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Sur la décision
| Référence : | TJ Montpellier, cont. general proxi, 7 avr. 2026, n° 25/02288 |
|---|---|
| Numéro(s) : | 25/02288 |
| Importance : | Inédit |
| Dispositif : | Fait droit à une partie des demandes du ou des demandeurs sans accorder de délais d'exécution au défendeur |
| Date de dernière mise à jour : | 21 avril 2026 |
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Sur les parties
| Avocat(s) : | |
|---|---|
| Parties : |
Texte intégral
N° RG 25/02288 – N° Portalis DBYB-W-B7J-QAB2
LE TRIBUNAL JUDICIAIRE DE MONTPELLIER
[Adresse 1]
JUGEMENT DU 07 Avril 2026
DEMANDEUR:
S.A. -CA CONSUMER FINANCE, dont le siège social est sis [Adresse 2]
représentée par Me Jérôme MARFAING-DIDIER, avocat au barreau de TOULOUSE substitué par Me Jérôme PASCAL, avocat au barreau de MONTPELLIER
DEFENDEUR:
Madame [U] [Y], demeurant [Adresse 3]
non comparante, ni représentée
Monsieur [T] [Y], demeurant [Adresse 3]
non comparant, ni représenté
COMPOSITION DU TRIBUNAL
Président : Sabine CORVAISIER, Juge des contentieux de la protection au Tribunal Judiciaire de Montpellier
Greffier : Clémence BOUTAUD
DEBATS:
Audience publique du : 10 Février 2026
Affaire mise en deliberé au 07 Avril 2026
JUGEMENT :
Rendu par mise à disposition de la décision au greffe le 07 Avril 2026 par
Sabine CORVAISIER, Président
assistée de Clémence BOUTAUD, greffier
Copie exécutoire délivrée à : Me Jérôme MARFAING-DIDIER
Copie certifiée delivrée à :
EXPOSE DU LITIGE
Par offre sous signature manuscrite acceptée en date du 28 juin 2021, la SA CA CONSUMER FINANCE a consenti à Madame [U] [Y] et Monsieur [T] [Y] un contrat de crédit prêt personnel d’un montant total de 50 501,08 euros, remboursable en 180 mensualités de 380,90 euros, hors assurance, au taux débiteur fixe de 3,998 %. A la suite d’impayés, la déchéance du terme a été prononcée en date du 14 avril 2025.
Par actes de commissaire de justice ayant fait l’objet de procès-verbaux de recherches infructueuses en date du 09 septembre 2025, la SA CA CONSUMER FINANCE a fait assigner Madame [U] [Y] et Monsieur [T] [Y] devant le Juge des contentieux de la protection du Tribunal judiciaire de Montpellier, au visa de l’article 1103 du Code civil et des articles L. 312-18 et suivants du Code de la consommation, aux fins de :
à titre principal :
dire que la déchéance du terme a été valablement prononcée,
les condamner solidairement au paiement de la somme principale de 48 279,51 euros, avec intérêts au taux contractuel depuis l’arrêté de compte du 29 avril 2025,
à titre subsidiaire :
prononcer la résiliation judiciaire du contrat,
les condamner solidairement au paiement de la somme de 48 279,15 euros, avec intérêts au taux contractuel depuis l’arrêté de compte du 29 avril 2025,
à titre infiniment subsidiaire :
les condamner solidairement au paiement des échéances échues impayées d’un montant de 3 312,06 euros, outre les intérêts de retard courant jusqu’à la date du règlement effectif, à un taux égal à celui du prêt outre les échéances jusqu’au jour du jugement à intervenir,
juger que Madame [U] [Y] et Monsieur [T] [Y] devront reprendre le paiement des échéances futures,
en tout état de cause :
les condamner solidairement au paiement de la somme de 500 euros à titre de dommages et intérêts,
les condamner solidairement au paiement de la somme de 600 euros sur le fondement de l’article 700 du Code de procédure civile,
les condamner solidairement aux dépens,
juger n’y avoir lieu à écarter l’exécution provisoire de la décision à intervenir.
A l’audience du 10 février 2026, la Juge des contentieux de la protection a relevé d’office notamment le moyen tiré de la forclusion de l’action en paiement, le moyen tiré de la déchéance du droit aux intérêts conventionnels en raison notamment du manquement du prêteur à son obligation de remettre à l’emprunteur une fiche d’informations précontractuelles européennes normalisées et une notice d’assurance, en raison du manquement du prêteur à son obligation de vérifier la solvabilité de l’emprunteur, de consulter le FICP lors de la conclusion du contrat de crédit, en raison de l’absence de bordereau de rétractation, et le moyen tiré de la nullité du contrat en raison du déblocage des fonds avant le septième jour.
A cette audience, la SA CA CONSUMER FINANCE, représentée par son avocat qui a déposé son dossier, a maintenu ses demandes telles que formées dans son acte introductif d’instance auquel il convient de se référer pour un plus ample exposé de ses moyens conformément à l’article 455 du code de procédure civile. Elle a indiqué ne pas solliciter de renvoi pour répondre aux moyens soulevés d’office.
En défense, Madame [U] [Y] et Monsieur [T] [Y], bien que régulièrement assignés, n’ont pas comparu ni n’ont été représentés.
A l’issue de l’audience, la décision a été mise en délibéré au 07 avril 2026.
MOTIFS DE LA DECISION
L’article 472 du code de procédure civile dispose que si le défendeur ne comparaît pas, il est néanmoins statué sur le fond. Le juge ne fait droit à la demande que dans la mesure où il l’estime régulière, recevable et bien fondée.
En application de l’article R. 632-1 du Code de la consommation, le juge peut relever d’office toutes les dispositions du présent code dans les litiges nés de son application.
Sur la forclusion de l’action en paiement
L’article R.312-35 du code de la consommation dispose que les actions en paiement à l’occasion de la défaillance du débiteur, doivent être engagées devant le Juge des contentieux de la protection dans les deux ans de l’événement qui leur a donné naissance à peine de forclusion.
Cet événement est caractérisé par le premier incident de paiement non régularisé.
En l’espèce, il ressort des pièces versées aux débats que le premier incident de paiement non régularisé doit être fixé au 05 octobre 2024.
L’assignation ayant été signifiée le 09 septembre 2025 soit moins de deux ans à compter de ce premier incident de paiement non régularisé, l’action intentée doit être déclarée recevable.
Sur la déchéance du terme
Il ressort du courrier adressé à l’emprunteur en date du 14 avril 2025, que le paiement de l’intégralité des sommes restant dues a été réclamé par le prêteur de sorte que celui-ci s’est nécessairement prévalu de la clause résolutoire ou de déchéance du terme stipulée au contrat de prêt, étant par ailleurs observé que la régularité du prononcé de la déchéance du terme n’est pas critiquée et que ce courrier a été précédé d’une mise en demeure de payer adressée à l’emprunteur par lettre recommandée avec accusé de réception.
Dans ces conditions, il y a lieu de constater la déchéance du terme du contrat de crédit à la date du 14 avril 2025.
Sur la déchéance du droit aux intérêts contractuels
Aux termes de l’article L.312-16 du code de la consommation, le prêteur vérifie la solvabilité de l’emprunteur, avant de conclure le contrat de crédit, à partir d’un nombre suffisant d’informations, y compris des informations fournies par ce dernier à la demande du prêteur ; qu’il consulte le fichier prévu à l’article L.333-4 devenu l’article L. 751-1, dans les conditions prévues par l’arrêté mentionné à l’article L.333-5 devenu l’article L. 751-6.
Le non-respect de ces obligations est sanctionné par la déchéance du droit du prêteur au remboursement des intérêts contractuels, en totalité ou dans la proportion fixée par le juge en vertu de l’article L. 341-2 du Code de la consommation.
S’agissant d’obligations pesant sur le prêteur, il lui appartient de démontrer qu’il y a effectivement procédé. En effet, l’article 1315 du code civil, devenu 1253, dispose qu’il appartient à celui qui réclame l’exécution d’une obligation de la prouver. Il appartient ainsi au prêteur, qui prétend obtenir paiement des intérêts au taux conventionnel, d’établir qu’il a satisfait aux formalités d’ordre public prescrites par le code de la consommation.
Il découle de ces dispositions qu’elles font peser sur le prêteur une véritable obligation de vérification de la solvabilité de l’emprunteur et qu’il ne peut à cet égard se contenter des éléments déclarés par l’emprunteur au titre de ses ressources et charges, mais qu’il doit en vérifier la réalité en sollicitant tout document utile à cette vérification.
En l’espèce, la fiche dialogue versée aux débats par l’établissement bancaire laisse apparaitre des revenus mensuels à hauteur de 2 945 euros pour Madame [U] [Y] et 1 233 euros pour Monsieur [T] [Y], outre 132 euros de prestations familiales et aide au logement, soit des ressources mensuelles totale à hauteur de 4 310 euros, pour des charges mensuelles s’élevant à 2 129 euros, hors prise en compte des échéances du crédit litigieux à hauteur de 380,90 euros.
Madame [U] [Y] et Monsieur [T] [Y] présentent ainsi un taux d’endettement de 49,40 %, et ce sans prendre en compte le montant des échéances du contrat de crédit litigieux qui portent leur taux d’endettement à hauteur de 58,23 %.
La fiche dialogue mentionne de surcroit un revenu mensuel de 2 945 euros pour Madame [U] [Y], alors que les fiches de paie de cette dernière pour les mois de janvier, mars, avril et mai 2021 font état d’un salaire net à payer moyen de 2 478,93 euros, seule la fiche de paie de février 2021 indiquant un salaire net à payer de 3 376,78 euros mais cette exception étant notamment justifiée par l’octroi d’une prime ponctuelle.
L’établissement bancaire ne peut ainsi prétendre avoir effectué une vérification sérieuse de la situation financière des emprunteurs, et ce d’autant plus qu’il ne produit aucun document justificatif des charges.
Le prêteur a donc manqué à son obligation de vérification de la solvabilité de l’emprunteur et doit par conséquent être, dès lors, déchu de son droit aux intérêts conventionnels au jour de la conclusion du contrat de crédit.
La déchéance du droit aux intérêts conventionnels étant prononcée notamment sur ce fondement, il n’y a pas lieu d’envisager les autres causes de déchéance du droit aux intérêts conventionnels soulevées d’office.
Sur le montant de la créance
En application de l’article L. 341-8 du Code de la consommation, lorsque le prêteur est déchu du droit aux intérêts dans les conditions prévues aux articles L. 341-1 à L. 341-7, l’emprunteur n’est tenu qu’au seul remboursement du capital suivant l’échéancier prévu, ainsi que, le cas échéant, au paiement des intérêts dont le prêteur n’a pas été déchu.
Les sommes déjà perçues par le prêteur au titre des intérêts, qui sont productives d’intérêts au taux de l’intérêt légal à compter du jour de leur versement, sont restituées par le prêteur ou imputées sur le capital restant dû.
Cette limitation légale de la créance du prêteur déchu du droit des intérêts exclut qu’il puisse prétendre au paiement de l’indemnité prévue à l’article L. 312-39 du Code de la consommation.
Ainsi, la créance de la SA CA CONSUMER FINANCE s’établit comme suit :
— capital emprunté : 50 501,08 euros
— sous déduction des versements effectués par les emprunteurs : 17 511,38 euros,
soit la somme de 32 989,70 euros à laquelle Madame [U] [Y] et Monsieur [T] [Y] seront solidairement condamnés avec intérêts au taux légal à compter du 14 avril 2025. Afin d’assurer l’effet de la Directive 2008/48 CE du 23 avril 2008 relative au contrat de crédit aux consommateurs et notamment son article 23, et par conséquent, le caractère effectif et dissuasif de la sanction de la déchéance du droit aux intérêts conventionnels, il convient de dire que le taux légal ne sera pas majoré.
Sur la demande de dommages et intérêts
En application de l’article 1240 du code civil, tout fait quelconque de l’homme, qui cause à autrui un dommage, oblige celui par la faute duquel il est arrivé à le réparer.
La SA CA CONSUMER FINANCE ne produit aucunement document justifiant l’existence d’un préjudice de sa demande de dommages et intérêts. Elle sera par conséquent déboutée de sa demande à ce titre.
Sur les demandes accessoires
Sur les dépens
Aux termes de l’article 696 du code de procédure civile, la partie perdante est condamnée aux dépens, à moins que le juge, par décision motivée, n’en mette la totalité ou une fraction à la charge d’une autre partie.
Madame [U] [Y] et Monsieur [T] [Y], parties perdantes, seront solidairement condamnés aux dépens.
Sur l’article 700 du Code de procédure civile
En application de l’article 700 du code de procédure civile, dans toutes les instances le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante à payer à l’autre partie la somme qu’il détermine au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l’équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d’office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu’il n’y a lieu à condamnation.
En l’espèce, l’équité commande de ne pas faire application des dispositions de l’article 700 du code de procédure civile. La SA CA CONSUMER FINANCE sera par conséquent déboutée de sa demande à ce titre.
Sur l’exécution provisoire
Aux termes de l’article 514 du code de procédure civile, les décisions de première instance sont de droit exécutoires à titre provisoire à moins que la loi ou la décision rendue n’en dispose autrement.
Il convient de rappeler que l’exécution provisoire est de droit.
PAR CES MOTIFS
Le Juge des contentieux de la protection, statuant après débats en audience publique, par jugement réputé contradictoire, en premier ressort et par mise à disposition :
DECLARE recevable l’action en paiement de la SA CA CONSUMER FINANCE ;
CONSTATE la déchéance du terme du contrat de crédit à la date du 14 avril 2025 ;
DIT que la SA CA CONSUMER FINANCE est déchue de son droit aux intérêts conventionnels au jour de la conclusion du contrat de crédit en date du 28 juin 2021 ;
CONDAMNE solidairement Madame [U] [Y] et Monsieur [T] [Y] à payer à la SA CA CONSUMER FINANCE la somme de 32 989,70 euros au titre du contrat de crédit en date du 28 juin 2021, avec intérêts au taux légal à compter du 14 avril 2025, sans majoration possible de ce taux d’intérêt ;
DEBOUTE la SA CA CONSUMER FINANCE du surplus de ses demandes ;
CONDAMNE solidairement Madame [U] [Y] et Monsieur [T] [Y] aux dépens ;
DIT n’y avoir lieu à application des dispositions de l’article 700 du Code de procédure civile et, en conséquence, DEBOUTE la SA CA CONSUMER FINANCE de sa demande à ce titre ;
RAPPELLE que l’exécution provisoire est de droit.
La Greffière, La Juge des contentieux de la protection,
En conséquence, la République française mande et ordonne à tous commissaires de justice, sur ce requis, de mettre la présente décision à exécution, aux procureurs généraux et procureurs de la République près les tribunaux judiciaires d’y tenir la main, à tous commandants et officiers de la force publique de prêter main-forte lorsqu’ils en seront légalement requis.
En foi de quoi la minute des présentes a été signée électroniquement par le président et par le greffier.
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