Rejet 20 juin 2024
Commentaire • 0
Sur la décision
| Référence : | TA Montreuil, 10e ch., 20 juin 2024, n° 2115650 |
|---|---|
| Juridiction : | Tribunal administratif de Montreuil |
| Numéro : | 2115650 |
| Type de recours : | Plein contentieux |
| Dispositif : | Rejet |
| Date de dernière mise à jour : | 30 mai 2025 |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 16 novembre 2021, Mme C B demande au Tribunal :
1°) de prononcer la décharge, en droits, majoration et intérêts, des cotisations supplémentaires d’impôt sur le revenu auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2016, 2017 et 2018 ;
2°) de mettre à la charge de l’Etat une somme à définir au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
— la procédure suivie est irrégulière alors que la réponse de l’administration à ses observations personnelles suite à l’envoi de la proposition de rectification du 15 octobre 2019 a précédé la réponse faite à la société dont elle est associée ;
— les avances sans intérêts consenties à M. A B au cours des années 2016, 2017 et 2018 ne sauraient être regardées comme constitutives d’un acte anormal de gestion dès lors que la renommée professionnelle de celui-ci et ses conseils participent de l’activité de l’EARL « » ;
— c’est-à-tort que l’administration s’est fondée sur la circonstance que les conseils prodigués par M. A B ne seraient pas indispensables à l’EARL « » ;
— le choix de compenser le déficit d’exploitation par la plus-value à long terme constatée au titre du même exercice prévu par l’article 39 quindecies du code général des impôts peut être effectué au niveau de la déclaration de revenus de l’associé d’une société relevant de l’article 8 du code général des impôts telle que l’EARL « ».
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 mars 2022, la directrice chargée de la direction spécialisée de contrôle fiscal Nord conclut au rejet de la requête. Elle soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
— le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
— le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
— le rapport de Mme Syndique, première conseillère,
— les conclusions de M. Khiat, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. A la suite de la vérification de comptabilité dont a fait l’objet l’EARL « », Mme C B, qui en est associée à hauteur de 25 %, a été assujettie à des cotisations supplémentaires d’impôt sur le revenu dans la catégorie des bénéfices agricoles au titre des années 2016, 2017 et 2018, dont elle demande la décharge.
Sur la régularité de la procédure d’imposition :
2. Aux termes de l’article L. 57 du livre des procédures fiscales : « L’administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation. / Sur demande du contribuable reçue par l’administration avant l’expiration du délai mentionné à l’article L. 11, ce délai est prorogé de trente jours. () / Lorsque l’administration rejette les observations du contribuable sa réponse doit également être motivée ». Aux termes de l’article L. 53 du même livre : « En ce qui concerne les sociétés dont les associés sont personnellement soumis à l’impôt pour la part des bénéfices correspondant à leurs droits dans la société, la procédure de vérification des déclarations déposées par la société est suivie entre l’administration des impôts et la société elle-même. () ». Il résulte de ces dernières dispositions qu’en cas de vérification de comptabilité d’une société imposée, comme en l’espèce, selon le régime de l’article 8 du code général des impôts, la procédure de vérification de comptabilité est conduite avec la société elle-même et est opposable à ses associés. La proposition de rectification adressée à la société à l’issue de cette vérification implique directement certains effets pour l’imposition personnelle des associés, tels que l’interruption du délai de prescription à leur égard ou l’inversion de la charge de prouver le mal-fondé des redressements auxquels la société aurait acquiescé. Toutefois, l’administration ne peut légalement mettre des suppléments d’imposition à la charge personnelle des associés sans leur avoir notifié, dans les conditions prévues à l’article L. 57 du livre des procédures fiscales, les corrections apportées aux déclarations qu’ils ont eux-mêmes souscrites, en motivant cette notification au moins par une référence aux rehaussements apportés aux bénéfices sociaux et par l’indication de la quote-part de ces bénéfices à raison de laquelle les intéressés seront imposés. Elle n’est cependant pas tenue de répondre aux observations adressées à titre personnel par les associés suite à l’envoi de cette proposition.
3. Il résulte de ce qui précède que la circonstance que l’administration ait répondu aux observations présentées à titre personnel par Mme B le 12 décembre 2019 alors que sa réponse aux observations de l’EARL « » a été adressée le 18 décembre suivant est sans incidence sur la régularité de la procédure d’imposition contradictoire qui s’apprécie au niveau de la société elle-même.
Sur le bien-fondé des impositions :
4. En premier lieu, il résulte des articles 38 et 39 du code général des impôts, dont les dispositions sont applicables aux bénéfices agricoles par l’article 72 de ce code, que le bénéfice imposable est celui qui provient des opérations de toute nature faites par l’entreprise, à l’exception de celles qui, en raison de leur objet ou de leurs modalités, sont étrangères à une gestion commerciale normale. Constitue un acte anormal de gestion, l’acte par lequel une entreprise décide de s’appauvrir à des fins étrangères à son intérêt. Les avances sans intérêts accordées par une entreprise au profit d’un tiers, ne relèvent pas, en règle générale, d’une gestion commerciale normale, sauf s’il apparaît qu’en consentant de tels avantages l’entreprise a agi dans son propre intérêt. S’il appartient à l’administration d’apporter la preuve des faits sur lesquels elle se fonde pour estimer que les avantages consentis à un tiers par une entreprise constituent un acte anormal de gestion, elle est réputée apporter cette preuve dès lors que cette entreprise n’est pas en mesure de justifier qu’elle a bénéficié en retour de contreparties.
5. L’administration a constaté qu’au cours des exercices déficitaires 2016, 2017 et 2018, l’EARL « » avait consenti à M. A B, ancien associé fondateur et père des quatre associés actuels qui ont reçu donation de l’ensemble des parts de la société en 2009, des avances en compte courant sans lui réclamer d’intérêts. Elle a estimé que cet avantage ne correspondait pas à une gestion commerciale normale et a, en conséquence, reconstitué le montant des intérêts qui auraient dû être réclamés à M. A B, sur la base des positions débitrices de son compte courant, au titre de ces trois années, calculés, respectivement, au taux de 2,13 %, 1,83 % et 1,56 %, taux correspondant à la moyenne des taux effectifs moyens pratiqués pour des prêts à taux variable aux entreprises d’une durée supérieure à deux ans. L’administration a en conséquence réintégré les montants des intérêts ainsi calculés dans les résultats des années 2016 à 2018, occasionnant une réduction du déficit reportable constaté à la clôture des exercices. A ce titre, il ne résulte pas de l’instruction que l’administration aurait tenu pour acquis le fait que M. A B prodiguait des conseils à la société au seul motif que, de manière surabondante, elle a fait valoir dans sa réponse aux observations du contribuable, que deux des associés avait eux-mêmes des compétences et une forte notoriété dans le domaine hippique rendant les conseils de leur père non nécessaires.
6. En l’espèce, la requérante se borne à se prévaloir de manière générale de la renommée professionnelle de M. A B, des conseils et de l’entremise qu’il est susceptible d’apporter à l’EARL « », sans apporter de précisions sur la nature exacte des contreparties que la société tirait des avances non rémunérées consenties à celui-ci. Par suite, l’administration était fondée à considérer que ces avances sans intérêts étaient constitutives d’un acte anormal de gestion.
7. En second lieu, aux termes de l’article 8 du code général des impôts : " Sous réserve des dispositions de l’article 6, les associés des sociétés en nom collectif et les commandités des sociétés en commandite simple sont, lorsque ces sociétés n’ont pas opté pour le régime fiscal des sociétés de capitaux, personnellement soumis à l’impôt sur le revenu pour la part de bénéfices sociaux correspondant à leurs droits dans la société. () / Il en est de même, sous les mêmes conditions : () / 5° De l’associé unique ou des associés d’une exploitation agricole à responsabilité limitée ; () ".
8. Aux termes de l’article 39 quindecies du code général des impôts « I. – 1. Sous réserve des dispositions des articles 41, 151 octies et 210 A à 210 C, le montant net des plus-values à long terme fait l’objet d’une imposition séparée au taux de 12,8 %. / Il s’entend de l’excédent de ces plus-values sur les moins-values de même nature constatées au cours du même exercice. / Toutefois, ce montant net n’est pas imposable lorsqu’il est utilisé à compenser le déficit d’exploitation de l’exercice. Le déficit ainsi annulé ne peut plus être reporté sur les bénéfices des exercices ultérieurs. () ». Par ailleurs, aux termes de l’article 60 du même code : « Le bénéfice des sociétés visées à l’article 8 est déterminé, dans tous les cas, dans les conditions prévues pour les exploitants individuels. / Ces sociétés sont tenues aux obligations qui incombent normalement aux exploitants individuels ». Par les dispositions du 1 du I de l’article 39 quindecies du code général des impôts, le législateur a offert aux contribuables le choix d’éviter la taxation du montant net des plus-values à long terme en le compensant avec un déficit ordinaire constaté au titre de l’exercice concernant l’exploitation à raison de laquelle les plus-values ont été réalisées ou avec les déficits relatifs à des exercices antérieurs concernant cette exploitation et reportables sur cet exercice.
9. Alors qu’il appartient à une société relevant de l’article 8 du code général des impôts de déclarer le bénéfice imposable ou le déficit constaté au cours d’un exercice, l’option prévue par l’article 39 quindecies du code général des impôts, qui constitue une décision de gestion opposable aux associés, ne peut être exercée qu’au niveau de la société elle-même. Par suite, Mme B n’est pas fondée à soutenir que c’est à tort que l’administration a remis en cause la compensation qu’elle a opérée à titre individuel entre sa quote-part dans le déficit constaté de l’EARL « » et sa quote-part dans la plus-value à long terme constatée au titre du même exercice par la société.
10. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme B doit en tout état de cause être rejetée, y compris les conclusions présentées en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et à la directrice chargée de la direction spécialisée de contrôle fiscal Nord.
Délibéré après l’audience du 6 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Le Garzic, président,
Mme Syndique, première conseillère,
Mme Fabre, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2024.
La rapporteure,
N. Syndique
Le président,
P. Le Garzic Le greffier,
S. Werkling
La République mande et ordonne au ministre de l’économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Décisions similaires
Citées dans les mêmes commentaires • 3
- Justice administrative ·
- Île-de-france ·
- Région ·
- Injonction ·
- Urgence ·
- Hébergement ·
- Commissaire de justice ·
- Aide juridictionnelle ·
- Conclusion ·
- Famille
- Illégalité ·
- Territoire français ·
- Refus ·
- Justice administrative ·
- Titre ·
- Étudiant ·
- Pays ·
- Renouvellement ·
- Liberté fondamentale ·
- Stipulation
- Naturalisation ·
- Ajournement ·
- Insertion professionnelle ·
- Ressortissant étranger ·
- Recours hiérarchique ·
- Réintégration ·
- Annulation ·
- Commissaire de justice ·
- Nationalité ·
- Erreur
Citant les mêmes articles de loi • 3
- Justice administrative ·
- Ville ·
- Conseil municipal ·
- Commune ·
- Constat ·
- Commissaire de justice ·
- Document administratif ·
- Désistement ·
- Règlement intérieur ·
- Conseil
- Polynésie française ·
- Domaine public ·
- Voirie ·
- Contravention ·
- Amende ·
- Remise en état ·
- Procès-verbal ·
- Mer ·
- Délibération ·
- Autorisation
- Justice administrative ·
- Urgence ·
- Commission d'enquête ·
- Communauté urbaine ·
- Juge des référés ·
- Extensions ·
- Métropole ·
- Dégradations ·
- Suspension ·
- Enquete publique
De référence sur les mêmes thèmes • 3
- Justice administrative ·
- Renouvellement ·
- Juge des référés ·
- Urgence ·
- Titre ·
- Demande ·
- Commissaire de justice ·
- Décision administrative préalable ·
- Site ·
- Exécution
- Sanction disciplinaire ·
- Agent public ·
- Justice administrative ·
- Tribunal judiciaire ·
- Éducation nationale ·
- Licenciement ·
- Pénal ·
- Non titulaire ·
- L'etat ·
- Notification
- Justice administrative ·
- Urgence ·
- Décision implicite ·
- Renouvellement ·
- Juge des référés ·
- Prolongation ·
- Légalité ·
- Exécution ·
- Demande ·
- Droit d'asile
Sur les mêmes thèmes • 3
- Crédit agricole ·
- Sécurité sociale ·
- Salaire ·
- Impôt ·
- Régime agricole ·
- Rémunération ·
- Directeur général ·
- Pêche maritime ·
- Pêche ·
- Salarié
- Justice administrative ·
- Commissaire de justice ·
- Désistement ·
- Naturalisation ·
- Décision implicite ·
- Tribunaux administratifs ·
- Droit commun ·
- Pourvoir ·
- Donner acte ·
- Garde
- Recours gracieux ·
- Recours contentieux ·
- Justice administrative ·
- Délai ·
- Centre pénitentiaire ·
- Administration ·
- Commissaire de justice ·
- Service ·
- Affectation ·
- Recours administratif
Textes cités dans la décision
Aucune décision de référence ou d'espèce avec un extrait similaire.