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Sur la décision
| Référence : | TJ Tours, jcp consommation, 23 mai 2025, n° 24/02573 |
|---|---|
| Numéro(s) : | 24/02573 |
| Importance : | Inédit |
| Dispositif : | Déboute le ou les demandeurs de l'ensemble de leurs demandes |
| Date de dernière mise à jour : | 25 septembre 2025 |
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Sur les parties
| Avocat(s) : | |
|---|---|
| Cabinet(s) : | |
| Parties : |
Texte intégral
MINUTE N° :
JUGEMENT
DU 23 Mai 2025
N° RC 24/02573
DÉCISION
RENDUE PAR DEFAUT
DERNIER RESSORT
SA BPCE FINANCEMENT,
ET :
[V] [J]
Débats à l’audience du 07 Février 2025
Le
— copie certifiée conforme+dossier de plaidoirie
à Me BRAULT JAMIN
— copie certifiée conforme
à Mme [J]
— copie certifiée conforme au dossier
TRIBUNAL JUDICIAIRE
DE [Localité 7]
TENUE le 23 Mai 2025
Au siège du Tribunal, [Adresse 2] à TOURS,
COMPOSITION DU TRIBUNAL LORS DES DÉBATS ET DU DÉLIBÉRÉ :
PRÉSIDENT : M. DJAMAA, Juge des contentieux de la protection du Tribunal judiciaire de TOURS,
GREFFIER : L. PENNEL,
DÉBATS :
A l’audience publique du 07 Février 2025
DÉCISION :
Prononcée publiquement le 23 Mai 2025 par mise à la disposition des parties au Greffe de ce Tribunal, initialement fixée le 25 Avril 2025 et prorogée, les parties en ayant été préalablement avisées dans les conditions prévues au deuxième alinéa de l’article 450 du Code de Procédure Civile.
ENTRE :
SA BPCE FINANCEMENT, immatriculée au RCS de [Localité 6] sous le n° 439 869 587,
dont le siège social est sis [Adresse 4]
représentée par Maître Vincent BRAULT- JAMIN de la SELARL 2BMP, avocat au barreau de TOURS,
D’une Part ;
ET :
Madame [V] [J], née le [Date naissance 1] 1990 à [Localité 5],
demeurant [Adresse 3]
non comparante, non représentée,
D’autre Part ;
RAPPEL DES FAITS
Selon offre de crédit du 09 novembre 2021, n°07CPIZITT032020, la société BPCE FINANCEMENT a consenti à Madame [V] [J] un crédit renouvelable d’une durée initiale d’un an, d’un montant maximum de 2 500,00 euros, au TAEG variable selon l’utilisation du crédit.
Se prévalant d’une situation d’impayés, la société BPCE FINANCEMENT, après délivrance d’une mise en demeure à Madame [V] [J] par courrier recommandé avec accusé de réception du 7 janvier 2023, s’est prévalue de la déchéance du terme.
C’est dans ce contexte que, par acte de commissaire de justice en date du 15 mai 2024, remis à l’étude, la société BPCE FINANCEMENT a fait assigner Madame [V] [J] devant le juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire de TOURS, aux fins de voir, sous le bénéfice de l’exécution provisoire :
— Prononcer en tant que besoin la déchéance du terme du contrat de prêt ;
— Condamner Madame [V] [J] à payer à la société BPCE FINANCEMENT la somme de 3 105,80 euros avec intérêts au taux conventionnel de 20,82% à compter du 26 janvier 2023 ;
— À titre subsidiaire, ordonner à Madame [V] [J] la restitution du capital à la société BPCE FINANCEMENT ;
En tout état de cause,
— Condamner Madame [V] [J] à payer à la société BPCE FINANCEMENT la somme de 1 000,00 euros sur le fondement de l’article 700 du code de procédure civile ;
— Condamner Madame [V] [J] aux entiers dépens ;
L’affaire a été appelée à l’audience du 7 février 2025.
À cette audience, la juridiction a relevé d’office, en vertu de l’article R.632-1 du code de la consommation, les moyens d’office suivants concernant le crédit personnel :
— l’irrecevabilité de la demande en paiement de la société BPCE FINANCEMENT pour cause d’éventuelle acquisition de la forclusion (article R. 312-35 du code de la consommation) ;
— la nullité du contrat de crédit pour cause d’éventuel déblocage anticipé des fonds (article L. 312-24 du code de la consommation) ;
— la déchéance du droit aux intérêts du prêteur (articles L. 341-1 à L. 341-3 du code de la consommation) pour cause d’éventuels manquements à son obligation précontractuelle d’évaluation de la solvabilité de l’emprunteur (articles L. 312-16 et L. 312-17 du code de la consommation), de défaut de production de la fiche d’information précontractuelle de renseignement européenne normalisée (article L. 312-12 du code de la consommation), d’absence de formulaire de rétractation joint à l’offre de crédit (article L. 312-21 du code de la consommation) ;
— la fiabilité de la signature effectuée par voie électronique (article 1367 du code civil).
La société BPCE FINANCEMENT, représentée par son conseil, a maintenu ses demandes et déposé ses pièces.
Madame [V] [J], bien que régulièrement citée par procès-verbal de remise à l’étude, n’a pas comparu et ne s’est pas fait représenter.
L’affaire a été mise en délibéré au 25 avril 2025, prorogé au 23 mai 2025.
MOTIFS DE LA DECISION
Selon l’article 472 du code de procédure civile, lorsque le défendeur ne comparaît pas, il est néanmoins statué sur le fond. Le juge ne fait droit à la demande que s’il l’estime régulière, recevable et bien fondée.
Il résulte de l’article 473 du code de procédure civile que lorsque le défendeur ne comparaît pas, le jugement est rendu par défaut si la décision est en dernier ressort et si la citation n’a pas été délivrée à personne. Le jugement est réputé contradictoire lorsque la décision est susceptible d’appel ou lorsque la citation a été délivrée à la personne du défendeur.
Par conséquent, le présent jugement est rendu par défaut et en dernier ressort.
Le présent litige est relatif à un crédit soumis aux dispositions de la loi n° 2010-737 du 1er juillet 2010 de sorte qu’il sera fait application des articles du code de la consommation dans leur numérotation et rédaction en vigueur après le 1er mai 2011.
I. Sur la recevabilité de la demande
Aux termes des dispositions de l’article R.312-35 du code de la consommation, les actions en paiement engagées à la suite de la défaillance de l’emprunteur doivent être formées dans les deux ans de l’événement qui leur a donné naissance, à peine de forclusion. Cet événement est caractérisé par :
— le non-paiement des sommes dues à la suite de la résiliation du contrat ou de son terme ;
— ou le premier incident de paiement non régularisé ;
— ou le dépassement non régularisé du montant total du crédit consenti dans le cadre d’un contrat de crédit renouvelable ;
— ou le dépassement, au sens du 13° de l’article L. 311-1, non régularisé à l’issue du délai prévu à l’article L. 312-93.
En l’espèce, il ressort des éléments du débat que le premier incident de paiement non régularisé est intervenu le 15 juin 2022, de sorte que la demande introduite le 15 mai 2024, soit dans les deux ans suivant cette date, est recevable.
II. Sur la fiabilité de la signature électronique
Selon les dispositions de l’article 1101 du code civil, le contrat est un accord de volontés entre deux ou plusieurs personnes destiné à créer, modifier, transmettre ou éteindre des obligations.
L’article 1367 du même code dispose que la signature nécessaire à la perfection d’un acte juridique identifie son auteur. Elle manifeste son consentement aux obligations qui découlent de cet acte. Quand elle est apposée par un officier public, elle confère l’authenticité à l’acte.
Lorsqu’elle est électronique, elle consiste en l’usage d’un procédé fiable d’identification garantissant son lien avec l’acte auquel elle s’attache. La fiabilité de ce procédé est présumée, jusqu’à preuve contraire, lorsque la signature électronique est créée, l’identité du signataire assurée et l’intégrité de l’acte garantie, dans des conditions fixées par décret en Conseil d’État.
Le décret n°2017-1416 du 28 septembre 2017 prévoit, en son article 1, que la fiabilité d’un procédé de signature électronique est présumée, jusqu’à preuve contraire, lorsque ce procédé met en œuvre une signature électronique qualifiée.
Au sens du second alinéa de cet article, est une signature électronique « qualifiée », une signature électronique avancée, conforme à l’article 26 du règlement (UE) n°910/2014 du 23 juillet 2014 sur l’identification électronique et les services de confiance pour les transactions électroniques au sein du marché intérieur et créée à l’aide d’un dispositif de création de signature électronique qualifié conforme aux dispositions de l’article 29 dudit règlement, qui repose sur un certificat qualifié de signature électronique répondant aux exigences de l’article 28 de ce règlement.
Ainsi, selon l’article 26 dudit règlement, pour être qualifiée de signature électronique avancée, la signature doit être liée au signataire de manière univoque, permettre de l’identifier, avoir été créée à l’aide de données de création de signature électronique que le signataire peut, avec un niveau de confiance élevé, utiliser sous son contrôle exclusif et être liée aux données associées à cette signature de telle sorte que toute modification ultérieure des données soit détectable.
L’article 29 du même règlement exige, quant à lui, que les dispositifs de création de signature électronique qualifiés respectent les exigences fixées à l’annexe II à savoir :
— que la confidentialité des données de création de signature soit suffisamment assurée,
— que les données ne peuvent être établies qu’une seule fois,
— l’assurance suffisante que les données ne peuvent pas être trouvées par déduction,
— et que la signature soit protégée de manière fiable contre toute falsification ou toute utilisation par d’autres.
— la génération et la gestion des données de création de signature électronique peut être confié seulement à un prestataire de services de confiance qualifié.
Enfin, l’article 28 du même règlement indique que les certificats qualifiés de signature électronique doivent satisfaire aux exigences fixées à l’annexe I soit :
— une mention indiquant, au moins, sous une forme adaptée au traitement automatisé, que le certificat a été délivré comme certificat qualifié de signature électronique,
— un ensemble de données représentant sans ambiguïté le prestataire de services de confiance qualifié délivrant les certificats qualifiés au moins l’État membre dans lequel ce prestataire est établi et pour une personne morale (nom et numéro d’immatriculation tels qu’ils figurent dans les registres officiels) et pour une personne physique (le nom de la personne),
— au moins le nom du signataire ou un pseudonyme clairement indiqué,
— les données de validation de la signature électronique qui correspondent aux données de création de la signature électronique,
— des précisions sur le début et la fin de la période de validité du certificat,
— le code d’identité du certificat, qui est doit être unique pour le prestataire de services de confiance qualifié,
— la signature électronique avancée ou le cachet électronique avancé du prestataire de services de confiance qualifié délivrant le certificat,
— l’endroit où peut être obtenu gratuitement le certificat sur lequel reposent la signature électronique avancée ou le cachet électronique avancé du prestataire,
— l’emplacement des services qui peuvent être utilisés pour connaître le statut de validité du certificat qualifié,
— et lorsque les données de création de la signature électronique associées aux données de validation de la signature électronique se trouvent dans un dispositif de création de signature électronique qualifié, une mention l’indiquant, au moins sous une forme adaptée au traitement automatisé.
En l’espèce, pour justifier de la régularité de la signature électronique du contrat, la société BPCE FINANCEMENT produit quatre captures d’écran de boites de dialogue relatives à une signature électronique.
Il convient de relever que ce document ne constitue pas un certificat de signature qualifiée au sens de l’article 28 du règlement précité et de la jurisprudence en vigueur. Dès lors, la présomption prévue à l’article 1367 du code civil ne peut s’appliquer.
La présence parmi les pièces produites de la carte d’identité de Madame [V] [J] montre que son identité a bien été vérifiée. Toutefois, les captures d’écran produites ne permettent pas de savoir quel procédé technique a été utilisé pour recueillir la signature électronique, ni de s’assurer de la fiabilité de ce procédé. Ces documents ne sauraient donc être considérés comme des fichiers de preuve, si bien que la banque ne démontre pas avoir recouru à un procédé d’authentification de signature présentant des garantie de sécurité suffisantes. En outre, si les documents mentionnent bien la date de signature, ils ne peuvent être rattachés formellement au contrat de crédit par aucun élément, notamment car le numéro de celui-ci n’est pas reproduit.
Par conséquent, il y a lieu de considérer que la société BPCE FINANCEMENT n’apporte pas la preuve effective de la signature de l’offre de prêt litigieuse par Madame [V] [J], et dès lors du consentement exprimé par celle-ci. Elle sera donc déboutée de sa demande en paiement.
III. Sur les demandes accessoires
La société BPCE FINANCEMENT succombant à l’instance, il y a lieu de la condamner aux entiers dépens.
La société BPCE FINANCEMENT, partie perdante, sera déboutée de sa demande formulée en application de l’article 700 du code de procédure civile.
Il convient de rappeler que l’exécution provisoire est de droit.
PAR CES MOTIFS
La juge des contentieux de la protection, statuant publiquement, par mise à disposition au greffe, par jugement rendu par défaut et en dernier ressort,
DÉCLARE la société BPCE FINANCEMENT recevable en son action ;
REJETTE la demande en paiement de la société BPCE FINANCEMENT au titre du crédit renouvelable du 09 novembre 2021 n°07CPIZITT032020 ;
CONDAMNE la société BPCE FINANCEMENT aux entiers dépens ;
DÉBOUTE la société BPCE FINANCEMENT de sa demande formulée au titre de l’article 700 du code de procédure civile ;
REJETTE toute autre demande des parties ;
RAPPELLE que l’exécution provisoire est de droit.
Ainsi jugé et prononcé par mise à disposition du jugement au greffe du tribunal judiciaire, le 23 mai 2025, les parties en ayant été préalablement avisées dans les conditions prévues au deuxième alinéa de l’article 450 du code de procédure civile, la minute étant signée par M. DJAMAA, juge des contentieux de la protection, et par L. PENNEL, greffière.
La greffière La juge des contentieux de la protection
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Textes cités dans la décision
- eIDAS - Règlement (UE) 910/2014 du 23 juillet 2014 sur l’identification électronique et les services de confiance pour les transactions électroniques au sein du marché intérieur
- LOI n° 2010-737 du 1er juillet 2010
- Décret n°2017-1416 du 28 septembre 2017
- Code de la consommation
- Code de procédure civile
- Code civil
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