24 février 2026 se confondant avec la dette de 3 106 euros) ;
CONDAMNONS solidairement M., [E], [C], [B], Mme, [Y], [O] et M., [F], [B] à payer à M., [D], [W] la somme de 500 euros sur le fondement de l’article 700 du code de procédure civile ;
CONDAMNONS solidairement M., [E], [C], [B], Mme, [Y], [O] et M., [F], [B] aux dépens, en ce compris le coût du commandement de payer et de l’assignation ;
RAPPELONS que la présente ordonnance est assortie de droit de l’exécution provisoire ;
DISONS qu’une copie de la présente décision sera communiquée par les soins du greffe au représentant de l’État dans le département.
En foi de quoi, la présente décision a été signée par le Président et le Greffier.
LE GREFFIER LE PRESIDENT
Audrey GUÉGAN Christophe TESSIER
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