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Sur la décision
| Référence : | TJ Versailles, tpx sgl jcp fond, 19 mars 2026, n° 25/00865 |
|---|---|
| Numéro(s) : | 25/00865 |
| Importance : | Inédit |
| Dispositif : | Expulsion "conditionnelle" ordonnée au fond avec suspension des effets de la clause résolutoire |
| Date de dernière mise à jour : | 31 mars 2026 |
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Texte intégral
MINUTE N°
N° RG 25/00865 – N° Portalis DB22-W-B7J-TJQT
Société IN’LI
C/
Madame, [W],, [I], [Z]
TRIBUNAL DE PROXIMITÉ
Juge des contentieux de la protection,
[Adresse 1],
[Adresse 2],
[Localité 1]
RÉPUBLIQUE FRANÇAISE
AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS
JUGEMENT DU 19 Mars 2026
DEMANDEUR :
Société IN’LI, société anonyme inscrite au RCS de Nanterre sous le numéro 602 052 359, dont le siège social est, [Adresse 3], agissant poursuites et diligences de ses représentants légaux domiciliés en cette qualité audit siège, représentée par Maître Jeanine HALIMI, avocat au barreau des HAUTS-DE-SEINE, substitué par Maître Sophie ACQUERE, avocat
d’une part,
DÉFENDEUR :
Madame, [W],, [I], [Z], née le 19 novembre 1987 à, [Localité 2], demeurant, [Adresse 4], comparante en personne
d’autre part,
COMPOSITION DU TRIBUNAL :
Juge des contentieux de la protection : Sophie VERNERET-LAMOUR, juge
Greffier lors des débats : Victor ANTONY
Greffier lors de la mise à disposition : Thomas BOUMIER
Copies délivrées le :
1 copie exécutoire à Maître, [A], [X]
1 copie certifiée conforme à Madame, [W],, [I], [Z]
EXPOSÉ DU LITIGE
Suivant acte sous seing privé en date du 13 octobre 2023, la SA IN’LI a donné à bail à Madame, [Z], [W] un logement ainsi qu’un emplacement de stationnement sis, [Adresse 5].
Le 19 novembre 2024, la bailleresse a fait signifier à la locataire un commandement de payer visant la clause résolutoire insérée au bail, pour un montant en principal de 4509,64 euros au titre des loyers et charges impayés.
Le 20 novembre 2024, la SA IN’LI a saisi la commission de coordination des actions de prévention des expulsions locatives (ci-après la CCAPEX) de l’existence d’impayés de loyers.
Par acte de commissaire de Justice en date du 7 août 2025, la SA IN’LI a assigné Madame, [Z], [W] devant le juge des contentieux de la protection aux fins de :
— à titre principal, constater l’acquisition de la clause résolutoire ;
— à titre subsidiaire, prononcer la résiliation judiciaire du bail ;
— ordonner son expulsion et celle de tout occupant de son chef du logement et de l’emplacement de stationnement, avec au besoin l’assistance de la force publique et d’un serrurier à l’expiration d’un délai de deux mois après signification d’un commandement d’avoir à libérer les lieux, sous astreinte de 8 euros par jour de retard à compter de la signification de la décision à intervenir ;
— autoriser la séquestration des meubles et objets mobiliers se trouvant dans les lieux dans tel lieu qu’il plaira à la SA IN’LI, aux frais, risques et périls de Madame, [Z], [W] ;
— condamner Madame, [Z], [W] au paiement des sommes suivantes :
* 4606,43 euros au titre de l’arriéré de loyers et de charges, incluse ;
* une indemnité d’occupation d’un montant équivalent à celui du loyer et des charges, à compter de la résiliation du bail jusqu’à sa libération effective des lieux loués ;
* 330 euros sur le fondement de l’article 700 du code de procédure civile ;
* les entiers dépens de l’instance ;
— dire n’y avoir lieu à écarter l’exécution provisoire.
L’assignation a été dénoncée à la préfecture le 8 août 2025.
A l’audience du 22 janvier 2026, la SA IN’LI, représentée par son Conseil, maintient ses demandes initiales sauf à préciser qu’en vertu d’un décompte arrêté au 13 janvier 2026, l’arriéré s’élève désormais à la somme de 11427,45 euros, échéance de janvier 2026 incluse.
Au soutien de ses prétentions, elle se fonde sur l’article 24 de la loi du 06 juillet 1989 en indiquant que Madame, [Z], [W] n’a pas réglé les sommes réclamées dans le délai de deux mois suivant la délivrance du commandement de payer. Subsidiairement, elle précise, sur le fondement des articles 1224 et suivants du code civil, que Madame, [Z], [W] a manqué à ses obligations contractuelles en raison des impayés de loyers et charges persistants.
Madame, [Z], [W], qui comparaît, ne conteste pas le principe de la dette et sollicite des délais de paiement à hauteur de 317 euros par mois en plus du loyer courant. Elle indique souhaiter se maintenir dans l’appartement et explique avoir dû « décaisser » des sommes importantes en 2025. Elle affirme avoir versé la somme de 150 euros le 19 janvier. Elle dit avoir un prêt qui se termine en avril prochain avec des échéances à 220 euros. Elle ajoute que son CDD se terminera en mai et qu’elle touchera la prime de 10 %. Elle perçoit un salaire de 2900 euros brut. Elle ajoute avoir une instance pendante devant le conseil de prud’hommes. Elle justifie avoir payé son loyer de janvier 2026 et avoir versé en sus la somme de 150 euros.
Le juge a invité les parties à produire tous les éléments relatifs à l’existence d’une procédure de surendettement conformément à l’article 24 V de la loi du 06 juillet 1989.
L’enquête sociale est parvenue au greffe de la juridiction avant l’audience et il a été donné lecture de ses conclusions à l’audience.
La bailleresse a été autorisée à produire par note en délibéré un décompte actualisé de l’arriéré locatif.
A l’issue des débats, l’affaire a été mise en délibéré au 19 mars 2026.
MOTIFS DE LA DÉCISION
Sur la recevabilité
Conformément aux dispositions de l’article 24 III de la loi du 6 juillet 1989, une copie de l’assignation a été portée à la connaissance du service compétent de la préfecture des Yvelines le 8 août 2025, soit au moins six semaines avant la première audience.
Par ailleurs, la SA IN’LI justifie avoir saisi la commission de coordination des actions de prévention des expulsions locatives le 20 novembre 2024, soit deux mois au moins avant la délivrance de l’assignation du 7 août 2025, conformément aux dispositions de l’article 24 II de la loi n°89-462 du 06 juillet 1989.
La demande d’acquisition de la clause résolutoire est donc recevable.
Sur la demande en paiement
Il résulte de l’article 7 de la loi n°89-462 du 06 juillet 1989 ainsi que des stipulations du bail que le locataire est tenu de payer le loyer et les charges récupérables au terme convenu.
Conformément aux dispositions de l’article 4 p) de la loi précitée, est réputée non écrite toute clause qui fait supporter au locataire des frais de relance ou d’expédition de la quittance ainsi que les frais de procédure en plus des sommes versées au titre des dépens et de l’article 700 du code de procédure civile. Il résulte de ces dispositions que le bailleur ne peut mettre à la charge du locataire les frais relatifs au recouvrement amiable ou contentieux de sa créance au titre de l’arriéré locatif.
En application de l’article 1353 du code civil, celui qui réclame l’exécution d’une obligation doit la prouver et réciproquement, celui qui se prétend libéré, doit justifier le paiement ou le fait qui a produit l’extinction de son obligation.
En l’espèce, il ressort des pièces du dossier, notamment du bail signé le 13 octobre 2023, du commandement de payer délivré le 19 novembre 2024, du décompte de la créance actualisé au 10 février 2026 transmis par note en délibéré le et des pièces versées par la défenderesse à l’audience que la créance de la SA IN’LI à l’égard de Madame, [Z], [W] est établie dans son principe.
S’agissant de son montant, il convient de déduire les sommes suivantes :189,51 euros et 158,37 euros correspondant à des frais de contentieux.
Par conséquent, Madame, [Z], [W] sera condamnée à payer à la SA IN’LI la somme de 10 929,57 euros, au titre de l’arriéré locatif arrêté au 10 février 2026, échéance de février 2026 incluse.
Sur l’acquisition de la clause résolutoire et ses effets
L’article 24 I de la loi n°89-462 du 06 juillet 1989, dans sa version issue du 27 juillet 2023 , prévoit que « toute clause prévoyant la résiliation de plein droit du contrat de location pour défaut de paiement du loyer ou des charges aux termes convenus ou pour non-versement du dépôt de garantie ne produit effet que six semaines après un commandement de payer demeuré infructueux. »
Bien que signé postérieurement à l’entrée en vigueur de la loi du 27 juillet 2023, le bail conclu entre les parties contient une clause aux termes de laquelle le contrat se trouvera de plein droit résilié, en cas de défaut de paiement des loyers et accessoires, deux mois après un commandement de payer resté infructueux.
Par ailleurs, lecommandemant de payer les loyers signifié le 19 novembre 2024 à la défenderesse, a indiqué qu’elle avait un délai de deux mois pour payer les causes du commandement, il convient par conséquent d’appliquer la précédente version de l’article 24 I de la loi n°89-462 du 06 juillet 1989 prévoyant que toute clause prévoyant la résiliation de plein droit du contrat de location pour défaut de paiement du loyer ou des charges aux termes convenus ou pour non-versement du dépôt de garantie ne produit effet que deux mois après un commandement de payer demeuré infructueux".
Un commandement de payer, visant la clause résolutoire stipulée au bail, a été signifié à Madame, [Z], [W] le 19 novembre 2024.
Il est en outre établi, au vu des éléments fournis, que ce commandement est resté au moins partiellement infructueux pendant un délai supérieur à deux mois.
Les conditions d’acquisition de la clause résolutoire sont en principe réunies à l’expiration du délai de deux mois à compter du commandement de payer, soit le 19 janvier 2025 à 24 heures. En conséquence, il y a lieu de constater la résiliation du bail conclu le 13 octobre 2023 à compter du 20 janvier 2025.
Sur les délais de paiement et la suspension des effets de la clause résolutoire
L’article 24 V et VII de la loi n°89-462 du 6 juillet 1989 prévoit que « Le juge peut, à la demande du locataire, du bailleur ou d’office, à la condition que le locataire soit en situation de régler sa dette locative et qu’il ait repris le versement intégral du loyer courant avant la date de l’audience, accorder des délais de paiement dans la limite de trois années (…) Lorsque le juge est saisi en ce sens par le bailleur ou par le locataire, et à la condition que celui-ci ait repris le versement intégral du loyer courant avant la date de l’audience, les effets de la clause de résiliation de plein droit peuvent être suspendus pendant le cours des délais accordés par le juge (…) Si le locataire se libère de sa dette locative dans le délai et selon les modalités fixés par le juge, la clause de résiliation de plein droit est réputée ne pas avoir joué. Dans le cas contraire, elle reprend son plein effet ».
En l’espèce, Madame, [Z], [W] propose de s’acquitter des sommes dues de façon échelonnée. Elle justifie de sa situation financière et personnelle et est donc en mesure de régler la dette locative en plusieurs mensualités.
Au vu de ces éléments, il convient d’accorder des délais de paiement à Madame, [Z], [W] selon les modalités précisées au dispositif.
En conséquence, il y a lieu de rappeler à Madame, [Z], [W] que pendant le cours des délais ainsi accordés, les effets de la clause résolutoire seront suspendus. La clause résolutoire sera réputée ne jamais avoir joué si la locataire s’acquitte des échéances courantes et des mensualités supplémentaires prévues dans les délais fixés au dispositif de la présente décision.
Au contraire, en cas de non paiement d’une échéance courante ou d’une mensualité supplémentaire fixée au dispositif, la clause résolutoire reprendrait sa pleine efficacité et l’intégralité de la dette locative restée impayée serait immédiatement exigible par la bailleresse. De plus, l’expulsion de Madame, [Z], [W] et de tout occupant de son chef serait autorisée et le sort des meubles serait régi conformément aux dispositions des articles L. 433-1 et suivants et R. 433-1 et suivants du code des procédures civiles d’exécution.
La suspension de la clause résolutoire ayant été prononcée et des délais ayant été accordés à Madame, [Z], [W], il n’y a pas lieu de faire droit à la demande d’astreinte sollicitée par la bailleuresse.
Sur la fixation de l’indemnité d’occupation due par Madame, [Z], [W]
Selon l’article 1730 du code civil, à l’expiration du bail le locataire doit restituer les locaux. La restitution des lieux implique la remise des clefs.
Aux termes de l’article 1240 du code civil, tout fait quelconque de l’homme, qui cause à autrui un dommage, oblige celui par la faute duquel il est arrivé à le réparer. Il résulte de ce texte que l’occupant sans droit ni titre d’un local est tenu d’une indemnité d’occupation envers le propriétaire, et que l’indemnité d’occupation, dont la nature est mixte, compensatoire et indemnitaire, constitue la contrepartie de l’occupation du bien après résiliation du bail et de son indisponibilité pour le bailleur.
En l’espèce, le bail se trouve résilié depuis le 20 janvier 2025.
Toutefois, les effets de cette résiliation sont suspendus du fait de l’octroi de délais de paiement. En cas de non-respect des délais fixés au dispositif, Madame, [Z], [W] deviendrait occupante sans droit ni titre à compter de cette date.
Il convient dès lors de fixer une indemnité d’occupation en réparation du préjudice causé par l’occupation sans droit ni titre du local après résiliation du bail, destinée à compenser la perte de jouissance du bien. L’indemnité d’occupation sera égale au montant du loyer révisé, augmenté des charges, qui auraient été dus si le bail s’était poursuivi.
Il y a donc lieu de condamner Madame, [Z], [W] au paiement de cette indemnité à compter du 20 janvier 2025 jusqu’à libération effective des lieux, sous déduction des mensualités déjà comprises dans le décompte en date du 10 février 2026.
Sur les demandes accessoires
En application des dispositions des articles 696 et suivants du code de procédure civile, il convient de condamner Madame, [Z], [W] aux dépens de l’instance, comprenant les frais de signification du commandement de payer du 19 novembre 2024, de notification à la préfecture et de saisine de la CCAPEX.
Il n’apparaît cependant pas conforme à l’équité de la condamner à payer une quelconque somme au titre des frais irrépétibles. Il convient donc de rejeter la demande de la SA IN’LI formulée au titre de l’article 700 du code de procédure civile.
Il convient en outre de rappeler qu’en application de l’article 514 du code de procédure civile, la présente décision est de plein droit assortie de l’exécution provisoire.
PAR CES MOTIFS
La juge des contentieux de la protection, statuant par jugement contradictoire en premier ressort, rendu par mise à disposition au greffe,
DÉCLARE recevable la demande de la SA IN’LI aux fins de constat de l’acquisition de la clause résolutoire ;
CONSTATE que les conditions d’acquisition de la clause résolutoire contenue dans le bail conclu le 13 octobre 2023 entre la SA IN’LI d’une part et Madame, [Z], [W] d’autre part, concernant les locaux et l’emplacement de stationnement situés, [Adresse 5], sont réunies à la date du 20 janvier 2025 ;
CONDAMNE Madame, [Z], [W] à payer à la SA IN’LI la somme de 10 929,57 euros à valoir sur l’arriéré locatif arrêté au 10 février 2026, comprenant les loyers, charges et indemnités d’occupation jusqu’à l’échéance du mois de février 2026 incluse ;
AUTORISE Madame, [Z], [W] à s’acquitter de la dette en 36 fois, en procédant à 35 versements de 310 euros et un dernier versement égal au solde de la dette, et ce en plus du loyer courant et des charges ;
DIT que chaque versement devra intervenir avant le 10 de chaque mois et pour la première fois le 10 du mois suivant la signification du présent jugement ;
SUSPEND les effets de la clause résolutoire ;
RAPPELLE que la présente décision suspend la procédure d’exécution ;
DIT que si les délais accordés sont entièrement respectés, la clause résolutoire sera réputée n’avoir jamais été acquise ;
DIT qu’à défaut de paiement du loyer courant et des charges ou d’une seule mensualité à sa date d’échéance, l’échelonnement sera caduc, la totalité de la somme restant due deviendra immédiatement exigible, et la clause résolutoire reprendra ses effets, et ce, 15 jours après l’envoi d’une mise en demeure par lettre recommandée avec accusé de réception restée sans effet ;
En ce cas,
ORDONNE, à défaut de départ volontaire des lieux, l’expulsion de Madame, [Z], [W] ainsi que de tout occupant de son chef, dans un délai de deux mois à compter de la signification d’un commandement d’avoir à libérer les lieux, avec l’assistance de la force publique et d’un serrurier si besoin est, ainsi que le transport des meubles laissés dans les lieux, conformément aux dispositions des articles L. 433-1 et L. 433-2 du code des procédures civiles d’exécution ;
DIT n’y avoir lieu d’assortir la condamnation d’une astreinte ;
CONDAMNE Madame, [Z], [W] à payer à la SA IN’LI une indemnité mensuelle d’occupation égale au montant du loyer révisé, augmenté des charges, qui auraient été dus si le bail s’était poursuivi, à compter du 20 janvier 2025, sous déduction des mensualités déjà comprises dans le décompte en date du 10 février 2026, jusqu’à libération effective des lieux caractérisée par la remise des clés au bailleur ou à son mandataire, un procès-verbal d’expulsion ou de reprise ;
CONDAMNE Madame, [Z], [W] aux dépens de l’instance, qui comprendront les frais de signification du commandement de payer du 19 novembre 2024, de notification à la préfecture et de saisine de la CCAPEX ;
REJETTE la demande de la SA IN’LI au titre des frais irrépétibles,
RAPPELLE que le présent jugement est assorti de plein droit de l’exécution provisoire,
DÉBOUTE les parties du surplus de leurs demandes.
Ainsi jugé et prononcé par mise à disposition au greffe du tribunal de proximité le 19 mars 2026, les parties en ayant été préalablement avisées dans les conditions prévues au deuxième alinéa de l’article 450 du code de procédure civile, la minute étant signée par Madame Sophie VERNERET-LAMOUR, juge des contentieux de la protection, et par Monsieur Thomas BOUMIER, greffier.
Le greffier La juge des contentieux de la protection
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