Confirmation 1 mars 2022
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Sur la décision
| Référence : | CA Paris, pôle 5 - ch. 8, 1er mars 2022, n° 21/17849 |
|---|---|
| Juridiction : | Cour d'appel de Paris |
| Numéro(s) : | 21/17849 |
| Décision précédente : | Cour d'appel de Paris, 27 septembre 2021, N° 21/06017 |
| Dispositif : | Confirme la décision déférée dans toutes ses dispositions, à l'égard de toutes les parties au recours |
Sur les parties
| Président : | Anne-Sophie TEXIER, président |
|---|---|
| Avocat(s) : | |
| Cabinet(s) : | |
| Parties : | S.A. FINANCIERE DES VOILES, S.N.C. BAIE ORIENTALE DE CONSTRUCTION c/ S.C.P. BTSG², S.A.S. MARPROM HOLDING |
Texte intégral
Copies exécutoires RÉPUBLIQUE FRANÇAISE
délivrées aux parties le : AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS
COUR D’APPEL DE PARIS
Pôle 5 – Chambre 8
ARRÊT DU 1er MARS 2022
(n° / 2022 , 7 pages)
Numéro d’inscription au répertoire général : N° RG 21/17849 – N° Portalis 35L7-V-B7F-CEPAW
Décision déférée à la Cour : Ordonnance du 27 Septembre 2021 – Cour d’Appel de PARIS – RG n° 21/06017
PARTIES DEMANDERESSES:
S.A. FINANCIÈRE DES VOILES, prise en la personne de ses représentants légaux domiciliés en cette qualité audit siège,
Immatriculée au registre du commerce et des sociétés de PARIS sous le numéro 379 043 797,
Ayant son siège social […]
[…]
S.N.C. BAIE ORIENTALE DE CONSTRUCTION, prise en la personne de ses représentants légaux domiciliés en cette qualité audit siège,
Immatriculée au registre du commerc et des sociétés de PARIS sous le numéro 422 730 424,
Ayant son siège social […]
[…]
R e p r é s e n t é e s p a r M e M a t t h i e u B O C C O N G I B O D d e l a S E L A R L L E X A V O U E PARIS-VERSAILLES, avocat au barreau de PARIS, toque : C2477,
Assistées de Me Marion LAMBERT-BARRET de la SELARL ALDEBARAN, avocate au barreau de PARIS, toque : Z11,
PARTIES DÉFENDERESSES:
Monsieur A X
Né le […] à […]
[…]
[…]
S.A.S. MARPROM HOLDING, prise en la personne de ses représentants légaux domiciliés en cette qualité audit siège,
Immatriculée au registre du commerce et des sociétés de PARIS sous le numéro 534 800 248,
Ayant son siège social 83 rue Michel-Ange
[…]
Représentés par Me Charles-Hubert OLIVIER de la SCP LAGOURGUE & OLIVIER, avocat au barreau de PARIS, toque : L0029,
Assistés de Me Laure PACLOT, avocat au barreau de PARIS, toque : D1112,
S.C.P. BTSG², prise en la personne de Maître Stéphane Gorrias, en qualité de liquidateur judiciaire de la société MARPROM HOLDING,
Immatriculée au registre du commerce et des sociétés de NANTERRE sous le numéro 434 122 511,
Ayant son siège social […]
[…]
Représentée par Me Luca DE MARIA de la SELARL SELARL PELLERIN – DE MARIA – GUERRE, avocat au barreau de PARIS, toque : L0018,
Assistée de Me Arthur DETHOMAS du PARTNERSHIPS HOGAN LOVELLS (PARIS) LLP, avocat au barreau de PARIS, toque : J033, substitué par Me François PÉRÈS, avocat au barreau de PARIS, toque : J033,
Monsieur C Z
Né le […] à Alger
[…]
[…]
BELGIQUE
Non constitué
Maître E F G, en qualité de syndic de la SA MARPROM,
[…],
MARRAKECH
MAROC
Non constitué
COMPOSITION DE LA COUR :
L’affaire a été débattue le 11 Janvier 2022, en audience publique, devant la Cour, composée en double-rapporteur de :
Madame H-I J, conseillère faisant fonction de Présidente,
Madame Florence DUBOIS-STEVANT, conseillère
Ces magistrats ont rendu compte des plaidoiries dans le délibéré de la cour composée de :
Madame H-I J, conseillère
Madame Florence DUBOIS-STEVANT, conseillère
Madame Isabelle ROHART, conseillère,
Qui en ont délibéré.
Un rapport a été présenté à l’audience par Madame H-I J dans le respect des conditions prévues à l’article 804 du code de procédure civile.
Greffier, lors des débats : Madame K L
ARRÊT :
- contradictoire
- par mise à disposition de l’arrêt au greffe de la Cour, les parties en ayant été préalablement avisées dans les conditions prévues au deuxième alinéa de l’article 450 du code de procédure civile.
- signé par H-I J, conseillère faisant fonction de Présidente, et par K L, greffière, présente lors de la mise à disposition.
*
* *
FAITS ET PROCÉDURE:
La SAS Marprom Holding, dirigée par M. X et dont les actionnaires sont la société Financière des Voiles (44 %), la société GPDB (51 %) et M. Y (5 %), détient 99 999 actions sur les 100 000 composant le capital de la société de droit marocain Marprom SA.
Le 4 février 2014, le tribunal de commerce de Marrakech a ouvert une procédure de redressement judiciaire à l’égard de la société Marprom SA et nommé Maître E F G en qualité de syndic. La société Marprom Holding a déclaré au passif une créance en compte courant d’actionnaire de 35 900 722,54 euros. La société Financière des Voiles a présenté une proposition de plan de redressement par voie de continuation subordonnée à la détention, directe ou indirecte, de la totalité des actions de la société Marprom SA, à acquérir par elle à l’amiable ou par la voie d’une cession forcée.
Le 18 septembre 2020, le tribunal de commerce de Paris a ouvert une liquidation judiciaire à l’égard de la société Marprom Holding, la SCP BTSG2 étant désignée liquidateur.
Le 20 janvier 2021, la société Cap Caraïbes Resort a cédé la créance de 30 467 263 euros qu’elle détenait sur la société Marprom Holding à la SNC Baie Orientale de Construction, filiale de la société Financière des Voiles.
La SCP BTSG2, ès qualités, a entrepris de céder les actifs de la société Marprom Holding, constitués des actions Marprom SA et de la créance en compte courant détenue sur cette dernière.
Deux offres ont été présentées, par la SNC Baie Orientale de Construction et M. Z, pour des prix de, respectivement, 301 000 et 200 000 euros.
Accueillant la requête présentée par la SCP BTSG2, ès qualités, le juge-commissaire, par ordonnance du 8 mars 2021, a rejeté les deux offres présentées, dit qu’il appartiendra au liquidateur de présenter une nouvelle requête tenant compte de la décision et ordonné la notification de l’ordonnance à la diligence du greffier par lettre recommandée avec accusé de réception à M. X, la SNC Baie Orientale de Construction, M. Z et Me E F G, ès qualités.
Cette ordonnance a été frappée de recours par la SNC Baie Orientale de Construction (RG 21/05216).
Le 12 mars 2021, M. Z a présenté une nouvelle offre.
Sur requête du liquidateur et par ordonnance du 25 mars 2021, le juge-commissaire a :
- autorisé la cession des actifs dépendant de la liquidation de la société Marprom Holding à M. Z ou à toute personne morale qui se substituerait à lui et dont il contrôlerait le capital pour un prix de 300 000 euros dont 150 000 euros pour les actions Marprom SA et 150 000 euros au titre de la créance en compte courant de 35 millions, garanti par un virement de 300 000 euros effectué sur le compte de liquidation,
- dit qu’il devra être procédé à la rédaction des actes de cession dont les frais seront à la charge exclusive du cessionnaire,
- dit qu’il appartiendra au cessionnaire de faire son affaire personnelle de l’accomplissement des formalités requises pour rendre le transfert de propriété pleinement opposable à l’ordre juridique marocain, notamment au regard du registre marocain des sociétés et celui des mouvements de titres,
- ordonné la notification de la décision à M. X, dirigeant de Marprom Holding, M. Z, la SNC Baie Orientale de Construction et Me E F G, ès qualités.
La société Baie Orientale de Construction et la société Financière des Voiles ont formé un recours contre l’ordonnance du 25 mars 2021 respectivement les 29 mars et 1er avril 2021. Les deux instances ont été jointes le 30 avril 2021 pour être poursuivies sous le numéro RG 21/06017 et les parties ont été avisées, le 4 mai 2021, que l’affaire était orientée en circuit court.
La demande d’arrêt de l’exécution provisoire a été rejetée par ordonnance du délégataire du premier président de la cour d’appel du 1er juillet 2021.
Par ordonnance du 27 septembre 2021, le président de la chambre, accueillant l’incident soulevé par la SCP BTSG2, ès qualités, a déclaré irrecevables les appels des sociétés Baie Orientale de Construction et Financière des Voiles formés contre l’ordonnance du juge-commissaire du 25 mars 2021, rejeté les demandes de ces sociétés fondées sur l’article 700 du code de procédure civile, condamné les mêmes à payer une indemnité de 1 500 euros à la SCP BTSG2, ès qualités, et une indemnité de même montant à la société Marprom Holding et M. X, pris ensemble, en application de l’article 700 du code de procédure civile ainsi qu’à supporter in solidum les dépens.
Pour statuer ainsi, le président de la chambre a retenu :
- s’agissant de la société Baie Orientale de Construction, d’une part, qu’en tant que créancier chirographaire de la société Marprom Holding, elle était représentée par le liquidateur et ne justifiait ni d’un intérêt personnel distinct lui ouvrant l’appel, ni que ses droits de créancier étaient affectés par l’ordonnance dont appel et, d’autre part, que le soutien par elle apporté à l’adoption du plan de redressement de la société Marprom SA ne caractérisait pas un intérêt distinct de celui des autres créanciers de Marprom Holding et qu’en tout état de cause, l’arrêté de ce plan était incertain.
- s’agissant de la société Financière des Voiles, que ses droits d’actionnaire de Marprom Holding n’étaient pas affectés par la cession de la participation détenue par cette dernière dans Marprom SA et qu’elle ne justifiait pas que l’offre présentée par elle devant la juridiction marocaine avait été retenue ou était sur le point d’aboutir.
Par requête en déféré déposée le 13 octobre 2021, les sociétés Baie Orientale de Construction et Financière des Voiles demandent à la cour d’infirmer l’ordonnance du 27 septembre 2021 et, statuant à nouveau, de déclarer leurs appels recevables, de rejeter les demandes de M. X et des sociétés Marprom Holding et BTSG² et de condamner ces derniers in solidum à verser à chacune d’elles la somme de 10 000 euros en application de l’article 700 du code de procédure civile ainsi qu’aux dépens.
Suivant conclusions déposées au greffe et notifiées par voie électronique le 21 décembre 2021, la SCP BTSG2, en qualité de liquidateur de la société Marprom Holding, demande à la cour de confirmer l’ordonnance du 27 septembre 2021 et de condamner les sociétés Baie Orientale de Construction et Financière des Voiles à lui payer, chacune, la somme de 10 000 euros en application de l’article 700 du code de procédure civile ainsi que, in solidum, aux dépens.
Par conclusions déposées au greffe et notifiées par voie électronique le 5 janvier 2022, la société Marprom Holding et M. X demandent à la cour de confirmer l’ordonnance du 27 septembre 2021, de rejeter les demandes des sociétés Baie Orientale de Construction et Financière des Voiles et de condamner ces dernières à leur payer, à chacun, la somme de 5 000 euros en application de l’article 700 du code de procédure civile ainsi qu’aux dépens.
M. Z et Maître E F G, ès qualités, n’ont pas constitué avocat.
SUR CE,
Il résulte des articles R. 621-21 et R. 642-37-3 du code de commerce que les recours contre les ordonnances rendues en application de l’article L. 642-19 du même code, relatif aux ventes de meubles du débiteur en liquidation judiciaire, sont formés devant la cour d’appel et ouverts aux parties ainsi qu’aux personnes dont les droits et obligations sont affectés.
- Sur la recevabilité du recours formé par la société Baie Orientale de Construction contre l’ordonnance du juge-commissaire du 25 mars 2021
Pour conclure à la recevabilité de son recours, la société Baie Orientale de Construction fait valoir, d’une part, qu’elle est la principale créancière de la société Marprom Holding, d’autre part, qu’elle est la seule créancière à « s’associer » au projet de plan de continuation de la société Marprom SA présenté par la société Financière des Voiles dont le syndic marocain a estimé qu’il était le plus convaincant et, enfin, qu’elle dispose, en tant que candidat acquéreur évincé, d’un droit propre à contester une ordonnance rendue dans des circonstances critiquables, en fraude de ses droits. Elle ajoute que le juge-commissaire, en ordonnant que sa décision lui soit notifiée, a considéré que ses droits étaient affectés.
Les défendeurs au déféré répliquent que l’ordonnance du juge-commissaire n’affecte pas les prétendus droits propres allégués par la société Baie Orientale de Construction.
En premier lieu, les intérêts de créancier chirographaire invoqués par la société Baie Orientale de Construction se confondent, quel que soit le montant de la créance détenue, avec celui, collectif, des créanciers dont le liquidateur a seul qualité pour assurer la défense en application des articles L. 622-20 et L. 641-4 du code de commerce.
La société Baie Orientale de Construction ne dispose donc, en qualité de créancier chirographaire de la société Marprom Holding, d’aucun droit propre à contester l’ordonnance du juge-commissaire ayant statué sur la cession d’actifs mobiliers de cette dernière.
En deuxième lieu, la société Baie Orientale de Construction ne produit aucune pièce établissant son implication dans le projet de plan de continuation de la société Marprom SA proposé par la société Financière des Voiles.
De surcroît, ainsi que le fait valoir le liquidateur, les droits et obligations qui, s’ils sont affectés, ouvrent à leur titulaire le recours prévu par l’article R. 642-37-3 du code de commerce sont ceux portant sur le bien objet de la cession. Or, la société Baie Orientale de Construction, fût-elle associée au projet de plan de continuation, ne justifie pas que la législation marocaine lui confère, à ce titre, un droit quelconque sur les actions de la société Marprom SA. Dès lors, la circonstance que l’ordonnance du 25 mars 2021 ait pour effet de compromettre l’aboutissement du projet de plan en cause en étant susceptible d’empêcher la réalisation de la condition relative à la détention de la totalité des actions de la société Marprom SA n’implique pas que les droits de la société Baie Orientale de Construction en soient affectés au sens des articles R. 621-21 et R. 642-37-3 du code de commerce.
Il s’ensuit que la prétendue association de la société Baie Orientale de Construction au projet de plan de continuation proposé par la société Financière des Voiles ne la rend pas recevable à exercer un recours contre l’ordonnance du 25 mars 2021.
En troisième lieu, l’auteur d’une offre d’acquisition de gré à gré de biens mobiliers d’un débiteur en liquidation judiciaire ne dispose d’aucun droit à se voir céder ceux-ci et, partant, n’a ni la qualité de partie à l’ordonnance retenant une offre concurrente, faute d’avoir une prétention à soutenir au sens des articles 4 et 31 du code de procédure civile, ni celle de tiers dont les droits ou obligations sont affectés, peu important la notification qui lui a été faite de cette ordonnance et les circonstances dans lesquelles la décision a été rendue.
Il convient donc de confirmer l’ordonnance déférée en ce qu’elle a déclaré irrecevable le recours de la société Baie Orientale de Construction.
- Sur la recevabilité du recours formé par la société Financière des Voiles contre l’ordonnance du juge-commissaire du 25 mars 2021
La société Financière des Voiles prétend que l’ordonnance du 25 mars 2021 porte atteinte, d’une part, à ses droits d’actionnaire de la société Marprom Holding, en ce que cette décision l’a dépossédée, à l’issue d’une procédure viciée, des actions qu’elle détenait indirectement dans la société Marprom SA au profit « d’un tiers allié de Gaël Paclot » qui a conduit cette dernière à la ruine et, d’autre part, à ses droits de candidat repreneur de la société Marprom SA ayant soumis une proposition de plan de continuation au tribunal de commerce de Marrakech.
Les défendeurs au déféré soutiennent que l’ordonnance du juge-commissaire n’affecte pas les prétendus droits propres allégués par la société Financière des Voiles.
La cession d’actifs de la société Marprom Holding n’affecte pas directement les droits des actionnaires de cette dernière, qui ne sont pas propriétaires de ces actifs.
Par ailleurs, ainsi qu’il a été dit lors de l’examen de la recevabilité du recours de la société Baie Orientale de Construction, il n’est pas établi que le fait d’avoir présenté une proposition de plan de continuation de la société Marprom SA confère à la Financière des Voiles un droit quelconque, de manière générale et en particulier sur les actifs de la société Marprom Holding objets de l’ordonnance du 25 mars 2021.
Il s’ensuit qu’aucune des circonstances invoquées par la société Financière des Voiles ne lui ouvre le recours prévu par l’article R. 642-37-3 du code de commerce.
Il y a donc lieu de confirmer l’ordonnance déférée en ce qu’elle a déclaré irrecevable le recours de la société Financière des Voiles.
- Sur les dépens et frais irrépétibles
Les sociétés Baie Orientale de Construction et Financière des Voiles, qui succombent, seront tenues in solidum aux dépens, en ce compris ceux relatifs au déféré, et condamnées à payer en application de l’article 700 du code de procédure civile, en sus de la somme allouée par l’ordonnance déférée, d’une part, celle de 2 000 euros à la société BTSG2, ès qualités, et, d’autre part, le même montant à la société Marprom Holding et à M. X, pris ensemble.
PAR CES MOTIFS
Confirme l’ordonnance déférée du 27 septembre 2021 en toutes ses dispositions,
Condamne la SNC Baie Orientale de Construction et la SA Financière des Voiles à payer, en application de l’article 700 du code de procédure civile, une somme de 2 000 euros à la SCP BTSG2, en qualité de liquidateur de la SAS Marprom Holding, et la même somme à la SAS Marprom Holding et M. A X, pris ensemble,
Condamne in solidum la SNC Baie Orientale de Construction et la SA Financière des Voiles aux dépens.
La greffière, La conseillère,
K L H-I J
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