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Sur la décision
| Référence : | TJ Meaux, réf. jcp, 13 janv. 2026, n° 25/00718 |
|---|---|
| Numéro(s) : | 25/00718 |
| Importance : | Inédit |
| Dispositif : | Expulsion "ferme" ordonnée en référé (sans suspension des effets de la clause résolutoire) |
| Date de dernière mise à jour : | 2 février 2026 |
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Texte intégral
RÉFÉRÉ
Min N° 26/00006
N° RG 25/00718 – N° Portalis DB2Y-W-B7J-CECRD
ORDONNANCE DE RÉFÉRÉ
Le 13 Janvier 2026
Au tribunal judiciaire de Meaux, et devant Nous, Madame Jeanne DE TALHOUËT, juge placée auprès du premier président de la cour d’appel de Paris, déléguée au tribunal judiciaire de Meaux par ordonnance du 2 décembre 2025, pour exercer les fonctions de juge chargée des contentieux et de la protection, assistée de Madame Véronique SABBEN, greffière, est venue en audience publique et en référé la cause suivante le 25 Novembre 2025 et rendue en délibéré ce jour.
ENTRE :
DEMANDEURS :
Monsieur [H] [N] [T] [K]
[Adresse 1]
[Localité 3]
représenté par Maître Sandrine VERGONJEANNE, avocat au Barreau de Meaux
Madame [Z] [P] [E] épouse [K]
[Adresse 1]
[Localité 3]
représentée par Maître Sandrine VERGONJEANNE, avocat au Barreau de Meaux
D’UNE PART
ET :
DÉFENDERESSE :
Madame [R] [C]
[Adresse 2]
[Localité 4]
non comparante, ni représentée
D’AUTRE PART
Le :
— expédition revêtue de la formule exécutoire et dossier remis à :
— copie certifiée conforme remise à :
EXPOSÉ DU LITIGE
Suivant contrat signé électroniquement le 4 juillet 2024, à effet au 5 juillet 2024, M. [H] [K] et Mme [Z] [E] épouse [K] ont donné à bail à Mme [R] [C] un logement situé au [Adresse 2] à [Localité 4], moyennant le paiement d’un loyer mensuel de 735 euros et 15 euros de provision sur charges.
Par acte de commissaire de justice du 4 juin 2025, M. [H] [K] et Mme [Z] [E] épouse [K] ont fait signifier à Mme [R] [C] un commandement de payer la somme principale de 3.750 euros au titre des loyers et charges impayés, outre 74,23 euros de frais, en se prévalant de la clause résolutoire insérée au bail et des dispositions de l’article 24 de la loi n°89-462 du 6 juillet 1989.
La commission départementale de coordination des actions de prévention des expulsions locatives (CCAPEX) par voie électronique avec avis de réception du 5 juin 2025.
Par acte de commissaire de justice signifié le 29 juillet 2025, M. [H] [K] et Mme [Z] [E] épouse [K] a fait assigner Mme [R] [C] devant le Juge des contentieux de la protection du tribunal de judiciaire de Meaux statuant en référé aux fins de voir:
— constater l’acquisition de la clause résolutoire prévue au bail à la date du 16 juillet 2025,- subsidiairement, prononcer la résiliation judiciaire du bail pour défaut de paiement des loyers et charges; – dire en conséquence la locataire sans droit ni titre et ordonner son expulsion ainsi que celle de tout occupant de son chef, si besoin est avec le concours de la force publique ;- les autoriser à, en cas d’abandon du logement, effectuer l’inventaire des meubles, les faires entreposer dans tel local de leur choix et aux frais de l’expulsée ;- condamner Mme [R] [C] à leur payer, à titre provisionnel, les sommes suivantes : – une indemnité mensuelle d’occupation,
— 4.508,97 euros au titre de l’arriéré locatif et ce avec intérêts au taux légal à compter de l’assignation,
— outre sa condamnation aux dépens, 700 euros sur le fondement de l’article 700 du code de procédure civile.
— ordonner l’exécution provisoire de la présente ordonnance.En application des dispositions de l’article 24 de la loi n°89-462 du 6 juillet 1989, cette assignation a été notifiée à la préfecture de la Seine et Marne par voie électronique avec avis de réception du 30 juillet 2025.
L’affaire a été appelée et retenue à l’audience du 25 novembre 2025.
A l’audience du 25 novembre 2025, M. [H] [K] et Mme [Z] [E] épouse [K] représentés par leur conseil, ont actualisé leur demande en paiement à la somme de 7.550,17 euros, arrêtée au 17 novembre 2025, loyer du mois de novembre 2025 inclus. Ils ont maintenu l’ensemble des demandes contenues dans l’assignation.
Régulièrement assignée à l’étude du commissaire de justice, Mme [R] [C] n’a pas comparu à l’audience.
Le juge a invité les parties présentes à produire tous les éléments relatifs à l’existence d’une procédure de surendettement conformément à l’article 24 V de la loi n°89-462 du 6 juillet 1989.
Aucun diagnostic social et financier n’est parvenu au greffe avant l’audience.
L’affaire a été mise en délibéré au 13 janvier 2026.
MOTIFS DE LA DÉCISION
L’article 835 du code de procédure civile dispose que le président du tribunal judiciaire ou le juge des contentieux de la protection dans les limites de sa compétence peuvent toujours, même en présence d’une contestation sérieuse, prescrire en référé les mesures conservatoires ou de remise en état qui s’imposent, soit pour prévenir un dommage imminent, soit pour faire cesser un trouble manifestement illicite.
Dans les cas où l’existence de l’obligation n’est pas sérieusement contestable, ils peuvent accorder une provision au créancier, ou ordonner l’exécution de l’obligation même s’il s’agit d’une obligation de faire.
1/4
Sur la non-comparution du défendeur
Aux termes de l’article 472 du code de procédure civile, si le défendeur ne comparaît pas, il est néanmoins statué sur le fond. Le juge ne fait droit à la demande que dans la mesure où il l’estime régulière, recevable et bien fondée.
En l’espèce, Mme [R] [C], assignée à l’étude du commissaire de justice, n’a pas comparu et n’a pas été représentée à l’audience. Dès lors, la décision étant susceptible d’appel, il y a lieu de statuer par ordonnance réputée contradictoire en application de l’article 473 du code de procédure civile.
Sur la demande en paiement des loyers et charges
Il résulte de l’article 7 a) de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 ainsi que des termes du contrat de bail auquel la loi donne force obligatoire suivant les dispositions de l’article 1103 du code civil que le locataire est obligé de payer le loyer et les charges aux termes convenus.
Selon l’article 24 V de la loi n°89-462 du 6 juillet 1989, le juge peut d’office vérifier tout élément constitutif de la dette locative.
Aux termes de l’article 4, p, de la loi n°89-462 du 6 juillet 1989, est réputée non écrite toute clause qui fait supporter au locataire des frais de relance ou d’expédition de la quittance ainsi que les frais de procédure en plus des sommes versées au titre des dépens et de l’article 700 du code de procédure civile. Il résulte de ces dispositions que le bailleur ne peut mettre à la charge du locataire les frais relatifs au recouvrement amiable ou contentieux de sa créance au titre de l’arriéré locatif.
En application de l’article 1353 du code civil, il appartient à celui qui demande l’exécution d’une obligation d’en rapporter la preuve.
En l’espèce, M. [H] [K] et Mme [Z] [E] épouse [K] versent aux débats les pièces suivantes :
Le contrat de bail souscrit entre les parties le 4 juillet 2024 ;Le commandement de payer visant la clause résolutoire du bail, en date du 4 juin 2025 ;Le décompte de la créance arrêté au mois de novembre 2025 inclus.
Selon ce dernier décompte, Mme [R] [C] restent devoir à M. [H] [K] et Mme [Z] [E] épouse [K] la somme de 7.550,17 euros au titre des loyers et charges impayés arrêtés au 1er novembre 2025, échéance du mois de novembre 2025 incluse. Il convient toutefois de déduire de cette somme les frais de relance imputés à deux reprises à hauteur de 5,08 euros, en application des dispositions précitées.
Il convient par conséquent de condamner Mme [R] [C] à payer à M. [H] [K] et Mme [Z] [E] épouse [K], à titre provisionnel, la somme de 7.540,01 euros au titre des loyers, charges impayés et indemnités d’occupation arrêtés au 1er novembre 2025 échéance du mois de novembre 2025 incluse.
Comme demandé, Mme [R] [C] sera condamnée à payer cette somme assortie, en application des articles 1231-6 et 1231-7 du code civil, des intérêts au taux légal à compter du 29 juillet 2025, date de la demande en justice, sur la somme de 4.508,97 euros.
Sur la résiliation du bail et l’expulsion
Sur la recevabilité de l’action
Conformément aux dispositions de l’article 24, III, de la loi n°89-462 du 6 juillet 1989, une copie de l’assignation aux fins de constat de la résiliation du bail a été notifiée au représentant de l’Etat dans le département le 30 juillet 2025, soit au moins six semaines avant l’audience.
Par ailleurs, M. [H] [K] et Mme [Z] [E] épouse [K] justifient avoir saisi la commission de coordination des actions de prévention des expulsions locatives par la voie électronique le 5 juin 2025, soit deux mois au moins avant la délivrance de l’assignation du 29 juillet 2025, conformément aux dispositions de l’article 24 II de la loi n°89-462 du 06 juillet 1989.
L’action est donc recevable.
2/4
Sur la demande de constat de l’acquisition de la clause résolutoire pour défaut de paiement des loyers
En application de l’article 24 de la loi n°89-462 du 6 juillet 1989, dans sa version en vigueur à la date de la conclusion du contrat de bail litigieux, toute clause prévoyant la résiliation de plein droit du contrat de location pour défaut de paiement du loyer ou des charges aux termes convenus ou pour non versement du dépôt de garantie ne produit effet que six semaines après un commandement demeuré infructueux.
En l’espèce, le bail signé par les parties contient une clause résolutoire (article VIII) qui prévoit qu’en cas de non-paiement des loyers ou charges échus, le bail pourra être résilié de plein droit, à l’initiative du bailleur, six semaines après un commandement de payer resté infructueux.
Or, M. [H] [K] et Mme [Z] [E] épouse [K] justifient avoir régulièrement signifié le 4 juin 2025 un commandement de payer visant la clause résolutoire ainsi que les dispositions de l’article 24 de la loi n°89-462 du 6 juillet 1989, pour un montant de 3.750 euros.
Le relevé de compte indique que ce commandement est demeuré infructueux pendant plus de six semaines, aucun versement n’ayant été effectué par Mme [R] [C].
Par conséquent, il y a lieu de constater que les conditions d’acquisition de la clause résolutoire contenue dans le bail étaient réunies à la date du 17 juillet 2025 à 00h.
Mme [R] [C] est dès lors occupante sans droit ni titre depuis cette date.
En conséquence, il convient d’ordonner son expulsion ainsi que celle de tous occupants de son chef des lieux loués selon les modalités prévues au dispositif ci-après.
Sur le sort des meubles
Le sort des meubles sera régi conformément aux dispositions des articles L. 433-1, L. 433-2, R.433-1 et suivants du code des procédures civiles d’exécution.
Il résulte de ces textes que c’est la personne expulsée qui décide du lieu d’entrepôt des meubles à ses frais. Ce n’est qu’à défaut de cette indication que le commissaire de justice en charge de l’expulsion pourra entreposer les meubles laissés en un lieu approprié, à charge pour lui d’en dresser inventaire.
En l’espèce, les demandeurs ne justifient d’aucun fondement donnant compétence ou pouvoir au juge des contentieux de la protection pour les autoriser, dès ce stade, à effectuer l’inventaire du mobilier présent dans les lieux et à entreposer les meubles dans un local de leur choix aux frais de l’expulsé.
Il convient par conséquent de renvoyer le demandeur à respecter ces dispositions du code des procédures civiles d’exécution s’agissant des meubles laissés dans les lieux. Les demandes relatives aux meubles présent dans les lieux seront donc rejetées.
Sur l’indemnité d’occupation
Selon l’article 1730 du code civil, à l’expiration du bail, le locataire doit restituer les locaux avec remise des clefs.
L’article 1240 du code civil dispose que tout fait quelconque de l’homme, qui cause à autrui un dommage, oblige celui par la faute duquel il est arrivé à le réparer. En application de ce texte, en cas de maintien dans les lieux du locataire malgré la résiliation du bail, l’occupant sans droit ni titre d’un local est tenu d’une indemnité d’occupation envers le propriétaire. L’indemnité d’occupation, dont la nature est mixte, compensatoire et indemnitaire, constitue la contrepartie de l’occupation du bien après résiliation du bail et de son indisponibilité pour le bailleur.
Son montant mensuel est égal à celui du loyer et des charges qui auraient été dus en cas de poursuite du bail, et ce par référence à la valeur locative du bien.
En l’espèce, Mme [R] [C] est occupante sans droit ni titre depuis le 17 juillet 2025. Il convient donc de la condamner au paiement mensuel d’une indemnité d’occupation d’un montant égal au montant du loyer révisé augmenté des charges qui auraient été dus si le bail s’était poursuivi. Cette indemnité se substitue au loyer à compter du 17 juillet 2025 et jusqu’à la libération effective des lieux. Elle est incluse dans la condamnation principale jusqu’au terme du mois de novembre 2025 inclus.
3/4
Sur les mesures accessoires
En application de l’article 696 du code de procédure civile, Mme [R] [C], partie perdante, supportera la charge des dépens.
Mme [R] [C], qui succombe en ses prétentions, sera condamnée à payer à M. [H] [K] et Mme [Z] [E] épouse [K] une somme au titre de l’article 700 du code de procédure civile, que l’équité commande de fixer à 300 euros.
La présente décision est exécutoire à titre provisoire, conformément aux articles 514 et 514-1 du code de procédure civile.
PAR CES MOTIFS
Nous, juge des contentieux de la protection statuant en référé, par ordonnance réputée contradictoire et en premier ressort, rendue par mise à disposition au greffe, après débats en audience publique,
DECLARONS recevable la demande de M. [H] [K] et Mme [Z] [E] épouse [K] aux fins de constat de l’acquisition de la clause résolutoire ;
CONSTATONS que les conditions d’acquisition de la clause résolutoire contenue dans le bail conclu le 4 juillet 2024 entre M. [H] [K] et Mme [Z] [E] épouse [K] d’une part, et Mme [R] [C] d’autre part, concernant les locaux situés au [Adresse 2] à [Localité 4], sont réunies à la date du 17 juillet 2025 ;
CONSTATONS la résiliation du bail à compter de cette date ;
ORDONNONS, à défaut de départ volontaire des lieux, l’expulsion de Mme [R] [C] ainsi que de tout occupant de son chef, dans un délai de deux mois à compter de la signification d’un commandement d’avoir à libérer les lieux, avec l’assistance de la force publique si besoin est;
RAPPELONS que l’expulsion ne peut avoir lieu qu’en dehors de la période de la trêve hivernale;
DISONS que le sort des meubles sera régi conformément aux dispositions des articles L.433-1 et L.433-2 du code des procédures civiles d’exécution ;
DEBOUTONS Mme [Z] [E] épouse [K] et M. [H] [K] de leur demande relative au mobilier présent dans les lieux ;
CONDAMNONS Mme [R] [C] à payer à M. M. [H] [K] et Mme [Z] [E] épouse [K], à titre provisionnel, une indemnité mensuelle d’occupation égale au montant du loyer et des charges qui auraient été dus en l’absence de résiliation du bail, jusqu’à la date de la libération effective et définitive des lieux caractérisée par la remise des clés au bailleur ou un procès-verbal d’expulsion, déduction faite des paiements déjà intervenus ;
CONDAMNONS Mme [R] [C] à payer, à titre provisionnel, à M. [H] [K] et Mme [Z] [E] épouse [K] la somme de 7.540,01 euros au titre des loyers, charges et indemnités d’occupation arrêtés au 1er novembre 2025 échéance de novembre 2025 incluse, avec intérêts au taux légal à compter du 29 juillet 2025 sur la somme de 4.508,97 euros ;
CONDAMNONS Mme [R] [C] aux dépens de l’instance ;
CONDAMNONS Mme [R] [C] à payer à M. [H] [K] et Mme [Z] [E] épouse [K] la somme de 300 euros au titre de l’article 700 du code de procédure civile ;
RAPPELONS que la présente décision est assortie de l’exécution provisoire de droit.
La greffière La juge
4/4
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