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Sur la décision
| Référence : | TJ Castres, jcp, 16 avr. 2026, n° 25/00564 |
|---|---|
| Numéro(s) : | 25/00564 |
| Importance : | Inédit |
| Dispositif : | Expulsion "ferme" ordonnée en référé (sans suspension des effets de la clause résolutoire) |
| Date de dernière mise à jour : | 30 avril 2026 |
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Texte intégral
MINUTE N° : 26/00088
DÉCISION DU : 16 Avril 2026
DOSSIER : N° RG 25/00564 – N° Portalis DB3B-W-B7J-DE7Y
NAC : 5AA
AFFAIRE : [R] [H] [Q] veuve [U] C/ [E] [B]
TRIBUNAL JUDICIAIRE DE CASTRES
JUGE DES CONTENTIEUX DE LA PROTECTION
ORDONNANCE DE RÉFÉRÉ
COMPOSITION DU TRIBUNAL
PRESIDENT : Madame Michelle SALVAN magistrate honoraire exerçant des fonctions juridictionnelles, affectée au service du juge des contentieux de la protection
GREFFIER : Madame Catherine TORRES
PARTIES :
DEMANDERESSE
Madame [R] [H] [Q] veuve [U]
[Adresse 1]
[Adresse 2]
[Localité 1]
Représenté par M. [Z] [U] (Fils)
DEFENDEUR
Monsieur [E] [B]
[Adresse 3]
[Adresse 4]
[Localité 2]
non comparant non représenté
Débats tenus à l’audience du : 19 Mars 2026
Ordonnance prononcée par sa mise à disposition au greffe le 16 Avril 2026
Le
ccc délivrées
cccrfe délivrée à Me
EXPOSÉ DES FAITS ET DE LA PROCÉDURE
Par acte du 25 avril 2024, Madame [R] [H] [Q] veuve [U] a consenti à Monsieur [E] [B] un bail portant sur un logement à usage d’habitation situé à [Localité 3] [Adresse 5], moyennant le paiement d’un loyer mensuel de 523 euros et d’une provision pour charges de 45 euros.
Le 25 septembre 2025, un commandement visant la clause résolutoire insérée au bail a été délivré à M.[B] aux fins d’obtenir paiement de la somme de 2413,26 euros.
Cet acte a été dénoncé à la Commission de coordination des actions de prévention des expulsions locatives le 26 septembre 2025.
Par acte de commissaire de justice du 3 décembre 2025, dénoncé le 20 décembre 2025 par voie électronique au représentant de l’État dans le département, puis par voie de conclusions signifiées le 5 février 2026 Mme [Q] veuve [U] a fait assigner M.[B] à comparaître devant le juge des contentieux de la protection statuant en référé aux fins d’obtenir :
le constat de l’acquisition de la clause résolutoire et de la résiliation du bail, deux mois après signification du commandement de payer visant la clause résolutoire,
l’expulsion de la locataire et des occupants du logement au besoin avec le concours de la force publique, et d’un serrurier,
la condamnation de M.[B] au paiement par provision de la somme de 2065,92 euros, somme à parfaire, au titre des loyers indemnités et charges arriérés, arrêtés à la date du 12 novembre 2025 outre les loyers et charges à échoir jusqu’à la résiliation du bail,
la condamnation de M.[B] au paiement d’une indemnité provisionnelle mensuelle d’occupation égale au montant du loyer et des charges, depuis la résiliation du bail jusqu’au départ des lieux,
avec indexation,
la condamnation de M.[B] au paiement de la somme de 800 euros au titre de l’article 700 du code de procédure civile,
la condamnation de M.[B] aux frais et dépens de l’instance comprenant le coût du commandement et de sa dénonce à la CCAPEX, les frais de l’assignation et de sa dénonciation à la préfecture.
Le 4 février 2026 le greffe a réceptionné un rapport d’enquête sociale dont il a été donné lecture à l’audience.
Il mentionne qu’en l’absence de contact avec le locataire, malgré deux propositions de rendez-vous, le département n’est pas en mesure de transmettre au juge un diagnostic social et financier en vue de l’audience.
Le 15 janvier 2026, le greffe a accusé réception des informations apportées par le bailleur dans le cadre d’un impayé de loyer, transmises par la direction départementale de l’emploi, du travail, des solidarités et de la protection des populations. Il est mentionné que les loyers permettent à la bailleresse de compléter sa pension de veuve et que les propositions d’échéancier qui ont été émises n’ont pas été tenues par le locataire.
PRÉTENTIONS ET MOYENS DES PARTIES
A l’audience, Mme [Q] veuve [U] maintient ses demandes visées dans l’acte introductif d’instance en actualisant sa créance à la somme de 1.615,93 euros à la date du 19 mars 2026.
Cité à comparaître par acte déposé en l’étude du commissaire de justice M. [B] n’a pas comparu ni ne s’est fait représenter.
MOTIVATION
L’article 472 du code de procédure civile dispose que si le défendeur ne comparaît pas, il est néanmoins statué sur le fond, le juge ne faisant droit à la demande que dans la mesure où il l’estime régulière, recevable et bien fondée.
Sur la recevabilité de l’action:
Conformément aux dispositions de l’article 24 III de la loi n°89-462 du 6 juillet 1989, une copie de l’assignation a été portée à la connaissance du service compétent de la préfecture du TARN six semaines au moins avant la première audience.
En outre, la commission de coordination des actions de prévention des expulsions locatives (CCAPEX) a été saisie deux mois au moins avant la délivrance de l’assignation, conformément aux dispositions de l’article 24 II de la loi n°89-462 du 6 juillet 1989.
En conséquence, aucune irrecevabilité n’est encourue de ces chefs.
Sur la demande de provision au titre des loyers, charges locatives et indemnités d’occupation impayés:
Par application de l’article 835 du code de procédure civile, dans les cas où l’existence de l’obligation n’est pas sérieusement contestable, le président du tribunal judiciaire ou le juge du contentieux de la protection dans les limites de sa compétence peuvent toujours accorder une provision au créancier, ou ordonner l’exécution de l’obligation même s’il s’agit d’une obligation de faire.
Il appartient au demandeur d’établir l’existence de l’obligation qui fonde sa demande de provision tant en son principe qu’en son montant et la condamnation provisionnelle, que peut prononcer le juge des référés sans excéder ses pouvoirs, n’a d’autre limite que le montant non sérieusement contestable de la créance alléguée.
Aux termes de l’article 7 de la loi n°89-462du 6 juillet 1989, le locataire est obligé de payer les loyers et charges récupérables aux termes convenus.
En application de l’article 1353 du code civil, celui qui réclame l’exécution d’une obligation doit la prouver.
Réciproquement, celui qui se prétend libéré doit justifier le paiement ou le fait qui a produit l’extinction de son obligation
En l’espèce, l’obligation au paiement des loyers et charges incombant à M. [B] n’est pas sérieusement contestable.
Mme [Q] veuve [U] justifie sa demande en paiement par provision de l’arriéré locatif en produisant le contrat de bail signé, le commandement de payer visant la clause résolutoire et un décompte actualisé des sommes dues. Selon ce décompte la dette s’élève à la somme de 1.615,93 euros à la date du 19 mars 2026.
Ce quantum n’est nullement contesté ni contestable, en l’absence d’un quelconque justificatif de paiement complémentaire. Les paiements intervenus depuis l’assignation en ont été déduits.
L’absence de M.[B] à l’audience ne lui permet ni de préciser sa situation actuelle, ni même de s’engager à reprendre le paiement des loyers courants et à formuler une proposition de règlement de l’arriéré locatif.
Par conséquent, M.[B] doit être condamné à payer, au titre des loyers, charges et indemnités d’occupation impayées, la somme provisionnelle de 1.615,93 euros.
Sur le constat de l’acquisition de la clause résolutoire et la résiliation du bail :
Selon l’article 24 I de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989, tout contrat de bail d’habitation contient une clause prévoyant la résiliation de plein droit du contrat de location pour défaut de paiement du loyer ou des charges aux termes convenus ou pour non-versement du dépôt de garantie. Cette clause ne produit effet que six semaines après un commandement de payer demeuré infructueux.
En l’espèce, le commandement de payer délivré le 25 septembre 2025 visant la clause résolutoire étant demeuré infructueux pendant plus de deux mois, il y a lieu de constater que les conditions d’acquisition de la clause résolutoire sont réunies et le bail résilié de plein droit à la date du 26 novembre 2025.
Sur la demande d’expulsion :
A défaut de départ volontaire, l’expulsion de M. [B] et de tous occupants de son chef sera ordonnée conformément aux articles L412-1 et suivants et R411-1 et suivants du code des procédures civiles d’exécution et ce, dans les termes du dispositif de la présente décision.
Il est rappelé qu’en vertu des articles L. 153-1 et L. 153-2 du code des procédures civiles d’exécution, le commissaire de justice instrumentaire pourra recourir au concours de la force publique.
Conformément à l’article L. 433-1 du code des procédures civiles d’exécution, les meubles se trouvant sur les lieux seront remis au frais des personnes expulsées en un lieu que celles-ci désignent. À défaut, ils seront laissés sur place ou entreposés en un autre lieu approprié et décrit avec précision par le commissaire de justice chargé de l’exécution avec sommation aux personnes expulsées d’avoir à les retirer dans le délai imparti.
À défaut de quoi, conformément à l’article L. 433-2 du code des procédures civiles d’exécution, les meubles seront mis en vente aux enchères publiques après autorisation du juge de l’exécution.
Sur l’indemnité d’occupation :
Aux termes de l’article 1224 du code civil, la résolution résulte soit de l’application d’une clause résolutoire soit, en cas d’inexécution suffisamment grave, d’une notification du créancier au débiteur ou d’une décision de justice,
Aux termes de l’article 1240 du code civil, tout fait quelconque de l’homme, qui cause à autrui un dommage, oblige celui par la faute duquel il est arrivé à le réparer.
En occupant sans droit ni titre les lieux loués depuis la résiliation du bail, M. [B] cause un préjudice à Mme [Q] veuve [U] qui est réparé par sa condamnation au versement d’une indemnité provisionnelle mensuelle d’occupation égale au montant des loyers et charges qui auraient été dus en cas de non résiliation du bail, et ce jusqu’à son départ effectif.
S’agissant d’une créance à caractère indemnitaire, l’indemnité d’occupation ne donne pas lieu à indexation.
Conformément aux dispositions de l’article 1231-7 du code civil, la condamnation à une indemnité emporte intérêts au taux légal, même en l’absence de demande ou de disposition spéciale du jugement. En conséquence, les indemnités d’occupation à échoir non payées à terme seront augmentées des intérêts au taux légal dès leur date d’exigibilité.
Sur les dépens et l’article 700 du code de procédure civile :
En application de l’article 696 du code de procédure civile, M. [B] supportera les dépens qui comprendront notamment le coût du commandement de payer, de sa dénonce, les frais de l’assignation en référé et de la notification de l’assignation au représentant de l’État.
L’équité commande que soit allouée à Mme [Q] veuve [U] une somme de 250 euros en application des dispositions de l’article 700 du code de procédure civile.
Sur l’exécution provisoire :
La présente décision est exécutoire à titre provisoire, conformément à l’article 514 du code de procédure civile.
PAR CES MOTIFS
La juge des contentieux de la protection, statuant en référé et en premier ressort par ordonnance réputée contradictoire rendue par mise à disposition au greffe après débats en audience publique,
DÉCLARE Mme [R] [H] [Q] veuve [U] recevable en son action;
CONSTATE que les conditions d’acquisition de la clause résolutoire sont réunies et que le bail conclu entre d’une part, Mme [R] [H] [Q] veuve [U] et d’autre part, M.[E] [B] est résilié à effet du 26 novembre 2025;
ORDONNE l’expulsion de M.[E] [B] et de tout occupant de son chef des lieux donnés à bail sis à [Localité 4] [Adresse 5] avec, le cas échéant, le concours de la force publique, dans le respect des dispositions des articles L 412-1 et suivants et R 411-1 et suivants du code des procédures civiles d’exécution;
DIT qu’à défaut par M.[E] [B] d’avoir libéré les lieux au plus tard DEUX MOIS après la notification au préfet du commandement d’avoir à quitter les lieux, il sera procédé à son expulsion et à celle de tous occupants de son chef, avec l’assistance de la force publique, et au transport des meubles laissés dans les lieux à ses frais dans tel garde-meuble;
CONDAMNE M.[E] [B] à payer à Mme Mme [R] [H] [Q] veuve [U] la somme provisionnelle de 1.615,93 euros arrêtée à la date du 19 mars 2026., représentant l’arriéré locatif échu et impayé ;
CONDAMNE M.[E] [B] à payer à Mme Mme [R] [H] [Q] veuve [U] une indemnité provisionnelle mensuelle d’occupation égale au montant du loyer et des charges qui auraient été dus en l’absence de résiliation du bail, depuis la résiliation jusqu’à la libération effective des lieux, avec intérêts au taux légal à compter de leur date d’exigibilité pour les indemnités d’occupation à échoir;
DÉBOUTE Mme Mme [R] [H] [Q] veuve [U] de sa demande d’indexation de ladite indemnité d’occupation;
DIT que la présente décision sera notifiée par le greffe du tribunal à M. le Préfet du TARN en application de l’article R412-2 du code des procédures civiles d’exécution;
CONDAMNE M.[E] [B] aux dépens de l’instance, comprenant notamment le coût du commandement de payer, de sa dénonce à la CCAPEX, de l’assignation en référé et de la notification de l’assignation à la préfecture;
CONDAMNE M.[E] [B] à payer à Mme Mme [R] [H] [Q] veuve [U] la somme de 250 euros au titre des dispositions de l’article 700 du code de procédure civile.
RAPPELLE que la présente décision est exécutoire de droit par provision.
La Greffière La Juge
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