Rejet 28 juin 2022
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Sur la décision
| Référence : | CAA Bordeaux, 5e ch. (formation à 3), 28 juin 2022, n° 20BX00524 |
|---|---|
| Juridiction : | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| Numéro : | 20BX00524 |
| Type de recours : | Plein contentieux |
| Décision précédente : | Cour administrative d'appel de Bordeaux, 4 avril 2017 |
| Dispositif : | Rejet |
| Date de dernière mise à jour : | 18 avril 2024 |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 14 février 2020, 17 septembre 2020 et 14 mai 2021, le département de la Charente-Maritime, représenté par Me Izembard, demande à la cour d’annuler l’arrêté du 18 octobre 2019 par lequel le préfet de la Charente-Maritime a délivré à la société Parc éolien des Chênaies Hautes une autorisation environnementale concernant un parc de sept éoliennes et deux postes de livraison sur le territoire des communes de Bernay-Saint-Martin, Breuil-la-Réorte et Puyrolland.
Il soutient que :
— il justifie d’un intérêt à agir ; il constitue un tiers intéressé au sens des dispositions de l’article L. 514-3-1 du code de l’environnement ; en vertu de l’article L. 3211-1 du code général des collectivités territoriales, le département est compétent pour promouvoir les solidarités et la cohésion territoriale sur le territoire départemental, or l’implantation des projets éoliens principalement sur le nord du territoire du département pose un grave problème de cohésion territoriale ; la concentration d’éoliennes dans un périmètre restreint constitue une atteinte à la commodité du voisinage et un problème d’utilisation rationnelle de l’énergie, lesquelles sont au nombre des intérêts visés par l’article L. 511-1 du code de l’environnement ; la saturation d’éoliennes pose un problème en termes de paysage et de préservation des espaces naturels et porte atteinte tant au patrimoine qu’à l’image du département de la Charente-Maritime ; le département est responsable des espaces naturels sensibles sur son territoire et le site d’implantation des éoliennes se situe non loin d’une zone écologique riche comme en témoigne la présence d’une ZNIEFF à proximité ; ces préoccupations ont conduit le département à voter en octobre 2018 la création d’un observatoire de l’éolien et le 22 mars 2019, un moratoire de deux ans quant à l’implantation d’éoliennes sur le territoire du département ; en outre, le département est compétent en matière d’aménagement du territoire et de protection de l’environnement en vertu du l’article L. 1111-2 du code général des collectivités territoriales ;
— le dossier soumis à enquête publique était incomplet ; de nombreux avis obligatoires n’ont pas été joints au dossier d’enquête publique, comme les avis de la direction générale de l’aviation civile du 16 février 2018, du service d’incendie et de secours du 13 février 2018, de la préfecture de la zone de défense sud-ouest du 26 janvier 2018, de la DRAC du 19 février 2018, de l’ARS des 6 mars et 28 décembre 2018 et du conseil départemental du 5 mars 2018, et pour certains n’ont pas été sollicités, comme l’avis de l’INAO ; de même l’accord du ministre des armées du 29 janvier 2018 aurait dû figurer au dossier d’enquête publique ;
— le commissaire-enquêteur a manqué d’impartialité, ce manque d’impartialité pouvant être en rapport avec les fonctions qu’il exerçait antérieurement ;
— le sens favorable de l’avis du commissaire-enquêteur n’est pas éclairé par une motivation suffisante permettant de comprendre le sens de son avis, en méconnaissance de l’article L. 123-15 du code de l’environnement ;
— les dispositions de l’article R. 181-32 du code de l’environnement et de l’article R. 244-1 du code de l’aviation civile ont été méconnues dès lors qu’en l’absence des avis de la direction générale de l’aviation civile du 16 février 2018 et de l’accord du ministre des armées du 29 janvier 2018 au dossier d’enquête publique, aucune pièce du dossier ne permet de s’assurer que leurs signataires avaient reçu une délégation régulière leur permettant de les émettre ;
— l’avis de l’Institut national de l’origine et de la qualité (INAO) n’a pas été sollicité en méconnaissance de l’article R. 181-23 du code de l’environnement ; la simple production d’un courrier circulaire mentionnant différents destinataires ne permet pas d’établir que chacun des services mentionnés a été effectivement destinataire du courrier et qu’un avis tacite serait intervenu ;
— l’étude d’impact justifie le projet éolien en litige par son implantation dans une zone reconnue comme favorable au développement éolien par le schéma régional éolien qui a été annulé par un arrêt de la cour administrative d’appel de Bordeaux du 4 avril 2017 ; cette fausse information contenue dans l’étude d’impact vicie la procédure dès lors qu’elle a pour effet de nuire à l’information de la population ;
— à la date du 18 avril 2019, le préfet n’ayant pas adopté de position, la demande de la société Parc éolien des Chênaies Hautes était implicitement mais nécessairement rejetée en application des articles R. 181-41 et R. 181-42 du code de l’environnement ; à la date à laquelle le préfet a statué, le 18 octobre 2019, il était dessaisi du dossier de demande et ne pouvait plus se prononcer ;
— le projet porte atteinte aux intérêts visés à l’article L. 511-1 du code de l’environnement notamment en ce qui concerne l’avifaune et les chiroptères, les paysages et le patrimoine culturel ainsi que la commodité du voisinage et la santé publique ;
— l’impact du projet sur l’avifaune rend nécessaire une dérogation à l’interdiction de destruction des espèces protégées ; à défaut, la décision méconnaît l’article L. 411-2 du code de l’environnement.
Par des mémoires, enregistrés les 22 juillet et 8 décembre 2020, la société Parc éolien des Chênaies Hautes, représentée par Me Versini-Campinchi, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge du département de la Charente-Maritime d’une somme de 3 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
— le département de la Charente-Maritime ne justifie pas d’un intérêt à agir au sens de l’article R. 181-50 du code de l’environnement ;
— les moyens soulevés par le département ne sont pas fondés.
Par un mémoire, enregistré le 20 mai 2021, la ministre de la transition écologique conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
— le département de la Charente-Maritime ne justifie pas d’un intérêt à agir au sens de l’article R. 181-50 du code de l’environnement ;
— les moyens soulevés par le département ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 28 juin 2021, la clôture d’instruction a été fixée au 15 juillet 2021 à 12 heures.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
— le code de l’environnement ;
— le code général des collectivités territoriales ;
— le code du tourisme ;
— le code de l’urbanisme ;
— le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
— le rapport de Mme B A;
— les conclusions de M. Stéphane Gueguein, rapporteur public ;
— et les observations de Me Evano, représentant le département de la Charente-Maritime, et de Me Versini-Campinchi, représentant la société Parc éolien des Chênaies.
Considérant ce qui suit :
1. Le 11 décembre 2017, la société Parc éolien des Chênaies Hautes a présenté une demande d’autorisation environnementale en vue de créer et d’exploiter une centrale éolienne regroupant huit aérogénérateurs et deux postes de livraison sur le territoire des communes de Bernay-Saint-Martin, Breuil-la-Réorte et Puyrolland. Le département de la Charente-Maritime demande l’annulation de l’arrêté du 18 octobre 2019 par lequel le préfet de la Charente-Maritime a délivré à la société Parc éolien des Chênaies Hautes une autorisation environnementale d’un parc de sept aérogénérateurs et de deux postes de livraison.
2. En application de l’article R. 181-50 du code de l’environnement, les autorisations environnementales peuvent être déférées à la juridiction administrative « par les tiers intéressés en raison des inconvénients ou des dangers pour les intérêts mentionnés à l’article L. 181-3 ». L’article L. 511-1 du même code, auquel renvoie l’article L. 181-3, vise les dangers et inconvénients « soit pour la commodité du voisinage, soit pour la santé, la sécurité, la salubrité publiques, soit pour l’agriculture, soit pour la protection de la nature, de l’environnement et des paysages, soit pour l’utilisation économe des sols naturels, agricoles ou forestiers, soit pour l’utilisation rationnelle de l’énergie, soit pour la conservation des sites et des monuments ainsi que des éléments du patrimoine archéologique ». Pour pouvoir contester une autorisation environnementale, les collectivités territoriales doivent justifier d’un intérêt suffisamment direct et certain leur donnant qualité pour en demander l’annulation, compte tenu des inconvénients et dangers que présente pour elles l’installation en cause, appréciés notamment en fonction de leur situation, de la configuration des lieux et des compétences que la loi leur attribue.
3. Aux termes de l’article L. 3211-1 du code général des collectivités territoriales : « Le conseil départemental règle par ses délibérations les affaires du département dans les domaines de compétences que la loi lui attribue. / Il est compétent pour mettre en œuvre toute aide ou action relative à la prévention ou à la prise en charge des situations de fragilité, au développement social, à l’accueil des jeunes enfants et à l’autonomie des personnes. Il est également compétent pour faciliter l’accès aux droits et aux services des publics dont il a la charge. / Il a compétence pour promouvoir les solidarités, la cohésion territoriale et l’accès aux soins de proximité sur le territoire départemental, dans le respect de l’intégrité, de l’autonomie et des attributions des régions et des communes ». En admettant même que, comme le soutient le département de la Charente-Maritime, le territoire du département accueillerait un nombre de parcs éoliens relativement plus important que la plupart des autres départements et que le nord du département en accueillerait beaucoup plus que le sud, la compétence du département en matière de promotion des solidarités et de la cohésion territoriale, sur laquelle il n’est pas allégué que le projet de la société Centrale éolienne des Chênaies Hautes serait de nature à avoir des conséquences directes, ne lui confère pas par elle-même un intérêt direct à l’annulation de l’arrêté attaqué. La promotion des solidarités et de la cohésion territoriale n’est, au surplus, pas au nombre des intérêts protégés par l’article L. 511-1 du code de l’environnement.
4. Le département requérant ne peut davantage se prévaloir de l’atteinte que le projet porterait à la commodité de ses habitants.
5. Aux termes de l’article L. 113-8 du code de l’urbanisme : « Le département est compétent pour élaborer et mettre en œuvre une politique de protection, de gestion et d’ouverture au public des espaces naturels sensibles, boisés ou non, destinée à préserver la qualité des sites, des paysages, des milieux naturels et des champs naturels d’expansion des crues et d’assurer la sauvegarde des habitats naturels selon les principes posés à l’article L. 101-2 ». Le département, qui invoque ces dispositions, ne fait cependant état d’aucun espace naturel sensible au sens desdites dispositions auquel le projet serait susceptible de porter atteinte.
6. Aux termes de l’article L. 1111-2 du code général des collectivités territoriales : « Les communes, les départements et les régions règlent par leurs délibérations les affaires de leur compétence. / Ils concourent avec l’Etat à l’administration et à l’aménagement du territoire, au développement économique, social, sanitaire, culturel et scientifique, à la promotion de la santé, à la lutte contre les discriminations, à la promotion de l’égalité entre les femmes et les hommes ainsi qu’à la protection de l’environnement, à la lutte contre l’effet de serre par la maîtrise et l’utilisation rationnelle de l’énergie, et à l’amélioration du cadre de vie. Ils peuvent associer le public à la conception ou à l’élaboration de ces politiques, selon les modalités prévues à l’article L. 131-1 du code des relations entre le public et l’administration () ».
7. Si le département se prévaut de son rôle en matière d’aménagement du territoire, d’utilisation rationnelle de l’énergie et de protection de l’environnement, les dispositions précitées se bornent à donner vocation aux départements à agir dans le sens de la promotion des intérêts qu’elles visent, sans leur conférer aucune compétence dans ces domaines. Par suite, et alors au surplus que, s’agissant de l’aménagement du territoire, cet intérêt ne figure pas parmi ceux visés à l’article L. 511-1 précité du code de l’environnement et que, s’agissant de l’utilisation rationnelle de l’énergie, le département ne fait état d’aucune caractéristique du projet susceptible de porter atteinte à cet intérêt, l’article L. 1111-2 précité du code général des collectivités territoriales ne lui confère pas un intérêt direct à l’annulation de l’arrêté contesté.
8. Si le code du tourisme donne compétence aux départements pour élaborer et mettre en œuvre une politique touristique sur leurs territoires, le département requérant n’invoque en l’espèce aucune atteinte particulière que le projet, de par son implantation ou ses caractéristiques, serait susceptible de porter à sa politique touristique ou à un élément de son patrimoine. Il ne résulte par ailleurs d’aucun élément de l’instruction que le parc éolien en litige, de par son implantation ou ses caractéristiques, serait susceptible de porter atteinte à l’image du département de la Charente-Maritime.
9. Enfin, si le conseil départemental de la Charente-Maritime a voté, au mois d’octobre 2018, la création d’un observatoire de l’éolien et, le 22 mars 2019, une demande de moratoire de deux ans quant à l’implantation de parcs éoliens sur le territoire du département, ces délibérations ne confèrent pas davantage, par elles-mêmes, un intérêt direct au département pour contester l’arrêté préfectoral du 6 septembre 2019.
10. Il résulte de tout ce qui précède que le département n’est pas recevable à demander l’annulation de l’arrêté du 18 octobre 2019.
11. Dans les circonstances de l’espèce, il y a lieu de mettre à la charge du département de la Charente-Maritime le versement à la société Parc éolien des Chênaies Hautes d’une somme de 1 500 euros au titre des frais d’instance exposés.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête du département de la Charente-Maritime est rejetée.
Article 2 : Le département de la Charente-Maritime versera à la société Parc éolien des Chênaies Hautes la somme de 1 500 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent arrêt sera notifié au département de la Charente-Maritime, à la société Parc éolien des Chênaies Hautes et à la ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Une copie en sera adressée au préfet de la Charente-Maritime.
Délibéré après l’audience du 31 mai 2022 à laquelle siégeaient :
Mme Elisabeth Jayat, présidente,
Mme Nathalie Gay, première conseillère,
Mme Laury Michel, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 juin 2022.
La rapporteure,
Nathalie ALa présidente,
Elisabeth Jayat
La greffière,
Virginie Santana
La République mande et ordonne à la ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui la concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution du présent arrêt.
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