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Sur la décision
| Référence : | TJ Évreux, ctx gal inf = 10 000eur, 26 févr. 2026, n° 25/01224 |
|---|---|
| Numéro(s) : | 25/01224 |
| Importance : | Inédit |
| Dispositif : | Fait droit à l'ensemble des demandes du ou des demandeurs sans accorder de délais d'exécution au défendeur |
| Date de dernière mise à jour : | 24 mars 2026 |
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Texte intégral
TRIBUNAL JUDICIAIRE D’EVREUX
[Adresse 1]
[Localité 1]
RÉPUBLIQUE FRANÇAISE
AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS,
Minute n°
N° RG 25/01224 – N° Portalis DBXU-W-B7J-ILTM
[T] [D]
[L] [D]
C/
[A] [R]
JUGEMENT DU 26 FEVRIER 2026
TRIBUNAL JUDICIAIRE D’EVREUX
Mis à disposition au greffe en vertu de l’article 450 du Code de procédure civile le 26 Février 2026 et signé par Thierry ROY, Juge des contentieux de la protection et Catherine POSÉ, Greffier
DEMANDEURS :
Madame [T] [D]
[Adresse 2]
[Localité 2]
Non Comparante – Représentée par son époux, Monsieur [L] [D] – Muni d’un pouvoir
Monsieur [L] [D]
[Adresse 2]
[Localité 2]
Comparant
DÉFENDEUR :
Monsieur [A] [R]
[Adresse 3]
[Localité 3]
Comparant
DÉBATS à l’audience publique du : 17 Décembre 2025
COMPOSITION DU TRIBUNAL :
Juge des contentieux de la protection : Thierry ROY
Greffier : Catherine POSÉ
JUGEMENT :
Contradictoire, rendu publiquement et en premier ressort
EXPOSÉ DU PRÉSENT LITIGE
Monsieur [L] [D] et Madame [T] [J] épouse [D] ont donné à bail à Monsieur [A] [R] une maison à usage d’habitation située [Adresse 4], par contrat le 10 mai 2024 moyennant un loyer mensuel total de 454,00 euros charges comprises.
Des loyers étant demeurés impayés, Monsieur [L] [D] et Madame [T] [J] épouse [D] ont fait signifier au locataire un commandement de payer visant la clause résolutoire le 24 juin 2025 ; puis ils ont fait assigner Monsieur [A] [R] devant le juge des contentieux de la protection près le tribunal judiciaire d’EVREUX par acte de Commissaire de Justice du 28 octobre 2025 pour obtenir notamment la résiliation du contrat, son expulsion et sa condamnation au paiement de l’arriéré locatif.
A l’audience du 17 décembre 2025,
Monsieur [L] [D], comparant en personne, et Madame [T] [J] épouse [D], représentée par son époux, ont actualisé le montant de la dette locative et ont maintenu ses demandes initiales, telles que formulées dans l’acte introductif d’instance.
Ils ont a sollicité du tribunal de voir :
condamner le locataire à leur payer la somme actualisée de 1.362,00 euros due au titre d’arriérés de loyers au 17 décembre 2025,condamner le locataire à leur payer les loyers dus à compter de cette date jusqu’au jour de la résiliation du bail,condamner le locataire à leur payer une somme égale au loyer courant, augmentée des charges éventuelles et indexée sur les variations prévues au bail et ce jusqu’à la libération des lieux,condamner le locataire à leur payer la somme de 800,00 euros au titre de l’article 700 du code de procédure civile,constater par le jeu de la clause de résiliation de plein droit ou au besoin prononcer pour défaut de paiement des loyers, en application des articles 7 a) et 24 de la loi n°89-462 du 6 juillet 1989, et des articles 1728 et 1134 et suivants du code civil, la résiliation du bail consenti dans les termes sus-énoncés, portant sur une maison à usage d’habitation située [Adresse 5],dire, en conséquence, que le locataire sera tenue de laisser libre de sa personne, de ses biens et de tous occupants de son chef, le bien et de leur remettre les clés après avoir satisfait à ses obligations de locataire sortant,condamner le locataire aux entiers dépens qui comprendront le coût du commandement de payer, de l’assignation et de sa notification au service préfectoral.
Par ailleurs, ils ont indiqué être favorable quant à l’octroi de délais de paiement dans la limite de 24 mois.
Monsieur [A] [R], comparant en personne, a reconnu la dette et a demandé à pouvoir se maintenir dans les lieux. Il a exposé sa situation personnelle et financière et souligné qu’un dossier de surendettement avait été déclaré recevable en octobre 2025.
Un diagnostic social et financier a été reçu au greffe avant l’audience et confirme l’ouverture d’une procédure de surendettement.
L’affaire a été mise en délibéré au 26 février 2026 par mise à disposition au greffe.
MOTIFS DE LA DÉCISION
I. SUR LA RESILIATION, L’EXPULSION ET LA DEMANDE D’ASTREINTE :
Sur la recevabilité de l’action :
Une copie de l’assignation a été notifiée à la préfecture de l’Eure par la voie électronique le 30 octobre 2025, soit au moins six semaines avant l’audience, conformément aux dispositions de l’article 24 III de la loi n°89-462 du 06 juillet 1989.
Par ailleurs, ils justifient avoir saisi la CCAPEX le 26 juin 2025, soit au moins six semaines avant la délivrance de l’assignation le 28 octobre 2025 conformément aux dispositions de l’article 24 II de la loi n°89-462 du 06 juillet 1989.
L’action est donc recevable.
Sur le bien-fondé de la demande et l’incidence de la procédure de surendettement :
L’article 24 I de la loi n°89-462 du 06 juillet 1989 prévoit que « toute clause prévoyant la résiliation de plein droit du contrat de location pour défaut de paiement du loyer ou des charges aux termes convenus ou pour non-versement du dépôt de garantie ne produit effet que deux mois après un commandement de payer demeuré infructueux ».
Le contrat de bail contient une clause résolutoire (article VIII page 4/21 du contrat) et les bailleurs ont fait délivrer un commandement de payer visant cette clause à Monsieur [A] [R] le 24 juin 2025 pour un montant en principal de 1.362,00 euros.
Il ressort de l’historique du compte que ce commandement est demeuré infructueux plus de six semaines, de sorte qu’il y a lieu de constater que les conditions d’acquisition de la clause résolutoire contenue dans le bail étaient réunies à la date du 06 août 2025.
Par ailleurs, Monsieur [A] [R] a été déclaré recevable à l’examen de sa situation de surendettement par la Commission de surendettement des particuliers de l’Eure en octobre 2025, soit postérieurement à l’acquisition de la clause résolutoire. La recevabilité du dossier est donc sans effet.
L’expulsion de Monsieur [A] [R] sera ordonnée en conséquence.
Il n’apparaît en revanche pas nécessaire d’assortir d’une astreinte l’obligation de quitter les lieux. En effet, la condamnation au paiement d’une indemnité mensuelle d’occupation, de nature à réparer le préjudice subi par la société bailleresse, satisfait déjà l’objectif assigné à l’astreinte en cette matière par l’article L.421-2 du code des procédures civiles d’exécution.
II. SUR LA DEMANDE DE CONDAMNATION AU PAIEMENT DES LOYERS ET INDEMNITES D’OCCUPATION :
Aux termes de l’article 7 a) de la loi n°89-462 du 06 juillet 1989, le locataire est obligé de :
« payer le loyer et les charges récupérables aux termes convenus »
Monsieur [L] [D] et Madame [T] [J] épouse [D] produisent un décompte démontrant que Monsieur [A] [R] reste devoir, après soustraction des frais de poursuite non justifiés et/ou le cas échéant déjà compris dans les dépens, la somme de 1.362,00 euros (terme décembre 2025 inclus). Ce décompte inclut une dernière ligne débitrice de 454,00 euros (loyer et charge) en date du 01er décembre 2025 et une dernière ligne créditrice de 454,00 euros (règlement locataire) en date du 1er décembre 2025.
En outre, Monsieur [A] [R], comparant, reconnaît cette dette.
Il sera par conséquent condamné au paiement de la somme de 1.362,00 euros (terme de décembre 2025 inclus) correspondant :
aux arriérés locatifs exigibles jusqu’au 06 août 2025, date d’acquisition de la clause résolutoire ;à l’indemnité d’occupation due à compter de cette date et jusqu’au terme de décembre 2025, correspondant au dernier terme du décompte.
Monsieur [A] [R] sera également condamné au paiement d’une indemnité mensuelle d’occupation à compter du mois de janvier 2025 jusqu’à la date de la libération effective et définitive des lieux.
Cette indemnité mensuelle d’occupation sera fixée au montant du loyer et des charges, tel qu’il aurait été si le contrat s’était poursuivi, afin de réparer le préjudice découlant pour le demandeur de l’occupation indue de son bien et de son impossibilité de le relouer.
III. SUR LES DELAIS DE PAIEMENT :
L’article 24 V de la loi n°89-462 du 06 juillet 1989 dispose que « le juge peut, même d’office, accorder des délais de paiement dans la limite de trois années, (…) au locataire en situation de régler sa dette locative. (…) Pendant le cours des délais ainsi accordés, les effets de la clause de résiliation de plein droit sont suspendus. (…) Si le locataire se libère dans le délai et selon les modalités fixées par le juge, la clause de résiliation de plein droit est réputée ne pas avoir joué ; dans le cas contraire, elle reprend son plein effet".
L’article 24 VI de cette même loi précise que par dérogation à ces délais de paiement, lorsqu’une procédure de surendettement a été ouverte au bénéfice du locataire et qu’au jour de l’audience, ce dernier a repris le paiement du loyer et des charges, le juge qui constate l’acquisition de la clause de résiliation de plein droit du contrat de location statue dans les conditions suivantes : « Lorsque la commission de surendettement des particuliers a rendu une décision de recevabilité de la demande de traitement de la situation de surendettement formée par le locataire, le juge accorde des délais de paiement jusqu’à, selon les cas, l’approbation du plan conventionnel de redressement prévu à l’article L.732-1 du code de la consommation, la décision imposant les mesures prévues aux articles L.733-1, L.733-4, L.733-7 et L.741-1 du même code, le jugement prononçant un rétablissement personnel sans liquidation judiciaire, le jugement d’ouverture d’une procédure de rétablissement personnel avec liquidation judiciaire ou toute décision de clôture de la procédure de traitement de surendettement ».
En l’espèce,
Monsieur [A] [R] sollicite des délais de paiement et propose une somme de 200,00 euros par mois à titre d’apurement en sus du paiement du loyer courant.
Par ailleurs, les bailleurs ne se sont pas opposés à la demande formulée, dans la limite de 24 mois au vu du paiement des loyers et charges courant.
A ce titre, il y a lieu de constater que la somme due est inchangée depuis le commandement de payer.
Il ressort des pièces versées aux débats que Monsieur [A] [R] se trouve en situation de surendettement. La Commission de surendettement des particuliers de [Localité 4] est en cours d’examen de ce dossier.
Monsieur [A] [R] a repris le paiement des loyers et des charges, de sorte qu’il sera autorisé à se libérer du montant de la dette en réglant, en sus du loyer courant, des mensualités de 200,00 euros et cela dans les conditions détaillées au dispositif de la présente décision, délai pendant lequel les effets de la clause résolutoire seront suspendus.
Conformément aux dispositions susvisées, ces délais courront jusqu’à l’approbation du plan conventionnel de redressement prévu à l’article L.732-1 du code de la consommation, la décision imposant les mesures prévues aux articles L.733-1, L.733-4, L.733-7 et L.741-1 du même code, le jugement prononçant un rétablissement personnel sans liquidation judiciaire, le jugement d’ouverture d’une procédure de rétablissement personnel avec liquidation judiciaire ou toute décision de clôture de la procédure de traitement de surendettement.
Il doit être précisé que si Monsieur [A] [R] se libère de sa dette locative dans ce délai, la clause de résiliation de plein droit sera réputée ne pas avoir joué.
En revanche, il convient d’avertir Monsieur [A] [R] que tout défaut de paiement, s’agissant tant des loyers et charges courants que de la mensualité fixée par la présente décision pour apurer la dette, entraînera, sans nouvelle décision de justice, la reprise des effets de la clause résolutoire et ainsi la résiliation du contrat de bail et :
l’autorisation pour les bailleurs de procéder à son expulsion deux mois après délivrance d’un commandement de quitter les lieux,la caducité des délais de paiement et l’exigibilité immédiate de l’intégralité de la dette fixée par la présente décision,sa condamnation à régler mensuellement une indemnité d’occupation dont le montant est fixé à celui du loyer à la date de la résiliation du bail, jusqu’à libération effective des lieux.
IV. SUR LES DEMANDES ACCESSOIRES :
Monsieur [A] [R], partie perdante, supportera la charge des dépens, qui comprendront notamment le coût du commandement de payer, de sa dénonciation à la CCAPEX, de l’assignation et de sa notification à la préfecture.
Au regard de la situation respective des parties, il n’apparaît pas inéquitable de condamner Monsieur [A] [R] à verser à Monsieur [L] [D] et Madame [T] [J] épouse [D] la somme de 400,00 euros sur le fondement de l’article 700 du Code de procédure civile.
Conformément à l’article 514 du Code de procédure civile, l’exécution provisoire est de droit.
PAR CES MOTIFS
Le juge des contentieux de la protection statuant après débats en audience publique, par jugement mis à disposition au greffe,
DÉCLARE recevable l’action de Monsieur [L] [D] et Madame [T] [J] épouse [D] ;
CONSTATE que les conditions d’acquisition de la clause résolutoire figurant au bail conclu le 10 mai 2024 entre d’une part Monsieur [L] [D] et Madame [T] [J] épouse [D] et d’autre part Monsieur [A] [R] concernant une maison à usage d’habitation située [Adresse 4] sont réunies à la date du 06 août 2025 et que le contrat est résilié à cette date ;
CONDAMNE Monsieur [A] [R] à verser à Monsieur [L] [D] et Madame [T] [J] épouse [D] la somme de 1.362,00 euros à titre de loyers et indemnités d’occupation (terme de décembre 2025 inclus) ;
AUTORISE Monsieur [A] [R] à s’acquitter de cette somme, outre le loyer et les charges courants, en mensualités de 200,00 euros chacune jusqu’à l’approbation du plan conventionnel de redressement prévu à l’article L.732-1 du code de la consommation, la décision imposant les mesures prévues aux articles L.733-1, L.733-4, L.733-7 et L.741-1 du même code, le jugement prononçant un rétablissement personnel sans liquidation judiciaire, le jugement d’ouverture d’une procédure de rétablissement personnel avec liquidation judiciaire ou toute décision de clôture de la procédure de traitement de surendettement ;
PRÉCISE que chaque mensualité devra intervenir avant le 10 de chaque mois et pour la première fois le 10 du mois suivant la signification du présent jugement ;
SUSPEND les effets de la clause résolutoire pendant l’exécution des délais accordés ;
DIT que si les délais accordés sont entièrement respectés, la clause résolutoire sera réputée n’avoir jamais été acquise ;
DIT qu’en revanche, toute mensualité, qu’elle soit due au titre du loyer et des charges courants ou de l’arriéré, restée impayée sept jours après l’envoi d’une mise en demeure par lettre recommandée avec avis de réception justifiera :
* que la clause résolutoire retrouve son plein effet ;
* que le solde de la dette devienne immédiatement exigible ;
* qu’à défaut pour Monsieur [A] [R] d’avoir volontairement libéré les lieux dans les deux mois de la délivrance d’un commandement de quitter les lieux, Monsieur [L] [D] et Madame [T] [J] épouse [D] pourront faire procéder à son expulsion ainsi qu’à celle de tous les occupants de son chef, avec le concours d’un serrurier et de la force publique si besoin est et si besoin l’ordonne ;
CONDAMNE Monsieur [A] [R] à verser à Monsieur [L] [D] et Madame [T] [J] épouse [D] une indemnité mensuelle d’occupation égale au montant du loyer et des charges qui auraient été dus en l’absence de résiliation du bail, du mois de janvier 2026 jusqu’à la date de la libération effective et définitive des lieux caractérisée par la remise des clés aux bailleurs ou à son mandataire ;
CONDAMNE Monsieur [A] [R] à verser à Monsieur [L] [D] et Madame [T] [J] épouse [D] la somme de 400,00 euros au titre des dispositions de l’article 700 du code de procédure civile ;
CONDAMNE Monsieur [A] [R] aux dépens, qui comprendront notamment le coût du commandement de payer, de sa dénonciation à la CCAPEX, de l’assignation et de sa notification à la préfecture ;
DÉBOUTE les parties de toutes demandes plus amples ou contraires ;
RAPPELLE que l’exécution provisoire est de droit.
En foi de quoi le présent jugement a été signé par le Président et le Greffier
LE PRESIDENT LE GREFFIER
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