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Sur la décision
| Référence : | TJ Vannes, jcp surendettement, 4 sept. 2025, n° 24/00835 |
|---|---|
| Numéro(s) : | 24/00835 |
| Importance : | Inédit |
| Dispositif : | Prononce le rétablissement personnel sans LJ |
| Date de dernière mise à jour : | 5 novembre 2025 |
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Texte intégral
N° RG 24/00835 – Jugement du 04 Septembre 2025
N° RG 24/00835 – N° Portalis DBZI-W-B7I-EVLF
MINUTE N°
TRIBUNAL JUDICIAIRE DE VANNES
Juge des Contentieux de la Protection
JUGEMENT du 04 Septembre 2025
SURENDETTEMENT DES PARTICULIERS
Rétablissement personnel sans liquidation judiciaire
DÉBITEURS :
Madame [Z] [M] divorcée [S], née le 13 novembre 19998 à [Localité 27], demeurant [Adresse 7]
comparante en personne assistée de Me Myriam PAPIN, avocat au barreau de VANNES
(bénéficie d’une aide juridictionnelle Totale numéro N56260-2025-000954 du 21/05/2025 accordée par le bureau d’aide juridictionnelle de [Localité 27])
CRÉANCIER ayant formé le recours :
Société [15], sise [Adresse 9]
non comparante, ni représentée
AUTRES CRÉANCIERS :
CLINIQUE VETERINAIRE DES TROIS [Localité 20], sise [Adresse 5]
non comparante, ni représentée
Société [18], sise [Localité 6]
non comparante, ni représentée
Société [21], sise [Adresse 2]
non comparante, ni représentée
Société [17], sise CHEZ INTRUM JUSTITIA – [Adresse 8]
non comparante, ni représentée
Société [10], sise CHEZ MCS ET ASSOCIES – Mr [J] [E] – [Adresse 1]
non comparante, ni représentée
SGC [Localité 27], sis [Adresse 4]
non comparant, ni représenté
Société [26], demeurant [Adresse 24]
non comparante, ni représentée
Société [11],sise [Adresse 23]
non comparante, ni représentée
[19], sis [Adresse 3]
représenté par Monsieur [P] [U], muni d’un mandat écrit
COMPOSITION DU TRIBUNAL :
PRÉSIDENT : Mylène SANCHEZ, juge des contentieux de la protection
GREFFIER : Annette ROBIN, f.f., lors des débats, Olivier LACOUA lors du prononcé
DÉBATS : 12 Juin 2025
AFFAIRE mise en délibéré au : 04 Septembre 2025 par mise à disposition au greffe
notifié aux parties en LRAR,
en copie simple à la Commission
le
N° RG 24/00835 – Jugement du 04 Septembre 2025
FAITS PROCÉDURE ET PRÉTENTIONS DES PARTIES
Le 31 mai 2024, Mme [Z] [M] divorcée [S] a déposé une demande auprès de la commission de surendettement des particuliers tendant à voir reconnaître sa situation de surendettement.
Par décision du 27 juin 2024, la commission a déclaré la demande recevable.
La commission, retenant que Mme [Z] [M] divorcée [S] se trouvait dans une situation irrémédiablement compromise et ne disposait pas d’actif réalisable, a décidé, dans sa séance du 24 octobre 2024, d’imposer une mesure de rétablissement personnel sans liquidation judiciaire.
La [15] a contesté cette décision, au motif que la débitrice était jeune et n’avait jamais bénéficié de précédentes mesures de désendettement, de sorte que sa situation ne pouvait être considérée comme irrémédiablement compromise.
Le dossier a été transmis au juge des contentieux de la protection du Tribunal judiciaire de Vannes le 25 novembre 2024 et toutes les parties à la procédure ont été régulièrement convoquées par le greffe à l’audience du 24 avril 2025 afin de voir statuer sur ce recours.
A l’audience du 24 avril 2025, Mme [Z] [M] divorcée [S] et [19] ont comparu.
Justifiant qu’elle avait déposé un dossier d’aide juridictionnelle, la débitrice a sollicité le renvoi de l’affaire a une date ultérieure.
L’affaire a été renvoyée au 12 juin 2025.
Par courrier reçu le 12 février 2025, la [12] a déclaré sa créance pour la somme totale de 177,80 euros.
Par courriers reçus les 13 février et 12 mai 2025, le [25] [Localité 27] a déclaré une créance de 207,14 euros.
[26] pour la [22] a déclaré une créance de 980,23 euros.
Par courrier reçu le 17 février 2025, la [15] a confirmé les termes de son recours, indiquant que la débitrice pouvait retrouver un emploi. Le créancier a justifié de la transmission de ses moyens à la débitrice avant l’audience, sans que cette dernière retire la lettre recommandée envoyée à cet effet.
À l’audience du 12 juin 2025, Mme [Z] [M] divorcée [S], assistée de son Conseil, a indiqué avoir eu connaissance des moyens d’opposition de la [14] et a sollicité que soit prononcé un rétablissement personnel sans liquidation judiciaire.
[19], régulièrement représenté par M. [U], a déclaré une créance de 492,79 euros, confirmée par la débitrice, et n’a formulé aucune observation sur la procédure de surendettement, disant s’en remettre à la décision du juge.
Aucun des autres créanciers n’a comparu, n’a été représenté, ni ne s’est manifesté en respectant le principe du contradictoire conformément aux dispositions de l’article R.713-4 du code de la consommation.
La décision a été mise en délibéré au 4 septembre 2025.
MOTIFS DE LA DÉCISION
Sur la recevabilité du recours en contestation des mesures
Aux termes des articles L741-4 et R741-1 du code de la consommation, une partie peut contester devant le juge des contentieux de la protection, dans le délai de 30 jours, le rétablissement sans liquidation judiciaire imposé par la commission.
En l’espèce, la [15] a reçu notification des mesures imposées par la commission le 29 octobre 2024 et formé un recours au secrétariat de la commission le 4 novembre suivant, soit avant l’expiration du délai de trente jours.
Sur la bonne foi
Selon les dispositions de l’article L741-5 du code de la consommation, avant de statuer, le juge peut faire publier un appel aux créanciers.
Il peut vérifier, même d’office, la validité des créances et des titres qui les constatent ainsi que le montant des sommes réclamées et s’assurer que le débiteur se trouve bien dans la situation mentionnée à l’article L. 711-1.
Il peut également prescrire toute mesure d’instruction qu’il estime utile.
Nonobstant toute disposition contraire, le juge peut obtenir communication de tout renseignement lui permettant d’apprécier la situation du débiteur et l’évolution possible de celle-ci.
La bonne foi de Mme [Z] [M] divorcée [S] n’a pas été remise en cause par les créanciers.
Sur les mesures de désendettement
L’article L. 724-1 du code de la consommation dispose notamment en son second alinéa que "Lorsque le débiteur se trouve dans une situation irrémédiablement compromise caractérisée par l’impossibilité manifeste de mettre en œuvre des mesures de traitement mentionnées au premier alinéa, la commission peut, dans les conditions du présent livre :
1° Soit imposer un rétablissement personnel sans liquidation judiciaire si elle constate que le débiteur ne possède que des biens meublants nécessaires à la vie courante et des biens non professionnels indispensables à l’exercice de son activité professionnelle, ou que l’actif n’est constitué que de biens dépourvus de valeur marchande ou dont les frais de vente seraient manifestement disproportionnés au regard de leur valeur vénale ;
2° Soit saisir, si elle constate que le débiteur n’est pas dans la situation mentionnée au 1°, avec l’accord du débiteur, le juge des contentieux de la protection aux fins d’ouverture d’une procédure de rétablissement personnel avec liquidation judiciaire ";
L’article L. 741-1 du même code précise que "si l’examen de la demande de traitement de la situation de surendettement fait apparaître que le débiteur se trouve dans la situation irrémédiablement compromise définie au deuxième alinéa de l’article L. 724-1 et ne possède que des biens mentionnés au 1° du même article, la commission impose un rétablissement personnel sans liquidation judiciaire”.
Aux termes de l’article L741-6 du code de la consommation, “S’il constate que le débiteur se trouve dans la situation mentionnée au 1° de l’article L. 724-1, le juge [saisi d’une contestation de la décision de la commission de surendettement imposant le rétablissement personnel sans liquidation judiciaire] prononce un rétablissement personnel sans liquidation judiciaire, qui emporte les mêmes effets que ceux mentionnés à l’article L. 741-2.
Les créances dont les titulaires n’ont pas formé tierce opposition dans un délai fixé par décret sont éteintes. Cependant, dans ce cas, les dettes sont arrêtées à la date du jugement prononçant le rétablissement personnel sans liquidation judiciaire.
S’il constate que le débiteur se trouve dans la situation mentionnée au 2° de l’article L. 724-1, le juge ouvre, avec l’accord du débiteur, une procédure de rétablissement personnel avec liquidation judiciaire.
S’il constate que la situation du débiteur n’est pas irrémédiablement compromise, il renvoie le dossier à la commission”.
L’article L. 741-2 prévoit que “en l’absence de contestation dans les conditions prévues à l’article L. 741-4, le rétablissement personnel sans liquidation judiciaire entraîne l’effacement de toutes les dettes, professionnelles et non professionnelles, du débiteur, arrêtées à la date de la décision de la commission, à l’exception des dettes mentionnées aux articles L. 711-4 et L. 711-5 et des dettes dont le montant a été payé au lieu et place du débiteur par la caution ou le coobligé, personnes physiques”.
L’article L. 733-13 du même code prévoit également que, dans tous les cas, la part des ressources nécessaires aux dépenses courantes du ménage est déterminée dans les conditions prévues à l’article L. 731-2. Elle est mentionnée dans la décision.
La capacité de remboursement est fixée par référence à la quotité saisissable du salaire telle qu’elle résulte des articles L. 3252-2 et L. 3252-3 du code du travail, de manière à ce que la part des ressources nécessaire aux dépenses courantes du ménage lui soit réservée par priorité.
Cette part de ressources ne peut être inférieure, pour le ménage en cause, au montant forfaitaire mentionné au 2° de l’article L. 262-2 du code de l’action sociale et des familles. Elle intègre le montant des dépenses de logement, d’électricité, de gaz, de chauffage, d’eau, de nourriture et de scolarité, de garde et de déplacements professionnels ainsi que les frais de santé.
Les conditions de prise en compte et d’appréciation de ces dépenses par le règlement intérieur de chaque commission sont précisées par voie réglementaire.
En vue d’éviter la cession de la résidence principale, le montant des remboursements peut, avec l’accord du débiteur et dans des limites raisonnables, excéder la somme calculée par référence à la quotité saisissable du salaire telle qu’elle résulte des articles L. 3252-2 et L. 3252-3 du code du travail.
La part des ressources nécessaire aux dépenses courantes est fixée par la commission et mentionnée dans les mesures préconisées.
La capacité de remboursement du débiteur doit être déterminée en application des dispositions précitées.
En effet, il sera rappelé que, selon une jurisprudence constante conforme à la loi, la capacité de remboursement du débiteur doit être appréciée au cas par cas, en fonction de ses revenus et charges légitimes effectifs, la commission et le juge pouvant fixer un forfait de base incluant les dépenses courantes et y ajouter en tant que de besoin les autres charges légitimes indispensables à la vie et au travail du débiteur et de sa famille à charge.
Le plafond du RSA, constitue la part minimale de ressources à laquelle il ne peut être porté atteinte et la quotité saisissable définie en matière de rémunérations du travail constitue le plafond maximal de remboursement, auquel il ne peut être également porté atteinte.
En l’espèce, il convient de relever que Mme [Z] [M] divorcée [S], âgée de 26 ans, n’a jamais bénéficié de précédentes mesures de désendettement.
Un plan d’une durée maximum de 84 mois pourrait théoriquement être mis en oeuvre.
D’après le tableau établi par la commission, son endettement total s’élevait à 5 321,97 euros.
Mme [Z] [M] divorcée [S] perçoit uniquement des prestations sociales et élève seule ses deux enfants mineurs.
Sa situation financière est la suivante :
RSA : 596,31 euros
Aide personnalisée au logement : 386,67 euros
Allocation de soutien familial : 398,36 euros
Allocations familiales : 151,05 euros
Soit un total de : 1532,39 euros
Au titre des charges actualisées pour l’année 2025, il est tenu compte d’un barème de 876 euros pour une personne seule (outre 307 euros supplémentaire par codébiteur ou personne à charge), recouvrant l’alimentation, les transports, l’habillement les mutuelles/assurances, les charges dites d’habitation (énergie, téléphone…) et les charges de chauffage.
Si les dépenses exposées à ces titres dépassent les sommes forfaitairement retenues, un surcoût peut être comptabilisé sur production de justificatifs.
Ces montants sont, le cas échéant majorés des postes suivants, sur justificatifs : loyer, impôts, frais de garde, pensions versées et toute autre charge particulière justifiée.
Mme [Z] [M] divorcée [S] a deux à charge, âgés de 5 et 7 ans, et doit faire face aux dépenses suivantes :
Loyer : 525,74 euros
Forfait charges courantes : 1490 euros
Assurance véhicule : 59,75 euros
Soit un total de : 2075,49 euros
Ainsi :
— La part maximum légale à consacrer au remboursement (par référence au barème des quotités saisissables) est de 181,29 euros.
— la différence « ressources – charges » ne permet de dégager aucune capacité de paiement.
Il ressort des dispositions légales susmentionnées que le juge ne peut prendre en compte que la plus faible des deux sommes entre la quotité saisissable et la somme retenue en soustrayant les charges réelles des ressources.
Au vu de ces éléments, il apparaît que la capacité de remboursement de Mme [Z] [M] divorcée [S] est ainsi négative et ne lui permet pas, en l’état actuel de sa situation socioprofessionnelle, d’apurer même partiellement, l’ensemble de ses dettes sur la période de 7 ans prévue à l’article L. 733-3 du code de la consommation.
Mme [M] dispose d’un véhicule immatriculé pour la première fois en 2011 (Citroën C4), indispensable à la vie familiale avec deux enfants mineurs à charge.
Si sur le plan professionnel Mme [M] fait état d’un CAP Vente, son dernier emploi remonte à 2017-2018, dans le cadre du CFA, moyennant une rémunération comprise entre 700 et 800 euros.
Bien que la débitrice ne soit âgée que de 26 ans et qu’elle n’ait pas bénéficié d’une suspension de l’exigibilité des créances, sa situation personnelle et financière n’apparaît pas susceptible de suffisamment s’améliorer pour permettre de dégager une capacité de remboursement dans 24 mois, alors qu’elle expose assumer la prise en charge de ses enfants à titre exclusif et justifie que leur père a fait l’objet d’une procédure pénale pour violences à son égard.
Dès lors, la mise en oeuvre des mesures de traitement du surendettement prévues par les articles L. 733-1 et suivants du code de la consommation est manifestement impossible et la situation du débiteur apparaît effectivement irrémédiablement compromise au sens de l’article L. 724-1 précité du code de la consommation, en l’absence de capacité de remboursement et de possibilité prévisible de retour à meilleure fortune dans un avenir proche.
Mme [Z] [M] divorcée [S] se trouve donc dans la situation définie à l’article L. 724-1 du Code de la Consommation et il convient en conséquence, en application de l’article L. 741-6 du code de la consommation, de prononcer à son profit un rétablissement personnel sans liquidation judiciaire.
PAR CES MOTIFS
Le Juge des contentieux de la protection, statuant après débats en audience publique, par jugement réputé contradictoire et en premier ressort, mis à la disposition du public par le greffe,
DECLARE le recours de la [15] recevable en la forme ;
PRONONCE un rétablissement personnel sans liquidation judiciaire au profit de Mme [Z] [M] divorcée [S],
DIT qu’un extrait du présent jugement sera publié par les soins du greffe au bulletin Officiel des Annonces Civiles et Commerciales,
RAPPELLE que les créanciers qui n’auraient pas été convoqués à l’audience ont la possibilité de former tierce opposition à l’encontre du jugement dans un délai de DEUX MOIS à compter de cette publicité, à peine de voir leur créance éteinte de plein droit par application de l’article L. 741-6 du code de la consommation,
RAPPELLE que le rétablissement personnel entraîne l’effacement des dettes professionnelles et non professionnelles des débiteurs, avec les mêmes effets que ceux mentionnés à l’article L. 741-2 du code de la consommation, à l’exception de celles dont le prix a été payé au lieu et place du débiteur par la caution ou le coobligé, personnes physiques, des dettes alimentaires, des amendes et des réparations pécuniaires allouées aux victimes à l’occasion d’une condamnation pénale, des dettes ayant pour origine des manoeuvres frauduleuses commises au préjudice des organismes gérant des prestations sociales, des dettes fiscales dont les droits dus ont été sanctionnés par les majorations non rémissibles mentionnées au II de l’article 1756 du code général des impôts et les dettes dues en application de l’article 1745 du même code et de l’article L. 267 du livre des procédures fiscales ainsi que les dettes issues de prêts sur gage souscrits auprès des caisses de [16],
DIT que Mme [Z] [M] divorcée [S] fera l’objet d’une inscription au fichier national prévu aux articles L.751-1 et suivants du Code de la Consommation (FICP) pour une période de cinq années,
DIT que la présente décision sera notifiée à la [13] par simple lettre, à Mme [Z] [M] divorcée [S] et aux créanciers par lettre recommandée avec accusé de réception,
RAPPELLE que le présent jugement est de plein droit immédiatement exécutoire en application de l’article R. 713-10 du code de la consommation,
LAISSE les dépens à la charge du Trésor Public.
Ainsi fait, jugé et mis à disposition au greffe de la juridiction les jours, mois et an susdits. En foi de quoi le présent jugement a été signé par le Juge des contentieux de la protection et le greffier.
Le Greffier Le président
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