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Sur la décision
| Référence : | TJ Bourgoin-Jallieu, ch. procedure orale, 18 nov. 2025, n° 25/00210 |
|---|---|
| Numéro(s) : | 25/00210 |
| Importance : | Inédit |
| Dispositif : | Expulsion "ferme" ordonnée au fond (sans suspension des effets de la clause résolutoire) |
| Date de dernière mise à jour : | 29 décembre 2025 |
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Texte intégral
TRIBUNAL JUDICIAIRE DE BOURGOIN-JALLIEU
JUGE DES CONTENTIEUX DE LA PROTECTION
JUGEMENT DU 18 Novembre 2025
N° Minute : 25/
N° RG 25/00210 – N° Portalis DBYG-W-B7J-DKH5
Plaidoirie le 16 Septembre 2025
Composition du tribunal :
Président : Mme Jeanne-Odile ALMODOVAR-BOY
Greffier : Mme Catherine MOTTIN
Copie exécutoire délivrée le :
à SCP MAGUET & ASSOCIES
Copies aux parties délivrées le :
Dans l’affaire opposant :
DEMANDERESSE
S.A. SOCIETE D’HABITATION DES ALPES
74 Cours Becquart Castelbon
38506 VOIRON CEDEX
représentée par la SCP MAGUET & ASSOCIES, avocats au barreau de BOURGOIN-JALLIEU
DEFENDEUR
Monsieur [D] [O]
Les Griots 22 Rue du Trianon Bât B L201
38300 BOURGOIN-JALLIEU
non comparant, ni représenté
Le jugement dont la teneur suit a été rendu le 18 Novembre 2025 par mise à disposition au greffe en application des dispositions des articles 450 à 453 du Code de Procédure Civile, les parties avisées oralement.
EXPOSÉ DU LITIGE
Par contrat de bail daté du 20 février 2020, consenti par la SOCIETE D’HABITATION DES ALPES, Monsieur [D] [O] a pris en location un logement situé Les Griots 22 Rue du Trianon allée B L201 – 38300 Bourgoin-Jallieu, en contrepartie du versement d’un loyer mensuel d’un montant de 435,96 euros. Par contrat de bail daté du 11 avril 2022, consenti par la SOCIETE D’HABITATION DES ALPES, Monsieur [D] [O] a pris en location un garage sis 22 Rue du Trianon – 38300 Bourgoin-Jallieu en contrepartie du versement d’un loyer mensuel de 35,38 euros payable à terme échu.
Par acte de commissaire de justice, remis à l’étude le 04 septembre 2024, la SOCIETE D’HABITATION DES ALPES a fait délivrer à Monsieur [D] [O] un commandement de payer dans un délai de deux mois la somme totale de 998,06 € au titre des loyers et charges impayés.
La SOCIETE D’HABITATION DES ALPES a saisi la commission de coordination des actions de prévention des expulsions locatives suivant courrier daté du 04 septembre 2024 de la situation d’impayés de Monsieur [D] [O].
Par acte de commissaire de justice déposé à étude le 13 février 2025 et dénoncé au représentant de l’État dans le département le 17 février 2025, la SOCIETE D’HABITATION DES ALPES a assigné Monsieur [D] [O] devant le juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire de Bourgoin-Jallieu aux fins de voir :
Au principal,
• Constater la résiliation de plein droit du bail logement conclu le 20 février 2020 prenant effet le jour même entre la Société d’Habitation des Alpes et Monsieur [D] [O],
• Constater la résiliation de plein droit du bail garage conclu le ll avril 2022 prenant effet le 12 avril 2022 entre la Société d’Habitation des Alpes et Monsieur [D] [O],
Subsidiairement,
• Prononcer la résiliation des baux compte tenu des manquements réitérés de la locataire (cf assignation) à ses obligations de payer les loyers et charges à leur échéance.
En tout état de cause,
• Ordonner l’expulsion de Monsieur [D] [O] et celle de tous occupants de son chef avec le concours de la force publique si besoin est.
• Condamner Monsieur [D] [O] à payer à la Société d’Habitation des Alpes la somme de 4260,09 euros montant de l’arriéré locatif et d’occupation arrêté au 7 janvier 2025 sauf à parfaire au jour du jugement, outre intérêts au taux légal à compter du 4 septembre 2024 sur la somme de 998,06 euros et à compter de la présente assignation pour le surplus.
• Condamner Monsieur [D] [O] à payer à la Société d’Habitation des Alpes une indemnité d’occupation mensuelle d”un montant égal à celui des loyers et des charges tels qu’ils auraient été en cas de non résiliation du bail, et ce, à compter de la résiliation du bail et jusqu’à la libération effective des lieux.
Pour le cas où des délais de paiement seraient accordés avec suspension des effets de la clause résolutoire,
• Juger que ceux-ci sont strictement conditionnés à la poursuite ou la reprise du paiement
des loyers et charges courantes,
• Juger qu’à défaut de paiement d’une seule mensualité à son échéance ou d’un seul terme des loyers courant, la résiliation reprendra ses effets et la totalité de la dette deviendra immédiatement exigible et l’expulsion pourra être entreprise ;
• Ordonner l’exécution provisoire du jugement à intervenir ;
Monsieur [D] [O] ne s’est pas présenté aux rendez-vous proposés par l’Udaf de l’Isère afin d’établir un diagnostic social et financier.
Après renvoi, l’affaire a été appelée et retenue à l’audience du 16 septembre 2025, en présence de la SOCIETE D’HABITATION DES ALPES, régulièrement représentée par son conseil, lequel a maintenu ses demandes, après avoir actualisé la créance à hauteur de 18 762,34 € suivant décompte arrêté au 09 septembre 2025, et s’en est remis oralement à l’acte introductif d’instance, dont il a sollicité l’entier bénéfice, et auquel, en application des dispositions de l’article 455 du code de procédure civile, il est expressément renvoyé pour plus ample exposé des moyens soutenus à l’appui des prétentions. La SOCIETE D’HABITATION DES ALPES s’est opposé à l’octroi de tout délai de paiement.
Pour sa part, bien que régulièrement cité, Monsieur [D] [O] n’a pas comparu.
L’affaire a été mise en délibéré au 18 novembre 2025, par mise à disposition au greffe.
MOTIFS DE LA DECISION
Les dispositions de la loi n°89-462 du 6 juillet 1989, qui sont d’ordre public, sont applicables en l’espèce.
En application des articles L. 213-4-4 et R. 213-9-4 du code de l’organisation judiciaire, le juge des contentieux de la protection connaît des actions dont un contrat de louage d’immeubles à usage d’habitation ou un contrat portant sur l’occupation d’un logement est l’objet, la cause ou l’occasion, en dernier ressort jusqu’à la valeur de 5 000,00 € et à charge d’appel lorsque la demande excède cette somme ou est indéterminée.
Aux termes de l’article 472 du code de procédure civile, si le défendeur ne comparaît pas il est néanmoins statué sur le fond, le juge ne faisant droit à la demande que dans la mesure où il l’estime régulière, recevable et bien fondée.
Par ailleurs, l’article 473 du code de procédure civile dispose que « lorsque le défendeur ne comparaît pas, (…) le jugement est réputé contradictoire lorsque la décision est susceptible d’appel ou lorsque la citation a été délivrée à la personne du défendeur ».
En l’espèce, le litige est relatif à une demande de constat d’acquisition de la clause résolutoire insérée dans un contrat de bail d’habitation et le défendeur, bien que régulièrement cité, n’a pas comparu.
Dès lors, s’agissant d’une demande indéterminée, le présent jugement sera réputé contradictoire et rendu en premier ressort.
Sur la recevabilité de la demande
En application de l’article 24 de la Loi du 6 juillet 1989, le bailleur personne morale autre qu’une société civile constituée exclusivement entre parents et alliés jusqu’au 4ème degré inclus, ne peut faire délivrer sous peine d’irrecevabilité de la demande, une assignation aux fins de constat de résiliation du bail avant l’expiration d’un délai de deux mois suivant la saisine de la commission de coordination des actions de prévention des expulsions locatives (CCAPEX).
Cette saisine est réputée constituée lorsque persiste une situation d’impayés, préalablement signalée dans les conditions réglementaires aux organismes payeurs des aides au logement en vue d’assurer le maintien du versement des aides mentionnées à l’article L.821-1 du code de la construction et de l’habitation.
La société justifie de la saisine de la CCAPEX en versant la copie du courrier qui lui a été adressé le 04 septembre 2024.
La SOCIETE D’HABITATION DES ALPES justifie du signalement de la situation d’impayés de Monsieur [D] [O] à la Caisse d’allocations familiales de l’Isère, organisme payeur des aides au logement et de la persistance de cette situation d’impayés postérieurement au signalement.
Par ailleurs, l’assignation en date du 13 février 2025 a été notifiée au représentant de l’État dans le département le 17 février 025 selon les modalités et dans le délai prévus par l’article 24 III de la Loi N°89-462 du 6 juillet 1989, ce dont il est également justifié.
La demande est donc recevable.
Sur l’acquisition de la clause résolutoire
L’article 24, alinéa 1er, et 1° de la loi du 6 juillet 1989, dans sa rédaction antérieure à la loi du 27 juillet 2023, dispose que : « Toute clause prévoyant la résiliation de plein droit du contrat de location pour défaut de paiement du loyer ou des charges aux termes convenus ou pour non-versement du dépôt de garantie ne produit effet que deux mois après un commandement de payer demeuré infructueux. Le commandement de payer contient, à peine de nullité : 1er la mention que le locataire dispose de deux mois pour payer sa dette (…). »
Les baux conclus les 20 février 2020 et 11 avril 2022 entre les parties contiennent une clause résolutoire prévoyant la résiliation de plein droit pour défaut de paiement des loyers, deux mois après un commandement de payer resté sans effet.
En l’espèce, la SOCIETE D’HABITATION DES ALPES produit aux débats un décompte qui établit que Monsieur [D] [O] ne paie pas régulièrement ou intégralement les loyers depuis le mois de juin 2024.
Au vu de ces impayés, la SOCIETE D’HABITATION DES ALPES a fait délivrer à Monsieur [D] [O], le 04 septembre 2024, un commandement de payer visant la clause résolutoire insérée aux contrats de bail.
À l’issue du délai de deux mois courant à compter de la délivrance de ce commandement, la dette n’a pas été intégralement réglée auprès de la SOCIETE D’HABITATION DES ALPES.
Il convient dès lors de constater que les conditions d’application de la clause résolutoire insérée dans les contrat de bail et rappelée dans le commandement de payer sont réunies depuis le 05 novembre 2024.
Sur la créance du bailleur
Compte tenu des justificatifs produits, la dette locative s’établit à la date du 09 septembre 2025 à la somme de 18 452,39 €, au paiement de laquelle Monsieur [D] [O] sera condamné, outre intérêts au taux légal à compter de l’assignation.
Il y a lieu de rappeler à ce titre que les frais de procédures sont compris dans les dépens et de préciser que parmi les sommes réclamées, celles correspondant à la période suivant la résiliation du bail doivent être qualifiées d’indemnités d’occupation.
Le bailleur est bien fondé à solliciter le paiement d’une indemnité d’occupation du fait du maintien dans les lieux du locataire malgré la résiliation des baux.
Cette indemnité d’occupation est fixée au montant du loyer conventionnel, outre charges, accessoires et indexation identiques à celles applicables conformément aux clauses du bail.
Monsieur [D] [O] sera donc condamné au paiement de cette indemnité d’occupation à compter de la résiliation des baux, intervenue le 05 novembre 2024 et jusqu’à libération effective des lieux.
Cette indemnité d’occupation produira, en application des dispositions de l’article 1231-7 du code civil, intérêts au taux légal à compter de l’assignation pour les indemnités échues et au jour où chaque échéance mensuelle sera due pour celles non échues.
Sur la demande de libération des lieux
L’ancienneté et l’importance de l’arriéré justifient que le bailleur puisse à nouveau disposer de son logement et de son garage, et il est donc fondé à réclamer la libération des lieux.
Il y a lieu par conséquent de prévoir qu’à défaut de libération volontaire, le locataire pourra être expulsé dans les deux mois suivant un commandement de quitter les lieux resté infructueux en application de l’article L. 412-1 du code des procédures civiles d’exécution.
Sur les demandes accessoires
Monsieur [D] [O], succombant à l’instance, sera condamné à supporter la charge des dépens, qui incluront le coût du commandement de payer, de la saisine de la CCAPEX, de l’assignation et de sa notification au représentant de l’État dans le département.
Compte tenu de la disparité matérielle et financière entre les parties, l’équité commande de ne pas faire droit à la demande exposée sur le fondement de l’article 700 du code de procédure civile.
Enfin, il y a lieu de rappeler que la présente décision est exécutoire de plein droit à titre provisoire, en tous ses éléments.
PAR CES MOTIFS
LA JUGE DES CONTENTIEUX DE LA PROTECTION, statuant après débats en audience publique, par jugement réputé contradictoire, rendu en premier ressort et par mise à disposition au greffe ;
CONSTATE que les conditions de mise en œuvre de la clause résolutoire insérée aux contrats de bail liant les parties sont réunies à compter du 05 novembre 2024 ;
DIT que Monsieur [D] [O] devra libérer les lieux ;
ORDONNE à défaut de départ volontaire, l’expulsion de Monsieur [D] [O] et de tous occupants de son chef avec au besoin l’assistance de la force publique, du logement situé Les Griots 22 Rue du Trianon allée B L201 – 38300 Bourgoin-Jallieu ainsi que du garage situé 22 Rue du Trianon 38300 Bourgoin-Jallieu ;
AUTORISE la SOCIETE D’HABITATION DES ALPES à faire transporter les meubles et objets mobiliers garnissant les lieux, dans tout garde-meuble de son choix, aux frais, risques et périls du défendeur ;
FIXE une indemnité d’occupation mensuelle, due à compter du 05 novembre 2024 égale au montant des loyers et des charges qui auraient été exigibles si les baux n’avaient pas été résiliés, et qui sera indexée selon les mêmes modalités que celles prévues pour les loyer aux contrats de bail ;
CONDAMNE Monsieur [D] [O] à payer à la SOCIETE D’HABITATION DES ALPES l’indemnité d’occupation comme fixée ci-avant jusqu’à libération effective des lieux, avec intérêts au taux légal à compter de l’assignation pour les indemnités échues et à compter de chaque indemnité pour celles à échoir ;
CONDAMNE Monsieur [D] [O] à payer à la SOCIETE D’HABITATION DES ALPES la somme de 18 452, 39 euros correspondant au montant des loyers, charges et indemnités d’occupation impayés au 09 septembre 2025, échéance du mois d’août incluse, outre intérêts au taux légal à compter de l’assignation ;
DEBOUTE la SOCIETE D’HABITATION DES ALPES de sa demande formulée au titre de l’article 700 du code de procédure civile ;
CONDAMNE Monsieur [D] [O] aux dépens, comprenant le coût du commandement de payer, de la saisine de la CCAPEX, de l’assignation, de sa notification au représentant de l’État dans le département et de la signification du jugement, à l’exclusion de tout autre somme ;
RAPPELLE que la présente décision est de plein droit exécutoire par provision, en tous ses éléments.
Ainsi jugé et prononcé par mise à disposition au greffe du tribunal judiciaire de BOURGOIN-JALLIEU le DIX HUIT NOVEMBRE DEUX MIL VINGT CINQ.
LA GREFFIÈRE LA JUGE DES CONTENTIEUX DE LA PROTECTION
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