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Sur la décision
| Référence : | TJ Bobigny, ch. 28 proxi référé, 6 mai 2024, n° 24/00433 |
|---|---|
| Numéro(s) : | 24/00433 |
| Importance : | Inédit |
| Dispositif : | Fait droit à l'ensemble des demandes du ou des demandeurs sans accorder de délais d'exécution au défendeur |
| Date de dernière mise à jour : | 5 janvier 2025 |
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Texte intégral
TRIBUNAL DE PROXIMITE
DE SAINT DENIS
[Adresse 3]
[Localité 7]
Téléphone : [XXXXXXXX01]
Télécopie : [XXXXXXXX02]
@ : [Courriel 9]
REFERENCES : N° RG 24/00433 – N° Portalis DB3S-W-B7I-Y35W
Minute : 24/00141
S.A. CDC HABITAT SOCIAL
Représentant : Me Gaëlle LE DEUN, avocat au barreau de VAL D’OISE, vestiaire : 33
C/
Monsieur [F] [X]
Madame [J] [Y]
Exécutoire, copie, dossier
délivrés à :
Copie délivrée à :
— Monsieur [F] [X]
— Madame [J] [Y]
Le
ORDONNANCE DE REFERE
DU 06 Mai 2024
Ordonnance rendue par décision Réputée contradictoire et en premier ressort et mise à disposition au greffe du tribunal de proximité en date du 06 Mai 2024;
par Madame Mylène POMIES, en qualité de juge des contentieux de la protection assistée de Madame Anaïs MEHAL, greffier ;
Après débats à l’audience publique du 25 Mars 2024 tenue sous la présidence de Madame Mylène POMIES juge des contentieux de la protection assistée de Madame Anaïs MEHAL, greffier ;
ENTRE DEMANDEUR(S) :
S.A. CDC HABITAT SOCIAL
[Adresse 4]
[Localité 5]
représentée par Me Gaëlle LE DEUN, avocat au barreau de VAL D’OISE, vestiaire : 33
D’UNE PART
ET DÉFENDEUR(S) :
— Monsieur [F] [X]
— Madame [J] [Y]
demeurant [Adresse 6]
Résidence [10]
[Localité 8]
tous deux non comparants
D’AUTRE PART
EXPOSE DU LITIGE
La SA CDC HABITAT SOCIAL est propriétaire d’un bien immobilier à usage d’habitation dans un immeuble situé [Adresse 6].
Informée de l’installation dans le logement de personnes, la SA CDC HABITAT SOCIAL a déposé plainte le 10 novembre 2023.
Par acte de commissaire de justice en date du 8 février 2024, la SA CDC HABITAT SOCIAL a fait assigner Monsieur [F] [X] et Madame [J] [Y] devant le juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire de Bobigny siégeant au tribunal de proximité de Saint-Denis, statuant en référé, aux fins de voir :
— constater que Monsieur [F] [X] et Madame [J] [Y] sont occupants sans droit ni titre et en conséquence, ordonner, à défaut de départ volontaire, l’expulsion immédiate, ainsi que celle de tous occupants de leur chef, si nécessaire avec l’aide de la force publique,
— supprimer le délai de l’article L.412-1 du code des procédures civiles d’exécution,
— dire que le sort des meubles sera réglé par les dispositions du code des procédures civiles d’exécution,
— condamner in solidum Monsieur [F] [X] et Madame [J] [Y] au paiement d’une indemnité provisionnelle mensuelle d’occupation égale au montant du loyer normalement pratiqué pour ce type de logement à compter du 10 novembre 2023,
— condamner in solidum Monsieur [F] [X] et Madame [J] [Y] au paiement d’une somme de 1 000 euros au titre de l’article 700 du code de procédure civile, et aux dépens.
Au soutien de ses demandes, la SA CDC HABITAT SOCIAL fait valoir que l’occupation par Monsieur [F] [X] et Madame [J] [Y] de son logement est constitutive d’une voie de fait qui lui cause un préjudice matériel et financier important tenant à l’impossibilité de louer le bien.
A l’audience du 25 mars 2024 à laquelle l’affaire a été appelée, la SA CDC HABITAT SOCIAL, représentée par son conseil, a sollicité le bénéfice de son acte introductif d’instance.
Bien que régulièrement assignés à l’étude du commissaire de justice, Monsieur [F] [X] et Madame [J] [Y] n’ont pas comparu et ne se sont pas fait représenter. Il sera par conséquent statué par décision réputée contradictoire.
Conformément à l’article 455 du code de procédure civile, pour un plus ample exposé des prétentions et moyens des parties, il est renvoyé aux écritures déposées et développées oralement à l’audience.
La décision a été mise en délibéré par mise à disposition au greffe au 6 mai 2024.
MOTIFS DE LA DECISION
Aux termes de l’article 472 du code de procédure civile, si le défendeur ne comparaît pas, il est néanmoins statué sur le fond. Le juge ne fait droit à la demande que dans la mesure où il l’estime régulière, recevable et bien fondée.
Sur la demande d’expulsion en raison de l’occupation illicite du logement
En application de l’article 835 alinéa 1er du code de procédure civile, le juge des contentieux de la protection, dans les limites de sa compétence, peut toujours, même en présence d’une contestation sérieuse, prescrire en référé les mesures conservatoires ou de remise en état qui s’imposent, soit pour prévenir un dommage imminent, soit pour faire cesser un trouble manifestement illicite.
Le trouble manifestement illicite est la perturbation résultant d’un fait matériel ou juridique qui, directement ou indirectement, constitue une violation évidente de la règle de droit.
En vertu de l’article 544 du code civil, la propriété est le droit de jouir et disposer des choses de la manière la plus absolue, pourvu qu’on n’en fasse pas un usage prohibé par les lois ou par les règlements. L’occupation sans droit ni titre du bien d’autrui constitue un tel trouble manifestement illicite auquel il appartient au juge des référés de mettre fin.
En l’espèce, il résulte des pièces versées aux débats que Monsieur [F] [X] et Madame [J] [Y] occupent le logement litigieux, appartenant à la SA CDC HABITAT SOCIAL, à des fins d’habitation. En effet, dans sa plainte déposée le 14 novembre 2023, le bailleur a indiqué aux policiers que le 10 novembre, alors qu’il allait contrôler le logement, sa clé ne fonctionnait plus alors qu’un homme lui a ouvert la porte pour lui signifier qu’il procédait à des travaux pour y installer sa famille. Le bailleur précise qu’il n’a nullement consenti à cette occupation et encore moins au changement de la serrure.
Dans son procès-verbal de signification d’une sommation de quitter les lieux du 4 décembre 2024, le commissaire de justice a rencontré sur place Monsieur [F] [X] et Madame [J] [Y] à qui il a remis ladite sommation en personne.
Par ailleurs, l’acte de signification de la demande en justice atteste du domicile des défendeurs.
Dès lors, l’occupation des lieux par Monsieur [F] [X] et Madame [J] [Y] est établie, de même que le défaut de tout droit ou titre d’occupation, la SA CDC HABITAT SOCIAL n’ayant nullement consenti à une telle occupation, ce qui caractérise de manière non sérieusement contestable un trouble manifestement illicite.
Il convient donc en conséquence d’ordonner leur expulsion, selon les modalités détaillées dans le dispositif de la présente décision pour faire cesser le trouble manifestement illicite.
Il sera rappelé enfin que le sort du mobilier garnissant le logement est prévu par les articles L.433-1 et suivants du code des procédures civiles d’exécution.
Sur la demande de suppression du délai de deux mois prévu par l’article L412-1 du code des procédures civiles d’exécution
L’article L412-1 du code des procédures civiles d’exécution dispose que si l’expulsion porte sur un lieux habité par la personne expulsée ou par tout occupant de son chef, elle ne peut avoir lieu qu’à l’expiration d’un délai de deux mois qui suit le commandement, sans préjudice des dispositions des articles L412-3 à L412-7. Toutefois, le juge peut, notamment lorsque la procédure de relogement effectuée en application de l’article L442-4-1 du code de la construction et de l’habitation n’a pas été suivie d’effet du fait du locataire, réduire ou supprimer ce délai. Le délai prévu au premier alinéa du présent article ne s’applique pas lorsque le juge qui ordonne l’expulsion constate que les personnes dont l’expulsion a été ordonnée sont entrées dans les locaux par voie de fait.
En l’espèce le bailleur a indiqué aux policiers que la serrure avait été modifiée, de sorte que Monsieur [F] [X] et Madame [J] [Y] sont entrés dans les locaux par voie de fait.
Aussi le délai de deux mois prévu à l’article L.412-1 du code de procédures civiles d’exécution n’a pas vocation à s’appliquer.
Sur la demande de suppression du bénéfice de la trêve hivernale
Aux termes de l’article L. 412-6 du code des procédures civiles d’exécution, tel que modifié par la loi du 23 novembre 2018, nonobstant toute décision d’expulsion passée en force de chose jugée et malgré l’expiration des délais accordés en vertu de l’article L. 412-3, il est sursis à toute mesure d’expulsion non exécutée à la date du 1er novembre de chaque année jusqu’au 31 mars de l’année suivante, à moins que le relogement des intéressés soit assuré dans des conditions suffisantes respectant l’unité et les besoins de la famille.
Par dérogation au premier alinéa du présent article, ce sursis ne s’applique pas lorsque la mesure d’expulsion a été prononcée en raison d’une introduction sans droit ni titre dans le domicile d’autrui par voies de fait.
Le juge peut supprimer ou réduire le bénéfice du sursis mentionné au même premier alinéa lorsque les personnes dont l’expulsion a été ordonnée sont entrées dans tout autre lieu que le domicile à l’aide des procédés mentionnés au deuxième alinéa.
En l’espèce, en raison de la voie de fait commise pour s’introduire dans les lieux, il y a lieu de supprimer le bénéfice de la trêve hivernale.
Sur la provision au titre de l’indemnité d’occupation
Aux termes de l’article 835 alinéa 2 du code de procédure civile, dans les cas où l’existence de l’obligation n’est pas sérieusement contestable, le juge des contentieux de la protection, dans les limites de sa compétence, peut accorder une provision au créancier.
L’obligation non sérieusement contestable vise aussi bien les créances d’origine contractuelle, quasi contractuelle, délictuelle ou quasi délictuelle, le juge des référés étant cependant tenu de préciser la nature de l’origine de cette créance ou la nature de l’obligation la fondant. Il y a une contestation sérieuse chaque fois que la décision du juge des référés l’obligerait à se prononcer préalablement sur une contestation relative à l’existence d’un droit ou le conduirait à se prononcer sur le fond du litige, par exemple en portant une appréciation sur la validité, la qualification ou l’interprétation d’un acte juridique. Ce dernier apprécie souverainement le montant de la provision à accorder.
Le maintien dans des lieux sans droit ni titre constitue une faute civile de nature quasidélictuelle ouvrant droit à réparation en ce qu’elle cause un préjudice certain pour le propriétaire dont l’occupation indue de son bien l’a privé de sa jouissance. Au delà de cet aspect indemnitaire, l’indemnité d’occupation, qui est également de nature compensatoire, constitue une dette de jouissance correspondant à la valeur équitable des locaux.
En l’espèce afin de préserver les intérêts de la SA CDC HABITAT SOCIAL, il convient de dire que Monsieur [F] [X] et Madame [J] [Y] seront redevables, à son égard, d’une indemnité d’occupation mensuelle à compter du 10 novembre 2023, date à laquelle il est établi de manière non sérieusement contestable que les défendeurs ont intégré les lieux litigieux, et jusqu’à libération effective des lieux.
Compte tenu, d’une part, des caractéristiques des lieux occupés, de leur localisation, de la simulation de location du propriétaire pour ce type de logement social et, d’autre part, de la nécessité de rendre dissuasive l’occupation tout en compensant le préjudice subi par le demandeur, l’indemnité d’occupation peut être fixée à 796,42 euros par mois. Monsieur [F] [X] et Madame [J] [Y] seront ainsi condamnés solidairement au paiement de cette somme à titre provisionnel.
Sur les demandes accessoires
Monsieur [F] [X] et Madame [J] [Y], parties perdantes, supporteront in solidum la charge des dépens en application de l’article 696 du code de procédure civile.
Il serait inéquitable de laisser à la charge du demandeur les frais exposés par lui dans la présente instance et non compris dans les dépens. La somme de 600 euros lui sera donc allouée au titre de l’article 700 du code de procédure civile.
La présente décision est exécutoire à titre provisoire, conformément à l’article 514 du code de procédure civile.
PAR CES MOTIFS
Nous, juge des contentieux de la protection, statuant en référé, publiquement, après débats en audience publique, par ordonnance réputée contradictoire mise à disposition au greffe en premier ressort,
Au principal, renvoyons les parties à se pourvoir ainsi qu’elles aviseront mais, dès à présent, vu l’absence de contestation sérieuse,
Constatons que Monsieur [F] [X] et Madame [J] [Y] sont occupants sans droit ni titre du logement situé [Adresse 6] ;
Ordonnons en conséquence à Monsieur [F] [X] et Madame [J] [Y] de libérer les lieux immédiatement à compter de la signification de la présente décision ;
Disons qu’à défaut pour Monsieur [F] [X] et Madame [J] [Y] d’avoir volontairement libéré les lieux, la SA CDC HABITAT SOCIAL pourra, après la signification d’un commandement de quitter les lieux, faire procéder à leur expulsion ainsi qu’à celle de tous occupants de leur chef y compris le cas échéant avec le concours d’un serrurier et de la force publique ;
Précisons que les dispositions de l’article L.412-6 du code des procédures civiles d’exécution relatives à la trêve hivernale n’ont pas lieu à s’appliquer, de même que le délai de deux mois de l’article L.412-1 du même code ;
Rappelons que le sort du mobilier garnissant le logement est prévu par les articles L.433-1 et suivants du code des procédures civiles d’exécution ;
Condamnons solidairement Monsieur [F] [X] et Madame [J] [Y] à verser à la SA CDC HABITAT SOCIAL une indemnité provisionnelle mensuelle d’occupation d’un montant de 796,42 euros à compter du 10 novembre 2023 et jusqu’à la date de la libération effective et définitive des lieux (volontaire ou en suite de l’expulsion) ;
Condamnons in solidum Monsieur [F] [X] et Madame [J] [Y] à verser à la SA CDC HABITAT SOCIAL une somme de 600 euros au titre de l’article 700 du code de procédure civile ;
Condamnons in solidum Monsieur [F] [X] et Madame [J] [Y] aux dépens ;
Rappelons que la présente ordonnance est de plein droit exécutoire à titre provisoire ;
Ainsi jugé et prononcé par mise à disposition les jour, mois et an susdits par le juge et le greffier susnommés.
Le greffier, Le juge des contentieux de la protection.
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