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Sur la décision
| Référence : | TJ Nîmes, jcp, 16 févr. 2026, n° 25/01669 |
|---|---|
| Numéro(s) : | 25/01669 |
| Importance : | Inédit |
| Dispositif : | Expulsion "conditionnelle" ordonnée en référé avec suspension des effets de la clause résolutoire |
| Date de dernière mise à jour : | 3 mars 2026 |
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Texte intégral
TRIBUNAL JUDICIAIRE
[Adresse 1]
[Adresse 2]
[Localité 1]
Minute N°
N° RG 25/01669 – N° Portalis DBX2-W-B7J-LJFW
S.A. FDI HABITAT
C/
[R] [L]
Le
Exécutoire délivré à :
AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS
ORDONNANCE DE REFERE DU 16 FEVRIER 2026
DEMANDERESSE :
S.A. FDI HABITAT immatriculée au RCS de [Localité 2] sous le N° 467 800 561 dont le siège social est
[Adresse 3]
[Adresse 4]
[Adresse 5]
[Localité 3], prise en la personne de son représentant légal domicilié en cette qualité audit siège
représentée par Maître Julie MARC, avocat au barreau de NÎMES, SELARL AMMA AVOCATS, avocats au barreau de MONTPELLIER
DEFENDEUR :
Monsieur [R] [L]
né le 11 août 1978 à [Localité 4] (TUNISIE)
demeurant [Adresse 6]
[Adresse 7]
[Localité 5]
comparant en personne
COMPOSITION DU TRIBUNAL :
Président : Anne GIVAUDAND, juge des contentieux de la protection,
Greffier : Janine CIRECH, lors des débats et Maureen THERMEA, lors de la mise à disposition au greffe.
DÉBATS :
Date de la première évocation : 19 janvier 2026
Date des Débats : 19 janvier 2026
Date du Délibéré : 16 février 2026
DÉCISION :
contradictoire, en premier ressort, rendue publiquement par mise à disposition au greffe du tribunal judiciaire de Nîmes, le 16 février 2026 en vertu de l’article 450 alinéa 2 du code de procédure civile.
Par acte sous seing privé en date du 20 juillet 2018, la SA FDI HABITAT a donné en location à usage unique d’habitation à Monsieur [R] [L] un logement situé [Adresse 8] moyennant le paiement d’un loyer mensuel actuel de 810,63 euros charges comprises.
Des loyers demeuraient impayés et le 14 août 2025, la SA FDI HABITAT faisait délivrer un commandement de payer les loyers et les charges visant la clause résolutoire à son locataire, pour un montant en principal de 3 562,70 euros.
Par acte de commissaire de justice en date du 05 novembre 2025, la SA FDI HABITAT a assigné Monsieur [R] [L] par devant le tribunal de céans, sattuant en référé, pour l’audience du 19 janvier 2026 afin de voir :
— CONSTATER la résiliation du bail intervenue de plein droit par le jeu de la clause résolutoire à compter du 14 octobre 2025,
En conséquence :
— ORDONNER son expulsion de corps et de biens ainsi que tout occupant de son chef, si besoin est avec le concours et l’assistance de la force publique,
— DIRE que selon l’article L.433-1 du CPCE les meubles se trouvant sur les lieux seront remis aux frais de la personne expulsée en un lieu quelconque que celle-ci désigne, à défaut ils seront laissés sur place ou entreposés dans un autre lieu approprié et décrits avec précision par l’huissier de justice chargé de l’exécution avec sommation aux personnes expulsées d’avoir à les retirer dans un délai fixé par voie réglementaire,
— CONDAMNER Monsieur [R] [L] au paiement à titre provisionnel :
o De la somme principale de 2 793,96 euros représentant les loyers, charges et indemnités d’occupation arrêtée au 17 octobre 2025 avec intérêts au taux légal à compter du 14 octobre 2025,
o D’une indemnité d’occupation mensuelle fixée provisoirement au montant du loyer et charges, soit la somme de 810,63 euros, et en subissant les augmentations légales en fonction de la clause insérée dans le bail, à compter de la résiliation du bail et jusqu’à parfaite libération des lieux,
o De la somme de 1 500 euros au titre de l’article 700 du code de procédure civile ainsi qu’aux entiers dépens de l’instance.
Lors de l’audience du 19 janvier 2026, la SA FDI HABITAT, comparant par ministère d’avocat, a maintenu l’ensemble de ses demandes, et actualisé le montant de l’arriéré locatif à la somme de 3 756 euros (échéance du mois de décembre 2025 incluse). Elle s’est par principe opposée à l’octroi de délais de paiement en précisant que des démarches amiables ont déjà été engagées mais se sont révélées infructueuses.
Monsieur [R] [L], comparant, a indiqué être fonctionnaire à la maison d’arrêt de [Localité 6] et percevoir un salaire mensuel de 2 000 euros net mais avoir été confronté à des difficultés financières provisoires lorsqu’il a été embauché sur un procès spécial se déroulant à [Localité 7], ayant dû s’acquitter d’un double loyer. Il précise avoir sollicité l’aide d’une assistante sociale au sein de la maison d’arrêt et avoir établi un dossier afin de bénéficier d’une aide à hauteur de 1 400 euros qui devrait lui être prochainement allouée. Il sollicite l’octroi de délais de paiement affirmant être en capacité d’apurer la dette locative d’ici fin 2026 outre le règlement du loyer courant.
A l’issue des débats, l’affaire a été mise en délibéré au 16 février 2026 par mise à disposition au greffe du tribunal.
MOTIFS
Sur la recevabilité de la demande :
Aux termes de l’article 24 II de la loi n°89-462 du 6 juillet 1989 :
« Les bailleurs personnes morales autres qu’une société civile constituée exclusivement entre parents et alliés jusqu’au quatrième degré inclus ne peuvent faire délivrer, sous peine d’irrecevabilité de la demande, une assignation aux fins de constat de résiliation du bail avant l’expiration d’un délai de deux mois suivant la saisine de la commission de coordination des actions de prévention des expulsions locatives prévue à l’article 7-2 de la loi n° 90-449 du 31 mai 1990 précitée. Cette saisine est réputée constituée lorsque persiste une situation d’impayés, préalablement signalée dans les conditions réglementaires aux organismes payeurs des aides au logement en vue d’assurer le maintien du versement des aides mentionnées à l’article L. 821-1 du code de la construction et de l’habitation. Cette saisine, qui contient les mêmes informations que celles des signalements par les huissiers de justice des commandements de payer prévus au I du présent article, s’effectue par voie électronique par l’intermédiaire du système d’information prévu au dernier alinéa de l’article 7-2 de la loi n° 90-449 du 31 mai 1990 précitée. »
En l’espèce, la SA FDI HABITAT justifie avoir notifié le commandement de payer à la CCAPEX le 18 août 2025.
En outre, et dans le respect des dispositions de l’article 24 III de la loi n°89-462 du 6 juillet 1989 modifiée par la loi du 27 juillet 2023 visant à protéger les logements contre l’occupation illicite, une copie de l’assignation a été dénoncée à la Préfecture du Gard par voie électronique le 06 novembre 2025 pour l’audience du 19 janvier 2026 soit six semaines au moins avant cette dernière date.
Ces formalités, prescrites à peine d’irrecevabilité de l’action, ont été exécutées dans les délais impartis, de telle sorte que l’action en résolution de bail diligentée à l’encontre de Monsieur [R] [L] sera déclarée recevable.
Sur la résiliation du bail :
Vu les dispositions de l’article 24 I de la loi n°89-462 du 06 juillet 1989 en vigueur au jour du commandement,
Le commandement de payer visant la clause résolutoire a été signifié au locataire le 14 août 2025.
Ce commandement est demeuré infructueux pendant plus de six semaines, en application des dispositions en vigueur à la date de sa délivrance, de sorte qu’il y a lieu de constater que les conditions d’acquisition de la clause résolutoire contenues dans le bail étaient réunies à la date du 25 septembre 2025 ; le contrat de location se trouve donc résilié depuis cette date.
Sur la demande d’expulsion et les mesures subséquentes :
Par le jeu de la clause résolutoire, Monsieur [R] [L] est devenu occupant sans droit ni titre.
En conséquence, il convient de prononcer son expulsion domiciliaire ainsi que celle de tout occupant de son chef, si besoin est, avec le concours de la force publique et l’assistance d’un serrurier dans les formes et délais prévus aux articles L411-1 et suivants du code des procédures civiles d’exécution.
Sur la désignation d’un lieu séquestre :
Le sort des meubles sera régi conformément aux dispositions des articles L433-1 et L433-2 du code des procédures civiles d’exécution.
Il résulte de ces textes que c’est la personne expulsée qui décide du lieu d’entrepôt des meubles, qui sont à défaut laissés sur place, ou dans un autre lieu approprié.
Dès lors, d’une part la question du lieu d’entrepôt ne naît qu’au moment de l’expulsion, et d’autre part, il n’est fait état d’aucune disposition légale ou réglementaire donnant compétence et pouvoir au juge des contentieux de la protection pour désigner un lieu d’entrepôt.
La demande à ce titre sera donc rejetée.
Sur l’arriéré locatif et les charges impayées :
Aux termes de l’article 7 (a) de la loi n°89-462 du 6 juillet 1989 tendant à améliorer les rapports locatifs, les locataires sont tenus de payer les loyers et charges aux termes convenus.
Aux termes des dispositions de l’article 1353 du code civil, celui qui réclame l’exécution d’une obligation doit la prouver ; et, réciproquement, celui qui s’en prétend libéré doit justifier le paiement ou le fait qui a produit l’extinction de son obligation.
En vertu de l’article 835 alinéa 2 du code de procédure civile, le juge des référés peut accorder une provision au créancier qui justifie détenir une créance ne souffrant d’aucune contestation sérieuse.
La SA FDI HABITAT produit un décompte faisant état d’une dette locative de 3 756 euros (échéance du mois de décembre 2025 incluse).
Cette somme n’est pas contestée de sorte que Monsieur [R] [L] sera condamné à payer par provision à la SA FDI HABITAT la somme de 3 756 euros au titre de la dette locative (échéance du mois de décembre 2025 incluse) avec intérêts au taux légal à compter du commandement de payer.
Sur les délais de paiement :
Au regard des dispositions de l’Article 24 de la Loi du 6 Juillet 1989 pris dans son paragraphe V. : « Le juge peut, à la demande du locataire, du bailleur ou d’office, à la condition que le locataire soit en situation de régler sa dette locative et qu’il ait repris le versement intégral du loyer courant avant la date de l’audience, accorder des délais de paiement dans la limite de trois années, par dérogation au délai prévu au premier alinéa de l’article 1343-5 du code civil, au locataire en situation de régler sa dette locative. Le quatrième alinéa de l’article 1343-5 s’applique lorsque la décision du juge est prise sur le fondement du présent alinéa. Le juge peut d’office vérifier tout élément constitutif de la dette locative et le respect de l’obligation prévue au premier alinéa de l’article 6 de la présente loi. Il invite les parties à lui produire tous éléments relatifs à l’existence d’une procédure de traitement du surendettement au sens du livre VII du code de la consommation. »
Le paragraphe VII de ce même article précise :
« VII. – Lorsque le juge est saisi en ce sens par le bailleur ou par le locataire, et à la condition que celui-ci ait repris le versement intégral du loyer courant avant la date de l’audience, les effets de la clause de résiliation de plein droit peuvent être suspendus pendant le cours des délais accordés par le juge dans les conditions prévues aux V et VI du présent article. Cette suspension prend fin dès le premier impayé ou dès lors que le locataire ne se libère pas de sa dette locative dans le délai et selon les modalités fixées par le juge. Ces délais et les modalités de paiement accordés ne peuvent affecter l’exécution du contrat de location et notamment suspendre le paiement du loyer et des charges.
Si le locataire se libère de sa dette locative dans le délai et selon les modalités fixées par le juge, la clause de résiliation de plein droit est réputée ne pas avoir joué. Dans le cas contraire, elle reprend son plein effet. "
En l’espèce, Monsieur [R] [L] a récemment démontré des efforts aux fins d’apurer partiellement la dette locative.
Ses capacités financières actuelles, régulières et stables, eu égard à l’emploi dont il justifie au sein de la fonction publique, ainsi que la bonne volonté manifestée par le défendeur justifient que lui soit octroyé des délais de paiement dont les modalités seront précisées dans le dispositif de la présente décision et de suspendre les effets de la clause résolutoire afin de favoriser son maintien dans les lieux.
Afin de préserver les intérêts du bailleur, ces délais seront toutefois assortis d’une clause de déchéance en cas de défaut de paiement par la locataire d’une seule échéance.
Sur l’indemnité d’occupation :
En application de l’article 1240 du code civil, l’occupation sans droit, ni titre constitue un trouble illicite préjudiciable qui emporte le versement par l’occupant d’une indemnité pour toute la durée de son maintien dans les lieux.
Il est de bon droit d’estimer que cette indemnité devra s’élever au montant du loyer avec charges qui aurait été payé si le bail n’avait pas été résilié et comme tel, qu’elle subira les augmentations légales.
En conséquence, Monsieur [R] [L] sera condamné à payer une indemnité d’occupation équivalente au loyer et charges actuels, soit 810,63 euros, et en subissant les augmentations légales, à compter du 1er janvier 2026 et jusqu’à son départ effectif des lieux.
Sur les frais irrépétibles et les dépens :
En application de l’article 700 du code de procédure civile « le juge condamne la partie tenue aux dépens ou qui perd son procès à payer à l’autre partie la somme qu’il détermine au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. »
Monsieur [R] [L] sera condamné à payer la somme de 700 euros à la SA FDI HABITAT au titre de l’article 700 du code de procédure civile.
Aux termes de l’article 696 du même code, « la partie perdante est condamnée aux dépens, à moins que le juge, par décision motivée, n’en mette la totalité ou une fraction à la charge d’une autre partie. »
Monsieur [R] [L] qui succombe, supportera les entiers dépens de l’instance incluant notamment le coût du commandement de payer.
PAR CES MOTIFS
Nous, Juge du Contentieux de la Protection statuant en référé par ordonnance contradictoire, en premier ressort et par mise à disposition au greffe :
Renvoyons les parties à mieux se pourvoir au principal, mais dès à présent, vu l’urgence,
DÉCLARONS la demande en résiliation de bail diligentée par la SA FDI HABITAT recevable et bien fondée,
CONSTATONS que les conditions d’acquisition de la clause résolutoire figurant au bail conclu entre la SA FDI HABITAT et Monsieur [R] [L] le 20 juillet 2018 concernant le logement d’habitation situé [Adresse 9] à [Localité 6] (30) étaient réunies à la date du 25 septembre 2025,
CONSTATONS la résiliation du bail à compter du 25 septembre 2025,
CONSTATONS que Monsieur [R] [L] est déchu de son titre d’occupation et se maintient indûment dans le logement initialement loué susvisé,
En conséquence :
ORDONNONS l’expulsion domiciliaire de Monsieur [R] [L] ainsi que celle de tout occupant de son chef, des locaux situés [Adresse 8] à [Localité 6] (30) avec le concours de la force publique et d’un serrurier si besoin, dans les formes et délais prescrits par les articles L411-1 et suivants du code des procédures civiles d’exécution,
CONDAMNONS Monsieur [R] [L] à payer par provision à la SA FDI HABITAT à compter du 1er janvier 2026 et jusqu’à libération ou reprise effective des lieux, une indemnité mensuelle d’occupation égale au montant du dernier loyer avec charges, soit la somme de 810,63 euros, et subissant les augmentations légales,
DISONS que le sort des meubles sera régi conformément aux dispositions des articles L433-1 et L433-2 du code des procédures civiles d’exécution,
CONDAMNONS Monsieur [R] [L] à payer par provision à la SA FDI HABITAT la somme de 3 756 euros au titre de la dette locative (échéance du mois de décembre 2025 incluse) avec intérêts au taux légal à compter du commandement de payer,
AUTORISONS Monsieur [R] [L] à se libérer de ladite somme en 12 mensualités en sus du loyer courant, payables le 05 de chaque mois à partir du mois suivant la signification de la présente ordonnance, par 11 mensualités de 313 euros, la 12ème et dernière mensualité correspondant au solde de la dette en principal, intérêts et frais,
DISONS que si Monsieur [R] [L] s’exécute dans les délais et selon les modalités fixées, la clause résolutoire insérée au bail, dont les effets sont suspendus, sera réputée n’avoir jamais joué ;
DISONS qu’à défaut de paiement de toute mensualité pendant le délai accordé, qu’elle soit due au titre de l’arriéré ci-avant fixé, du loyer courant ou des charges afférentes, le solde de la dette deviendra immédiatement exigible en intégralité et la clause résolutoire produira son plein effet,
CONDAMNONS Monsieur [R] [L] à payer à la SA FDI HABITAT la somme de 700 euros au titre de l’article 700 du code de procédure civile,
CONDAMNONS Monsieur [R] [L] aux entiers dépens incluant notamment le coût du commandement de payer.
La greffière, La juge,
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