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Sur la décision
| Référence : | TJ Beauvais, cont. ppp, 9 févr. 2026, n° 25/00440 |
|---|---|
| Numéro(s) : | 25/00440 |
| Importance : | Inédit |
| Dispositif : | Fait droit à une partie des demandes du ou des demandeurs sans accorder de délais d'exécution au défendeur |
| Date de dernière mise à jour : | 5 mars 2026 |
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Sur les parties
| Avocat(s) : | |
|---|---|
| Cabinet(s) : | |
| Parties : | POLE DE LA PROTECTION, S.A. COFIDIS |
Texte intégral
TRIBUNAL JUDICIAIRE
POLE DE LA PROTECTION
ET DE LA PROXIMITE
[Adresse 1]
[Localité 1]
☎ : [XXXXXXXX01]
N° RG 25/00440 – N° Portalis DBZU-W-B7J-FN4K
Minute n°26/00164
JUGEMENT
du 09 Février 2026
S.A. COFIDIS
C/
[C] [N]
[R] [N] née [B]
Expédition(s) à :
[C] [N]
[R] [N] née [B]
Copie(s) exécutoire(s) à :
[C] [N]
[R] [N] née [B]
Délivrée(s) le :
JUGEMENT
Le Tribunal judiciaire le 09 Février 2026 ;
Sous la présidence de Madame […], Juge des contentieux de la protection, assistée de […], Greffière.
Après débats à l’audience du 08 Décembre 2025, et selon les dispositions de l’article 450 du Code de procédure civile, a rendu le jugement suivant,
ENTRE :
DEMANDEUR(S) :
S.A. COFIDIS
[Adresse 2]
[Adresse 2]
[Localité 2]
représentée par Maître Francis DEFFRENNES de la SCP THEMES, avocats au barreau de LILLE substituée par Me Emmanuelle GREVOT, avocat au barreau de BEAUVAIS
ET :
DÉFENDEUR(S) :
[C] [N]
[Adresse 3]
[Localité 3]
non comparant, ni représenté
[R] [N] née [B]
[Adresse 3]
[Localité 3]
non comparante, ni représentée
EXPOSE DU LITIGE
Selon offre préalable acceptée le 14 février 2022, la SA COFIDIS a consenti à Monsieur [C] [N] et Madame [R] [B] épouse [N] un prêt personnel d’un montant en capital de 10.000 euros, avec intérêts au taux débiteur de 4,8% l’an, n°28925001312686 remboursable en 60 mensualités, 1 mensualité de 176,73 euros, 58 mensualités s’élevant à 187,80 euros, et une dernière mensualité de 187,28 euros, hors assurance.
Selon offre acceptée le 16 août 2022, la SA COFIDIS a consenti à Monsieur [C] [N] et Madame [R] [B] épouse [N] un prêt personnel d’un montant en capital de 8.000 euros, avec intérêts au taux débiteur de 4,8% l’an, n°28986001437107 remboursable en 72 mensualités, 1 mensualité de 117,14 euros, 70 mensualités de 128,10 euros et une dernière mensualité de 127,55 euros, hors assurance.
Par acte de commissaire de justice en date du 4 mars 2025, la SA COFIDIS a fait assigner Monsieur [C] [N] et Madame [R] [B] épouse [N] devant le juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire de Beauvais afin de :
à titre principal, constater la déchéance du terme des contrats de crédit et condamner solidairement Monsieur [C] [N] et Madame [R] [B] épouse [N] au paiement de la somme de 9.406,59 euros au taux d’intérêts de 4,80 % à compter du 20 juin 2023 au titre du crédit n°28925001312686 et de la somme de 8.473,19 euros au taux d’intérêts de 4,80 % à compter du 20 juin 2023 au titre du crédit n°28986001437107
à titre subsidiaire, prononcer la résolution judiciaire des contrats de crédit et condamner Monsieur [C] [N] et Madame [R] [B] épouse [N] aux restitutions ainsi qu’au paiement de la somme de 2.000 euros ;
à titre très subsidiaire, condamner solidairement Monsieur [C] [N] et Madame [R] [B] épouse [N] au paiement des échéances impayées ;
en tout état de cause, condamner solidairement Monsieur [C] [N] et Madame [R] [B] épouse [N] au paiement de la somme de 1.000 euros au titre de l’article 700 du code de procédure civile et aux dépens.
L’affaire a été appelée à l’audience du 8 décembre 2025.
A cette date, la SA COFIDIS comparaît, représentée. Elle se réfère à son assignation. Elle indique que les mensualités de l’emprunt n’ont pas été régulièrement payées. Elle précise que la forclusion biennale n’est pas encourue, le premier incident de paiement non régularisé se situant au 6 mars 2023 et qu’elle est dès lors bien fondée à obtenir la condamnation des défendeurs au paiement du solde des sommes dues augmentées des intérêts au taux contractuel. A titre subsidiaire, elle sollicite la résolution judiciaire des contrats au visa des articles 1347 et 1352 et suivants du code civil estimant que les emprunteurs ont manqué à leurs obligation.. Elle a également pu émettre ses observations sur le respect des règles d’ordre public fixées par le code de la consommation.
Cités à l’étude du commissaire de justice, Monsieur [C] [N] et Madame [R] [B] épouse [N] ne comparaissent pas.
L’affaire a été mise en délibéré au 9 février 2026.
MOTIFS DE LA DÉCISION
Conformément à l’article 472 du code de procédure civile, si le défendeur ne comparaît pas, il est néanmoins statué sur le fond et le juge ne fait alors droit à la demande que dans la mesure où il l’estime régulière, recevable et bien fondée.
I – Sur la demande principale
A – Sur l’office du juge
En application de l’article R632-1 du code de la consommation, le juge peut soulever d’office toutes les dispositions de ce code dans les litiges nés de son application. L’article L314-26 du code de la consommation précise que les dispositions des chapitres II et III et des sections II à VII du chapitre IV du code de la consommation sont d’ordre public.
En l’espèce, la SA COFIDIS a pu évoquer la régularité des offres de prêt et a pu formuler ses observations quant au respect des dispositions d’ordre public des articles L312-1 et suivants du code de la consommation.
B – Sur la recevabilité de la demande
En application de l’article R312-35 du code de la consommation, dans sa version applicable au contrat de prêt du 14 février 2022, les actions en paiement engagées devant le tribunal judiciaire à l’occasion de la défaillance de l’emprunteur doivent être formées dans les deux ans de l’événement qui leur a donné naissance à peine de forclusion. Cet événement est caractérisé par le non-paiement des sommes dues à la suite de la résiliation du contrat ou de son terme, le premier incident de paiement non régularisé ou encore, dans le cadre d’un contrat de crédit renouvelable, le dépassement non régularisé du montant total du crédit consenti. Il résulte de ce texte que le délai de deux ans court à compter du premier incident de paiement non régularisé, compte tenu des règles d’imputation des paiements énoncées par le code civil.
En l’espèce, il ressort des historiques de compte que les premiers impayés non régularisés sont intervenus postérieurement au délai de deux ans précédant l’assignation du 4 mars 2025.
Dès lors, les demandes en paiement sont recevables.
C – Sur l’exigibilité de la créance
Aux termes de l’article L312-39 du code de la consommation, en cas de défaillance de l’emprunteur, le prêteur peut exiger le remboursement immédiat du capital restant dû majoré des intérêts échus mais non payés. En application des articles 1224 et 1225 du code civil, la résolution peut résulter de l’application d’une clause résolutoire qui précise les engagements dont l’inexécution entraînera la résolution du contrat. En ce cas, la résolution est subordonnée à une mise en demeure infructueuse, s’il n’a pas été convenu que celle-ci résulterait du seul fait de l’inexécution, qui ne produit effet que si elle mentionne expressément la clause résolutoire. Ainsi, si le contrat de prêt peut prévoir que la défaillance de l’emprunteur non commerçant entraînera la déchéance du terme, celle-ci ne peut, sauf disposition expresse et non équivoque, être déclarée acquise au créancier sans délivrance d’une mise en demeure restée sans effet précisant le délai dont dispose le débiteur pour y faire obstacle.
En l’espèce, les prêts stipulent qu’en cas de défaillance de l’emprunteur, le prêteur pourra exiger le remboursement immédiat du capital restant dû majoré des intérêts échus mais non payés.
Il ressort des pièces communiquées que Monsieur [C] [N] et Madame [R] [B] épouse [N] ont cessé de régler les échéances des prêts. Dès lors, la SA COFIDIS, qui a fait parvenir à Monsieur [C] [N] et Madame [R] [B] épouse [N] des demandes de règlement des échéances impayées les 7 juin 2023 et 21 juin 2023, restées sans réponse, était bien fondée à se prévaloir de la déchéance du terme et de la résiliation de plein droit des contrats et à demander le remboursement immédiat des sommes exigibles selon les termes des contrats.
D – Sur la déchéance du droit aux intérêts
Selon l’article L312-16 du code de la consommation, avant de conclure le contrat de crédit, le prêteur vérifie la solvabilité de l’emprunteur à partir d’un nombre suffisant d’informations, y compris des informations fournies par ce dernier à la demande du prêteur. Selon l’article L341-2 du code de la consommation, le prêteur qui n’a pas respecté les obligations fixées à l’article L312-16 est déchu du droit aux intérêts.
En l’espèce, pour chacun des prêts, la SA COFIDIS fournit la fiche de dialogue « ressources/charges » remplie par les emprunteurs ainsi que des justificatifs de revenus mais ne justifie pas avoir vérifié la solvabilité de l’emprunteur au moyen d’un nombre suffisant d’informations dès lors qu’il n’est produit aucun justificatif des charges de famille et de logement de Monsieur [C] [N] et Madame [R] [B] épouse [N].
En conséquence, il convient de prononcer la déchéance du droit aux intérêts à compter de la date de conclusion des contrats.
E – Sur les sommes dues
Sur les créances principales :
En application de l’article L341-8 du code de la consommation, en cas de déchéance du droit aux intérêts, l’emprunteur n’est tenu qu’au seul remboursement du capital suivant l’échéancier prévu et les sommes perçues au titre des intérêts sont restituées à l’emprunteur ou imputées sur le capital restant dû. En outre, la déchéance du droit aux intérêts exclut la possibilité pour le prêteur d’obtenir le paiement de l’indemnité prévue par les articles L312-39 et D312-16 du code de la consommation. Conformément à l’article L 341-8 précité, l’emprunteur n’est tenu qu’au seul remboursement du capital et la déchéance s’étend également aux primes ou cotisations d’assurances.
En l’espèce, il ressort des pièces produites par la demanderesse, et notamment des historiques, que la créance de la SA COFIDIS est établie.
Elle se calcule donc comme suit :
Contrat n°28925001312686 :
capital emprunté depuis l’origine : 10.000 euros
moins les versements réalisés : 2132,89 euros
Contrat n°28986001437107 :
capital emprunté depuis l’origine : 8.000 euros
moins les versements réalisés : 683 euros
soit un total restant dû de 15.184,11 euros, sous réserve des versements postérieurs et/ou non pris en compte dans les décomptes produits.
Les contrats de prêt prévoient expressément la solidarité entre les emprunteurs.
Sur les clauses pénales :
Il résulte de l’article 1231-5 du code civil que lorsque le contrat stipule que celui qui manquera de l’exécuter paiera une certaine somme à titre de dommages et intérêts, il ne peut être alloué à l’autre partie une somme plus forte ni moindre.
Néanmoins, le juge peut, même d’office, modérer ou augmenter la pénalité ainsi convenue si elle est manifestement excessive ou dérisoire.
Lorsque l’engagement a été exécuté en partie, la pénalité convenue peut être diminuée par le juge, même d’office, à proportion de l’intérêt que l’exécution partielle a procuré au créancier, sans préjudice de l’application de l’alinéa précédent.
Toute stipulation contraire aux deux alinéas précédents est réputée non écrite.
Sauf inexécution définitive, la pénalité n’est encourue que lorsque le débiteur est mis en demeure.
En l’espèce, la somme réclamée au titre de la clause pénale apparaît manifestement excessive compte tenu, d’une part, de l’intérêt que l’exécution partielle du contrat a déjà procuré au créancier et, d’autre part, du partage de responsabilité entre les parties concernant le préjudice généré par le retard de paiement, l’établissement de crédit ayant fait preuve de négligence lors de l’accomplissement des formalités nécessaires à la souscription du crédit.
Il y a donc lieu d’en réduire le montant à zero euro.
F – Sur les intérêts
En application de l’article 1231-6 du code civil, les dommages et intérêts dus à raison du retard dans le paiement d’une obligation de somme d’argent consistent dans l’intérêt au taux légal à compter de la mise en demeure. Selon l’article L313-3 du code monétaire et financier, en cas de condamnation pécuniaire par décision de justice, le taux de l’intérêt légal est majoré de cinq points à l’expiration d’un délai de deux mois à compter du jour où la décision de justice est devenue exécutoire. Le juge de l’exécution peut, à la demande du débiteur ou du créancier, et en considération de la situation du débiteur, exonérer celui-ci de cette majoration ou en réduire le montant. Par ailleurs, le juge doit assurer l’effectivité de la sanction prévue par le droit communautaire (Cour de Justice de l’Union Européenne, 27 mars 2014, C-565/12).
En l’espèce, compte tenu du taux contractuel de 4,8%, il apparaît que les montants susceptibles d’être effectivement perçus par le prêteur au titre des intérêts au taux légal, s’élevant à 2,62% pour le premier semestre de l’année 2026, pour les créanciers professionnels, majoré de plein droit de cinq points deux mois après la signification du jugement, en application de l’article L313-3 du code monétaire et financier, ne sont pas significativement inférieurs à ceux dont il aurait pu bénéficier s’il avait respecté ses obligations.
Il convient dès lors également d’écarter les intérêts afin d’assurer le caractère effectif et dissuasif de la sanction de déchéance du droit aux intérêts.
En conséquence, il convient de condamner Monsieur [C] [N] et Madame [R] [B] épouse [N] à payer à la SA COFIDIS la somme de 15.184,11 euros, sans intérêts.
II – Sur les mesures de fin de jugement
En application des dispositions des articles 696 et suivants du code de procédure civile, il convient de condamner Monsieur [C] [N] et Madame [R] [B] épouse [N] aux dépens de l’instance.
Il n’apparaît pas inéquitable de laisser à la charge de la SA COFIDIS les frais non compris dans les dépens qu’elle a exposés dans le cadre de la présente instance. Il convient donc de rejeter la demande formulée au titre de l’article 700 du code de procédure civile.
Conformément à l’article 514 du code de procédure civile, le présent jugement est assorti de l’exécution provisoire de droit.
PAR CES MOTIFS,
Le juge des contentieux de la protection statuant publiquement, par jugement réputé contradictoire, rendu en premier ressort :
DÉCLARE recevables les demandes en paiement ;
PRONONCE la déchéance du droit aux intérêts pour les contrats de crédit n°28925001312686 et 28986001437107 crédit conclus respectivement le 14 février 2022 et le 16 août 2022 ;
CONDAMNE solidairement Monsieur [C] [N] et Madame [R] [B] épouse [N] à payer à la SA COFIDIS la somme de 15.184,11 euros sans intérêts au titre des contrats de crédit n°28925001312686 et 28986001437107 crédit conclus le 14 février 2022 et le 16 août 2022 sans intérêts ;
REJETTE la demande présentée au titre de l’article 700 du code de procédure civile ;
CONDAMNE Monsieur [C] [N] et Madame [R] [B] épouse [N] aux dépens.
Ainsi jugé et prononcé à Beauvais, par mise à disposition du jugement au greffe du tribunal judiciaire, le 9 février 2026.
LE GREFFIER LE JUGE
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