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Sur la décision
| Référence : | TJ Nantes, jcpcivil, 4 juil. 2025, n° 25/01636 |
|---|---|
| Numéro(s) : | 25/01636 |
| Importance : | Inédit |
| Dispositif : | Fait droit à une partie des demandes du ou des demandeurs sans accorder de délais d'exécution au défendeur |
| Date de dernière mise à jour : | 5 novembre 2025 |
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Sur les parties
| Avocat(s) : | |
|---|---|
| Parties : |
Texte intégral
Minute n° 25/406
AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS
TRIBUNAL JUDICIAIRE DE NANTES – PALAIS DE JUSTICE
JUGE DES CONTENTIEUX DE LA PROTECTION
============
JUGEMENT du 04 Juillet 2025
__________________________________________
DEMANDEUR :
S.A. CA CONSUMER FINANCE
[Adresse 1]
[Localité 4]
Demanderesse représentée par
Me Hugo CASTRES, avocat au barreau de RENNES
D’une part,
DÉFENDEURS :
Monsieur [I] [S]
[Adresse 2]
[Localité 3]
Défendeur non comparant
Madame [X] [S]
[Adresse 2]
[Localité 3]
Défenderesse comparant en personne
D’autre part,
COMPOSITION DU TRIBUNAL :
PRÉSIDENT : Pierre DUPIRE
GREFFIER : Aurélien PARES
PROCEDURE :
date de la première évocation : 16 Mai 2025
date des débats : 16 Mai 2025
délibéré au : 04 Juillet 2025
RG N° RG 25/01636 – N° Portalis DBYS-W-B7J-NZJ2
COPIES AUX PARTIES LE :
CE+CCC Me Hugo CASTRES
CCC Monsieur [I] [S] et Madame [X] [S]
Copie dossier
EXPOSE DU LITIGE :
Suivant offre préalable acceptée le 12 mars 2019, la SA CA CONSUMER FINANCE a consenti à Monsieur [I] [S] et Madame [X] [S] un crédit renouvelable soumis aux dispositions des articles L.311-1 et suivants du code de la consommation, d’un montant maximum de 10000 euros au taux débiteur annuel fixe de 5,737 % l’an.
Suivant offre préalable acceptée le 16 juin 2020, la SA CA CONSUMER FINANCE a consenti à Monsieur [I] [S] et Madame [X] [S] une augmentation de capital à hauteur de 12700 euros au taux débiteur annuel fixe de 5,537 % l’an.
Suivant offre préalable acceptée le 3 août 2022, la SA CA CONSUMER FINANCE a consenti à Monsieur [I] [S] et Madame [X] [S] une augmentation de capital à hauteur de 19200 euros au taux débiteur annuel fixe de 4,822 % l’an.
Suivant offre préalable acceptée le 14 mars 2023, la SA CA CONSUMER FINANCE a consenti à Monsieur [I] [S] et Madame [X] [S] une augmentation de capital à hauteur de 21500 euros au taux débiteur annuel fixe de 5,642 % l’an.
Se prévalant du non-paiement des échéances convenues à compter du mois de mai 2023, la SA CA CONSUMER FINANCE a adressé à Monsieur [I] [S] et Madame [X] [S], par courriers recommandés avec accusé réception en date du 11 avril 2024, une mise en demeure de régler les échéances impayées dans un délai de 15 jours, avant déchéance du terme.
Faute de paiement, la SA CA CONSUMER FINANCE s’est prévalue de la déchéance du terme par lettres recommandées avec accusé réception en date du 11 mai 2024.
Par acte de commissaire de justice en date du 28 février 2025, la SA CA CONSUMER FINANCE a fait assigner Monsieur [I] [S] et Madame [X] [S] devant le juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire de NANTES, aux fins d’obtenir leur condamnation solidaire et in solidum, sous le bénéfice de l’exécution provisoire, au paiement des sommes suivantes :
24389,22 euros avec intérêts au taux de 7,113 % l’an à compter du 15 mai 2024,
1500 euros sur le fondement de l’article 700 du Code de Procédure Civile, outre les dépens.
Subsidiairement, à défaut de déchéance du terme ou de résolution judiciaire du contrat, elle sollicite leur condamnation solidaire au paiement de la somme de 11681,62 euros au titre des mensualités impayées, et à reprendre le remboursement du crédit par mensualités de 544,64 euros jusqu’au mois de décembre 2033 inclus.
L’affaire a été appelée et retenue à l’audience du 16 mai 2025.
A l’audience, le juge des contentieux de la protection a soulevé d’office plusieurs moyens de droit, s’agissant notamment de la déchéance du droit aux intérêts encourue par le prêteur en application des articles L.312-16, L.312-17, D.312-7 et D.312-8 du code de la consommation pour défaut de vérification de la solvabilité au moyen d’un nombre suffisant d’informations.
La SA CA CONSUMER FINANCE, représentée par son conseil, a maintenu les demandes formulées dans son assignation et n’a pas formulé d’observation sur les moyens relevés d’office.
Madame [X] [S], comparante, n’a pas contesté le montant de la dette. Elle a par ailleurs fait valoir les difficultés financières du couple, à l’origine du dépôt d’un dossier de surendettement déclaré recevable, avec des remboursements mensuels prévus à hauteur de 293,25 euros par mois, ajoutant que son conjoint a été victime d’un AVC.
Monsieur [I] [S], bien que régulièrement cité, n’a pas comparu.
A l’issue de l’audience, le juge des contentieux de la protection a avisé les parties que le prononcé du jugement aura lieu le 4 juillet 2025, par mise à disposition de la décision au greffe du Tribunal.
Dans le délai imparti, la SA CA CONSUMER FINANCE a transmis une note en délibéré dans laquelle elle sollicite à titre subsidiaire la condamnation des emprunteurs à lui verser la somme de 11608,88 euros en cas de déchéance du droit aux intérêts, en ce compris l’indemnité de résiliation et les primes d’assurance impayées.
MOTIFS DE LA DECISION :
Sur la recevabilité :
Il ressort des pièces versées au débat, en particulier de l’offre préalable et de l’historique de compte, que la présente action a été engagée avant l’expiration d’un délai de deux années à compter du premier incident de paiement non régularisé, conformément aux prescriptions de l’article R.312-35 du Code de la Consommation.
En conséquence, la SA CA CONSUMER FINANCE est recevable en ses demandes.
Sur la demande principale en paiement :
L’article L.312-39 du code de la consommation dispose que “en cas de défaillance de l’emprunteur, le prêteur pourra exiger le remboursement immédiat du capital restant dû, majoré des intérêts échus mais non payés. Jusqu’à la date du règlement effectif, les sommes restant dues produisent les intérêts de retard à un taux égal à celui du prêt. En outre, le prêteur pourra demander à l’emprunteur défaillant une indemnité qui, dépendant de la durée restant à courir du contrat et sans préjudice de l’application des articles 1152 et 1231 du Code Civil, sera fixée suivant un barème déterminé par décret”.
En l’espèce, la créance de la SA CA CONSUMER FINANCE à l’encontre de Monsieur [I] [S] et Madame [X] [S] est fondée en son principe en vertu de l’acte de crédit du 12 mars 2019 et complété par les actes du 16 juin 2020, du 3 août 2022, et du 14 mars 2023.
La déchéance du terme est acquise et la résiliation de l’offre de prêt fondée, une mise en demeure préalable à la déchéance du terme, restée sans effet, précisant le délai dont dispose le débiteur pour y faire obstacle, ayant été adressée par le prêteur le 11 avril 2024.
En application de l’article R.632-1 du code de la consommation, le juge peut relever d’office toutes les dispositions du présent code dans les litiges nés de son application.
Aux termes de l’article L.312-16 du code de la consommation, le prêteur vérifie la solvabilité de l’emprunteur, avant de conclure le contrat de crédit, à partir d’un nombre suffisant d’informations, y compris des informations fournies par ce dernier à la demande du prêteur.
Il en résulte que pour tous les crédits, quel qu’en soit le montant, le prêteur doit produire la copie des pièces justificatives qui lui ont permis de vérifier cette solvabilité. De simples déclarations non étayées faites par un consommateur ne peuvent être qualifiées de suffisantes si elles ne sont pas accompagnées de pièces justificatives (CJUE – 18 décembre 2014 – aff. C-449/13, CA Consumer finance §37).
L’article L.312-17 et les articles D.312-7 et D.312-8 du code de la consommation prévoient que pour les crédits portant sur une somme supérieure à 3000 euros, la fiche de solvabilité remplie par l’emprunteur doit être corroborée par des pièces justificatives sur l’identité, le domicile et les revenus de l’emprunteur.
L’article L.341-2 du code de la consommation prévoit que le prêteur qui n’a pas respecté les obligations fixées à l’article L.312-16 est déchu du droit aux intérêts, en totalité ou dans la proportion fixée par le juge.
En l’espèce, tant pour le contrat initial que pour les augmentations de capital, la banque produit uniquement l’avis d’imposition du couple à défaut de tout autre document de nature à actualiser leurs ressources au moment de la conclusion de ces différents contrats.
Dès lors, la banque ne démontre pas avoir vérifié la solvabilité de Monsieur [S] [I] et Madame [X] [S] avant la conclusion des contrats à partir d’un nombre suffisant d’informations.
En application de l’article L.341-2 du code de la consommation, la SA CA CONSUMER FINANCE sera en conséquence déchue du droit aux intérêts en totalité.
L’article L.341-8 du Code de la Consommation prévoit que lorsque le prêteur est déchu du droit aux intérêts dans les conditions prévues aux articles L. 341-1 à L. 341-7, l’emprunteur n’est tenu qu’au seul remboursement du capital suivant l’échéancier prévu, ainsi que, le cas échéant, au paiement des intérêts dont le prêteur n’a pas été déchu et que les sommes déjà perçues par le prêteur au titre des intérêts, qui sont productives d’intérêts au taux de l’intérêt légal à compter du jour de leur versement, sont restituées par le prêteur ou imputées sur le capital restant dû.
La déchéance du droit aux intérêts, qui interdit au prêteur d’obtenir la rémunération de son prêt exclut nécessairement l’application des dispositions conventionnelles qui prévoient une indemnité au titre de la résiliation du contrat en conséquence de la défaillance de l’emprunteur.
Par conséquent, les emprunteurs ne seront tenus qu’au remboursement du seul capital restant dû, après déduction de tous les paiements réalisés à quelque titre que ce soit.
Dès lors, la créance de la SA CA CONSUMER FINANCE s’établit de la manière suivante :
Capital emprunté : 42061,02 euros
Paiements réalisés : 33452,31 euros
Soit un total de 8608,71 euros.
Afin d’assurer l’effectivité du droit de l’Union européenne dont les dispositions nationales ne sont que la transposition, exigence réaffirmée par l’arrêt CJUE du 27/03/2014, C-565/12, il convient d’écarter toute application des articles 1231-6 du Code civil et L.313-3 du Code monétaire et financier et de dire que cette somme ne produira aucun intérêt, même au taux légal.
Il convient en conséquence de condamner solidairement Monsieur [I] [S] et Madame [X] [S] au paiement de la somme de 8608,71 euros, qui ne portera pas intérêt, fût-ce au taux légal.
Sur les demandes accessoires :
Conformément aux dispositions de l’article 696 du code de procédure civile, Monsieur [I] [S] et Madame [X] [S], qui succombent à titre principal, seront condamnés in solidum aux dépens.
Par ailleurs, l’équité commande de ne pas faire application des dispositions de l’article 700 du Code de Procédure Civile.
PAR CES MOTIFS :
Le juge des contentieux de la protection, statuant publiquement, par jugement rendu par mise à disposition au Greffe, réputé contradictoire en premier ressort,
Déclare recevable l’action en paiement de la SA CA CONSUMER FINANCE,
Prononce la déchéance du droit aux intérêts,
Condamne en conséquence solidairement Monsieur [I] [S] et Madame [X] [S] à payer à la SA CA CONSUMER FINANCE la somme de 8608,71 euros ;
Dit que cette somme ne produira pas intérêts, fût-ce au taux légal,
Condamne in solidum Monsieur [I] [S] et Madame [X] [S] aux dépens,
Déboute la SA CA CONSUMER FINANCE de sa demande au titre de l’article 700 du Code de procédure civile,
Rappelle que la présente décision est assortie de l’exécution provisoire.
Le greffier Le juge des contentieux de la protection
Aurélien PARES Pierre DUPIRE
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