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Sur la décision
| Référence : | TJ Metz, ctx protection soc., 28 févr. 2025, n° 21/01245 |
|---|---|
| Numéro(s) : | 21/01245 |
| Importance : | Inédit |
| Dispositif : | Fait droit à une partie des demandes du ou des demandeurs sans accorder de délais d'exécution au défendeur |
| Date de dernière mise à jour : | 25 septembre 2025 |
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Sur les parties
| Avocat(s) : | |
|---|---|
| Cabinet(s) : | |
| Parties : | CPAM, ETAT MINIST<unk>RES ÉCONOMIQUES |
Texte intégral
Minute n°
ctx protection sociale
N° RG 21/01245 – N° Portalis DBZJ-W-B7F-JG53
TRIBUNAL JUDICIAIRE DE METZ
_____________________________
[Adresse 3]
[Adresse 8]
☎ [XXXXXXXX01]
___________________________
Pôle social
JUGEMENT DU 28 FEVRIER 2025
DEMANDEURS :
Monsieur [A] [G]
né le 02 Avril 1942 à [Localité 13]
[Adresse 2]
[Localité 13]
non comparant, représenté
Rep/assistant : Maître Frédéric QUINQUIS de la SCP MICHEL LEDOUX & ASSOCIES, avocats au barreau de PARIS,
FIVA
[Adresse 14]
[Adresse 14]
[Localité 7]
non comparante, représentée
Rep/assistant : Me Sabrina BONHOMME, avocat au barreau de METZ, avocat plaidant, vestiaire : B502
DEFENDERESSE :
AGENT JUDICIAIRE DE L’ETAT MINISTÈRES ÉCONOMIQUES ET FINANCIERS DIRECTION DES AFFAIRES JURIDIQUES
[Adresse 4]
[Adresse 4]
[Localité 6]
non comparante, représentée
Rep/assistant : Me Cathy NOLL, avocat au barreau de MULHOUSE, avocat plaidant,
EN PRESENCE DE :
CPAM, INTERVENANT POUR LE COMPTE DE LA CANSSM ASSURANCE MALADIE DES [Localité 12]
[Adresse 15]
[Localité 5]
non comparante,représenté par M.[S],muni d’un pouvoir
COMPOSITION DU TRIBUNAL
Président : Mme PAUTREL Carole
Assesseur représentant des employeurs : M. Bertrand BARTHEL
Assesseur représentant des salariés : M. Marc OPILLARD
Assistés de Madame MULLER Antoinette, Greffière,
a rendu, à la suite du débat oral du 15 novembre 2024, le jugement dont la teneur suit :
Expéditions – Pièces (1) – Exécutoire (2)
à
Maître Frédéric QUINQUIS de la SCP MICHEL LEDOUX & ASSOCIES
Me Cathy NOLL
FIVA
[A] [G]
AGENT JUDICIAIRE DE L’ETAT
CPAM, INTERVENANT POUR LE COMPTE DE LA CANSSM ASSURANCE MALADIE DES [Localité 12]
le
EXPOSÉ DES FAITS ET DE LA PROCÉDURE
Né le 2 avril 1942, Monsieur [A] [G] a travaillé pour le compte des [10] ([10]), devenues par la suite l’établissement public [9] ([9]), du 10 septembre 1956 au 30 avril 1988.
Il a occupé les postes suivants :
Apprenti : Gargan, au jour ;Manœuvre + Transporteur : Gargan, au fond ;Aide-piqueur : Gargan, au fond ;Piqueur : Gargdan, au fond ;Piqueur traçage charbon : [16], au fond ;Chef de compagnie : [16], au fond ;Installateur de taille : [16], au fond.
Par formulaire du 18 mars 2019, Monsieur [A] [G] a déclaré à l’Assurance Maladie des [Localité 12] (AMM, ci-après la Caisse), une maladie professionnelle sous forme d’asbestose, au titre du tableau 30A des maladies professionnelles, attestée par un certificat médical initial établi le 18 février 2019 par le Docteur [D] [H], pneumologue.
Le 3 mars 2020, la Caisse a pris en charge la pathologie déclarée par Monsieur [A] [G] au titre de la législation relative aux risques professionnels.
Le 2 avril 2020, la Caisse a notifié à Monsieur [A] [G] un taux d’incapacité de 5,00 % et lui a attribué une indemnité en capital de 1977,76 à la date du 19 février 2019.
Il convient à ce stade de préciser que, depuis le 1er juillet 2015, la Caisse Primaire d’Assurance Maladie (CPAM) de Moselle agit pour le compte de la Caisse Autonome Nationale de la Sécurité Sociale dans les [Localité 12] (CANSSM) – Assurance Maladie des [Localité 12].
Il convient également de préciser que le 1er janvier 2008, [9] a été dissout et mis en liquidation. À la suite de la clôture des opérations de liquidation de [9] le 31 décembre 2017, l’Agent Judiciaire de l’État (AJE), représentant l’État, a repris les droits et obligations de son ancien liquidateur à compter du 1er janvier 2018.
Selon quittance du 7 octobre 2020, Monsieur [A] [G] a accepté l’offre du Fonds d’Indemnisation des Victimes de l’Amiante (FIVA), fixant l’indemnisation des préjudices liés à sa maladie professionnelle due à l’amiante à la somme de 10 700 euros, décomposés de la manière suivante :
− 9 000 euros au titre du préjudice moral ;
− 300 euros au titre du préjudice physique ;
− 1 400 euros au titre du préjudice d’agrément.
Le 20 décembre 2020, Monsieur [A] [G] a introduit auprès de la Caisse une demande de reconnaissance de la faute inexcusable à l’encontre des [10], devenues par la suite l’EPIC [9], représenté par l’AJE. Faute de conciliation, Monsieur [A] [G] a, selon requête envoyée le 29 octobre 2021, attrait l’AJE, venant aux droits des [10], devenues l’EPIC [9], devant le pôle social du Tribunal judiciaire de Metz, afin de voir reconnaître la faute inexcusable de son ancien employeur dans la survenance de sa maladie professionnelle et de bénéficier des conséquences indemnitaires qui en découlent.
La CPAM de Moselle a été mise en cause.
Après plusieurs renvois en mise en état, l’affaire a reçu fixation à l’audience publique du pôle social du Tribunal judiciaire de Metz du 15 novembre 2024, date à laquelle elle a été retenue et examinée.
A l’issue des débats, la décision a été mise en délibéré au 28 février 2025.
PRÉTENTIONS DES PARTIES
A l’audience, MONSIEUR [A] [G], représenté par son avocat, s’en rapporte à ses conclusions récapitulatives et au bordereau de pièces reçus au greffe le 25 octobre 2024.
Dans ses dernières écritures, Monsieur [A] [G] demande au tribunal de :
déclarer son recours recevable et bien fondé ;rejeter toutes les exceptions et fins de non-recevoir invoquées par 1'Agent Judiciaire de l’État, l’Assurance Maladie des [Localité 12] et le FIVA ;dire et juger que la maladie professionnelle (30A) dont il est atteint est due à une faute inexcusable de son employeur, la société [9], représentée par l’Agent Judiciaire de l’Etat suite à la clôture de sa liquidation intervenue le 31 décembre 2017 ;En conséquence,
fixer au maximum la majoration des indemnités dont il bénéficie aux termes des dispositions du Code de la Sécurité sociale et que cette majoration lui sera directement versée par l’Assurance Maladie des [Localité 12] ;dire et juger qu’en cas d’aggravation de son état de santé, la majoration maximum de la rente suivra l’évolution de son taux d’IPP ;dire et juger qu’en cas de décès imputable à sa maladie professionnelle liée à l’amiante, le principe de la majoration maximum de la rente restera acquis au conjoint survivant ;dire et juger qu’en vertu de l’article 1153-1 du Code Civil l’ensemble des sommes dues portera intérêt au taux légal à compter du jugement à intervenir ;condamner l’Agent Judiciaire de l’Etat au paiement d’une somme de 2 500 en application des dispositions de l’article 700 du Code de Procédure Civile ;condamner l’Agent Judiciaire de l’Etat au paiement des dépens conformément aux dispositions de l’article 696 du Code de Procédure Civile ;ordonner l’exécution provisoire de la décision à intervenir.
A l’audience, le FONDS D’INDEMNISATION DES VICTIMES DE L’AMIANTE, représenté par son avocat, s’en rapporte à ses conclusions récapitulatives reçues le 5 juin 2023 et au dernier état de ses pièces sous bordereau communiqué le 14 novembre 2022.
Suivant ses dernières écritures, le FIVA demande au tribunal de :
déclarer recevable la demande formée par Monsieur [A] [G], dans le seul but de faire reconnaître l’existence d’une faute inexcusable de l’employeur ;déclarer recevable sa demande, étant subrogé dans les droits de Monsieur [A] [G] ;dire que la maladie professionnelle dont est atteint Monsieur [A] [G] est la conséquence de la faute inexcusable de l’EPIC [9] représenté par l’Agent Judiciaire de l’Etat ;fixer à son maximum la majoration de l’indemnité en capital prévue à l’article L. 452-2 du code de la sécurité sociale, soit 1 977,76 euros, et dire que la CPAM de Moselle pour le compte de la CANSSM – Assurance Maladie des [Localité 12] devra verser cette majoration de capital à Monsieur [A] [G] ;dire que cette majoration devra suivre l’évolution du taux d’incapacité permanente de Monsieur [A] [G], en cas d’aggravation de son état de santé ;dire qu’en cas de décès de la victime imputable à sa maladie professionnelle due à l’amiante, le principe de la majoration de rente restera acquis pour le calcul de la rente de son conjoint survivant ;fixer l’indemnisation des préjudices personnels de Monsieur [A] [G] comme suit:- Souffrances morales………………………………………………………………………………..9 000 euros ;
— Souffrances physiques………………………………………………………………………………..300 euros ;
— Préjudice d’agrément………………………………………………………………………………1 400 euros ;
TOTAL…………………………………………………………………………………………………..10 700 euros.
dire que la CPAM de Moselle pour le compte de la CANSSM – Assurance Maladie des [Localité 12] devra lui verser cette somme, en tant que créancier subrogé, en application de l’article L. 452-3 alinéa 3 du Code de la sécurité sociale ;condamner l’Agent Judiciaire de l’Etat à lui payer une somme de 2 000 euros en application de l’article 700 du Code de procédure civile ;condamner la partie succombante aux dépens, en application des articles 695 et suivants du Code de procédure civile.
L’AGENT JUDICIAIRE DE L’ETAT, représenté à l’audience par son avocat, s’en rapporte à ses dernières écritures et au dernier état de ses pièces communiquées sous bordereau reçus au greffe le 20 juin 2024.
Dans ses dernières écritures, il demande au tribunal de :
A titre principal :
débouter Monsieur [A] [G], le FIVA et l’Assurance Maladie des [Localité 12] de l’ensemble de leurs demandes formulées à l’encontre de l’AJE ;A titre subsidiaire, si par extraordinaire la faute inexcusable venait à être retenue :
réduire à de plus justes proportions les demandes indemnitaires ;En tout état de cause :
rejeter les demandes formulées au titre de l’article 700 du CPC ;dire n’y avoir lieu à dépens.
La CAISSE PRIMAIRE D’ASSURANCE MALADIE DE MOSELLE, intervenant pour le compte de la CANSSM – Assurance Maladie des [Localité 12], régulièrement représentée à l’audience par Monsieur [S] muni d’un pouvoir à cet effet, s’en rapporte à ses dernières écritures reçues au greffe le 7 décembre 2022.
Elle demande au tribunal de :
lui donner acte qu’elle s’en remet à la sagesse du Tribunal en ce qui concerne la faute inexcusable reprochée à la Société [9] (AJE) ;En cas de reconnaissance de la faute inexcusable de l’employeur :
lui donner acte qu’elle s’en remet au Tribunal en ce qui concerne la fixation du montant de la majoration de l’indemnité en capital réclamée par le FIVA, pour le compte de Monsieur [G] [A], actuellement fixée à un taux de 5,00 % ;en application de l’article L. 452-2 du Code de la Sécurité Sociale, fixer la majoration de l’indemnité en capital dans la limite de 1 977,76 euros ;prendre acte qu’elle ne s’oppose pas à ce que la majoration de l’indemnité en capital suive l’évolution du taux d’incapacité permanente partielle de Monsieur [G] [A] ;constater qu’elle ne s’oppose pas à ce que le principe de la majoration de l’indemnité en capital reste acquis pour le calcul de la rente de conjoint survivant, en cas de décès de Monsieur [G] [A] consécutivement à sa maladie professionnelle ;lui donner acte qu’elle s’en remet au Tribunal en ce qui concerne la fixation du montant des préjudices extrapatrimoniaux subis par Monsieur [G] [A] et prévus à l’article L. 452-3 du Code de la Sécurité Sociale ;le cas échéant, déclarer irrecevable toute éventuelle demande d’inopposabilité de la décision de prise en charge de la maladie professionnelle n° 30A de Monsieur [G] [A] en application de la jurisprudence constante de la Cour de cassation (Civ. 2Ème, 08.11.2018, pourvoi n° 17-25.843) ;condamner l’AJE intervenant pour la (lire le) compte de la Société [9] à lui rembourser les sommes qu’elle sera tenue de verser au titre de la majoration de l’indemnité en capital et de l’intégralité des préjudices ainsi que des intérêts légaux subséquents, en application des dispositions de l’article L. 452-3-1 du Code de la Sécurité Sociale.
En application des dispositions de l’article 455 du code de procédure civile, il est expressément renvoyé aux conclusions des parties pour un plus ample exposé des faits, des moyens invoqués et des prétentions émises.
MOTIVATION
Sur la recevabilité de l’action en reconnaissance de faute inexcusable
L’article 38 de la Loi n° 55-366 du 3 avril 1955 relative au développement des crédits affectés aux dépenses du ministère des finances et des affaires économiques pour l’exercice 1955, tel que modifié par Décret n° 2012-985 du 23 août 2012, dispose que « toute action portée devant les tribunaux de l’ordre judiciaire et tendant à faire déclarer l’État créancier ou débiteur pour des causes étrangères à l’impôt et au domaine doit, sauf exception prévue par la loi, être intentée à peine de nullité par ou contre l’Agent Judiciaire de l’État ».
L’AJE reprend, à compter du 1er janvier 2018, les contentieux en cours gérés par le liquidateur des [9] en raison de la clôture des opérations de liquidation au 31 décembre 2017 et du transfert de ses droits et obligations à l’État.
L’action en reconnaissance de la faute inexcusable de l’employeur est soumise à la prescription biennale prévue à l’article L. 431-2 du code de la sécurité sociale.
En l’espèce, la demande en reconnaissance de la faute inexcusable de l’employeur envoyée le 29 octobre 2021 par Monsieur [A] [G] est recevable pour avoir été formée dans les deux ans suivant la notification du rejet de la demande de conciliation auprès de la CPAM (datée du 24 février 2021), ce qui n’est pas contesté par l’AJE.
Le recours est donc recevable.
Sur la mise en cause de l’organisme social
Il convient à ce stade de préciser que, depuis le 1er juillet 2015, la Caisse Primaire d’Assurance Maladie (CPAM) de Moselle agit pour le compte de la Caisse Autonome Nationale de la Sécurité Sociale dans les [Localité 12] (CANSSM) – Assurance Maladie des [Localité 12].
Conformément aux dispositions des articles L. 452-3, alinéa 1er in fine, L. 452-4, L. 455-2, alinéa 3, et R. 454-2 du code de la sécurité sociale, la CPAM de Moselle, agissant pour le compte de la CANSSM – Assurance Maladie des [Localité 12], a bien été mise en cause, de sorte qu’il y a lieu de déclarer le présent jugement commun à cet organisme.
Sur la faute inexcusable reprochée à l’employeur
En vertu du contrat de travail le liant à son salarié, l’employeur est tenu envers celui-ci d’une obligation de sécurité de résultat, notamment en ce qui concerne les maladies professionnelles contractées par ce salarié du fait des produits fabriqués ou utilisés par l’entreprise.
Le manquement à cette obligation a le caractère d’une faute inexcusable, au sens de l’article L. 452-1 du code de la sécurité sociale, lorsque l’employeur avait ou aurait dû avoir conscience du danger auquel était exposé le salarié et qu’il n’a pas pris les mesures nécessaires pour l’en préserver.
La preuve de la faute inexcusable de l’employeur incombe à la victime, à ses ayants droit ou au FIVA, subrogé dans les droits de la victime ou de ses ayants droit, en leur qualité de demandeurs à l’instance.
Il est rappelé à cet égard que le simple fait pour un salarié de contracter une maladie dont l’origine professionnelle est reconnue n’implique pas nécessairement que l’employeur ait commis une faute inexcusable à l’origine de l’apparition de cette maladie.
La preuve de la faute inexcusable suppose la réunion de trois conditions :
une exposition du salarié à un risque professionnel ;la conscience de ce risque par l’employeur ;l’absence de mesures prises par l’employeur pour préserver le salarié face au risque considéré.
Sur l’exposition au risque
Prétentions des parties
MONSIEUR [A] [G] fait valoir que son exposition au risque du tableau 30A est avérée du fait d’une contamination générale et de son parcours professionnel.
Il produit un mémoire technique sur l’exposition à l’amiante des mineurs dans les tailles « Semi-Dressants » des Houillères du Bassin de Lorraine (pièce n° 12) et les témoignages de Messieurs [R] et [C].
Il se prévaut des témoignages de Messieurs [P] [O] et [Z] [M] pour établir son exposition à l’inhalation de poussières d’amiante et l’absence de mesures prises par l’employeur pour l’en préserver.
L’AGENT JUDICIAIRE DE L’ETAT estime que l’assuré ne rapporte pas la preuve de son exposition à l’amiante. Il affirme que la maladie de ce dernier ne peut revêtir un caractère professionnel tant qu’un comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles (CRRMP) n’a pas été saisi.
Il indique que l’ANGDM n’a pas reconnu l’exposition de Monsieur [A] [G] au risque du tableau 30A des maladies professionnelles (pièce n° E).
Il remet en cause la force probatoire des attestations versées par Monsieur [A] [G], car il estime que les témoignages ont un caractère lacunaire et non-circonstancié, et sont rattachés à une période brève (4 et 3 ans).
Réponse de la juridiction
Aux termes de l’article L. 461-1 du Code de la sécurité sociale, « est présumée d’origine professionnelle toute maladie désignée dans un tableau de maladies professionnelles et contractée dans les conditions mentionnées à ce tableau ».
En l’espèce, la maladie de Monsieur [A] [G] a été prise en charge au titre du tableau 30A des maladies professionnelles, par décision de la Caisse en date du 3 mars 2020.
Affections professionnelles consécutives à l’inhalation des poussières d’amiante
DESIGNATION DES MALADIES
DELAI DE PRISE EN CHARGE
LISTE INDICATIVE DES PRINCIPAUX TRAVAUX SUSCEPTIBLES DE PROVOQUER CES MALADIES
A. Asbestose : fibrose pulmonaire diagnostiquée sur des signes radiologiques spécifiques, qu’il y ait ou non des modifications des explorations fonctionnelles respiratoires.
Complications : insuffisance respiratoire aiguë, insuffisance ventriculaire droite.
35 ans (sous réserve d’une durée d’exposition de 2 ans)
Travaux exposant à l’inhalation de poussières d’amiante, notamment :
— extraction, manipulation et traitement de minerais et roches amiantifères.
Manipulation et utilisation de l’amiante brut dans les opérations de fabrication suivantes :
— amiante-ciment ; amiante-plastique ; amiante-textile ; amiante-caoutchouc ; carton, papier et feutre d’amiante enduit ; feuilles et joints en amiante ; garnitures de friction contenant de l’amiante ; produits moulés ou en matériaux à base d’amiante et isolants ;
Travaux de cardage, filage, tissage d’amiante et confection de produits contenant de l’amiante.
Application, destruction et élimination de produits à base d’amiante :
— amiante projeté ; calorifugeage au moyen de produits contenant de l’amiante ; démolition d’appareils et de matériaux contenant de l’amiante, déflocage.
Travaux de pose et de dépose de calorifugeage contenant de l’amiante.
Travaux d’équipement, d’entretien ou de maintenance effectués sur des matériels ou dans des locaux et annexes revêtus ou contenant des matériaux à base d’amiante.
Conduite de four.
Travaux nécessitant le port habituel de vêtements contenant de l’amiante.
Il convient de souligner que le tableau 30A des maladies professionnelles prévoit une liste simplement indicative des travaux susceptibles d’entraîner les affections qui y sont désignées, de sorte qu’il n’impose pas que le salarié ait directement manipulé des produits amiantés, seul important le fait qu’il ait exercé une activité l’ayant exposé à l’inhalation de poussières d’amiante.
En l’espèce, Monsieur [A] [G] fait valoir que son exposition au risque du tableau 30A est avérée compte tenu de son parcours professionnel.
À cet égard, le tribunal rappelle que Monsieur [A] [G] a été employé du 10 septembre 1956 au 30 avril 1988, soit pendant plus de 30 ans, en qualité de :
Apprenti du 10 septembre 1956 au 2 juillet 1958 ;Manœuvre + Transporteur du 3 juillet 1958 au 30 juin 1960 ;Aide-piqueur du 1er juillet 1960 au 31 août 1960 ;Piqueur du 1er septembre 1960 au 31 octobre 1961 ;Piqueur du 6 mai 1963 au 30 novembre 1967 ;Piqueur traçage charbon du 1er décembre 1967 au 31 mai 1975 ;Chef de compagnie du 1er juin 1975 au 31 octobre 1984 ;Installateur de taille du 1er novembre 1984 au 30 avril 1988.
Le relevé de carrière produit n’est contesté ni par Monsieur [A] [G] ni par l’AJE.
Sur la saisine d’un CRRMP
L’AJE affirme que « le caractère professionnel de la maladie n’est pas établi, à moins de saisir un CRRMP » – sans toutefois demander la saisine de ce comité dans ses prétentions formulées au dispositif de ses dernières conclusions.
Or, en vertu du deuxième alinéa de l’article 446-2 du code de procédure civile, « le juge ne statue que sur les prétentions énoncées au dispositif et n’examine les moyens au soutien de ces prétentions que s’ils sont invoqués dans la discussion ».
Il n’y a donc pas lieu de désigner un CRRMP.
Sur l’attestation de non exposition établie par l’ANGDM
Par une attestation établie le 9 avril 2019, l’ANGDM n’a pas reconnu l’exposition au risque de Monsieur [A] [G] (pièce n° E).
Or, il convient de rappeler que la seule mention d’une attestation de non exposition établie par l’employeur lui-même ne saurait en aucun cas servir de preuve de l’absence d’exposition de Monsieur [A] [G].
Sur les attestations produites
Monsieur [A] [G] produit à l’appui de ses prétentions les témoignages de Messieurs [R] et [C], mais ceux-ci sont généraux et ne permettent pas d’établir un lien avec le demandeur, et ainsi de rapporter la preuve que Monsieur [A] [G] a connu les mêmes conditions de travail.
Il produit également les attestations de Messieurs [P] [O] et [Z] [M]. Contrairement aux affirmations de l’AJE, il ne peut être contesté que les témoins ont été collègues de travail de Monsieur [A] [G], compte tenu des précisions apportées, l’AJE ne rapportant par ailleurs pas la preuve contraire.
En effet, l’AJE, qui a en sa possession tous les documents administratifs lui permettant de contester et de prouver l’absence de lien entre les agents, ne produit aucun élément pour appuyer ce moyen.
Les attestations de Messieurs [P] [O] et [Z] [M] sont suffisamment détaillées et circonstanciées pour rapporter la preuve de l’exposition de Monsieur [A] [G] aux poussières d’amiante. Ainsi est mise en avant l’utilisation d’outils et d’engins contenant de l’amiante : « on utilisait pour notre travail quotidien des équipements et des matériaux amiantés », « l’entretien et l’utilisation de tous ces équipements amiantés se faisait donc sans aucune précaution » (v. attestation de Monsieur [Z] [M]), « la perforatrice contenait des joints en amiante », « le scraper était muni de freins ferrodo en amiante », « des marteaux-piqueurs fonctionnant à l’air comprimé donc contenant des joints en amiante », « ces joints s’usaient avec les efforts mécaniques dégageant des poussières d’amiante que tout le monde respirait », « le transport de matériel se faisait par treuil munit d’embrayage en amiante », « le ventilateur effectuant l’aérage était muni de plaques d’amiante (v. attestation de Monsieur [P] [O]).
En ce qui concerne la durée d’exposition, l’AJE souligne que les périodes pour lesquelles Messieurs [P] [O] et [Z] [M] prétendent attester de l’exposition aux poussières d’amiante de Monsieur [A] [G] sont courtes (respectivement 4 et 3 ans).
Or, l’asbestose déclarée à la Caisse par Monsieur [A] [G] par formulaire du 18 mars 2019 implique une durée d’exposition de 2 ans (v. supra, le tableau 30A des maladies professionnelles). En outre, pris ensemble, les témoignages couvrent une période de 8 ans, de 1972 à 1979, et il convient de rappeler que Monsieur [A] [G] a passé plus de 30 ans au sein des [10], dont plus de 28 ans au fond, au sein des puits Gargan et [16].
Il ressort par conséquent de ces deux témoignages que Monsieur [A] [G] a été exposé quotidiennement aux poussières d’amiante, en particulier lors de l’utilisation d’outils et d’engins contenant de l’amiante, et qu’il a respiré des poussières d’amiante pendant sa carrière.
En outre, l’AJE ne saurait soutenir que Monsieur [A] [G] n’a pas été exposé au risque d’amiante, tout en affirmant, paradoxalement, que des mesures de protection ont personnellement bénéficié à celui-ci durant sa carrière, notamment au puits [16].
Il s’ensuit qu’à l’occasion de ses 30 années passées au sein des [10], Monsieur [A] [G] a été exposé à l’inhalation de poussières d’amiante.
Dans ces conditions, l’exposition de Monsieur [A] [G] aux poussières d’amiante est avérée, et la condition tenant à l’exposition de ce dernier au risque et à la durée d’exposition est donc pleinement caractérisée.
Sur la conscience du danger par l’employeur
Il incombe au salarié de prouver que son employeur, qui devait avoir conscience du danger auquel il était exposé, n’a pas pris les mesures nécessaires pour l’en préserver.
La simple exposition au risque ne suffit pas à caractériser la faute inexcusable de l’employeur. Aucune faute ne peut être établie lorsque l’employeur a pris toutes les mesures en son pouvoir pour éviter l’apparition de la lésion compte tenu de la conscience du danger qu’il pouvait avoir.
La conscience du danger exigée de l’employeur est analysée in abstracto et ne vise pas une connaissance effective de celui-ci.
En d’autres termes, il suffit de constater que l’auteur « ne pouvait ignorer » celui-ci ou « ne pouvait pas ne pas en avoir conscience », ou encore qu’il aurait dû en avoir conscience. La conscience du danger s’apprécie au moment ou pendant la période de l’exposition au risque.
L’AJE explique que si « la connaissance du danger n’a jamais été niée de façon globale par [9] pour tous les postes de travail et à toutes les périodes », il faut rappeler que « les [10], puis les [9], ont toujours soutenu qu’avant 1977 et même après cette date, ils pouvaient ignorer le risque d’amiante et n’avaient pas, en tout état de cause, une conscience éclairée des risques ».
Il souligne que les travaux d’équipement, d’entretien ou de maintenance effectués sur des matériels contenant des matériaux à base d’amiante, n’ont été intégrés au tableau 30 des maladies professionnelles que par décret n° 96-445 du 22 mai 1996, et que les mesures de protection du personnel liées à l’amiante, introduites par le décret n° 98-588 du 9 juillet 1998, visaient certaines activités ou opérations qui ne concernaient pas les mineurs de fond.
Il estime également que [9] prenaient toutes les mesures nécessaires dès lors qu’elles avaient conscience d’un danger.
Toutefois, Monsieur [A] [G] rappelle que la dangerosité de l’amiante est connue en France depuis le début du XXème siècle et que les maladies engendrées par les poussières d’amiante ont été inscrites pour la première fois au tableau des maladies professionnelles en 1946, avec la création d’un tableau spécifique aux pathologies consécutives à l’inhalation des poussières d’amiante dès 1950, consacré à l’asbestose, et l’inscription de la manipulation d’amiante à sec dans les industries (notamment des travaux de calorifugeage au moyen d’amiante) dès 1951. Après la publication de ces décrets, et notamment celui du 3 octobre 1951, tout employeur devait être conscient des dangers de l’amiante pour ses salariés.
Monsieur [A] [G] relève que l’EPIC [9] avait à sa disposition des moyens exceptionnels pour prévenir les risques professionnels, notamment la médecine du travail, les centres d’études des pneumoconioses, ou encore un centre d’études et de recherches à la compétence reconnue en la matière (le CERCHAR).
Il rappelle que, « tant la Cour de METZ que le Tribunal des Affaires de Sécurité Sociale de la Moselle, ont reconnu la conscience du danger qu’aurait dû avoir les [9] ''du fait de leur taille, leur organisation et l’histoire de l’entreprise mais aussi des moyens considérables leur permettant d’appréhender le risque en tous ses aspects ».
Il convient de souligner que Monsieur [A] [G] a travaillé aux [9] de 1956 à 1988, soit en partie après les décrets de 1977, et après la mise en place par les [9] de mesures telles que, dès 1977, la surveillance médicale spéciale amiante, de sorte que l’employeur ne saurait soutenir qu’à cette date il ignorait les risques liés à l’inhalation de poussières d’amiante.
En outre, l’employeur ne saurait soutenir ne pas avoir eu conscience du risque amiante, tout en affirmant, paradoxalement, avoir mis en place différentes mesures face à ce risque.
Il résulte de ce qui précède que l’employeur, qui bénéficiait donc de personnels aux compétences inégalées en matière d’amiante mais aussi de pneumoconioses, de moyens techniques très performants pour assurer des analyses et des études, ne pouvait ignorer les effets nocifs de l’amiante, y compris à l’égard des personnels qui ne manipulaient pas directement cette substance.
Dès lors, la conscience du danger par l’employeur est avérée.
Sur les mesures prises pour préserver la santé du salarié
Moyens des parties
MONSIEUR [A] [G] soutient que l’employeur n’a pas pris toutes les mesures nécessaires pour le préserver du risque d’inhalation de poussières d’amiante. Il indique qu’avant 1996, il n’a jamais été informé de la dangerosité des poussières d’amiante et que la surveillance médicale spéciale amiante était déficiente puisqu’elle ne concernait pas tous les salariés (seulement un agent sur dix). Il ajoute que les masques étaient au départ inexistants, puis inadaptés et fournis en nombre insuffisant, et que leur port n’était pas obligatoire. Il explique en outre que « les filtres se colmataient rapidement à cause des poussières et de l’humidité », et que « leur remplacement n’était pas assuré en permanence ». Il évoque une défaillance des systèmes contre l’empoussièrement, et ce malgré l’existence de solutions efficaces telles que le creusement d’un puisard chargé de récupérer l’eau, et un détournement des mesures d’empoussièrement. Il relève que les systèmes d’arrosage étaient défaillants et qu’il a fallu attendre les années 1990 pour que soit mis au point un filtre à sable palliant le colmatage des buses d’arrosage. Il affirme également que des produits de substitution à l’amiante existaient avant 1996, mais qu’ils n’ont jamais été utilisés par les [9].
Monsieur [A] [G] se prévaut des témoignages de Messieurs [P] [O] et [Z] [M] afin d’établir l’absence de mesures prises par l’employeur pour le préserver de l’exposition à l’amiante. Il produit également les témoignages généraux de Messieurs [R], [C], [N] et [F].
Il conteste la réalité et l’efficacité des mesures de protection alléguées.
En défense, l’AGENT JUDICIAIRE DE L’ETAT explique que les [10] puis [9] ont mis en œuvre toutes les mesures de protection collective et individuelle telles que la mise à disposition de masques, de distributeurs de masques, l’installation de machines à laver les masques, la création d’une structure spécialisée pour la recherche et l’amélioration des moyens collectifs de lutte contre les poussières nocives, la mise en place et l’amélioration des systèmes d’arrosage, la mise en place d’un système de mesure du taux d’empoussièrement, ou encore la mise en place d’une surveillance médicale spéciale amiante. Il se réfère à des campagnes de dépistage systématique des maladies des poumons, et indique que les choix des masques ont évolué pour mettre « à disposition des mineurs des masques les plus efficaces qui existaient en fonction des époques et des avancées technologiques ». Il se prévaut du fait que des mesures de protection spécifiques ont été mises en place dans les différents sites au sein desquels a travaillé Monsieur [A] [G]. Il fait notamment référence à la campagne de formation des auxiliaires de sécurité, à l’organisation d’une journée d’information sur les poussières nocives, à la mise en place d’études sur la répartition de l’empoussiérage, ou encore à l’organisation de réunions des responsables de mesures d’empoussiérage au siège [16].
Il conteste la valeur probatoire des attestations produites par Monsieur [A] [G], car il estime que les témoignages ont un caractère lacunaire et non-circonstancié, et sont rattachés à une période brève (4 et 3 ans). Il conteste également la valeur probatoire des témoignages généraux produits, au motif que les témoins n’ont pas été collègues de travail directs de Monsieur [A] [G].
Il soutient que « tant en matière de mesures de protection individuelle que collective, l’exploitant a toujours œuvré afin de pourvoir aux besoins de ses salariés, compte tenu des avancées techniques et scientifiques de chaque époque » et ajoute que les efforts des [10] puis des [9] ont été soulignés par les juridictions.
Réponse de la juridiction
Il est rappelé que les premiers textes sur la lutte contre l’empoussièrement des locaux de travail datent du début du XXème siècle (1893, 1904, 1912 et 1913) et préconisent notamment la mise en place de système d’aspiration et de ventilation.
Le décret n° 51-508 du 4 mai 1951, portant règlement général sur l’exploitation des mines, a en outre fixé les dispositions applicables aux mines quant à la protection contre les poussières, son article 314 prévoyant ainsi que des mesures étaient prises pour protéger les ouvriers contre les poussières dont l’inhalation est dangereuse. Ainsi, les locaux fermés affectés au travail devaient être bien aérés et l’air maintenu dans l’état de pureté nécessaire à la santé du personnel, en évacuant les poussières hors des ateliers, dès leur production. Le décret n° 54-1277 du 24 décembre 1954 a ensuite détaillé les dispositions relatives à la surveillance médicale des mineurs.
Il a également été envisagé des mesures de protection collective, telles que l’humidification des poussières, l’aération des galeries et la captation des poussières dès leur production. Un décret n° 61-235 du 6 mars 1961 a néanmoins prévu, dans les cas où les travaux sont exécutés dans les lieux où l’aération est insuffisante, que des appareils de protection individuelle soient mis à la disposition des travailleurs. L’employeur se devait donc de prendre toutes les mesures utiles pour que ces dispositifs de protection individuelle soient maintenus en bon état de fonctionnement et désinfectés avant d’être attribués à un nouveau titulaire.
L’ensemble des dispositions relatives aux mesures de protection ont été intégrées au code du travail par décret n° 73-1048 du 15 novembre 1973. L’instruction du 15 décembre 1975, relative aux mesures de prévention médicales dans les mines de [Localité 11], a par ailleurs introduit la notion de pneumoconiose autre que la silicose et a préconisé des mesures de prévention telles que des mesures d’empoussiérage, le classement des chantiers empoussiérés, la détermination de l’aptitude des travailleurs aux différents chantiers et leur affection dans les chantiers empoussiérés.
La charge de la preuve de la faute inexcusable incombe à l’assuré et cela suppose aussi de prouver que l’employeur n’a pas mis en place les mesures nécessaires pour préserver sa santé.
A ce titre, le seul fait d’avoir contracté la maladie n’établit pas cette preuve, l’employeur pouvant produire tous les éléments attestant des moyens mis en œuvre.
Il est également rappelé qu’il n’appartient pas aux témoins d’indiquer qu’elles auraient été les solutions efficaces, car ils ne sont pas débiteurs de l’obligation de sécurité qui appartient en tout état de cause à l’employeur.
L’AJE conteste les témoignages produits par Monsieur [A] [G].
Monsieur [A] [G] produit à l’appui de ses prétentions les témoignages de Messieurs [R], [C], [N] et [F], mais ceux-ci sont généraux et ne permettent pas d’établir un lien avec le demandeur, et ainsi de rapporter la preuve que Monsieur [A] [G] a connu les mêmes conditions de travail.
En revanche, il est rappelé que la valeur probatoire des attestations de Messieurs [P] [O] et [Z] [M] a déjà été établie dans le paragraphe relatif à l’exposition au risque, dans la mesure où il y a lieu de considérer qu’ils étaient collègues de travail de Monsieur [A] [G].
Ces deux attestations particulières sont suffisamment circonstanciées et précises tant en ce qui concerne les conditions de travail que l’absence de mesures de protection.
Sont ainsi mises en avant l’absence d’information sur la nocivité des poussières inhalées (v. attestations de Messieurs [P] [O] et [Z] [M]), l’absence de protection contre les poussières d’amiante (v. attestation de Monsieur [P] [O]) ou le fait que les masques n’étaient pas adaptés (v. attestation de Monsieur [Z] [M] : « le masque était déjà difficile à supporter »), et l’absence de règles de sécurité en lien avec l’inhalation des poussières d’amiante (v. attestation de Monsieur [Z] [M] : « l’entretien et l’utilisation de tous ces équipements amiantés se faisait donc sans précaution, il n’y avait pas de règle de sécurité sur le risque de respirer de l’amiante, personne ne parlait d’amiante à la mine »).
L’AJE ne démontre pas que le nombre de masques était suffisant pour que ces derniers puissent être régulièrement changés, ni que les masques étaient adaptés contre l’inhalation de poussières d’amiante.
Même si l’AJE justifie que des personnels ont été formés comme auxiliaires de sécurité, précise qu’il a été décidé « dans tout le bassin d’associer le personnel et les délégués mineurs à tous les problèmes de sécurité », et fait référence à des actions d’information, il ne rapporte pas la preuve que les salariés, et notamment Monsieur [A] [G], ont été informés du risque lié à l’inhalation de poussières et fibres d’amiante, et fait état d’informations soit sur le danger des poussières de charbon, soit sans préciser s’il s’agit de mesures concernant l’amiante.
L’absence d’information et de formation sur les dangers liés aux poussières d’amiante a nécessairement empêché les salariés, dont Monsieur [A] [G], de se protéger efficacement contre l’inhalation de poussières d’amiante.
En outre, cette absence d’information et de formation démontre que l’EPIC [9] n’a pas pris les mesures de protection individuelle et collective nécessaires et de nature à prévenir le risque.
Bien que l’AJE fasse état d’un certain nombre de diligences accomplies par les [10] puis les [9] concernant la fourniture de masques, la lutte contre les poussières d’abattage et leur propagation, force est de constater, au vu des attestations produites, que les dispositifs de protection tant individuels que collectifs, pourtant nécessaires à la préservation de la santé de Monsieur [A] [G], étaient manifestement insuffisants, inefficaces et non obligatoires en ce qui concerne le port des masques.
Il convient en outre de relever que les dispositifs de surveillance médicale permettaient de s’assurer de l’absence de développement de pathologies respiratoires, mais ne permettaient, en aucun cas, de protéger en amont les salariés contre l’inhalation de poussières d’amiante.
Dans ces conditions, il y a lieu de considérer que Monsieur [A] [G] rapporte la preuve de la défaillance de l’employeur à mettre en œuvre à son égard toutes les mesures de protection collective et individuelle alors existantes.
En conséquence, il apparaît que l’employeur a eu conscience du danger auquel Monsieur [A] [G] était exposé et n’a pas pris toutes les mesures de protection nécessaires pour l’en préserver.
La faute inexcusable de l’AJE, venant aux droits de [9], anciennement [10], dans la survenance de la maladie professionnelle de Monsieur [A] [G] inscrite au tableau 30A sera reconnue.
Sur les conséquences de la faute inexcusable à l’égard de la victime
Sur la majoration de l’indemnité en capital
L’article L. 452-2 du code de la sécurité sociale, en ses alinéas 1, 2 et 6, dispose que « dans le cas mentionné à l’article précédent [faute inexcusable de l’employeur], la victime ou ses ayants droit reçoivent une majoration des indemnités qui leur sont dues en vertu du présent livre.
Lorsqu’une indemnité en capital a été attribuée à la victime, le montant de la majoration ne peut dépasser le montant de ladite indemnité.
[…]
La majoration est payée par la caisse, qui en récupère le capital représentatif auprès de l’employeur dans des conditions déterminées par décret ».
Il est acquis qu’en cas de faute inexcusable de l’employeur, la victime ou ses ayants droit ont droit à la majoration maximale de leur indemnité en capital, dans la limite des plafonds, cette majoration ne pouvant être réduite que si le salarié a lui-même commis une faute inexcusable.
Le salarié peut solliciter en outre du juge que cette majoration suive l’évolution de son taux d’incapacité.
En l’espèce, la Caisse a reconnu à Monsieur [A] [G] un taux d’incapacité permanente de 5,00 % à la date du 19 février 2019 et lui a attribué une indemnité en capital d’un montant de 1977,76 euros.
Monsieur [A] [G] sollicite la majoration maximale de cette indemnité.
La faute inexcusable de l’employeur étant reconnue et aucune faute inexcusable n’étant imputable à l’assuré, il y a lieu de majorer à son maximum cette indemnité en capital.
Dès lors, la majoration sera directement versée à Monsieur [A] [G] par la CPAM de Moselle, agissant pour le compte de la CANSSM.
Cette majoration suivra l’évolution du taux d’incapacité permanente de la victime en cas d’aggravation de son état de santé, et en cas de décès résultant des conséquences de sa maladie professionnelle liée à l’amiante, le principe de la majoration de l’indemnité en capital restera acquis pour le calcul de la rente du conjoint survivant.
Sur les préjudices personnels
Moyens des parties
A l’appui de ses demandes indemnitaires, le FONDS D’INDEMNISATION DES VICTIMES DE L’AMIANTE, subrogé dans les droits de Monsieur [A] [G], fait état des souffrances physiques de Monsieur [A] [G] du fait de son asbestose, en se référant à des pièces médicales. Il déclare que ce dernier est victime de souffrances morales résultant « du fait de la connaissance de sa contamination à l’amiante, des circonstances de son exposition, du diagnostic de sa maladie, et de la crainte permanente d’une aggravation de son état de santé », l’asbestose étant une maladie irréversible et évolutive, et un « marqueur d’une exposition massive à l’inhalation de poussières d’amiante », laissant redouter « l’apparition ultérieure d’autres maladies, encore plus péjoratives ». Il mentionne encore l’existence d’un préjudice d’agrément au regard de l’impossibilité de pratiquer des activités sportives et de loisirs.
L’AGENT JUDICIAIRE DE L’ETAT considère de son côté que le FIVA, subrogé dans les droits de Monsieur [A] [G], doit être débouté de ses demandes pour la période antérieure à la consolidation, en l’absence de période de maladie traumatique. Il soutient en outre que le FIVA n’apporte pas la preuve des souffrances physiques et morales postérieures à la consolidation, ni d’un préjudice d’agrément.
La CAISSE s’en rapporte à justice sur ce point.
Réponse de la juridiction
Il résulte de l’article L. 452-3 du code de la sécurité sociale qu'« indépendamment de la majoration de rente qu’elle reçoit en vertu de l’article précédent, la victime a le droit de demander à l’employeur devant la juridiction de sécurité sociale la réparation du préjudice causé par les souffrances physiques et morales par elle endurées, de ses préjudices esthétiques et d’agrément ainsi que celle du préjudice résultant de la perte ou de la diminution de ses possibilités de promotion professionnelle », et que « la réparation de ces préjudices est versée directement aux bénéficiaires par la caisse qui en récupère le montant auprès de l’employeur ».
Par ailleurs, en cas de faute inexcusable de l’employeur, la victime peut demander à celui-ci réparation de l’ensemble des dommages suivants non couverts par le livre IV du code de la sécurité sociale :
le déficit fonctionnel temporaire ;les dépenses liées à la réduction de l’autonomie ;le préjudice sexuel ;le préjudice esthétique temporaire ;le préjudice d’établissement ;le préjudice permanent exceptionnel.
En outre, l’indemnité en capital accordée à la victime n’a pas vocation à réparer le déficit fonctionnel permanent (v. Cass. Ass. Plén., 20 janvier 2023, n° 21-23.947 et n° 20-23.673), celui-ci devant être indemnisé de façon complémentaire en cas de faute inexcusable et selon les modalités de droit commun. Il convient ainsi de préciser que si la victime d’une faute inexcusable peut obtenir la réparation des souffrances physiques et morales endurées avant la consolidation en application de l’article L452-3 du code de la sécurité sociale, le déficit fonctionnel permanent devant être considéré comme un préjudice non couvert par le livre IV, elle peut être indemnisée de manière complémentaire à ce titre selon les modalités du droit commun et notamment dans le cadre des souffrances et des douleurs permanentes post-consolidation.
En l’espèce, Monsieur [A] [G] s’est vu attribuer un taux d’incapacité permanente de 5,00 % et une indemnité en capital. Il y a lieu d’admettre, eu égard à son mode de calcul, son montant étant déterminé par un barème forfaitaire fixé par décret en fonction du taux d’incapacité permanente, que cette indemnité ne répare pas le déficit fonctionnel permanent.
Dans ces conditions, le FIVA, subrogé dans les droits de Monsieur [A] [G], est recevable en sa demande d’indemnisation des souffrances physiques et morales subies, dans la mesure où elles auront été caractérisées.
Le préjudice d’agrément vise quant à lui à réparer exclusivement le préjudice spécifique lié à l’impossibilité pour la victime de continuer à pratiquer régulièrement une activité spécifique de sports ou de loisirs, à laquelle elle se livrait antérieurement. Il concerne donc les activités sportives, ludiques ou culturelles devenues impossibles ou limitées en raison des séquelles de l’accident ou de la maladie.
Il appartient au requérant de justifier de la pratique antérieure de ces activités.
En l’espèce, le FIVA demande au tribunal de fixer l’indemnisation des préjudices personnels subis par Monsieur [A] [G], en raison de sa maladie professionnelle (MP30A), à une somme totale de 10 700 euros, conformément à son évaluation, décomposés de la manière suivante :
9 000 euros au titre des souffrances morales ;300 euros au titre des souffrances physiques ;1 400 euros au titre du préjudice d’agrément.
L’AJE s’oppose à ces demandes. La Caisse s’en remet à l’appréciation du tribunal de céans.
Sur le préjudice physique
Monsieur [A] [G] est atteint depuis l’âge de 76 ans d’une pathologie évolutive indemnisée par un taux d’IPP de 5,00 %.
Le FIVA précise que l’asbestose fait partie des maladies évolutives et entraîne, compte tenu de la perte de capacité respiratoire, des souffrances physiques de plus en plus importantes. Il indique que Monsieur [A] [G] « souffre précisément de bronchites à répétition, de toux, d’expectorations, de dyspnée d’effort ».
Il produit l’exploration fonctionnelle respiratoires du 10 septembre 2019 et le rapport médical d’évaluation du taux d’incapacité permanente en MP du 26 mai 2020 (pièces n° 7 et 8).
Toutefois, le rapport d’évaluation conclut que Monsieur [A] [G] est un « patient peu symptomatique ayant des explorations fonctionnelles respiratoires proches de la normale mais présentant au scanner thoracique des éléments compatibles avec une asbestose pulmonaire ». Il est en outre précisé que « les micronodules diffus peuvent être dus soit à la silicose soit à l’asbestose, sans qu’il soit possible de faire la distinction entre les 2 affections ».
Dans ces conditions, le FIVA ne rapporte pas la preuve de souffrances physiques de Monsieur [A] [G] dues à son asbestose.
Ce préjudice n’étant pas caractérisé, le FIVA, subrogé dans les droits de Monsieur [A] [G], sera débouté de sa demande au titre du préjudice physique.
Sur le préjudice moral
S’agissant du préjudice moral, Monsieur [A] [G] était âgé de 76 ans lorsqu’il a appris qu’il était atteint d’asbestose.
En présence d’une pathologie évolutive nécessitant un suivi médical spécifique, le préjudice moral peut découler de ce caractère évolutif et constituer un préjudice distinct du préjudice d’incapacité fonctionnelle indemnisé par le capital ou la rente et leur majoration (voir notamment en ce sens Cass. 2ème Civ., 16 déc. 2011, n° 10-15.947).
Il est par ailleurs constant qu’une affection telle que l’asbestose ne peut que nécessiter un suivi médical de plus en plus important avec le risque d’une aggravation de l’état de santé, notamment en fonction de l’évolution de l’âge de la victime.
Il est de plus indéniable qu’une telle affection ne peut qu’être source de forte anxiété, et ce d’autant plus que Monsieur [A] [G] souffrait déjà de silicose lorsqu’il a appris qu’il était atteint d’asbestose.
Par ailleurs, ce sentiment d’anxiété issu de la conscience de se savoir atteint d’une pathologie respiratoire provoquée par l’inhalation de poussières d’amiante et de la crainte du déclenchement d’autres pathologies en lien avec l’exposition aux poussières et pouvant engager le pronostic vital, est renforcé par le nombre important d’anciens salariés des [10] et des [9], également atteints d’affections respiratoires, certains souffrant de formes graves ou étant décédés, mais aussi par le sentiment d’injustice résultant de la conscience d’avoir travaillé dans un environnement dangereux sans avoir été mis en garde et protégé efficacement.
Le FIVA fait valoir que les souffrances morales de Monsieur [A] [G] se traduisent par le maintien dans une situation d’angoisse (« il se sait atteint d’une pathologie irréversible, évolutive, et pouvant engager à terme son pronostic vital ») et par « une appréhension croissante, avant chaque examen de contrôle prévu, dans le cadre du suivi médical ». Il ajoute que Monsieur [A] [G] « connaît l’existence de nombreux autres cas de maladies professionnelles parmi ses anciens collègues de travail exposés dans les mêmes conditions que lui ».
En l’espèce, le préjudice moral de Monsieur [A] [G] est caractérisé et il sera fait droit à la demande d’indemnisation du FIVA à ce titre, à hauteur de 9 000 euros, eu égard à la nature de la pathologie et à l’âge de la victime au moment du diagnostic.
Sur le préjudice d’agrément
L’indemnisation de ce poste de préjudice suppose qu’il soit justifié de la pratique régulière par la victime, antérieurement à sa maladie professionnelle, d’une activité spécifique sportive ou de loisir qu’il lui est désormais impossible de pratiquer.
Il est rappelé que les troubles dans les conditions d’existence et la perte de qualité de vie sont indemnisés dans le cadre du déficit fonctionnel permanent par l’indemnité en capital et n’ont pas lieu d’être indemnisés sous couvert d’un préjudice d’agrément général.
En l’espèce, le FIVA, subrogé dans les droits de Monsieur [A] [G], ne verse aucune pièce au débat permettant d’établir l’existence d’une activité spécifique de sport ou de loisir que ce dernier a dû interrompre ou limiter du fait de sa maladie professionnelle. Le FIVA, subrogé dans les droits de Monsieur [A] [G], sera donc débouté de ses demandes formulées à ce titre.
Sur l’action récursoire de la Caisse
Aux termes de l’article L. 452-3-1 du code de la sécurité sociale, applicable aux actions en reconnaissance de la faute inexcusable de l’employeur introduites devant les Tribunaux des affaires de sécurité sociale à compter du 1er janvier 2013, « quelles que soient les conditions d’information de l’employeur par la caisse au cours de la procédure d’admission du caractère professionnel de l’accident ou de la maladie, la reconnaissance de la faute inexcusable de l’employeur par une décision de justice passée en force de chose jugée emporte l’obligation pour celui-ci de s’acquitter des sommes dont il est redevable à raison des articles L. 452-1 à L. 452-3 du même code ».
En vertu de ce texte, l’inopposabilité éventuelle de la décision de prise en charge est sans incidence sur la faculté pour la caisse d’exercer son action récursoire contre l’employeur.
En outre, les articles L. 452-2, alinéa 6, et D. 452-1 du code de la sécurité sociale, applicables aux décisions juridictionnelles relatives aux majorations de rentes et d’indemnités en capital rendues après le 1er avril 2013, prévoient que le capital représentatif des dépenses engagées par la Caisse au titre de la majoration est, en cas de faute inexcusable, récupéré dans les mêmes conditions et en même temps que les sommes allouées au titre de la réparation des préjudices mentionnés à l’article L. 452-3 du même code (voir supra, sur les préjudices personnels).
Dès lors, la CPAM de Moselle, agissant pour le compte de la CANSSM – Assurance Maladie des [Localité 12], est fondée à exercer son action récursoire à l’encontre de l’AJE.
Par conséquent, l’AJE, venant aux droits de l’EPIC [9], sera condamné à rembourser à la CPAM de Moselle, agissant pour le compte de la CANSSM – Assurance Maladie des [Localité 12], l’ensemble des sommes qu’elle sera tenue d’avancer sur le fondement des articles L. 452-1 à L. 452-3 du code de la sécurité sociale au titre de la maladie professionnelle du tableau 30A de Monsieur [A] [G].
Sur les demandes accessoires
Aux termes de l’article 696 du code de procédure civile, la partie perdante est condamnée aux dépens, à moins que le juge, par décision motivée, n’en mette la totalité ou une fraction à la charge d’une autre partie.
Aux termes de l’article 700 du code de procédure civile, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou qui perd son procès à payer à l’autre partie la somme qu’il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
Dans tous les cas, le juge tient compte de l’équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d’office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu’il n’y a pas lieu à ces condamnations.
En l’espèce, les circonstances de la cause justifient que l’AJE, partie succombante, soit condamné à verser à Monsieur [A] [G] une somme qu’il est équitable de fixer à 2 500 euros et au FIVA une somme de 2 000 euros – et ce au titre de l’article 700 du code de procédure civile.
L’AJE, qui succombe, sera condamné aux dépens de l’instance.
En application de l’article R. 142-10-6 du code de la sécurité sociale, le tribunal peut ordonner l’exécution par provision de toutes ses décisions.
Rien ne justifie ici d’écarter ce principe.
PAR CES MOTIFS
Le Tribunal judiciaire, Pôle social, statuant par jugement contradictoire, rendu en premier ressort et par mise à disposition au greffe,
DÉCLARE Monsieur [A] [G] recevable en ses demandes ;
DÉCLARE le FIVA, subrogé dans les droits de Monsieur [A] [G], recevable en ses demandes ;
DÉCLARE le présent jugement commun à la CPAM de Moselle, agissant pour le compte de la CANSSM – Assurance Maladie des [Localité 12] ;
DIT que la maladie professionnelle « asbestose » suivant certificat médical du 18 février 2019, déclarée par Monsieur [A] [G] au titre du tableau 30A, est due à la faute inexcusable de l’EPIC [9], aux droits desquels vient l’AJE ;
ORDONNE à la CPAM de Moselle, agissant pour le compte de la CANSSM – Assurance Maladie des [Localité 12], de majorer au montant maximum l’indemnité en capital versée, en application de l’article L. 452-2 du code de la sécurité sociale, correspondant au taux d’incapacité de 5,00 %, à effet du 19 février 2019 ;
DIT que cette majoration sera versée à Monsieur [A] [G] par la CPAM de Moselle, agissant pour le compte de la CANSSM – Assurance Maladie des [Localité 12] ;
DIT que cette majoration suivra l’évolution du taux d’incapacité permanente de Monsieur [A] [G] en cas d’aggravation de son état de santé, et qu’en cas de décès de Monsieur [A] [G] résultant des conséquences de sa maladie professionnelle, le principe de la majoration de l’indemnité en capital restera acquis pour le calcul de la rente du conjoint survivant ;
FIXE l’indemnisation des préjudices personnels subis par Monsieur [A] [G] au titre de cette maladie professionnelle à 9 000 euros au titre des souffrances morales ;
DIT que la CPAM de Moselle, agissant pour le compte de la CANSSM – Assurance Maladie des [Localité 12], devra verser cette somme de 9 000 euros (neuf mille euros) au FIVA, subrogé dans les droits de Monsieur [A] [G], avec intérêt à taux légal à compter du prononcé de la présente décision ;
DÉBOUTE le FIVA, subrogé dans les droits de Monsieur [A] [G], de ses demandes formulées au titre du préjudice physique et du préjudice d’agrément de Monsieur [A] [G] ;
CONDAMNE l’AJE, venant aux droits des [9], anciennement [10], à rembourser à la CPAM de Moselle, agissant pour le compte de la CANSSM – Assurance Maladie des [Localité 12], l’ensemble des sommes en principal et intérêts, que l’organisme social sera tenu de payer sur le fondement des articles L. 452-1 à L. 452-3 du code de la sécurité sociale ;
DIT que l’ensemble des sommes allouées porteront intérêts au taux légal à compter du prononcé du présent jugement conformément à l’article 1231-7 du code civil ;
CONDAMNE l’AJE, venant aux droits de l’EPIC [9], à payer à Monsieur [A] [G] la somme de 2 500 euros sur le fondement de l’article 700 du code de procédure civile ;
CONDAMNE l’AJE, venant aux droits de [9], à verser au FIVA la somme de 2 000 euros sur le fondement de l’article 700 du code de procédure civile ;
CONDAMNE l’AJE, venant aux droits de l’EPIC [9], aux entiers frais et dépens ;
DÉBOUTE les parties de leurs demandes, fins, et conclusions, plus amples ou contraires ;
ORDONNE l’exécution provisoire de la présente décision.
Ainsi jugé les jour, mois et an susdits et Nous avons signé avec la Greffière, après lecture faite.
LA GREFFIÈRE LA PRÉSIDENTE
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Textes cités dans la décision
- Décret n°54-1277 du 24 décembre 1954
- Loi n° 55-366 du 3 avril 1955
- Décret n°51-508 du 4 mai 1951
- Décret n°98-588 du 9 juillet 1998
- Décret n°2012-985 du 23 août 2012
- Code de procédure civile
- Code civil
- Code de la sécurité sociale.
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