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Sur la décision
| Référence : | TJ Évreux, ctx gal inf = 10 000eur, 9 sept. 2025, n° 25/00168 |
|---|---|
| Numéro(s) : | 25/00168 |
| Importance : | Inédit |
| Dispositif : | Fait droit à l'ensemble des demandes du ou des demandeurs sans accorder de délais d'exécution au défendeur |
| Date de dernière mise à jour : | 5 novembre 2025 |
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Sur les parties
| Avocat(s) : | |
|---|---|
| Cabinet(s) : | |
| Parties : |
Texte intégral
TRIBUNAL JUDICIAIRE D’EVREUX
[Adresse 5]
[Localité 2]
RÉPUBLIQUE FRANÇAISE
AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS,
Minute n°
N° RG 25/00168 – N° Portalis DBXU-W-B7J-IAIO
S.A. BNP PARIBAS PERSONAL FINANCE
C/
[D] [C]
[K] [E] épouse [C]
JUGEMENT DU 09 SEPTEMBRE 2025
TRIBUNAL JUDICIAIRE D’EVREUX
Mis à disposition au greffe en vertu de l’article 450 du Code de procédure civile le 09 Septembre 2025 et signé par Thierry ROY, Juge des contentieux de la protection et Catherine POSÉ, Greffier
DEMANDERESSE :
S.A. BNP PARIBAS PERSONAL FINANCE
[Adresse 1]
[Localité 6]
Représentée par Maître Pascale BADINA de la SELARL CABINET BADINA ET ASSOCIÉS, Avocat au Barreau de ROUEN – Substituée par Maître Hadda ZERD, Avocat au Barreau de ROUEN
DÉFENDEURS :
Monsieur [D] [C]
[Adresse 4]
[Localité 3]
Non Comparant
Madame [K] [E] épouse [C]
[Adresse 4]
[Localité 3]
Non Comparante
DÉBATS à l’audience publique du : 18 Juin 2025
COMPOSITION DU TRIBUNAL :
Juge des contentieux de la protection : Thierry ROY
Greffier : Catherine POSÉ
JUGEMENT :
Réputé contradictoire, rendu publiquement et en premier ressort
Copies certifiées conformes délivrées le :
Copie exécutoire délivrée le :
à :
EXPOSÉ DU LITIGE
Selon offre préalable acceptée le 09 novembre 2019, la S.A BNP PARIBAS PERSONAL FINANCE a consenti à Monsieur [D] [C] et Madame [K] [E] épouse [C] un prêt personnel affecté à l’acquisition d’un véhicule automobile de marque NISSAN de type QASHQAI 1.6 DCI n° 8815 704 161 9002 d’un montant en capital de 24.350,00, avec intérêts au taux nominal conventionnel de 5,00% l’an, remboursable en 84 mensualités s’élevant à 360,02 euros, primes de l’assurance facultative incluses.
La S.A BNP PARIBAS PERSONAL FINANCE a adressé à Monsieur [D] [C] et Madame [K] [E] épouse [C] une mise en demeure d’avoir à payer la somme de 1.463,81 euros au titre des échéances impayées par lettre recommandée en date du 11 novembre 2023.
Par acte d’huissier en date du 04 février 2025, la S.A BNP PARIBAS PERSONAL FINANCE a fait assigner Monsieur [D] [C] et Madame [K] [E] épouse [C] devant le juge des contentieux de la protection d'[Localité 7] afin d’obtenir leur condamnation solidaire à la restitution du véhicule et au paiement des sommes suivantes :
— 16.247,81 euros au titre des sommes dues, avec intérêts au taux de 5,00% l’an sur la somme de 15.278,86 euros à compter du 06 décembre 2023,
— 800,00 euros au titre de l’article 700 du Code de procédure civile,
— les dépens.
A l’audience du 18 juin 2025,
La S.A BNP PARIBAS PERSONAL FINANCE, représentée par son Conseil, a maintenu ses demandes et s’en est référée à ses écritures.
Le tribunal l’a invitée à s’expliquer sur le moyen soulevé d’office tiré de la forclusion de son action et de l’irrégularité du contrat de crédit, notamment pour absence de FIPEN, de consultation du FICP, de notice d’assurance, de fiche dialogue, de vérification de la solvabilité et de bordereau de rétractation.
Monsieur [D] [C] et Madame [K] [E] épouse [C], bien qu’ayant tous deux reçu délivrance de l’assignation à étude, n’ont pas comparu et n’étaient pas représentés.
En application de l’article 455 du Code de procédure civile, le tribunal renvoie aux écritures des parties pour un plus ample exposé de leurs prétentions et moyens.
L’affaire a été mise en délibéré au 09 septembre 2025.
MOTIFS DE LA DÉCISION
En application de l’article 472 du Code de procédure civile, si le défendeur ne comparaît pas, il est néanmoins statué sur le fond. Le juge ne fait droit à la demande que dans la mesure où il l’estime régulière, recevable et bien fondée.
I. SUR L’OFFICE DU JUGE EN MATIÈRE DE CRÉDIT À LA CONSOMMATION :
En application de l’article 12 du Code de procédure civile, le juge tranche le litige conformément aux règles du droit qui lui sont applicables. De plus, l’article R 632-1 du Code de la consommation dispose que le juge peut soulever d’office toutes les dispositions de ce code dans les litiges nés de son application. Toutefois, selon l’article 16 du code de procédure civile, il ne peut fonder sa décision sur des moyens de droit qu’il a relevé d’office sans avoir au préalable invité les parties à présenter leurs observations.
En l’espèce, la S.A BNP PARIBAS PERSONAL FINANCE a évoqué la régularité de l’offre de prêt et a pu formuler ses observations quant au respect des dispositions d’ordre public des articles L312-1 et suivants du Code de la consommation.
II. SUR LA DEMANDE EN PAIEMENT :
— Sur la recevabilité de la demande
La forclusion de l’action en paiement est une fin de non-recevoir qui doit être relevée d’office par le Juge en vertu de l’article 125 du Code de procédure civile comme étant d’ordre public selon l’article L 314-26 du Code de la consommation.
Aux termes de l’article R312-35 du Code de la consommation, les actions en paiement à l’occasion de la défaillance de l’emprunteur dans le cadre d’un crédit à la consommation, doivent être engagées devant le Tribunal judiciaire dans les deux ans de l’événement qui leur a donné naissance à peine de forclusion. Cet événement est caractérisé par le non-paiement des sommes dues à la suite de la résiliation du contrat ou de son terme ou le premier incident de paiement non régularisé.
Au regard des pièces produites aux débats, en particulier le contrat et l’historique de compte, il apparaît que le premier impayé non régularisé est survenu le 15 mars 2023 et que l’assignation a été signifiée le 04 février 2025.
En conséquence, l’action de la S.A BNP PARIBAS PERSONAL FINANCE sera dite recevable, la forclusion n’étant pas acquise à la date de la signification de l’assignation.
— Sur le bien-fondé de la demande
Sur l’exigibilité de la créance
Aux termes de l’article L 312-39 du Code de la consommation, en cas de défaillance de l’emprunteur, le prêteur peut exiger le remboursement immédiat du capital restant dû, majoré des intérêts échus mais non payés. Jusqu’à la date du règlement effectif, les sommes restant dues produisent des intérêts de retard à un taux égal à celui du prêt.
Les articles 1224 et 1226 du Code civil précisent que le créancier peut, à ses risques et périls, résoudre le contrat par voie de notification et doit, sauf urgence préalablement mettre en demeure le débiteur défaillant de satisfaire à son engagement dans un délai raisonnable, mentionnant expressément qu’à défaut pour le débiteur de satisfaire à son obligation, le créancier sera en droit de résoudre le contrat. Lorsque l’inexécution persiste, le créancier notifie au débiteur la résolution du contrat et les raisons qui la motivent.
Ainsi, la déchéance du terme ne peut, sauf disposition expresse et non équivoque, être déclarée acquise au créancier sans délivrance d’une mise en demeure restée sans effet précisant le délai dont dispose le débiteur pour y faire obstacle.
En l’espèce, le contrat stipule à en page 18/27 qu’en cas de défaillance de l’emprunteur, le prêteur pourra exiger le remboursement immédiat du capital restant dû majoré des intérêts échus mais non payés.
De plus, il ressort des pièces communiquées que Monsieur [D] [C] et Madame [K] [E] épouse [C] ont cessé de régler les échéances du prêt et que la S.A BNP PARIBAS PERSONAL FINANCE lui a fait parvenir une demande de règlement des échéances impayées en date du 11 novembre 2023, restée sans effet.
En conséquence, la S.A BNP PARIBAS PERSONAL FINANCE était dès lors bien fondée à se prévaloir de la déchéance du terme et de la résiliation de plein droit du contrat et à demander le remboursement immédiat des sommes exigibles selon les termes du contrat.
Sur le droit aux intérêts
Selon l’article L312-16 du Code de la consommation, avant de conclure un contrat de crédit, le prêteur doit vérifier la solvabilité de l’emprunteur à partir d’un nombre suffisant d’informations. Le prêteur doit ainsi consulter le fichier national des incidents de paiement caractérisé (FICP) avant toute décision effective d’octroyer un crédit à la consommation.
Il résulte de l’article L341-2 du même code, que le prêteur qui n’a pas respecté cette obligation est déchu du droit aux intérêts en totalité ou dans la proportion fixée par le juge.
En l’espèce, la S.A BNP PARIBAS PERSONAL FINANCE ne justifie pas de la consultation du FICP préalablement à l’octroi du crédit du 09 novembre 2019 et il convient de prononcer la déchéance du droit aux intérêts à compter de cette date. Cette sanction devant revêtir un caractère effectif et dissuasif pour le prêteur doit être appliquée tant aux intérêts au taux contractuel qu’aux intérêts au taux légal (CJUE, 27 mars 2014, question préjudicielle).
Sur l’indemnité conventionnelle
Le prêteur peut demander à l’emprunteur défaillant une indemnité qui, dépendant de la durée restant à courir du contrat et sans préjudice de l’application de l’article 1231-5 du code civil, est fixée suivant un barème déterminé à l’article D312-16 du Code de la consommation.
La S.A BNP PARIBAS PERSONAL FINANCE ayant été déchue de son droit aux intérêts contractuels, elle ne saurait se prévaloir des dispositions contractuelles prévoyant le versement d’une indemnité dont le montant est égal à 8% du capital restant dû à la date de la défaillance.
Sur le calcul des sommes dues
En cas d’irrégularité de l’offre préalable de crédit, l’article L 341-8 du Code de la consommation précise que l’emprunteur n’est tenu qu’au remboursement du seul capital restant dû, les sommes perçues au titre des intérêts étant restituées ou imputées sur le capital restant dû. Cette limitation légale de la créance du prêteur exclut qu’il puisse prétendre au paiement de l’indemnité prévue par l’article L 312-39 du Code de la consommation.
Le prêteur est donc en droit d’obtenir la différence entre le capital emprunté soit 24.350,00 euros et les versements, soit 11.797,66 euros.
La somme due est ainsi de 12.552,34 euros.
III. SUR LA RESTITUTION DU VÉHICULE :
Par application des dispositions de l’article 1346-2 du Code civil, le prêteur de denier est subrogé dans les droits du vendeur nés de la réserve de propriété.
En l’espèce, si la S.A BNP PARIBAS PERSONAL FINANCE justifie du règlement entre les mains du vendeur du prix de vente et entend ainsi bénéficier d’une subrogation, celle-ci ne justifie pas de l’existence d’une clause de réserve de propriété incluse dans le contrat de vente.
En conséquence, la juridiction ne saurait faire droit à la demande de restitution du véhicule, objet du financement.
IV. SUR LES DÉLAIS DE PAIEMENT :
En application de l’article 1343-5 du Code civil, le juge peut, en considération de la situation du débiteur et des besoins du créancier, reporter ou échelonner le paiement des sommes dues, dans la limite de deux années. Par décision spéciale et motivée il peut prévoir que les sommes correspondant aux échéances reportées porteront intérêts à un taux réduit qui ne peut être inférieur au taux légal.
En l’espèce, Monsieur [D] [C] et Madame [K] [E] épouse [C], non-comparants, n’apportent par définition aucun élément quant à leur situation financière susceptible de permettre à la juridiction de vérifier leur éventuelle capacité de remboursement.
En conséquence, il ne peut leur être accordé, en l’état, de délais de paiement.
V. SUR LES DEMANDES ACCESSOIRES :
Parties perdantes, Monsieur [D] [C] et Madame [K] [E] épouse [C] seront condamnés in solidum aux entiers dépens de l’instance.
Compte tenu de la situation respective des parties, il n’y a pas lieu à application de l’article 700 du Code de procédure civile.
En application de l’article 514 du Code de procédure civile, la présente décision est assortie de droit de l’exécution provisoire.
PAR CES MOTIFS
Le Juge des contentieux de la protection, après débats en audience publique, statuant par jugement mis à disposition au greffe,
DÉCLARE recevable l’action de la S.A BNP PARIBAS PERSONAL FINANCE,
PRONONCE la déchéance du droit aux intérêts au taux contractuel et au taux légal de la S.A BNP PARIBAS PERSONAL FINANCE au titre du contrat de prêt n° 8815 704 161 9002 souscrit par Monsieur [D] [C] et Madame [K] [E] épouse [C], le 09 novembre 2019,
CONDAMNE Monsieur [D] [C] et Madame [K] [E] épouse [C] à payer à la S.A BNP PARIBAS PERSONAL FINANCE la somme de 12.552,34 euros au titre du contrat de prêt n° 8815 704 161 9002 souscrit le 29 décembre 2022,
REJETTE la demande de la S.A BNP PARIBAS PERSONAL FINANCE au titre des dispositions de l’article 700 du Code de procédure civile,
CONDAMNE Monsieur [D] [C] et Madame [K] [E] épouse [C] aux entiers dépens de l’instance,
DÉBOUTE l’ensemble des parties de toutes leurs demandes plus amples ou contraires,
RAPPELLE que la présente décision est assortie de droit de l’exécution provisoire.
En foi de quoi le présent jugement a été signé par le Président et le Greffier
LE PRESIDENT LE GREFFIER
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