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Sur la décision
| Référence : | TJ Avignon, réf. jcp <ou= 10 000eur, 2 juin 2026, n° 26/00086 |
|---|---|
| Numéro(s) : | 26/00086 |
| Importance : | Inédit |
| Dispositif : | Accorde ou proroge des délais |
| Date de dernière mise à jour : | 12 juin 2026 |
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Sur les parties
| Parties : | Société [ Localité 2 ] |
|---|
Texte intégral
COUR D’APPEL DE [Localité 1]
TRIBUNAL JUDICIAIRE D’AVIGNON
N° RG 26/00086 – N° Portalis DB3F-W-B7K-KK3X
Minute N° : 26/00217
Procédure civile de droit commun
ORDONNANCE DE REFERE
Code de procédure Civile art.454
DU 02 Juin 2026
Dossier + Copie + Copie exécutoire délivrés à :
GRAND DELTA HABITAT
le :
DEMANDEUR
Société [Localité 2],
[Adresse 1]
[Adresse 2]
[Localité 3]
Représentée par Madame [T], minie d’un pouvoir
DEFENDEUR :
Monsieur [F] [A]
né le 01 Janvier 1962 à MAROC
[Adresse 3]
[Adresse 4]
[Localité 4]
non comparant, non représenté
Madame [H] [K] épouse [A]
[Adresse 3]
[Adresse 4]
[Localité 4]
non comparante, non représentée
COMPOSITION DU TRIBUNAL :
Madame Amandine GORY, Vice-Présidente chargée des contentieux de la protection statuant en qualité de juge des référés,
assisté de Madame Laëtitia NICOLAS, Greffière lors des débats et de Madame Amel YAMANI, Greffière lors du délibéré.
DÉBATS :
Après avoir entendu à l’audience du 28 Avril 2026 les parties comparantes ou leurs conseils, le président les a informés que l’affaire était mise en délibéré et que l’ordonnance serait rendue ce jour, par mise à disposition au greffe.
EXPOSE DU LITIGE
Par acte sous seing privé du 20 décembre 2019, [Localité 5] DELTA HABITAT a consenti à Monsieur [F] [A] et Madame [H] [K] épouse [A] un bail portant sur un local à usage d’habitation sis [Adresse 5], moyennant un loyer mensuel de 351,76 euros hors charges.
Faute de paiement des loyers dans les délais convenus, et par exploit du 26 novembre 2025, [Localité 5] DELTA HABITAT a fait délivrer à Monsieur [F] [A] et Madame [H] [K] épouse [A] un commandement de payer, au titre du solde des loyers et charges non réglés, la somme de 1.852,58 euros hors frais.
C’est dans ce contexte et faute de régularisation que par exploit délivré le 13 février 2026, GRAND DELTA HABITAT a fait citer Monsieur [F] [A] et Madame [H] [K] épouse [A] devant le juge des référés du présent tribunal aux fins de les voir principalement condamnés à :
— voir constater l’acquisition de la clause résolutoire et la résiliation de plein droit du contrat de bail ;
— l’expulsion ainsi que tous occupants de leur chef avec, si besoin est, le concours de la force publique, autoriser la séquestration des biens se trouvant éventuellement sur place ;
— lui payer solidairement et à titre provisionnel et de l’arriéré locatif, la somme de 2.195,91 due au 31 janvier 2026 ;
— lui payer solidairement et à titre provisionnel une indemnité mensuelle d’occupation fixée au moins au montant du loyer et des charges, indexées conformément aux dispositions du contrat et aux dispositions légales, jusqu’à complète libération des lieux et remise des clés à la requérante ;
— payer les entiers dépens.
L’affaire est appelée à l’audience du 28 avril 2026, lors de laquelle la société [Localité 2] comparaît représentée et sollicite le bénéfice de son assignation, sous réserve de l’actualisation de la dette locative à la somme de 1.717,14 euros au 20 avril 2026. Elle précise qu’un plan d’apurement a été signé le 28 novembre 2025 prévoyant des mensualités de 57,00 euros en plus du loyer courant. Le bailleur ajoute de ce fait être favorable à l’octroi de délais de paiement ainsi qu’à la suspension de la clause résolutoire à l’issue si ceux-ci étaient respectés en totalité.
Monsieur [F] [A] et Madame [H] [K] épouse [A] ne comparaissent pas et ne sont pas représentés.
Le Diagnostic Social Financier qui a été fourni au Tribunal avant l’audience indique que les locataires sont mariés et n’ont plus d’enfants à charge, Monsieur perçoit une retraite et Madame n’a pas d’activité professionnelle. Monsieur explique la dette locative de 1.200,00 euros suite à son passage à la retraite et donc une absence de revenus. De plus, la perte d’APL du fait du départ du logement de leur fille a accentué cette fragilité financière. Le couple avait demandé une aide à leur caisse de retraite pour le paiement de leur dette locative mais celle-ci a été refusée. Depuis trois mois le loyer est réglé avec un plan d’apurement signé avec le bailleur. Le FSL pourrait être un projet pour aider les locataires à solder leur dette locative.
Les défendeurs régulièrement assignés, n’ayant pas tous comparu ni été représentés, la présente ordonnance, susceptible d’appel, sera réputée contradictoire à l’égard de toutes les parties en application de l’article 474 du code de procédure civile.
La décision est mise en délibéré au 02 juin 2026.
MOTIFS
L’article 472 du code de procédure civile prévoit que lorsque le défendeur ne comparait pas, le Tribunal fait droit à la demande s’il l’estime régulière, recevable et bien fondée.
Aux termes de l’article 834 du code de procédure civile, dans tous les cas d’urgence, le juge des contentieux de la protection peut, dans la limite de sa compétence, ordonner en référé toutes les mesures qui ne se heurtent à aucune contestation sérieuse ou que justifie l’existence d’un différend.
Par ailleurs, par application de l’article 835 du même code, le juge peut accorder une provision au créancier, lorsque l’obligation n’est pas sérieusement contestable.
Enfin, il ressort de l’article 9 de ce code qu’il incombe à chaque partie de prouver conformément à la loi les faits nécessaires au succès de sa prétention. Il résulte en outre de l’article 1353 du code civil que celui qui réclame l’exécution d’une obligation doit la prouver. Réciproquement, celui qui se prétend libéré doit justifier le paiement ou le fait qui a produit l’extinction de son obligation.
1) Sur la recevabilité de l’action
Conformément aux dispositions de l’article 24 de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989, l’assignation a été régulièrement dénoncée à la préfecture de [Localité 6] le 23 février 2026, au moins six semaines avant la première audience.
Par ailleurs, la CAF du [Localité 6] a été saisie le 21 juin 2024 de la situation d’impayés, soit dans les délais légaux impartis.
La demande de résiliation formée par [Localité 2] est donc recevable.
2) Sur l’indemnité provisionnelle au titre de l’arriéré locatif
Aux termes de l’article 7 de la loi du 6 juillet 1989, et des dispositions du bail, le locataire est obligé de payer le loyer et les charges récupérables aux termes convenus.
A l’audience, le bailleur fourni un décompte actualisé au 20 avril 2026, portant la dette locative à hauteur de 1.717,14 euros. La dette n’étant pas contradictoire mais favorable aux locataires, il conviendra de la retenir. Il convient de préciser que les sommes dues postérieurement à cette date seront prises en compte au titre des indemnités d’occupation et seront évoquées supra.
Ainsi, après examen des décomptes produits par [Localité 2] la créance apparaît incontestable dans son principe comme dans son montant et la demande est fondée à hauteur de 1.717,14 euros, à titre de provision à valoir sur les arriérés de loyers et de charges impayés, terme de mars 2026 inclus et décompte arrêté au 20 avril 2026.
Cette somme sera assujettie au taux d’intérêt légal à compter de la présente décision.
En application de l’article 220 du code civil, chacun des époux a pouvoir pour passer seul les contrats qui ont pour objet l’entretien du ménage ou l’éducation des enfants toute dette contractée par l’un oblige l’autre solidairement.
Ainsi la condamnation à intervenir sera prononcée solidairement à l’encontre des défendeurs.
— -
3) Sur la résiliation du bail et les délais de paiement
Aux termes de l’article 24 de la loi du 6 juillet 1989, toute clause prévoyant la résiliation de plein droit du contrat de location pour défaut de paiement du loyer ou des charges aux termes convenus ou pour non versement du dépôt de garantie ne produit effet que six semaines après un commandement de payer demeuré infructueux.
En l’espèce, le contrat de location est bien doté d’une telle clause résolutoire, lequel prévoit un délai de deux mois pour régulariser la dette après le commandement de payer.
Il ressort de manière incontestable de la lecture des décomptes produits par [Localité 2] que Monsieur [F] [A] et Madame [H] [K] épouse [A] n’ont pas satisfait aux termes du commandement de payer dans le délai de deux mois impartis dans le bail et le commandement de payer (retenu car plus favorable malgré les nouvelles dispositions législatives), soit avant le 27 janvier 2026.
Les conditions de l’acquisition de la clause résolutoire sont donc réunies au bénéfice de [Localité 5] DELTA HABITAT depuis le 27 janvier 2026.
*
Aux termes de l’article 544 du code civil, la propriété est le droit de jouir et disposer des choses de la manière la plus absolue, pourvu qu’on n’en fasse pas un usage prohibé par les lois ou par les règlements.
Par ailleurs, il résulte d’une lecture combinée des articles 24 de la loi du 6 juillet 1989 et de l’article 1343-5 du code civil que le juge peut, à la demande du locataire, du bailleur ou d’office, à la condition que le locataire soit en situation de régler sa dette locative et qu’il ait repris le versement intégral du loyer courant avant la date de l’audience, accorder des délais de paiement dans la limite de trois années au locataire en situation de régler sa dette locative. Le juge peut d’office vérifier tout élément constitutif de la dette locative et le respect par le bailleur de son obligation de remettre au locataire un logement décent.
Enfin, il ressort du même article que, lorsque le juge est saisi en ce sens par le bailleur ou par le locataire, et à la condition que celui-ci ait repris le versement intégral du loyer courant avant la date de l’audience, les effets de la clause de résiliation de plein droit peuvent être suspendus pendant le cours des délais accordés par le juge. Cette suspension prend fin dès le premier impayé ou dès lors que le locataire ne se libère pas de sa dette locative dans le délai et selon les modalités fixées par le juge. Ces délais et les modalités de paiement accordés ne peuvent affecter l’exécution du contrat de location et notamment suspendre le paiement du loyer et des charges. Si le locataire se libère de sa dette locative dans le délai et selon les modalités fixées par le juge, la clause de résiliation de plein droit est réputée ne pas avoir joué. Dans le cas contraire, elle reprend son plein effet.
*
En l’espèce, l’examen des décomptes produits atteste d’efforts de paiement et notamment la reprise du paiement des loyers courants. Par ailleurs, le plan d’apurement signé le 28 novembre 2026 par les parties et prévoyant des mensualités de 57 euros en sus du loyer est respecté. GRAND DELTA HABITAT indique être favorable à l’octroi des délais de paiement ainsi qu’à la suspension de la clause résolutoire à l’issue.
Dès lors, il y a lieu d’accorder à Monsieur [F] [A] et Madame [H] [K] épouse [A] un délai de paiement de trente mois, correspondant à vingt-neuf mensualités de 57,00 euros, et le solde restant dû à la trentième mensualité, selon des modalités qui seront précisées au dispositif de la présente ordonnance.
Par application de l’article 24 précité, pendant le cours des délais ainsi accordés, les effets de la clause résolutoire seront suspendus. Si les requis se libèrent dans le délai et selon les modalités fixées, la clause résolutoire sera réputée ne pas avoir jouée, et ils ne seront pas expulsés.
En revanche, si ceux-ci ne respectent pas les délais accordés ou s’ils ne règlent pas l’intégralité du loyer courant à la date convenue, la totalité des sommes dues deviendra immédiatement exigible et la clause résolutoire sera réputée acquise.
Dans cette hypothèse, leur expulsion sera ordonnée et le sort des meubles se trouvant dans les lieux sera régi conformément aux dispositions des articles L. 433-1 et L. 433-2 du code des procédures civiles d’exécution. Par ailleurs, ils seront condamnés solidairement à payer à [Localité 2], à titre provisionnel et d’indemnité d’occupation, en application de l’article 1240 du code civil et à compter de la résiliation du bail, une somme égale au montant du loyer augmenté des charges fixés tels qu’ils auraient subsisté si le contrat de bail n’avait pas été résilié, indexation contractuelle comprise.
PAR CES MOTIFS,
Nous, Amandine GORY, Vice-Présidente chargée des contentieux de la protection statuant en qualité de juge des référés, assistée de Laëtitia NICOLAS, greffière lors des débats et de Amel YAMANI, greffière lors du délibéré, statuant publiquement, par ordonnance de référé réputée contradictoire rendue en premier ressort,
Au principal, RENVOYONS les parties à se pourvoir ainsi qu’elles aviseront mais, dès à présent et par provision,
Déclarons recevable la demande de résiliation formée par [Localité 2] concernant le contrat de bail du 20 décembre 2019, consenti à Monsieur [F] [A] et Madame [H] [K] épouse [A] et portant sur un local à usage d’habitation sis : [Adresse 6] [Adresse 7] ;
Constatons que les conditions d’acquisition de la clause résolutoire sont réunies depuis le 27 janvier 2026 ;
Condamnons solidairement Monsieur [F] [A] et Madame [H] [K] épouse [A] à payer à [Localité 5] DELTA HABITAT la somme de 1.717,14 euros à titre de provision à valoir sur les arriérés de loyers et de charges impayés, terme de mars 2026 inclus et décompte arrêté au 20 avril 2026, avec intérêts au taux légal à compter de la présente décision ;
Autorisons Monsieur [F] [A] et Madame [H] [K] épouse [A] à se libérer de cette somme sur une durée de trente mois par versements mensuels de 57,00 euros les vingt-neuf premiers mois, le solde au trentième mois et, sauf meilleur accord des parties, le premier versement devant intervenir le quinzième jour du mois suivant la signification de la présente ordonnance, puis le 05 de chaque mois, en plus des loyers et charges en cours, tout paiement étant imputé en premier lieu sur ces derniers ;
Suspendons pendant cette période, les effets de la clause résolutoire qui sera réputée n’avoir jamais été acquise en cas de respect des modalités de paiement ;
— -
Disons qu’à défaut de paiement d’une seule mensualité (loyer et arriéré locatif) à son échéance et dans son intégralité, le solde restant dû deviendra immédiatement exigible et la clause résolutoire reprendra ses effets ;
— Constatons en ce cas la résiliation de plein droit du bail précité ;
— Autorisons en ce cas l’expulsion de Monsieur [F] [A] et Madame [H] [K] épouse [A] et de tous occupants de leur chef du local d’habitation précité, et disons qu’à défaut de départ volontaire, les intéressés pourront être contraints à l’expulsion avec, si besoin est, l’assistance de la force publique et d’un serrurier à la suite du délai légal de deux mois suivant la délivrance d’un commandement délivré par huissier de justice d’avoir à quitter les lieux ;
— Disons en ce cas qu’il sera procédé en tant que de besoin à l’enlèvement des meubles et objets mobiliers se trouvant dans les lieux, dont le sort sera régi conformément aux dispositions des articles L. 433-1 et L. 433-2 du code des procédures civiles d’exécution ;
— Condamnons solidairement en ce cas Monsieur [F] [A] et Madame [H] [K] épouse [A] à payer à [Localité 2] une indemnité d’occupation mensuelle provisionnelle à compter de la résiliation du bail, une somme égale au montant du loyer augmenté des charges, tels qu’ils auraient subsistés si le contrat de bail n’avait pas été résilié, indexation contractuelle comprise, et ce jusqu’à la libération définitive et effective des lieux par restitution des clés ;
Condamnons in solidum Monsieur [F] [A] et Madame [H] [K] épouse [A] aux entiers dépens de l’instance, qui comprendront le coût du commandement de payer du 26 novembre 2025 et de l’assignation du 13 février 2026 ;
Rappelons que la présente ordonnance bénéficie de l’exécution provisoire de droit ;
Rejetons les autres demandes pour le surplus.
Ainsi ordonné et mis à disposition au greffe le 02 juin 2026.
Le Greffier Le Juge
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