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Sur la décision
| Référence : | TJ Thionville, pc civil réf., 20 mars 2026, n° 25/00207 |
|---|---|
| Numéro(s) : | 25/00207 |
| Importance : | Inédit |
| Dispositif : | Expulsion "ferme" ordonnée en référé (sans suspension des effets de la clause résolutoire) |
| Date de dernière mise à jour : | 1 avril 2026 |
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Texte intégral
TRIBUNAL JUDICIAIRE
B.P 50550
12, Allée Raymond Poincaré
57109 THIONVILLE
☎ : 03.55.84.30.20
RG N°: N° RG 25/00207 – N° Portalis DBZL-W-B7J-D6N3
ORDONNANCE DE REFERE N°26/208
DU : 20 Mars 2026
S.A., [E]
C/
,
[B], [I]
ORDONNANCE DE REFERE
A l’audience publique des référés, de ce Tribunal judiciaire, tenue le 20/03/2026;
PRESIDENT : Frédéric BREGER, Juge des contentieux de la protection
GREFFIER : Agnès BRENNEUR
DEMANDEUR(S) :
S.A., [E], demeurant 74 Rue Jean Jaurès – BP 10430 – 59650 VILLENEUVE D ASCQ
Rep/assistant : Me Alexandre GASSE, avocat au barreau de NANCY
DEFENDEUR(S) :
Madame, [B], [I], demeurant 48 Rue Albert Cardamon – A21 – 57970 YUTZ
non comparante
Date des débats : 20 Janvier 2026
Vu la citation introductive d’instance à la date et entre les parties susvisées:
EXPOSÉ DU LITIGE
Par contrat du 2 décembre 2019, la S.A., [E] a donné à bail à Mme, [B], [I] un appartement à usage d’habitation pour un loyer mensuel initial à 580,09 euros ainsi qu’un acompte de charges de 114,89 euros situé sis 48 rue Albert Cardamon à 57970 YUTZ et pour une durée d’un mois renouvelable par tacite reconduction.
Des loyers étant demeurés impayés, la S.A., [E] a fait signifier un commandement de payer visant la clause résolutoire par acte de commissaire de justice du 18 novembre 2024.
Par acte de commissaire de justice signifié à étude le 26 juin 2025, la S.A., [E] a fait assigner Mme, [B], [I] devant le juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire de Thionville statuant en référé aux fins de voir :
— Constater la résiliation du bail et ordonner l’expulsion des locaux par Mme, [B], [I] et tout occupant de son chef avec l’assistance de la force publique si besoin est à l’expiration du délai de deux mois prévu à l’article L1412-1 du code de procedure d’exécution, article 24 de la loi du 6/07/89;
— Condamner Mme, [B], [I], locataire, au paiement de :
à titre provisionnel, la somme de 5.245,52 euros au titre des arriérés locatifs arrêtés au 30 avril 2025 avec les intérêts de droit à compter du commandement (soit le 18 novembre 2024 sur la somme de 1.903,75 euros et à compter de la decision à intervenir sur le solde (article 7 de la loi du 6 juillet 1989 et 1153 du code de procedure civile) ;la somme mensuelle de 720,50 euros à titre d’indemnité d’occupation provisionnelle représentant les loyers et charges à compter de la date d’expiration du délai prévu au commandement visant la clause résolutoire, tout mois commencé étant dû en intégralité. Cette indemnité étant revisable conformément aux dispositions contractuelles du bail et ce jusqu’à la libération effective des lieux avec intérêts de droit à compter de chaque échéance mensuelle (article 7a de la loi du 6 juillet 1989 et 1153 du code de procedure civile) ;la somme de 600 euros à titre de participation aux frais et honoraires exposés en vertu de l’article 700 du code de procedure civile ;tous les frais et dépens du procès dans lesquels seront compris les frais du commandement de payer (article 696 du code de procedure civile); – Rappeler que l’ordonnance à intervenir est exécutoire par provision, (article 514-1 du code de procedure civile);
L’affaire a été appelée et retenue à l’audience du 20 janvier 2026.
La demanderesse maintient l’intégralité de ses demandes, et verse aux débats un décompte actualisé de la dette à la somme de 7.100,94 euros au 12 janvier 2026. Par ailleurs, elle indique s’opposer à l’octroi de tout délai de paiement.
Bien que convoquée par acte de commissaire de justice signifié le 26 juin 2025, Mme, [B], [I] n’est ni présente ni représentée.
MOTIFS DE LA DÉCISION
I. SUR LA NON-COMPARUTION DU DÉFENDEUR
Conformément à l’article 472 du code de procédure civile, si les défendeurs ne comparaissent pas, il est néanmoins statué au fond, et le juge ne fait droit à la demande que s’il l’estime régulière, recevable et bien fondée.
En application de l’article 473 du même code, l’ordonnance, dans la mesure où elle est susceptible d’appel conformément à l’article R213-9-4 du code de l’organisation judiciaire, sera réputée contradictoire.
II. SUR LA RÉSILIATION
— Sur la recevabilité de l’action
L’assignation ayant été délivrée le 26 juin 2025, l’article 24 III de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 modifié par la loi du 27 juillet 2023 n°2023-668 est applicable. Celui-ci prévoit que, à peine d’irrecevabilité de la demande, l’assignation aux fins de constat de la résiliation est notifiée à la diligence du commissaire de justice au représentant de l’État dans le Département, par lettre recommandée avec demande d’avis de réception ou par voie dématérialisée, au moins six semaines avant l’audience.
Une copie de l’assignation a été notifiée à la préfecture de Moselle par la voie électronique le 27 juin 2025 soit plus de six semaines avant l’audience, conformément aux dispositions de l’article 24 III de la loi n°89-462 du 06 juillet 1989.
Par ailleurs, la S.A., [E] justifie avoir saisi la CAF de Moselle le 12 novembre 2024, soit deux mois au moins avant la délivrance de l’assignation du 26 juin 2025, conformément aux dispositions de l’article 24 II de la loi n°89-462 du 06 juillet 1989.
L’action en résiliation du bail doit en conséquence être déclarée recevable.
— Sur l’acquisition des effets de la clause résolutoire
L’article 24 I de la loi n°89-462 du 06 juillet 1989, dans sa version antérieure à la loi n°2023-668 du 27 juillet 2023 entrée en vigueur le 29 juillet 2023, prévoit que « toute clause prévoyant la résiliation de plein droit du contrat de location pour défaut de paiement du loyer ou des charges aux termes convenus ou pour non-versement du dépôt de garantie ne produit effet que deux mois après un commandement de payer demeuré infructueux ».
Le bail conclu le 2 décembre 2019 contient une clause résolutoire (article 6. Inexécution des obligations du locataire) et un commandement de payer visant cette clause a été signifié le 18 novembre 2024, pour la somme en principal de 1.903,75 euros.
Ce commandement est demeuré infructueux pendant plus de deux mois, de sorte qu’il y a lieu de constater que les conditions d’acquisition de la clause résolutoire contenue dans le bail étaient réunies à la date du 19 janvier 2025.
Mme, [B], [I] non comparante à l’audience, n’a produit aucun élément sur sa situation actuelle.
En outre, le décompte fourni à l’audience et arrêté le 12 janvier 2026 fait état d’une absence de reprise des paiements du loyer courant.
Il n’y a pas lieu dans ces circonstances d’accorder d’office des délais de paiement.
— Sur l’expulsion
En vertu de l’article L. 411-1 du Code des procédures civiles d’exécution, sauf disposition spéciale, l’expulsion d’un immeuble ou d’un lieu habité ne peut être poursuivie qu’en vertu d’une décision de justice ou d’un procès-verbal de conciliation exécutoire, et après signification d’un commandement d’avoir à quitter les lieux.
L’article L. 412-1 du même Code dispose que l’expulsion, si elle porte sur un lieu habité par la personne expulsée ou par tout occupant de son chef, ne peut avoir lieu qu’à l’expiration d’un délai de deux mois qui suit le commandement d’avoir à quitter les lieux.
L’expulsion de Mme, [B], [I] sera ordonnée, en conséquence, ainsi que celle de toute autre personne se trouvant dans le logement et si besoin avec le concours de la force publique et d’un serrurier, deux mois après la signification d’un commandement d’avoir à libérer les lieux demeuré infructueux.
III. SUR LA CRÉANCE DU BAILLEUR
— Sur les charges et loyers impayés
En application de l’article 7 de la loi du 6 juillet 1989 le locataire est obligé de payer le loyer et les charges récupérables aux termes convenus.
Aux termes de l’assignation du 26 juin 2025, le décompte de la dette locative en date du 12 janvier 2026 de Mme, [B], [I] a été actualisé à la somme de 7.100,94 euros arrêté au 31 décembre 2025.
En conséquence, la créance du bailleur s’élève à 7.100,94 euros.
Mme, [B], [I] n’apporte aucun élément de nature à contester le principe ni le montant de la dette. Aucune reprise du paiement du loyer courant n’a été constatée.
Mme, [B], [I] sera donc condamnée à verser à la S.A., [E] la somme de 7.100,94 euros (mois de décembre 2025 inclus), à titre provisionnel, avec les intérêts au taux légal à compter de la délivrance du commandement de payer (18 novembre 2024) sur la somme de 1 903,75 euros et à compter de la présente ordonnance pour le surplus, conformément aux dispositions des articles 1231-6 et 1231-7 du code civil.
— Sur l’indemnité d’occupation
Mme, [B], [I] est occupante sans droit ni titre depuis la résiliation du bail, ce qui cause un préjudice au bailleur qui ne peut disposer de son bien à son gré.
Mme, [B], [I] sera également condamnée au paiement d’une indemnité mensuelle d’occupation à compter pour la période courant du 19 janvier 2025 à la date de la libération effective et définitive des lieux, caractérisée par la remise des clés. Cette indemnité mensuelle d’occupation sera fixée au montant résultant du loyer et des charges, tel qu’il aurait été si le contrat s’était poursuivi, soit la somme de 720,50 euros.
IV. SUR LES DEMANDES ACCESSOIRES
— Sur les dépens
Aux termes de l’article 696 du code de procédure civile, la partie perdante est condamnée aux dépens, à moins que le juge, par décision motivée, n’en mette la totalité ou une fraction à la charge d’une autre partie.
Mme, [B], [I], partie perdante, sera condamné aux dépens, qui comprendront notamment le coût du commandement de payer et de l’assignation en référé et de sa notification à la préfecture.
— Sur l’article 700 du code de procédure civile
En application de l’article 700 du code de procédure civile, dans toutes les instances le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante à payer à l’autre partie la somme qu’il détermine au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l’équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d’office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu’il n’y a lieu à condamnation.
L’équité commande de ne pas faire application des dispositions de l’article 700 du code de procédure civile. La S.A., [E] sera déboutée de sa demande de ce chef.
— Sur l’exécution provisoire
Il convient de rappeler que la présente instance est soumise aux dispositions de l’article 514 du code de procédure civile aux termes duquel les décisions de première instance sont de droit exécutoires à titre provisoire.
PAR CES MOTIFS,
Nous, juge des contentieux de la protection, statuant en référé, par mise à disposition au greffe, par ordonnance réputée contradictoire et en premier ressort,
CONSTATONS que les conditions d’acquisition de la clause résolutoire figurant au bail conclu le 2 décembre 2019 entre la S.A., [E] et Mme, [B], [I] concernant l’appartement à usage d’habitation situé sis 48 rue Albert Cardamon à 57970 YUTZ sont réunies à la date du 19 janvier 2025 ;
ORDONNONS en conséquence à Mme, [B], [I] de libérer les lieux et de restituer les clés dès la signification de la présente ordonnance ;
DISONS qu’à défaut pour Mme, [B], [I] d’avoir volontairement libéré les lieux et restitué les clés dans ce délai, la S.A., [E] pourra, deux mois après la signification d’un commandement de quitter les lieux, faire procéder à son expulsion ainsi qu’à celle de tous occupants de son chef, y compris le cas échéant avec le concours d’un serrurier et de la force publique ;
CONDAMNONS Mme, [B], [I] à verser à la S.A., [E] à titre provisionnel la somme de 7.100,94 euros au titre des loyers, charges et indemnités d’occupation (mois de décembre 2025 inclus), avec les intérêts au taux légal à compter de la délivrance du commandement de payer (18 novembre 2024) sur la somme de 1.903,75 euros et à compter de la présente ordonnance pour le surplus ;
FIXONS une indemnité d’occupation mensuelle due à compter du 19 janvier 2025 égale au montant des loyers et des charges qui auraient été exigibles si le bail n’avait pas été résilié, et qui sera indexée selon les mêmes modalités que celles prévues pour les loyers au contrat de bail, soit la somme de 720,50 euros ;
CONDAMNONS Mme, [B], [I] à verser à la S.A., [E] une indemnité mensuelle d’occupation provisionnelle comme fixée ci-avant jusqu’à la date de la libération définitive des lieux et la restitution des clés ;
CONDAMNONS Mme, [B], [I] aux dépens ;
DEBOUTONS la S.A., [E] de sa demande au titre de l’article 700 du code de procédure civile ;
RAPPELONS que la présente ordonnance est de plein droit exécutoire à titre provisoire.
Ainsi jugé et prononcé par mise à disposition de l’ordonnance au greffe du tribunal judiciaire, le 20 mars 2026, les parties en ayant été préalablement avisées dans les conditions prévues au deuxième alinéa de l’article 450 du code de procédure civile, la minute étant signée par M. Frédéric BREGER, juge, et par Mme Agnès BRENNEUR greffière.
La greffière, Le juge,
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