Commentaire • 0
Sur la décision
| Référence : | TJ Nantes, jcpcivil, 6 févr. 2026, n° 25/02990 |
|---|---|
| Numéro(s) : | 25/02990 |
| Importance : | Inédit |
| Dispositif : | Fait droit à une partie des demandes du ou des demandeurs sans accorder de délais d'exécution au défendeur |
| Date de dernière mise à jour : | 13 mars 2026 |
| Lire la décision sur le site de la juridiction |
Texte intégral
Minute n° 26/92
AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS
TRIBUNAL JUDICIAIRE DE NANTES – PALAIS DE JUSTICE
JUGE DES CONTENTIEUX DE LA PROTECTION
============
JUGEMENT du 06 Février 2026
__________________________________________
DEMANDEUR :
S.A. CAISSE D’EPARGNE ET DE PREVOYANCE BRETAGNE – PAYS DE [Localité 1]
[Adresse 1]
[Localité 2]
Demanderesse représentée par
Me Johanne RIALLOT-LENGLART, avocat au barreau de NANTES – 110
D’une part,
DÉFENDEUR :
Madame [B] [G]
[Adresse 2]
[Localité 2]
Défenderesse non comparante
D’autre part,
COMPOSITION DU TRIBUNAL :
PRÉSIDENT : Gaëlle DEJOIE
GREFFIER : Aurélien PARES
PROCEDURE :
date de la première évocation : 05 Décembre 2025
date des débats : 05 Décembre 2025
délibéré au : 06 Février 2026
RG N° RG 25/02990 – N° Portalis DBYS-W-B7J-OASD
COPIES AUX PARTIES LE :
CE+CCC Me Johanne RIALLOT-LENGLART
CCC Madame [B] [G]
Copie dossier
EXPOSE DU LITIGE
Suivant offre préalable acceptée le 29 mars 2024, la SA CAISSE D’ÉPARGNE ET DE PREVOYANCE BRETAGNE PAYS DE [Localité 1] a consenti à madame [B] [G] un prêt personnel soumis aux dispositions des articles L.311-1 et suivants du Code de la Consommation, d’un montant de 20.000 euros remboursable en 90 mensualités dont la première de 86,30 euros et les suivantes de 279,41 euros, hors assurance facultative, au taux débiteur annuel fixe de 6,30%.
Se prévalant du non-paiement des échéances convenues à compter de la première échéance, la SA CAISSE D’EPARGNE ET DE PREVOYANCE BRETAGNE PAYS DE [Localité 1] a adressé à madame [B] [G], par courrier recommandé avec demande d’avis de réception du 1er juillet 2024, une mise en demeure de régler les échéances impayées dans un délai de 15 jours, avant déchéance du terme.
A défaut de paiement, la SA CAISSE D’EPARGNE ET DE PREVOYANCE BRETAGNE PAYS DE [Localité 1] s’est prévalue de la déchéance du terme par lettre recommandée avec avis de réception du 12 août 2024.
Par acte de commissaire de justice du 4 août 2025, la SA CAISSE D’ÉPARGNE ET DE PREVOYANCE BRETAGNE PAYS DE [Localité 1] a fait assigner madame [B] [G] devant le juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire de Nantes, aux fins d’obtenir sa condamnation, sous le bénéfice de l’exécution provisoire, au paiement des sommes suivantes :
— 22.004,47 euros avec intérêts au taux contractuel à compter du 12 août 2024 sur la somme de 20.446,55 euros et des intérêts au taux légal pour le surplus,
— à titre subsidiaire au paiement de la somme de 20.000 euros au titre de la répétition de l’indu, avec intérêts au taux légal à compter de l’assignation,
— 500 euros sur le fondement de l’article 700 du Code de Procédure Civile, outre les dépens.
L’affaire a été appelée et retenue à l’audience du 5 décembre 2025.
A l’audience, la juge des contentieux de la protection a soulevé d’office plusieurs moyens de droit, s’agissant notamment de la déchéance du droit aux intérêts encourue par le prêteur en application des articles L.312-16, L.312-17, D.312-7 et D.312-8 du code de la consommation pour défaut de vérification de la solvabilité au moyen d’un nombre suffisant d’informations.
La SA CAISSE D’ÉPARGNE ET DE PREVOYANCE BRETAGNE PAYS DE [Localité 1], représentée par son conseil, a maintenu les demandes formulées dans son assignation et a précisé n’avoir aucun justificatif de la vérification de la solvabilité.
Madame [B] [G], bien que régulièrement cité à étude, n’a pas comparu.
La décision a été mise en délibéré au 6 février 2026.
MOTIFS DE LA DÉCISION
Sur la recevabilité
Il ressort des pièces versées au débat, en particulier de l’offre préalable et de l’historique de compte, que la présente action a été engagée avant l’expiration d’un délai de deux années à compter du premier incident de paiement non régularisé (4 mai 2024), conformément aux prescriptions de l’article R.312-35 du Code de la Consommation.
En conséquence, la SA CAISSE D’ÉPARGNE ET DE PREVOYANCE BRETAGNE PAYS DE [Localité 1] est recevable en ses demandes.
Sur la demande principale en paiement
L’article L.312-39 du code de la consommation dispose que “en cas de défaillance de l’emprunteur, le prêteur pourra exiger le remboursement immédiat du capital restant dû, majoré des intérêts échus mais non payés. Jusqu’à la date du règlement effectif, les sommes restant dues produisent les intérêts de retard à un taux égal à celui du prêt. En outre, le prêteur pourra demander à l’emprunteur défaillant une indemnité qui, dépendant de la durée restant à courir du contrat et sans préjudice de l’application des articles 1152 et 1231 du Code Civil, sera fixée suivant un barème déterminé par décret”.
En l’espèce, la créance de la SA CAISSE D’ÉPARGNE ET DE PREVOYANCE BRETAGNE PAYS DE [Localité 1] à l’encontre de madame [B] [G] est fondée en son principe en vertu de l’acte de crédit du 29 mars 2024.
La déchéance du terme est acquise et la résiliation de l’offre de prêt fondée, une mise en demeure préalable à la déchéance du terme, restée sans effet, précisant le délai dont dispose le débiteur pour y faire obstacle, ayant été adressée par le prêteur le 1er juillet 2024.
En application de l’article R.632-1 du code de la consommation, le juge peut relever d’office toutes les dispositions du présent code dans les litiges nés de son application.
Aux termes de l’article L.312-16 du code de la consommation, le prêteur vérifie la solvabilité de l’emprunteur, avant de conclure le contrat de crédit, à partir d’un nombre suffisant d’informations, y compris des informations fournies par ce dernier à la demande du prêteur.
Il en résulte que pour tous les crédits, quel qu’en soit le montant, le prêteur doit produire la copie des pièces justificatives qui lui ont permis de vérifier cette solvabilité. De simples déclarations non étayées faites par un consommateur ne peuvent être qualifiées de suffisantes si elles ne sont pas accompagnées de pièces justificatives (CJUE – 18 décembre 2014 – aff. C-449/13, CA Consumer finance §37).
L’article L.312-17 et les articles D.312-7 et D.312-8 du code de la consommation prévoient que pour les crédits portant sur une somme supérieure à 3.000 euros, la fiche de solvabilité remplie par l’emprunteur doit être corroborée par des pièces justificatives sur l’identité, le domicile et les revenus de l’emprunteur.
L’article L.341-2 du code de la consommation prévoit que le prêteur qui n ‘a pas respecté les obligations fixées à l’article L.312-16 est déchu du droit aux intérêts, en totalité ou dans la proportion fixée par le juge.
En l’espèce, la banque produit la fiche de dialogue, mais aucun autre document relatif à la situation financière de Mme [G], de sorte qu’elle ne justifie pas s’être procuré les documents permettant d’évaluer les ressources mensuelles de madame [B] [G] au jour de la signature du contrat, et ne démontre donc pas avoir vérifié la solvabilité de l’emprunteur avant la conclusion du contrat à partir d’un nombre suffisant d’informations.
En application de l’article L.341-2 du code de la consommation, la SA CAISSE D’ÉPARGNE ET DE PREVOYANCE BRETAGNE PAYS DE [Localité 1] sera en conséquence déchue du droit aux intérêts en totalité.
L’article L.341-8 du Code de la Consommation prévoit que lorsque le prêteur est déchu du droit aux intérêts dans les conditions prévues aux articles L. 341-1 à L. 341-7, l’emprunteur n’est tenu qu’au seul remboursement du capital suivant l’échéancier prévu, ainsi que, le cas échéant, au paiement des intérêts dont le prêteur n’a pas été déchu et que les sommes déjà perçues par le prêteur au titre des intérêts, qui sont productives d’intérêts au taux de l’intérêt légal à compter du jour de leur versement, sont restituées par le prêteur ou imputées sur le capital restant dû.
La déchéance du droit aux intérêts, qui interdit au prêteur d’obtenir la rémunération de son prêt exclut nécessairement l’application des dispositions conventionnelles qui prévoient une indemnité au titre de la résiliation du contrat en conséquence de la défaillance de l’emprunteur.
Par conséquent, l’emprunteur ne doit être tenu qu’au remboursement du seul capital restant dû, après déduction de tous les paiements réalisés à quelque titre que ce soit.
Dès lors, la créance de la SA CAISSE D’ÉPARGNE ET DE PREVOYANCE BRETAGNE PAYS DE [Localité 1] s’établit de la manière suivante :
Capital emprunté : 20.000 euros
Paiements réalisés : 0 euros
Soit un total de 20.000 euros.
Afin d’assurer l’effectivité du droit de l’Union européenne dont les dispositions nationales ne sont que la transposition, exigence réaffirmée par l’arrêt CJUE du 27/03/2014, C-565/12, il convient d’écarter toute application des articles 1231-6 du Code civil et L.313-3 du Code monétaire et financier et de dire que cette somme ne produira aucun intérêt, même au taux légal.
Il convient en conséquence de condamner madame [B] [G] au paiement de la somme de 20.000 euros, qui ne portera pas intérêt, fût-ce au taux légal.
Sur les demandes accessoires
Conformément aux dispositions de l’article 696 du code de procédure civile, madame [B] [G], qui succombe à titre principal, sera condamnée aux dépens.
Par ailleurs, l’équité commande de ne pas faire application des dispositions de l’article 700 du Code de Procédure Civile.
PAR CES MOTIFS
La juge des contentieux de la protection, statuant publiquement, par jugement réputé contradictoire rendu en premier ressort par mise à disposition au Greffe,
Déclare recevable l’action en paiement de la SA CAISSE D’ÉPARGNE ET DE PREVOYANCE BRETAGNE PAYS DE [Localité 1],
Prononce la déchéance du droit aux intérêts,
Condamne en conséquence madame [B] [G] à payer à la SA CAISSE D’ÉPARGNE ET DE PREVOYANCE BRETAGNE PAYS DE [Localité 1] la somme de 20.000 euros,
Dit que cette somme ne produira pas intérêts, fût-ce au taux légal,
Condamne madame [B] [G] aux dépens,
Déboute la SA CAISSE D’ÉPARGNE ET DE PREVOYANCE BRETAGNE PAYS DE [Localité 1] de sa demande au titre de l’article 700 du Code de procédure civile,
Rappelle que la présente décision est assortie de l’exécution provisoire.
Le greffier La juge des contentieux de la protection
Aurélien PARES Gaëlle DEJOIE
Décisions similaires
Citées dans les mêmes commentaires • 3
- Tribunal judiciaire ·
- Prolongation ·
- Décision d’éloignement ·
- Durée ·
- Droit d'asile ·
- Séjour des étrangers ·
- Ordonnance ·
- Interprète ·
- Consulat ·
- Délai
- Tribunal judiciaire ·
- Adresses ·
- Désistement d'instance ·
- Syndicat de copropriétaires ·
- Cabinet ·
- Dessaisissement ·
- Assistant ·
- Honoraires ·
- Assignation ·
- Jugement
- Baux d'habitation ·
- Contrats ·
- Caution ·
- Bail ·
- Commissaire de justice ·
- Loyer ·
- Commandement de payer ·
- Contentieux ·
- Clause resolutoire ·
- Protection ·
- Indemnité d 'occupation ·
- Expulsion
Citant les mêmes articles de loi • 3
- Hospitalisation ·
- Tribunal judiciaire ·
- Trouble mental ·
- Pauvre ·
- Santé ·
- Personnes ·
- Établissement ·
- Surveillance ·
- L'etat ·
- Traitement
- Pension de retraite ·
- Date ·
- Tribunal judiciaire ·
- Service médical ·
- Demande ·
- Pension d'invalidité ·
- Recours ·
- Notification ·
- Commission ·
- Activité professionnelle
- Sociétés ·
- Indemnité d'éviction ·
- Huissier de justice ·
- Tribunal judiciaire ·
- Renouvellement du bail ·
- Code de commerce ·
- Instance ·
- Indemnité ·
- Expertise ·
- Facture
De référence sur les mêmes thèmes • 3
- Maintien ·
- Tribunal judiciaire ·
- Turquie ·
- Prolongation ·
- Aéroport ·
- Territoire national ·
- Droit d'asile ·
- Séjour des étrangers ·
- Grèce ·
- Rapatrié
- Cotisations ·
- Contrainte ·
- Sécurité sociale ·
- Mise en demeure ·
- Médecin ·
- Affiliation ·
- Opposition ·
- Tribunal judiciaire ·
- Capacité ·
- Titre
- Isolement ·
- Détention ·
- Santé publique ·
- Liberté ·
- Renouvellement ·
- Durée ·
- Mainlevée ·
- Courriel ·
- Consentement ·
- Ordonnance
Sur les mêmes thèmes • 3
- Intervention ·
- Consolidation ·
- Information ·
- Préjudice d'agrement ·
- Dossier médical ·
- Électrolyse ·
- Dépense de santé ·
- Déficit ·
- Devis ·
- Titre
- Enfant ·
- Pensions alimentaires ·
- Mineur ·
- Tribunal judiciaire ·
- Débiteur ·
- Date ·
- Autorité parentale ·
- Créanciers ·
- Droit de visite ·
- Hébergement
- Vétérinaire ·
- Possession ·
- Propriété ·
- Présomption ·
- Précaire ·
- Subsidiaire ·
- Titre ·
- Animaux ·
- Tribunal judiciaire ·
- Demande
Textes cités dans la décision
Aucune décision de référence ou d'espèce avec un extrait similaire.