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Sur la décision
| Référence : | TJ Compiègne, jcp, 15 mai 2026, n° 26/00056 |
|---|---|
| Numéro(s) : | 26/00056 |
| Importance : | Inédit |
| Dispositif : | Fait droit à une partie des demandes du ou des demandeurs sans accorder de délais d'exécution au défendeur |
| Date de dernière mise à jour : | 27 mai 2026 |
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Sur les parties
| Avocat(s) : | |
|---|---|
| Parties : |
Texte intégral
RÉPUBLIQUE FRANÇAISE
AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS
TRIBUNAL JUDICIAIRE DE COMPIÈGNE
MINUTE N° : 324/26JCP
N° RG 26/00056 – N° Portalis DBZV-W-B7K-CTN5
JUGEMENT DU 15 Mai 2026
Entre :
Société BOURSORAMA
immatriculée au RCS de NANTERRE sous le numéro 351 058 151
[Adresse 1]
[Localité 1]
Représentée par Me Guillaume METZ, avocat au barreau de VERSAILLES, substitué par Me PATERNOTTE, avocat au barreau de COMPIEGNE
Et :
Monsieur [O] [J]
né le [Date naissance 1] 1962 à
[Adresse 2]
[Localité 2]
non comparant
COMPOSITION DU TRIBUNAL :
Président : Madame OLLITRAULT
Greffier : Madame DA SILVA
DEBATS :
A l’audience du 12 Mars 2026,avis a été donné que l’affaire était mise en délibéré au 15 Mai 2026 ;
JUGEMENT :
Mis à disposition au greffe, les parties ayant été préalablement avisées dans les conditions prévues à l’article 450 alinéa 2 du code de procédure civile ;
copies à Me PATERNOTTE et à Mr [J] le
N° RG 26/00056 – N° Portalis DBZV-W-B7K-CTN5 – jugement du 15 Mai 2026
EXPOSE DU LITIGEPar convention en date du 1er juin 2023, Monsieur [B] [J] a ouvert un compte bancaire n°[XXXXXXXXXX01] auprès de la société BOURSORAMA.Suivant offre préalable acceptée 1er mars 2024, la société BOURSORAMA a consenti à Monsieur [B] [J] un prêt personnel d’un montant de 12 000 euros, au taux débiteur de 4,985% l’an, remboursable en 60 mensualités de 226,37 euros hors assurance. Par courrier recommandé en date du 19 août 2024, la société BOURSORAMA a mis en demeure Monsieur [B] [J] de s’acquitter du solde débiteur du compte n°[XXXXXXXXXX01]. Se prévalant du non-paiement des échéances convenues au titre du contrat de prêt, la société BOURSORAMA a adressé à Monsieur [O] [J], le 3 septembre 2024, par lettre recommandée avec avis de réception, une mise en demeure de régler l’impayé sous 15 jours, soit la somme de 710,63 euros, sous peine de voir acquise la déchéance du terme. La mise en demeure est restée infructueuse. Par courrier simple du 18 septembre 2024, la société BOURSORAMA a réclamé à Monsieur [B] [J] le paiement de la somme de 12 751,51 euros. Par acte d’un commissaire de justice en date du 26 janvier 2025, la SOCIÉTÉ BOURSORAMA a fait assigner Monsieur [B] [J] devant le Juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire de COMPIEGNE aux fins de, sous le bénéfice des dispositions des articles 1103 et suivants, 1224, 1227 et suivants du code civil et des dispositions des articles L.311-1 et suivants et L.312-39 du code de la consommation : Juger BOURSORAMA recevable et bien fondée en sa demande, Constater l’exigibilité prononcée par la société BOURSORAMA et la juger régulière, A titre subsidiaire, prononcer la résolution judiciaire du contrat, En conséquence, Condamner Monsieur [B] [J] à payer à la société BOURSORAMA : La somme de 13 142,88 euros au titre du solde débiteur du compte-chèques n°[XXXXXXXXXX01], avec intérêts de droit à compter du 19 août 2024, date de la mise en demeure et e jusqu’à parfait paiement, La somme de 12 751,51 euros au titre du prêt personnel n°60140452 avec intérêts au taux contractuel de 4,985% l’an à compter du 18 septembre 2024, date de la mise en demeure et ce jusqu’à parfait paiement, Rappeler que l’exécution provisoire du jugement à intervenir est de droit, Condamner Monsieur [B] [J] à payer à la société BOURSORAMA la somme de 600 euros au titre de l’article 700 du code de procédure civile, Condamner Monsieur [B] [J] aux entiers dépens. L’affaire a été appelée et utilement retenue à l’audience publique du 12 mars 2026. A l’audience, la société BOURSORAMA, représentée par son conseil, maintient les termes de son assignation. Bien que régulièrement assigné, Monsieur [B] [J] n’a pas comparu et n’a pas été représenté valablement.Le juge des contentieux de la protection a soulevé d’office l’ensemble des moyens de nullité et de causes de déchéance du droit aux intérêts en application des articles L.311-2 et suivants du code de la consommation. Le tribunal a autorisé la demanderesse, par l’intermédiaire d’une note en délibéré transmise au tribunal avant le 19 mars 2026, l’avis de réception de l’assignation délivrée en application des dispositions de l’article 659 du code de procédure civile. Le délibéré a été fixé au 15 mai 2026. MOTIFS DE LA DÉCISIONAux termes des articles 472 et 473 du Code de procédure civile, l’absence de Monsieur [O] [J] ne fait pas obstacle au rendu d’un jugement, le juge faisant droit à la demande après examen de sa régularité, de sa recevabilité et de son bien-fondé. Le présent jugement sera réputé contradictoire.Le crédit litigieux est soumis aux dispositions des articles L.311-1 et suivants du Code de la Consommation dans leur rédaction postérieure à l’entrée en vigueur le 1er mai 2011 de la loi n°2010-737 du 1er juillet 2010, dite loi Lagarde.En vertu de l’article R.632-1 du code de la consommation, le juge peut relever d’office toutes les dispositions du présent code dans les litiges nés de son application.I – Sur la compétence du tribunal Selon l’article 18 alinéa 2 du règlement n°1215/2012 dit « Bruxelles I bis », l’action intentée contre le consommateur par l’autre partie au contrat ne peut être portée que devant les juridictions de l’État membre sur le territoire duquel est domicilié le consommateur.En vertu de l’article L.213-4-5 du code de l’organisation judiciaire, le juge des contentieux de la protection connaît des actions relatives à l’application du chapitre II du titre Ier du livre III du code de la consommation.En vertu de l’article 42 du code de procédure civile, la juridiction territorialement compétente est, sauf disposition contraire, celle du lieu où demeure le défendeur.En l’espèce, l’action de la société BOURSORAMA est fondée sur deux contrats, le premier relatif à l’ouverture d’un compte de dépôt dans ses livres par Monsieur [B] [J] et le second relatif à un contrat de crédit à la consommation. En application de l’article 18 alinéa 2 du Règlement (UE) n° 1215/2012 du Parlement européen et du Conseil du 12/12/2012, relatif à la compétence judiciaire, la reconnaissance et l’exécution des décisions en matière civile et commerciale, le juge des contentieux de la protection est compétent pour statuer sur les demandes de la société BOURSORAMA dirigée contre Monsieur [B] [J], consommateur domiciliée sur le territoire de l’Etat Français.II – Sur la demande en paiement au titre du solde débiteur Sur la recevabilité de l’actionL’article R.312-35 du code de la consommation prévoit que le tribunal judiciaire connaît des litiges nés de l’application des dispositions du présent chapitre. Les actions en paiement engagées devant lui à l’occasion de la défaillance de l’emprunteur doivent être formées dans les deux ans de l’événement qui leur a donné naissance à peine de forclusion. Cet événement est caractérisé par :-le non-paiement des sommes dues à la suite de la résiliation du contrat ou de son terme ;-ou le premier incident de paiement non régularisé ;-ou le dépassement non régularisé du montant total du crédit consenti dans le cadre d’un contrat de crédit renouvelable ;-ou le dépassement, au sens du 13° de l’article L. 311-1, non régularisé à l’issue du délai prévu à l’article L. 312-93.En l’espèce, il ressort de la vérification des pièces produites et notamment des relevés de compte bancaire que la créance n’est pas affectée par la forclusion.L’action en paiement est donc recevable.Sur le fondPar application de l’article 1103 du code civil, les contrats légalement formés tiennent lieu de loi à ceux qui les ont faits.Sur la déchéance du droit aux intérêts contractuels et fraisEn application de l’article L.312-92 du code de la consommation, lorsque la convention de compte visée au deuxième alinéa du I de l’article L.312-1-1 du code monétaire et financier prévoit la possibilité d’un dépassement, cette convention mentionne le taux débiteur, les conditions applicables à ce taux, tout indice ou taux de référence qui se rapporte au taux débiteur initial, les frais applicables et, le cas échéant, les conditions dans lesquelles ces frais peuvent être modifiés. Dans tous les cas, le prêteur fournit ces informations par écrit ou sur un autre support durable à intervalles réguliers.Dans le cas d’un dépassement significatif qui se prolonge au-delà d’un mois, le prêteur informe l’emprunteur, sans délai, par écrit ou sur un autre support durable, du montant du dépassement, du taux débiteur et de tous frais ou intérêts sur arriérés qui sont applicables.Il résulte en outre de l’article L.341-9 du code de la consommation que le prêteur qui n’a pas respecté les formalités prescrites au dernier alinéa de l’article L.312-92 ne peut réclamer à l’emprunteur les sommes correspondant aux intérêts et frais de toute nature applicables au titre du dépassement.En application de l’article 1353 du code civil, il appartient ainsi au prêteur qui prétend obtenir paiement des intérêts au taux conventionnel, d’établir qu’il a satisfait aux formalités d’ordre public prescrites par le code de la consommation.En l’espèce, la société BOURSORAMA ne rapporte pas la preuve d’avoir informé Monsieur [O] [J] par écrit ou sur un support durable, du montant du dépassement, du taux débiteur et de tous frais ou intérêts sur arriérés applicables alors que le dépassement significatif du découvert autorisé s’est prolongé pendant plus d’un mois.En conséquence, la société BOURSORAMA ne peut réclamer à l’emprunteur les sommes correspondant aux intérêts et frais de toute nature applicables au titre du dépassement.Sur le montant de la créanceEn l’espèce, la société BOURSORAMA produit la convention de compte signée par le défendeur, les conditions générales du contrat ainsi qu’un historique de compte depuis l’origine.Il ressort de ces éléments que la créance de la société BOURSORAMA s’élève à la somme de 13 025,96 euros, arrêtée au 31 août 2025, après déduction des intérêts et frais injustifiés pour un montant de 116,92 euros.Monsieur [B] [J] sera donc condamné au paiement de cette somme, majorée des intérêts au taux légal à compter de la mise en demeure du 19 août 2024. III – Sur la demande en paiement au titre du contrat de prêt- Sur la recevabilité L’article R.312-35 du code de la consommation dispose qu’à peine de forclusion, les actions en paiement engagées devant le tribunal judiciaire à l’occasion de la défaillance de l’emprunteur doivent être formées dans les deux ans de l’événement qui leur a donné naissance.Cet événement est caractérisé par le non-paiement des sommes dues à la suite de la résiliation du contrat ou de son terme ou le premier incident de paiement non régularisé. En l’espèce, il ressort de la vérification des pièces produites et notamment de l’historique de compte que la créance n’est pas affectée par la forclusion. L’action en paiement est donc recevable. – Sur le fond Sur la déchéance du termeL’article 1103 du Code civil édicte que « les contrats légalement formés tiennent lieu de loi à ceux qui les ont faits » et l’article 1104 du même code dispose que « les contrats doivent être négociés, formés et exécutés de bonne foi. Cette disposition est d’ordre public. »Conformément à l’article 1225 du code civil, la clause résolutoire précise les engagements dont l’inexécution entraînera la résolution du contrat.Si le contrat de prêt peut prévoir que la défaillance de l’emprunteur entraînera la déchéance du terme, celle-ci ne peut, sauf disposition expresse et non équivoque, être déclarée acquise au créancier sans la délivrance d’une mise en demeure restée sans effet, précisant le délai dont dispose le débiteur pour y faire obstacle. Cette règle est d’application générale pour tout prêt de somme d’argent, dont les prêts à la consommation.En l’espèce, l’offre préalable de crédit comporte une clause d’exigibilité anticipée en cas de défaut de paiement. Les stipulations contractuelles ne font pas expressément référence à la nécessité d’une mise en demeure préalable au prononcé de la déchéance du terme, mais elles ne l’excluent pas non plus. La société BOURSORAMA justifie qu’il a été adressé le 3 septembre 2024, à Monsieur [B] [J], par lettre recommandée avec avis de réception revenu avec la mention « destinataire inconnu à l’adresse », une mise en demeure d’avoir à régler la somme de 710,63 euros, préalable à la déchéance du terme. Un délai de 15 jours était laissé au défendeur pour régulariser sa situation. Cette lettre recommandée étant restée sans réponse après le délai de 15 jours, la déchéance du terme était acquise. En conséquence, il convient de constater que la déchéance du terme a pu régulièrement intervenir dans le contrat de prêt en cause à compter du 18 septembre 2024 et d’en tirer les conséquences.Sur le respect des dispositions du code de la consommationL’article L.312-39 du Code de la consommation énonce que « En cas de défaillance de l’emprunteur, le prêteur peut exiger le remboursement immédiat du capital restant dû, majoré des intérêts échus mais non payés. Jusqu’à la date du règlement effectif, les sommes restant dues produisent les intérêts de retard à un taux égal à celui du prêt. En outre, le prêteur peut demander à l’emprunteur défaillant une indemnité qui, dépendant de la durée restant à courir du contrat et sans préjudice de l’application de l’article 1231-5 du Code civil, est fixée suivant un barème déterminé par décret. » L’article L.312-38 du Code de la consommation dispose que « aucune indemnité ni aucuns frais autres que ceux mentionnées à l’article 312-39 et L.312-40 ne peuvent être mis à la charge de l’emprunteur en cas de défaillance de celui-ci. Toutefois, le prêteur pourra réclamer à l’emprunteur le remboursement des frais taxables qui lui auront été occasionnés par cette défaillance, à l’exclusion de tout remboursement forfaitaire des frais de recouvrement. ».Néanmoins, ces règles n’ont vocation à s’appliquer que lorsque le prêteur a respecté les obligations prévues au code de la consommation. Dans le cas contraire, il est déchu du droit aux intérêts contractuels.Au soutien de ses demandes, la société BOURSORAMA produit utilement : Un exemplaire de l’offre préalable signé électroniquement le 1er mars 2024 et ses annexes,Le fichier de preuve de la signature électronique et l’attestation de conformité, Une fiche de dialogue mentionnant les revenus et charges de l’emprunteur, L’échéancier, Un historique des règlements, La lettre de mise en demeure préalable à la déchéance du terme adressé à l’emprunteur en date du 3 septembre 2024, La lettre prononçant la déchéance du terme en date du 18 septembre 2024, Des éléments sur la situation personnelle de l’emprunteur : carte nationale d’identité, Un décompte de créance. En application des dispositions de l’article R.632-1 du Code de la consommation, le juge peut soulever d’office toutes les dispositions du présent code dans les litiges nés de son application. Il résulte de l’article L.341-1 et suivants du Code de la consommation que le prêteur qui accorde un crédit sans communiquer à l’emprunteur les informations précontractuelles dans les conditions fixées par l’article L.312-12 ou sans respecter les obligations fixées aux articles L.312-14 et L.312-16 est déchu du droit aux intérêts. Ces articles prévoient ainsi la déchéance du droit aux intérêts du prêteur dans l’hypothèse du non-respect du formalisme légal et réglementaire strict imposé par ce code. Cette sanction automatique vise à protéger le consommateur en lui assurant une information systématique sur ses droits. Aussi, selon l’article L.312-16 du code de la consommation, est notamment sanctionné l’absence de vérification de la solvabilité des emprunteurs à partir d’un nombre suffisant d’informations et l’absence du justificatif de la consultation du fichier national des incidents de remboursement des crédits aux particuliers préalablement à la conclusion du contrat de crédit. Il incombe au prêteur de rapporter la preuve de ce qu’il a satisfait à son obligation d’information.En l’espèce, au regard des pièces communiquées par l’établissement de crédit en demande, il apparaît que la fiche d’informations précontractuelles a été remise le jour de la signature du contrat, sans qu’il ne soit établi que celle-ci a été donnée suffisamment à l’avance pour permettre aux emprunteurs d’en prendre connaissance afin de comparer l’offre faite avec d’autres. Par ailleurs, la demanderesse ne justifie pas avoir suffisamment vérifié la solvabilité de l’emprunteur, ni avoir consulté le fichier national des incidents de remboursement des crédits aux particuliers, préalablement à la conclusion du contrat de crédit. En conséquence et selon les termes de l’article L.341-2 du code de la consommation, le prêteur est déchu du droit aux intérêts.Destinée à assurer le respect des règles protectrices instaurées par les articles L. 341-1 et suivants du code de la consommation en faveur de l’ensemble des consommateurs, cette sanction n’est pas subordonnée à l’existence d’un préjudice quelconque ou d’un grief pour l’emprunteur. Par ailleurs, cette déchéance s’étend aux intérêts et à tous leurs accessoires : frais de toute nature et primes d’assurances, dont il est constant qu’une part importante est rétrocédée à l’établissement de crédit, sous forme de commissions, par l’assureur de groupe.La déchéance du droit aux intérêts s’applique à compter de la conclusion du contrat, l’irrégularité sanctionnée affectant les conditions-mêmes de sa formation.Sur la déchéance du droit aux intérêts légauxBien que déchu de son droit aux intérêts, le prêteur est fondé, en vertu de l’article 1231-7 du code civil, à réclamer à l’emprunteur le paiement des intérêts au taux légal sur le capital restant dû à compter de la mise en demeure, le taux d’intérêt légal étant majoré de plein droit deux mois après le caractère exécutoire de la décision de justice en application de l’article L.313-3 du code monétaire et financier.Cependant, la Cour de Justice a édicté le principe selon lequel “le juge national chargé d’appliquer, dans le cadre de sa compétence, les dispositions du droit communautaire, a l’obligation d’assurer le plein effet de ces normes, en laissant au besoin inappliquée, de sa propre initiative, toute disposition contraire de la législation nationale, même postérieure, sans qu’il ait à demander ou à attendre l’élimination préalable de celle-ci” (CJCE, 9 mars 1978, aff. 106/77, Simmenthal).Or, l’article 23 de la directive 2008/48 du Parlement européen et du Conseil concernant les contrats de crédits aux consommateurs dispose que les Etats membres définissent le régime de sanctions applicables en cas de violation des dispositions nationales adoptées conformément à la directive, et prennent toutes les mesures nécessaires pour faire en sorte qu’elles soient appliquées, et que les sanctions soient “effectives, proportionnées et dissuasives”.Par arrêt du 27 mars 2014, la Cour de Justice de l’Union Européenne (affaire C-565/12, LCL / Fesih Kalhan) a jugé que l’article 23 de la directive 2008/48 s’oppose à l’application d’intérêts au taux légal si “les montants susceptibles d’être effectivement perçus par le prêteur à la suite de l’application de la sanction de la déchéance du droit aux intérêts ne sont pas significativement inférieurs à ceux dont celui-ci pourrait bénéficier s’il avait respecté ses obligations”.La Cour de Justice a ainsi ajouté que, “si la sanction de la déchéance du droit aux intérêts se trouvait affaiblie, voire purement et simplement annihilée, en raison du fait que l’application des intérêts au taux légal majoré est susceptible de compenser les effets d’une telle sanction, il en découlerait nécessairement que celle-ci ne présente pas un caractère véritablement dissuasif”, et qu’il appartient à la juridiction saisie “de comparer, dans les circonstances de l’affaire dont elle est saisie, les montants que le prêteur aurait perçus en rémunération du prêt dans l’hypothèse où il aurait respecté son obligation avec ceux qu’il percevrait en application de la sanction de la violation de cette même obligation”.En l’espèce, il résulte des pièces produites que les montants susceptibles d’être effectivement perçus par le prêteur au titre des intérêts au taux légal majoré de cinq points, nonobstant la déchéance du droit aux intérêts, sont supérieurs à ceux dont celui-ci aurait pu bénéficier s’il avait respecté ses obligations découlant de la directive 2008/48, de sorte que la sanction de la déchéance du droit aux intérêts ne revêt pas de caractère effectif et dissuasif.Dès lors, afin d’assurer le respect de la directive précitée, et du caractère effectif et dissuasif de la sanction de la déchéance du droit aux intérêts, il convient de ne pas faire application de l’article 1231-7 du code civil et de l’article L. 313-3 du code monétaire et financier, en prévoyant que la somme restant due en capital ne portera pas intérêt, fût-ce au taux légal.Sur les sommes duesLe montant du financement accordé s’élève à la somme de 12 000 euros et il ressort des pièces versées, notamment de l’historique de compte que Monsieur [B] [J] a effectué plusieurs règlements pour un montant total de 706,97 euros. Par conséquent, et compte tenu de la déchéance du droit aux intérêts contractuels et légaux de l’établissement de crédit, Monsieur [B] [J] sera condamné à payer à la SOCIÉTÉ BOURSORAMA la somme de 11 293,03 euros, et ce sans intérêt ni contractuel ni légal. L’indemnité légale de 8% au titre de la clause pénale fera l’objet d’une étude particulière ci-après. Sur la clause pénale Il résulte de l’article 1231-5 du code civil que lorsque le contrat stipule que celui qui manquera de l’exécuter paiera une certaine somme à titre de dommages et intérêts, il ne peut être alloué à l’autre partie une somme plus forte ni moindre. Néanmoins, le juge peut, même d’office, modérer ou augmenter la pénalité ainsi convenue si elle est manifestement excessive ou dérisoire. Lorsque l’engagement a été exécuté en partie, la pénalité convenue peut être diminuée par le juge, même d’office, à proportion de l’intérêt que l’exécution partielle a procuré au créancier, sans préjudice de l’application de l’alinéa précédent. Toute stipulation contraire aux deux alinéas précédents est réputée non écrite.En l’espèce, la SOCIÉTÉ BOURSORAMA sollicite la somme de 874,39 euros au titre de l’indemnité légale de 8%. Cependant, la somme réclamée sera réduite à un euro en raison de son caractère manifestement excessif compte tenu du partage de responsabilités entre les parties concernant le préjudice généré par le retard de paiement, l’établissement de crédit concluant ayant fait preuve de négligence lors de l’accomplissement des formalités nécessaires à la souscription du crédit.Monsieur [B] [J] sera condamné à payer à la société BOURSORAMA la somme de 1 euro au titre de la clause pénale. III – Sur les demandes accessoiresSur les dépens L’article 696 du code de procédure civile dispose que la partie perdante est condamnée aux dépens, à moins que le juge, par décision motivée, n’en mette la totalité ou une fraction à la charge d’une autre partie.Monsieur [B] [J], qui succombe à l’instance, sera condamné aux entiers dépens. Sur les frais irrépétibles Il résulte des dispositions de l’article 700 du code de procédure civile que le juge condamne la partie tenue aux dépens ou qui perd son procès à payer à l’autre partie la somme qu’il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans tous les cas, le juge tient compte de l’équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d’office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu’il n’y a pas lieu à ces condamnations. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu’elles demandent.Compte tenu du déséquilibre des situations économiques respectives des parties, il convient de débouter la SOCIÉTÉ BOURSORAMA de sa demande fondée sur l’application de l’article précité. Sur l’exécution provisoireConformément à l’article 514 du code de procédure civile, les décisions de première instance sont de droit exécutoire à titre provisoire à moins que la loi ou la décision rendue n’en dispose autrement.PAR CES MOTIFSLe Tribunal, statuant après débats publics, par jugement réputé contradictoire et en premier ressort,SE DECLARE compétent pour connaître de la présente affaire ; DÉCLARE l’action en paiement de la société BOURSORAMA au titre du solde débiteur du compte bancaire n°[XXXXXXXXXX01] recevable ;CONDAMNE Monsieur [B] [J] à payer à la société BOURSORAMA la somme de 13 025,96 euros, arrêtée au 31 août 2024, au titre du solde débiteur du compte bancaire n°[XXXXXXXXXX01], majorée des intérêts au taux légal à compter de la mise en demeure en date du 19 août 2024 ; DÉCLARE l’action en paiement de la société BOURSORAMA au titre du contrat de prêt en date du 1er mars 2024 recevable ;CONSTATE la déchéance du terme de l’engagement souscrit par Monsieur [B] [J] ; PRONONCE la déchéance du droit aux intérêts relatif au contrat de prêt en date du 1er mars 2024, signé entre la SOCIÉTÉ BOURSORAMA et Monsieur [B] [J] ; CONDAMNE Monsieur [B] [J] à payer à la société BOURSORAMA la somme de 11 293,03 euros, et ce sans intérêt ni contractuel, ni légal ; CONDAMNE Monsieur [B] [J] à payer à la société BOURSORAMA la somme de 1 euro au titre de la clause pénale insérée au contrat de prêt ; DIT n’y avoir lieu à condamnation sur le fondement de l’article 700 du Code de Procédure Civile ;CONDAMNE Monsieur [B] [J] aux dépens de l’instance ; RAPPELLE que l’exécution provisoire du présent jugement est de droit.Ainsi jugé et prononcé par mise à disposition du jugement au greffe du tribunal, le 15 mai 2026,La greffière, Le juge des contentieux de la protection,
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- Description
Textes cités dans la décision
- DCC - Directive 2008/48/CE du 23 avril 2008 concernant les contrats de crédit aux consommateurs
- Bruxelles I bis - Règlement (UE) 1215/2012 du 12 décembre 2012 concernant la compétence judiciaire, la reconnaissance et l’exécution des décisions en matière civile et commerciale (refonte)
- LOI n° 2010-737 du 1er juillet 2010
- Code de la consommation
- Code de procédure civile
- Code civil
- Code de l'organisation judiciaire
- Code monétaire et financier
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