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Sur la décision
| Référence : | TJ Nîmes, jcp, 17 nov. 2025, n° 25/01007 |
|---|---|
| Numéro(s) : | 25/01007 |
| Importance : | Inédit |
| Dispositif : | Expulsion "conditionnelle" ordonnée en référé avec suspension des effets de la clause résolutoire |
| Date de dernière mise à jour : | 29 décembre 2025 |
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Texte intégral
TRIBUNAL JUDICIAIRE
[Adresse 8]
[Adresse 6]
[Localité 2]
Minute N°
N° RG 25/01007 – N° Portalis DBX2-W-B7J-LDPI
S.A. SEMIGA
C/
[B] [Z], [S] [Y]
Le
Exécutoire délivré à :
AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS
ORDONNANCE DE REFERE DU 17 NOVEMBRE 2025
DEMANDERESSE :
S.A. SEMIGA immatriculée au RCS de [Localité 12] sous le N° B 650 200 405 dont le siège social est [Adresse 11]
[Adresse 4]
[Adresse 10]
[Localité 2], agissant poursuites et diligences de son directeur général en exercice domicilié en cette qualité audit siège social
représentée par Maître Mireille BRUN, avocat au barreau de NÎMES
DEFENDEURS :
Monsieur [B] [Z]
demeurant [Adresse 7]
[Adresse 5]
[Adresse 9]
[Localité 3]
non comparant, ni représenté
Madame [S] [Y]
demeurant [Adresse 7]
[Adresse 5]
[Adresse 9]
[Localité 3]
comparante en personne
COMPOSITION DU TRIBUNAL :
Président : Anne GIVAUDAND, juge des contentieux de la protection,
Greffiers : Janine CIRECH, lors des débats et Jean-Jacques PONS, lors de la mise à disposition au greffe,
En présence, lors des débats, de [F] [L], greffière stagiaire
DÉBATS :
Date de la première évocation : 20 octobre 2025
Date des Débats : 20 octobre 2025
Date du Délibéré : 17 novembre 2025
DÉCISION :
réputée contradictoire conformément à l’article 473 du code de procédure civile, en premier ressort, rendue publiquement par mise à disposition au greffe du tribunal judiciaire de Nîmes, le 17 novembre 2025 en vertu de l’article 450 alinéa 2 du code de procédure civile.
Par acte sous seing privé en date du 06 juin 2023, un bail à usage d’habitation a été consenti à Monsieur [B] [Z] et Madame [S] [Y] concernant un logement avec garage attenant situé [Adresse 1] moyennant le paiement d’un loyer de 574 euros outre la somme de 96 euros de provisions pour charges.
Des loyers demeuraient impayés et le 30 avril 2025, la SA SEMIGA faisait délivrer un commandement de payer les loyers et les charges visant la clause résolutoire à ses locataires, pour un montant en principal de 3 427,88 euros.
Par actes de commissaire de justice en date du 10 juillet 2025, la SA SEMIGA a assigné Monsieur [B] [Z] et Madame [S] [Y] par devant le tribunal de céans, pour l’audience du 20 octobre 2025 afin de voir :
— CONSTATER la résiliation du bail intervenue de plein droit par le jeu de la clause résolutoire depuis le 05 juillet 2025
En conséquence :
— ORDONNER leur expulsion de corps et de biens ainsi que tout occupant de leur chef, si besoin est avec le concours et l’assistance de la force publique et si besoin d’un serrurier,
— CONDAMNER solidairement Monsieur [B] [Z] et Madame [S] [Y] au paiement à titre provisionnel :
o De la somme principale de 2 969,69 euros arrêtée au 1er juillet 2025 en deniers ou quittance valable outre intérêts au taux légal à compter du 05 mai 2025 pour les sommes portées au commandement et à compter de l’assignation pour les sommes dues postérieurement à celui-ci outre les frais de procédure conformément à l’article 1153 du code civil,
o D’une indemnité d’occupation mensuelle égale au montant du dernier loyer et charges variables en fonction des augmentations légales à venir à compter de juillet 2025 et jusqu’à parfaite libération des lieux,
o De la somme de 500 euros au titre de l’article 700 du code de procédure civile ainsi qu’aux entiers dépens de l’instance.
La SA SEMIGA, comparant par ministère d’avocat, a maintenu l’ensemble de ses demandes et actualisé la dette locative à la somme de 874,96 euros, échéance de septembre 2025 incluse. Elle a indiqué que les derniers loyers ont été intégralement réglés et ne s’est pas opposée à l’octroi de délais de paiement au bénéfice des locataires.
Madame [Y], comparante, a expliqué avoir rencontré des difficultés financières consécutivement à un arrêt de travail prolongé. Elle a sollicité l’octroi de délais de paiement seulement jusqu’en décembre 2025 inclus, souhaitant apurer la dette le plus rapidement possible pour être à jour de la situation à compter du début de l’année 2026.
Monsieur [Z], régulièrement assigné, n’a ni comparu ni ne s’est fait représenter.
A l’issue des débats, l’affaire a été mise en délibéré au 17 novembre 2025 par mise à disposition au greffe du tribunal.
MOTIFS
Vu les articles 472 et 473 du code de procédure civile,
Sur la recevabilité de la demande :
Aux termes de l’article 24 II de la loi n°89-462 du 6 juillet 1989 :
« Les bailleurs personnes morales autres qu’une société civile constituée exclusivement entre parents et alliés jusqu’au quatrième degré inclus ne peuvent faire délivrer, sous peine d’irrecevabilité de la demande, une assignation aux fins de constat de résiliation du bail avant l’expiration d’un délai de deux mois suivant la saisine de la commission de coordination des actions de prévention des expulsions locatives prévue à l’article 7-2 de la loi n° 90-449 du 31 mai 1990 précitée. Cette saisine est réputée constituée lorsque persiste une situation d’impayés, préalablement signalée dans les conditions réglementaires aux organismes payeurs des aides au logement en vue d’assurer le maintien du versement des aides mentionnées à l’article L. 821-1 du code de la construction et de l’habitation. Cette saisine, qui contient les mêmes informations que celles des signalements par les huissiers de justice des commandements de payer prévus au I du présent article, s’effectue par voie électronique par l’intermédiaire du système d’information prévu au dernier alinéa de l’article 7-2 de la loi n° 90-449 du 31 mai 1990 précitée. »
En l’espèce, la SA SEMIGA justifie avoir notifié le commandement de payer à la CCAPEX le 05 mai 2025.
En outre, et dans le respect des dispositions de l’article 24 III de la loi n°89-462 du 6 juillet 1989 modifiée par la loi du 27 juillet 2023 visant à protéger les logements contre l’occupation illicite, une copie des assignations a été dénoncée à la Préfecture du Gard par voie électronique le 11 juillet 2025 pour l’audience du 20 octobre 2025 soit six semaines au moins avant cette dernière date.
Ces formalités, prescrites à peine d’irrecevabilité de l’action, ont été exécutées dans les délais impartis, de telle sorte que l’action en résolution de bail diligentée à l’encontre de Monsieur [B] [Z] et Madame [S] [Y] sera déclarée recevable.
Sur la résiliation du bail :
Vu les dispositions de l’article 24 I de la loi n°89-462 du 06 juillet 1989 en vigueur au jour du commandement,
Le commandement de payer visant la clause résolutoire a été signifié à Monsieur [B] [Z] et Madame [S] [Y] le 30 avril 2025.
Ce commandement est demeuré infructueux pendant plus de six semaines, en application des dispositions en vigueur à la date de sa délivrance, de sorte qu’il y a lieu de constater que les conditions d’acquisition de la clause résolutoire contenues dans le bail étaient réunies à la date du 11 juin 2025 ; le contrat de location se trouve donc résilié depuis cette date.
Sur la demande d’expulsion et les mesures subséquentes :
Par le jeu de la clause résolutoire, Monsieur [B] [Z] et Madame [S] [Y] sont devenus occupants sans droit ni titre.
En conséquence, il convient de prononcer leur expulsion domiciliaire ainsi que celle de tout occupant de leur chef, si besoin est, avec le concours de la force publique et l’assistance d’un serrurier dans les formes et délais prévus aux articles L411-1 et suivants du code des procédures civiles d’exécution.
Sur l’arriéré locatif et les charges impayées :
Aux termes de l’article 7 (a) de la loi n°89-462 du 6 juillet 1989 tendant à améliorer les rapports locatifs, les locataires sont tenus de payer les loyers et charges aux termes convenus.
Aux termes des dispositions de l’article 1353 du code civil, celui qui réclame l’exécution d’une obligation doit la prouver ; et, réciproquement, celui qui s’en prétend libéré doit justifier le paiement ou le fait qui a produit l’extinction de son obligation.
En vertu de l’article 835 alinéa 2 du code de procédure civile, le juge des référés peut accorder une provision au créancier qui justifie détenir une créance ne souffrant d’aucune contestation sérieuse.
La SA SEMIGA produit un décompte arrêté à la date des débats faisant état d’une dette locative de 874,96 euros (échéance de septembre 2025 incluse).
Cette somme n’est pas contestée de sorte que Monsieur [B] [Z] et Madame [S] [Y] seront solidairement condamnés à payer par provision à la SA SEMIGA la somme de 874,96 euros au titre de la dette locative (échéance de septembre 2025 incluse) avec intérêts au taux légal à compter de la date du commandement de payer pour les sommes y étant mentionnées, à compter de l’assignation pour le surplus et de la présente décision pour le reliquat.
Sur les délais de paiement :
Au regard des dispositions de l’Article 24 de la Loi du 6 Juillet 1989 pris dans son paragraphe V. : « Le juge peut, à la demande du locataire, du bailleur ou d’office, à la condition que le locataire soit en situation de régler sa dette locative et qu’il ait repris le versement intégral du loyer courant avant la date de l’audience, accorder des délais de paiement dans la limite de trois années, par dérogation au délai prévu au premier alinéa de l’article 1343-5 du code civil, au locataire en situation de régler sa dette locative. Le quatrième alinéa de l’article 1343-5 s’applique lorsque la décision du juge est prise sur le fondement du présent alinéa. Le juge peut d’office vérifier tout élément constitutif de la dette locative et le respect de l’obligation prévue au premier alinéa de l’article 6 de la présente loi. Il invite les parties à lui produire tous éléments relatifs à l’existence d’une procédure de traitement du surendettement au sens du livre VII du code de la consommation. »
Le paragraphe VII de ce même article précise :
« VII. – Lorsque le juge est saisi en ce sens par le bailleur ou par le locataire, et à la condition que celui-ci ait repris le versement intégral du loyer courant avant la date de l’audience, les effets de la clause de résiliation de plein droit peuvent être suspendus pendant le cours des délais accordés par le juge dans les conditions prévues aux V et VI du présent article. Cette suspension prend fin dès le premier impayé ou dès lors que le locataire ne se libère pas de sa dette locative dans le délai et selon les modalités fixés par le juge. Ces délais et les modalités de paiement accordés ne peuvent affecter l’exécution du contrat de location et notamment suspendre le paiement du loyer et des charges.
Si le locataire se libère de sa dette locative dans le délai et selon les modalités fixés par le juge, la clause de résiliation de plein droit est réputée ne pas avoir joué. Dans le cas contraire, elle reprend son plein effet. "
En l’espèce, la demanderesse ne s’étant pas opposée à l’octroi de délais de paiement au bénéfice de la locataire qui les a sollicités, il convient d’accorder à Monsieur [B] [Z] et Madame [S] [Y] des délais de paiement tels que détaillés au présent dispositif, et de suspendre les effets de la clause résolutoire afin de favoriser son maintien dans les lieux
Afin de préserver les intérêts de la bailleresse, ces délais seront toutefois assortis d’une clause de déchéance en cas de défaut de paiement par les locataires d’une seule échéance.
Sur l’indemnité d’occupation :
En application de l’article 1240 du code civil, l’occupation sans droit, ni titre constitue un trouble illicite préjudiciable qui emporte le versement par l’occupant d’une indemnité pour toute la durée de son maintien dans les lieux.
Il est de bon droit d’estimer que cette indemnité devra s’élever au montant du loyer avec charges qui aurait été payé si le bail n’avait pas été résilié et comme tel, qu’elle subira les augmentations légales.
En conséquence, Monsieur [B] [Z] et Madame [S] [Y] seront condamnés solidairement à payer une indemnité d’occupation équivalente au loyer et charges actuels, et en subissant les augmentations légales, à compter du 1er octobre 2025 et jusqu’à leur départ effectif des lieux.
Sur les frais irrépétibles et les dépens :
En application de l’article 700 du code de procédure civile « le juge condamne la partie tenue aux dépens ou qui perd son procès à payer à l’autre partie la somme qu’il détermine au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. »
Monsieur [B] [Z] et Madame [S] [Y] seront solidairement condamnés à payer la somme de 500 euros à la SA SEMIGA au titre de l’article 700 du code de procédure civile.
Aux termes de l’article 696 du même code, « la partie perdante est condamnée aux dépens, à moins que le juge, par décision motivée, n’en mette la totalité ou une fraction à la charge d’une autre partie. »
Monsieur [B] [Z] et Madame [S] [Y] qui succombent, supporteront solidairement les entiers dépens de l’instance.
PAR CES MOTIFS
Nous, Juge du Contentieux de la Protection statuant en référé par ordonnance réputée contradictoire, en premier ressort et par mise à disposition au greffe :
Renvoyons les parties à mieux se pourvoir au principal, mais dès à présent, vu l’urgence,
DÉCLARONS la demande en résiliation de bail diligentée par la SA SEMIGA recevable et bien fondée,
CONSTATONS que les conditions d’acquisition de la clause résolutoire figurant au bail sig,né le 06 juin 2023 concernant le logement et garage attenant situé [Adresse 1] étaient réunies à la date du 11 juin 2025,
CONSTATONS la résiliation du bail à compter du 11 juin 2025,
CONSTATONS que Monsieur [B] [Z] et Madame [S] [Y] sont déchus de leur titre d’occupation et se maintiennent indûment dans le logement initialement loué sis [Adresse 1],
En conséquence :
ORDONNONS l’expulsion domiciliaire de Monsieur [B] [Z] et Madame [S] [Y] ainsi que celle de tout occupant de leur chef, des locaux situés [Adresse 1] avec le concours de la force publique et d’un serrurier si besoin, dans les formes et délais prescrits par les articles L411-1 et suivants du Code des procédures civiles d’exécution,
CONDAMNONS solidairement Monsieur [B] [Z] et Madame [S] [Y] à payer par provision à la SA SEMIGA à compter du 1er octobre 2025 et jusqu’à libération ou reprise effective des lieux, une indemnité mensuelle d’occupation égale au montant du dernier loyer avec charges et subissant les augmentations légales,
CONDAMNONS solidairement Monsieur [B] [Z] et Madame [S] [Y] à payer par provision à la SA SEMIGA la somme de 874,96 euros au titre de la dette locative (échéance de septembre 2025 incluse) avec intérêts au taux légal à compter de la date du commandement de payer pour les sommes y étant mentionnées, à compter de l’assignation pour le surplus et de la présente décision pour le reliquat,
AUTORISONS Monsieur [B] [Z] et Madame [S] [Y] à se libérer de ladite somme en 6 mensualités en sus du loyer courant, payables le 05 de chaque mois à partir du mois suivant la signification de la présente ordonnance, par 6 mensualités de 145,82 euros chacune, la 6ème et dernière mensualité correspondant au solde de la dette en principal, intérêts et frais,
DISONS que si Monsieur [B] [Z] et Madame [S] [Y] s’exécutent dans les délais et selon les modalités fixées, la clause résolutoire insérée au bail, dont les effets sont suspendus, sera réputée n’avoir jamais joué,
DISONS qu’à défaut de paiement de toute mensualité pendant le délai accordé, qu’elle soit due au titre de l’arriéré ci-avant fixé, du loyer courant ou des charges afférentes, le solde de la dette deviendra immédiatement exigible en intégralité et la clause résolutoire produira son plein effet,
CONDAMNONS solidairement Monsieur [B] [Z] et Madame [S] [Y] à payer à la SA SEMIGA la somme de 500 euros au titre de l’article 700 du code de procédure civile,
CONDAMNONS solidairement Monsieur [B] [Z] et Madame [S] [Y] aux entiers dépens.
Le greffier, La juge,
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