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Sur la décision
| Référence : | TJ Bordeaux, ppp cont. general, 28 janv. 2025, n° 24/02881 |
|---|---|
| Numéro(s) : | 24/02881 |
| Importance : | Inédit |
| Dispositif : | Fait droit à une partie des demandes du ou des demandeurs sans accorder de délais d'exécution au défendeur |
| Date de dernière mise à jour : | 2 février 2025 |
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Sur les parties
| Avocat(s) : | |
|---|---|
| Cabinet(s) : | |
| Parties : | Société COFIDIS, Société COFIDIS - RCS de LILLE METROPOLE c/ SAS MAXWELL MAILLET BORDIEC |
Texte intégral
Du 28 janvier 2025
53B
SCI/DC
PPP Contentieux général
N° RG 24/02881 – N° Portalis DBX6-W-B7I-ZYPR
C/
[J] [K]
Expéditions délivrées à :
FE délivrée à :
Le 28/01/2025
TRIBUNAL JUDICIAIRE DE BORDEAUX
JUGE DES CONTENTIEUX DE LA PROTECTION
Pôle protection et proximité
[Adresse 1]
JUGEMENT EN DATE DU 28 janvier 2025
JUGE : Monsieur Julien STORTZ
GREFFIER : Madame Dominique CHATTERJEE
DEMANDERESSE :
Société COFIDIS – RCS de LILLE METROPOLE N°325 207 106
[Adresse 5]
Représentée par Me Alexia LIOTARD Me William MAXWELL de la SAS MAXWELL MAILLET BORDIEC, avocat au barreau de Bordeaux
DEFENDEUR :
Monsieur [J] [K] né le [Date naissance 2] 1964 à [Localité 4], demeurant [Adresse 3]
Ni présent, ni représenté
DÉBATS :
Audience publique en date du 10 décembre 2024
PROCÉDURE :
Articles 480 et suivants du code de procédure civile.
EXPOSÉ DU LITIGE :
Par acte de commissaire de justice en date du 28 octobre 2024, la société COFIDIS a saisi le tribunal de céans d’une demande en paiement à l’encontre de M. [J] [K].
A l’audience du 10 décembre 2024, la société COFIDIS, représentée par son conseil, demande au tribunal, avec exécution provisoire, de :
• Condamner M. [J] [K] à lui payer la somme de 10.310,10 € avec intérêts au taux de 5,55 % sur la somme de 9.465,21 € et au taux légal pour le surplus à compter du 20 juin 2024 ;
• Condamner M. [J] [K] à lui payer la somme de 11.498,09 € avec intérêts au taux de 5,09 % sur la somme de 10.560,47 € et au taux légal pour le surplus à compter du 20 juin 2024 ;
• Condamner M. [J] [K] à lui payer 500 € au titre des dispositions de l’article 700 du Code de Procédure Civile, outre les entiers frais et dépens ;
A l’appui de ses prétentions, la partie demanderesse expose avoir consenti à M. [J] [K], le 4 mars 2020, un premier prêt personnel d’un montant de 12.000 € remboursable en 72 mensualités de 227,54 € et moyennant un taux d’intérêt de 5,55 %.
A l’appui de ses prétentions, la partie demanderesse expose avoir consenti à M. [J] [K], le 6 mai 2021, un second prêt personnel d’un montant de 11.000 € remboursable en 72 mensualités de 197,41 € et moyennant un taux d’intérêt de 5,09 %.
Elle ajoute que M. [J] [K] n’a pas respecté le remboursement régulier de ses échéances, pour chacun des deux crédits, de sorte que, par courrier recommandé avec accusé de réception datant du 20 juin 2024, elle a invoqué la déchéance du terme des deux contrats de prêt.
Elle en déduit qu’elle est bien fondée à réclamer l’intégralité des sommes restant dues.
Le tribunal a soulevé d’office la question de l’éventuel non respect des dispositions des articles L 312-12, L 312-14, L 312-16, L 312-21 et de L 312-29 du code de la consommation, et sur la déchéance du droit aux intérêts qui pourrait en résulter, en application des articles L 341-1 et suivants du même code.
La société COFIDIS a répondu que les contrats souscrits par M. [J] [K] étaient conformes aux dispositions légales.
Bien que régulièrement cité selon acte signifié selon les modalités prévues par l’articles 659 du code de procédure civile, M. [J] [K] n’a pas comparu de sorte qu’eu égard à la valeur du litige, il y a lieu de statuer par jugement réputé contradictoire, en premier ressort.
MOTIFS DE LA DECISION
I – Sur la demande en paiement de la société COFIDIS :
A – Sur la déchéance du droit aux intérêts :
Attendu qu’il résulte des dispositions de l’article R 632-1 du code de la consommation que le juge peut soulever d’office toutes les dispositions du même code dans les litiges nés de son application ;
Attendu qu’il résulte des dispositions de l’article L 312-12 du code de la consommation, que pèse, sur le prêteur et sur tout intermédiaire de crédit, une obligation d’information précontractuelle à l’intention de l’emprunteur, sous la forme de remise d’un écrit ou d’un autre support durable, comportant les mentions prévues par les articles R 312-2 à R 312-4 du même code et établi conformément au modèle-type annexé à l’article R 312-5 du même code ;
Attendu qu’aux termes de l’article L 312-16 du code de la consommation, le prêteur est tenu de vérifier la solvabilité de l’emprunteur, « à partir d’un nombre suffisant d’informations, y compris des informations fournies par ce dernier », le prêteur ayant notamment l’obligation, à ce titre, de consulter le fichier prévu par l’article L 751-1 du même code ;
Qu’ainsi, pèse sur tout organisme prêteur, une obligation de vérifier, en rassemblant les informations nécessaires, l’adéquation du crédit qu’il propose à la situation financière, et personnelle de l’emprunteur ;
Que le respect de cette obligation doit être assuré par la réalisation de démarches positives, proactives, de la part du prêteur qui doit s’enquérir de la situation réelle de l’emprunteur en obtenant des informations concrètes relatives à ses revenus, aux charges déjà existantes, à la composition de sa famille, au nombre de personnes à sa charge (…) et à son statut professionnel ;
Attendu qu’aux termes de l’article L 312-21 du code de la consommation, afin de permettre l’exercice du droit de rétractation mentionné à l’article L 312-19 du même code, un formulaire détachable doit être joint à l’exemplaire du contrat de crédit fourni à l’emprunteur ;
Attendu que l’article L 312-29 du même code dispose que lorsque l’offre de contrat de crédit est assortie d’une proposition d’assurance, une notice est fournie à l’emprunteur, sur support papier, ou tout autre support durable, qui comporte les extraits des conditions générales de l’assurance le concernant, notamment les nom et adresse de l’assureur, la durée, les risques couverts et ceux qui sont exclus ;
Attendu que la preuve du respect de l’ensemble de ces dispositions d’ordre public (article L 314-26 du code de la consommation), pèse sur l’organisme prêteur, qui est assujetti au respect des obligations légales ainsi rappelées ;
Attendu que les articles L 341-1 et suivants du code de la consommation disposent que, notamment, le prêteur qui accorde un crédit sans avoir communiqué les informations précontractuelles de l’article L 312-12 du même code ou sans avoir respecté l’obligation d’explication fixée par l’article L 312-14 du même code ou sans avoir procédé à la vérification de la solvabilité de l’emprunteur, requise par l’article L 312-16 du même code ou sans avoir remis à l’emprunteur une notice d’assurance ou une offre de crédit non assortie d’un formulaire détachable permettant l’exercice de son droit de rétractation, conformément aux articles L 312-21 et L 312-29 du même code, encourt la déchéance du droit aux intérêts du prêt, l’emprunteur n’étant alors tenu qu’au remboursement du capital emprunté ;
Attendu qu’en l’espèce, il est établi par les pièces produites par la société COFIDIS que M. [J] [K] a, le 4 mars 2020, accepté une offre préalable de crédit personnel d’un montant de 12.000 €, remboursable en 72 échéances mensuelles de 227,54 €, selon un taux d’intérêts de 5,55 % ;
Qu’il est également établi par les mêmes pièces que M. [J] [K] a, le 6 mai 2021, accepté une offre préalable de crédit personnel d’un montant de 11.000 € remboursable en 72 mensualités de 197,41 € et moyennant un taux d’intérêt de 5,09 %
Attendu que, cependant, pour chacun des deux crédits, la société COFIDIS ne produit qu’une fiche d’informations précontractuelles du dit crédit, certes, établie conformément aux articles R 312-2 à R 312-5 du code de la consommation, mais qui n’est revêtue d’aucune mention relative à une paraphe ou une signature électronique, de type « signé électroniquement par XX », ce qui ne permet pas, en conséquence, d’affirmer que ce document a bien été remis à l’emprunteur ou même porté à sa connaissance ;
Que, de même, pour chacun des deux crédits, la société COFIDIS ne produit qu’une copie de l’offre de crédit, certes dotée d’un formulaire détachable permettant l’exercice du droit de rétractation, mais qui n’est revêtue d’aucune mention relative à une paraphe ou une signature électronique, de type « signé électroniquement par XX », ce qui ne permet pas, en conséquence, d’affirmer que ce document a bien été remis à l’emprunteur ;
Que, par ailleurs, l’exécution partielle des deux crédits, qui permet, à tout le moins, de s’assurer du consentement de M. [J] [K] au crédit, ne démontre pas, cependant, la remise de la copie de chacune des offres versées aux débats ;
Que, de même, si la société COFIDIS produit, pour chacun des deux prêts, une copie de la notice de l’assurance facultative proposée avec le crédit, celle-ci n’est revêtue d’aucune mention relative à une paraphe ou une signature électronique, de type « signé électroniquement par XX », ce qui ne permet pas, en conséquence, d’affirmer que ce document a bien été remis à l’emprunteur ou même porté à sa connaissance ;
Qu’au surplus, les documents produits par la société COFIDIS pour chacun des deux crédits, destinés à rapporter la preuve de la signature électronique de la liasse contractuelle, au demeurant partiellement inexploitables puisqu’ils recensent des données électroniques cryptées, ne précisent pas la liste et la teneur des documents effectivement signés ;
Que, par ailleurs, la fiabilité du procédé de signature électronique n’est pas établie, dès lors que, au mépris de l’article 1er du décret n° 2017-1416 du 28 septembre 2017, la preuve de la mise en œuvre d’une signature qualifiée, soit une signature électronique avancée, conforme à l’article 26 du le règlement (UE) n° 910/2014 du Parlement européen et du Conseil du 23 juillet 2014, et créée à l’aide d’un dispositif de création de signature électronique qualifié répondant aux exigences de l’article 29 dudit règlement, qui repose sur un certificat qualifié de signature électronique répondant aux exigences de l’article 28 de ce règlement, n’est pas rapportée par les documents en question ;
Qu’enfin, ces écrits ne comportent aucune précision s’agissant des conditions de remise ou de transmission des documents que la société COFIDIS affirme avoir mis à la disposition de M. [J] [K] ;
Attendu que, par ailleurs, pour rapporter la preuve de vérification de la solvabilité de l’emprunteur, par le biais notamment de la consultation du fichier prévu par l’article L 751-1 du code de la consommation, qui permet de s’assurer que la situation financière de ce dernier n’est pas déjà obérée, le prêteur ne peut se contenter de produire un document qu’il a lui-même établi, ne permettant pas de garantir les conditions dans lesquelles le FICP aurait été consulté, et dans quelles conditions les données qui auraient pu être ainsi obtenues ont été conservées, et comportant des indications lacunaires ;
Que statuer différemment reviendrait à méconnaitre le principe selon lequel nul ne peut se constituer une preuve à soi-même ;
Qu’en l’espèce, à ce titre, la société COFIDIS verse aux débats, pour chacun des deux crédits, un document comportant son en-tête, manifestement établi par ses soins, mentionnant une consultation du fichier qui aurait été réalisée à l’occasion de la conclusion de chacun des deux crédits ;
Que ce document a été édité à une date inconnue, de sorte que les conditions de conservation des données qu’il relate, dont il appartient à l’organisme prêteur d’assurer l’intégrité, conformément à l’article 13 I de l’arrêté du 26 octobre 2010, relatif au fichier national des incidents de remboursement des crédits aux particuliers, ne sont pas justifiées ;
Qu’au surplus, et surtout, le document ne précise même pas la teneur de la réponse qui aurait été apportée par le fichier consulté, concernant M. [J] [K], ce qui ne permettait pas à la société COFIDIS d’apprécier utilement sa situation financière ;
Que, de surcroit, pour chacun des deux crédits, la fiche de dialogue établie par le prêteur, relatant la situation financière déclarée par M. [J] [K], mentionne l’absence de charge au titre du logement ;
Que, cependant, la société COFIDIS ne justifie d’aucune vérification à cet égard, alors qu’elle ne peut se contenter d’une simple déclaration à l’égard d’un élément susceptible de peser lourdement sur l’équilibre budgétaire de l’emprunteur, ce poste constituant, habituellement, la charge financière la plus lourde ;
Qu’ainsi, la société COFIDIS ne rapporte ni la preuve d’une consultation du FICP à la date de conclusion du prêt, ni la preuve des conditions dans lesquelles les données dont elle se prévaut ont été conservées, ni la vérification effective et suffisante de la solvabilité de M. [J] [K] ;
Attendu qu’il résulte de ces considérations que la société COFIDIS ne rapporte pas la preuve du respect des dispositions légales sus visées pour chacun des deux crédits conclus par M. [J] [K] ;
Que la société COFIDIS a ainsi manqué aux obligations lui incombant, en sa qualité de prêteur ;
Qu’il convient, par conséquent, de prononcer la déchéance du droit aux intérêts de la société COFIDIS au titre des prêts conclus le 4 mars 2020 et le 6 mai 2021, par M. [J] [K] ;
B – Sur les sommes restant dues :
Attendu qu’il résulte des dispositions de l’article L 341-8 du code de la consommation qu’en cas de déchéance du droit aux intérêts, l’emprunteur n’est tenu qu’au seul remboursement du capital suivant l’échéancier prévu, ce qui exclut également toute forme d’indemnité contractuelle ;
Que les sommes perçues au titre des intérêts sont restituées par le prêteur ou imputées sur le capital restant du ;
Attendu que plusieurs échéances du prêt souscrit par M. [J] [K] sont demeurées impayées, sans que la plus ancienne échéance non régularisée par des paiements ultérieurs ne soit antérieure à la date d’introduction de la présente instance minorée de deux ans, de sorte que la forclusion de l’action de la partie demanderesse prévue à l’article R 312-35 du code de la consommation n’est pas encourue ;
Que la société COFIDIS a invoqué la déchéance du terme à la date du 20 juin 2024 ;
Attendu que, compte tenu de la déchéance du droit aux intérêts, et au regard du décompte versé aux débats, la société COFIDIS est fondée à réclamer payement du capital emprunté par M. [J] [K], soit 12.000 € et 11.000 €, déduction faite de l’ensemble des paiements effectués par celui-ci, soit respectivement 4.340,69 € et 1.006,76 € ;
Que le montant de la dette de M. [J] [K] à l’égard de la société COFIDIS sera ainsi fixée à la somme de (12.000 – 4.340,69) €, soit 7.659,31 €, pour le crédit conclu le 4 mars 2020, et à la somme de (11.000 – 1.006,76) €, soit 9.999,24 €, pour le crédit souscrit le 6 mai 2021 ;
Attendu qu’il convient donc de condamner M. [J] [K] à payer à la société COFIDIS la somme de 7.659,31 € pour le crédit conclu le 4 mars 2020, et à la somme de 9.999,24 €, pour le crédit souscrit le 6 mai 2021 ;
Attendu qu’enfin, compte tenu des dispositions de l’article L 313-3 du code monétaire et financier, prévoyant la majoration, de plein droit, du taux légal en cas de non exécution d’une condamnation pécuniaire, il convient de prévoir que la somme due par M. [J] [K] ne portera pas intérêts au taux légal, afin d’assurer l’effectivité de la sanction de déchéance du droit aux intérêts prononcée, au sens de la directive n° 2008/48/CE du Parlement et du Conseil de l’Union européenne en date du 23 avril 2008, transposée notamment dans les articles L 341-1 et suivants du code de la consommation ;
II – Sur les demandes accessoires :
Attendu qu’il n’est que partiellement fait droit à la demande en paiement, et que la déchéance du droit aux intérêts a été prononcée, il convient de condamner M. [J] [K] à payer à la société COFIDIS la somme de 150 € au titre des dispositions de l’article 700 du Code de Procédure Civile ;
Que M. [J] [K] supportera les frais et dépens de l’instance, conformément à l’article 696 du Code de Procédure Civile ;
Qu’il convient de constater l’exécution provisoire du dit jugement, en application de l’article 514 du code de procédure civile ;
PAR CES MOTIFS,
Le juge des contentieux de la protection, statuant publiquement, par jugement réputé contradictoire, rendu en premier ressort, par mise à disposition au greffe,
PRONONCE la déchéance du droit aux intérêts à l’encontre de la société COFIDIS pour les crédits accordés à M. [J] [K] le 4 mars 2020 et le 6 mai 2021 ;
CONDAMNE M. [J] [K] à payer à la société COFIDIS la somme de 7.659,31€ au titre du crédit souscrit le 4 mars 2020 ;
CONDAMNE M. [J] [K] à payer à la société COFIDIS la somme de 9.999,24€ au titre du crédit souscrit le 6 mai 2021 ;
DIT que ces sommes ne porteront pas intérêts, ni au taux légal, ni au taux contractuel ;
CONDAMNE M. [J] [K] à payer à la société COFIDIS la somme de 150 € en application des dispositions de l’article 700 du Code de Procédure Civile ;
CONDAMNE M. [J] [K] aux entiers frais et dépens ;
CONSTATE que le présent jugement est immédiatement exécutoire par provision ;
Ainsi jugé et mis à disposition, les jour, mois et an susdits.
LA GREFFIERE LE PRESIDENT
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- DCC - Directive 2008/48/CE du 23 avril 2008 concernant les contrats de crédit aux consommateurs
- eIDAS - Règlement (UE) 910/2014 du 23 juillet 2014 sur l’identification électronique et les services de confiance pour les transactions électroniques au sein du marché intérieur
- Décret n°2017-1416 du 28 septembre 2017
- Code de la consommation
- Code de procédure civile
- Code monétaire et financier
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