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Sur la décision
| Référence : | TJ Bordeaux, ctx protection soc., 8 janv. 2026, n° 23/00194 |
|---|---|
| Numéro(s) : | 23/00194 |
| Importance : | Inédit |
| Dispositif : | Déboute le ou les demandeurs de l'ensemble de leurs demandes |
| Date de dernière mise à jour : | 6 février 2026 |
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Sur les parties
| Avocat(s) : | |
|---|---|
| Parties : |
Texte intégral
88C
N° RG 23/00194 – N° Portalis DBX6-W-B7H-XRG6
__________________________
08 janvier 2026
__________________________
AFFAIRE :
[W] [C]
C/
URSSAF AQUITAINE
__________________________
CCC délivrées
à
M. [W] [C]
URSSAF AQUITAINE
Me Yves MOUNIER
__________________________
Copie exécutoire délivrée
à
TRIBUNAL JUDICIAIRE
PÔLE SOCIAL
180 RUE LECOCQ
CS 51029
33077 BORDEAUX CEDEX
Jugement du 08 janvier 2026
COMPOSITION DU TRIBUNAL :
lors des débats et du délibéré
Madame Sylvie BARGHEON-DUVAL, Vice Présidente,
Monsieur Gilbert ORUEZABAL, Assesseur représentant les employeurs,
Mme Edith Odile THOMAS, Assesseur représentant les salariés,
DÉBATS :
À l’audience publique du 04 novembre 2025
assistés de Madame Sandrine MAUNAS, Faisant fonction de greffier
JUGEMENT :
Pris en application de l’article L.211-16 du Code de l’Organisation Judiciaire, Contradictoire, en premier ressort. Prononcé publiquement par mise à disposition au greffe, les parties en ayant été préalablement avisées dans les conditions prévues à l’article 450 alinéa 2 du Code de Procédure Civile, en présence de Madame Sandrine MAUNAS, Faisant fonction de greffier
ENTRE :
DEMANDEUR :
Monsieur [W] [C]
61, rue Léon Gambetta
33140 VILLENAVE D’ORNON
représenté par Me Yves MOUNIER, avocat au barreau de BORDEAUX substitué par Me Alexis DROUHAUD, avocat au barreau de BORDEAUX
ET
DÉFENDERESSE :
URSSAF AQUITAINE
3 rue Théodore Blanc
33084 BORDEAUX CEDEX
représentée par Mme [D] [T], munie d’un pouvoir spécial
EXPOSÉ DU LITIGE
Suite au procès-verbal de travail dissimulé portant la référence 3316/2021 établi par deux inspecteurs de l’Union de Recouvrement de Cotisations de Sécurité Sociale et Allocations Familiales (URSSAF) AQUITAINE le 24 Août 2020, ces derniers ont adressé à [W] [C] une lettre d’observations le 10 Novembre 2021. Cette lettre chiffre un rappel de cotisations et contributions sociales d’un montant de 60.541 Euros outre la somme de 15.136 Euros correspondant à des majorations de redressement au titre d’un seul et unique chef de redressement portant sur le «travail dissimulé avec verbalisation – micro entreprise – taxation forfaitaire».
En réponse aux contestations du Conseil de [W] [C] adressées par lettre en date du 12 Janvier 2022, les inspecteurs de l’URSSAF ont, par courrier daté du 28 Janvier 2022, maintenu le redressement dans son intégralité.
Après l’annulation de deux mises en demeure en date du 7 Avril 2022, l’Union de Recouvrement des cotisations de Sécurité Sociale et d’Allocations Familiales (URSSAF) AQUITAINE a mis, de nouveau, en demeure [W] [C], par deux courriers distincts datés du 6 Juillet 2022, de procéder au paiement de la somme totale de 83.332 Euros, dont 60.451 Euros au titre des cotisations, 15.136 Euros au titre des majorations de redressement et 7.655 Euros au titre de majorations de retard.
Par courrier de son Conseil en date du 7 Septembre 2022, [W] [C] a saisi la Commission de Recours Amiable de l’URSSAF AQUITAINE.
Par requête de son Conseil déposée le 13 Février 2023 au service d’accueil, [W] [C] a saisi le Pôle Social du Tribunal Judiciaire de BORDEAUX aux fins de contester la décision de ladite commission rendue le 22 Novembre 2022 ayant décidé de maintenir intégralement les deux mises en demeure du 6 Juillet 2022, l’une d’un montant de 70.693 Euros (dont 51.038 Euros en cotisations, 12.760 Euros en majoration de redressement et 6.895 Euros en majorations de retard) et l’autre d’un montant de 12.639 Euros (dont 9.503 Euros en cotisations, 2.376 Euros en majoration de redressement et 760 Euros en majorations de retard).
Les parties ayant été régulièrement convoquées, l’affaire a été appelée à une première audience de mise en état le 7 Septembre 2023, puis renvoyée contradictoirement à plusieurs reprises afin de permettre aux parties de se mettre en état, avant d’être fixée à plaider à l’audience du 4 Novembre 2025.
* * * *
Par conclusions responsives n°3 de son Conseil, soutenues oralement, auxquelles il convient de se référer pour un plus ample exposé des moyens, [W] [C] demande au visa des articles L.243-7, L.243-6 A, R.243-59, L.244-2 du Code de la Sécurité Sociale, L.212-1 du Code des Relations entre le Public et l’Administration, L.8271-1, L.8271-6-1, L.8221-1 du Code du Travail, au tribunal de :
*À titre principal,
— annuler la mise en demeure datée du 30 Août 2022 («annulant et remplaçant la mise en demeure du 11 Mars 2022») adressée suivant lettre RAR n°2C14533347020 (reçue le 1er Septembre 2022) de payer la somme de 32.756 Euros dans la mesure où elle est entachée de nullité [en réalité il s’agit de la mise en demeure du 6 Juillet 2022 remplaçant celles du 7 Avril 2022, celles mentionnées ci-dessus concernent son épouse],
* À titre subsidiaire,
— annuler le contrôle dont il fait l’objet pour la période du 1er Janvier 2016 au 31 Décembre 2020 et le redressement correspondant,
— annuler la décision de la Commission de Recours Amiable du 22 Novembre 2022 notifiée par courrier daté du 22 Décembre 2022 [en réalité 12 Décembre 2022],
— prononcer la nullité de la procédure de redressement et le décharger de l’intégralité des chefs du redressement,
— annuler la mise en demeure datée du 6 Juillet 2022 n°2C14533346825 d’avoir à payer la somme de 70.693,00 Euros,
— annuler la mise en demeure datée du 6 Juillet 2022 n° 2C14533346832 d’avoir à payer la somme de 12.639,00 Euros,
* À titre infiniment subsidiaire :
— annuler la mise en demeure datée du 6 Juillet 2022 n°2C14533346825 du fait qu’elle ne peut porter que sur une période de 5 ans en cas de travail dissimulé, l’année 2016 étant frappée de prescription et ne peut être prise en compte ou réclamée et ce, en application des dispositions de l’article L.244-1 du Code de la Sécurité Sociale,
— lui donner acte de qu’il fait la démonstration que l’ensemble du quantum réclamé par l’URSSAF n’est justifié,
— annuler le montant des pénalités au titre des sanctions, punitions ou/et éventuellement de l’intégralité du contrôle,
* En tout état de cause
— débouter l’URSSAF de l’ensemble de ses demandes, fins et conclusions.
À titre principal il soulève la nullité de la décision de la Commission de Recours Amiable au motif que la mention relative au nombre de membres la composant et à leur signature fait défaut. À titre subsidiaire, il demande la nullité du redressement au motif que les mentions relatives au recueil préalable du consentement à l’audition ne sont pas reprises dans la convocation ni dans la lettre d’observations. Il ajoute qu’il n’a pas été redressé au titre de l’emploi dissimulé mais sur la base de versements effectués par l’ancienne SAS CCEB sans pour autant que l’URSSAF ne justifie en quoi ces versements relevaient de cotisations de l’exploitant à titre individuel. Concernant la taxation d’office, il soutient que l’URSSAF n’établit pas que les sommes prises en compte correspondent à une activité propre relative à son activité. À titre très subsidiaire, il expose que l’avis de notification de la lettre d’observations fait mention à la fois des dispositions du travail dissimulé et aux règles de droit commun et qu’en l’absence de choix de la procédure le contrôle dans son intégralité doit être déclaré nul. À titre infiniment subsidiaire, sur le montant des cotisations, il affirme que l’URSSAF ne démontre pas que les sommes qu’elle impute sur son compte relèvent de son activité professionnelle et en déduit que l’intégralité du redressement doit être annulée. Il ajoute que la date de fin de contrôle n’apparaît dans aucun document et que l’absence de cette date affecte la validité de la procédure de contrôle dont il demande l’annulation. Concernant la mise en demeure de payer la somme de 70.693 Euros du 6 Juillet 2022, il sollicite à titre principal sa nullité considérant qu’aucune référence sur son activité n’y est indiquée. Il ajoute, à titre subsidiaire, que l’année 2016 est prescrite et ne peut être prise en compte ou réclamée et que la première mise en demeure du 7 Avril 2022 ayant autorité de la chose jugée une nouvelle mise en demeure ne pouvait lui être adressée. Concernant la mise en demeure de payer de 12.639 Euros il sollicite sa nullité en se basant sur les mêmes motifs que la précédente (absence de référence sur son activité). Il ajoute que le contrôleur de l’URSSAF ne justifie pas du montant pris en compte correspondant à une rémunération découlant d’une activité de travailleur indépendant et demande d’annulation de l’ensemble de redressements. Il fait valoir un arrêt de la Cour de Cassation du 9 Janvier 2025 énonçant que l’URSSAF se doit d’établir le redressement sur une base réelle, et non sur une méthode alternative, dès lors que les éléments comptables le permettent.
* * * *
Par conclusions n°4 développées à l’audience, auxquelles il convient de se référer pour un plus ample exposé des moyens, l’Union de Recouvrement des cotisations de Sécurité Sociale et d’Allocations Familiales AQUITAINE demande au tribunal de :
— déclarer recevable en la forme le recours n°23/00194,
— déclarer recevable la décision de sa commission en date du 22 Novembre 2022, notifiée le 12 Décembre suivant,
— au fond, débouter [W] [C] de l’ensemble de ses demandes, fins et prétentions,
— confirmer la décision de sa commission du 22 Novembre 2022, notifiée le 12 Décembre suivant,
— valider la mise en demeure 55520525 relative aux années 2016, 2017, 2018 et 2019 pour son montant de 70.693 Euros dont 51.038 Euros de cotisations, 12.760 Euros de majorations de redressement et 6.895 Euros de majorations de retard,
— valider la mise en demeure 55520527 relative à l’année 2020 pour son montant de 12.639 Euros dont 9.503 Euros de cotisations, 2.376 Euros de majoration de redressement et 760 Euros de majorations de retard.
— condamner [W] [C] au paiement de la somme de 83.332 Euros dont 60.541 Euros en cotisations, 15.136 Euros de majorations de redressement ainsi que 7.655 Euros de majorations de retard,
— condamner [W] [C] au paiement d’une indemnité de 1.500 Euros sur le fondement de l’article 700 du Code de Procédure Civile.
Sur la recevabilité de la décision de la Commission de Recours Amiable rendue le 28 Juin 2022 [en réalité 22 Novembre 2022], elle fait valoir qu’elle a été signée par [K] [O], en sa qualité de secrétaire de ladite commission de telle sorte que le formalisme prévu à l’article R.142-4 du Code de la Sécurité Sociale a donc été respecté. Concernant le redressement opéré, elle expose que dans le cadre d’un premier contrôle (comptable d’assiette) engagé à l’encontre de la SAS CCEB, il a été constaté que [W] [C] était à la fois Dirigeant de l’entreprise CCEB et à la tête d’une micro-entreprise en son nom propre. Compte tenu des informations recueillies dans le premier contrôle comptable d’assiette, un second contrôle, distinct du premier, engagé à l’encontre de la micro-entreprise de [W] [C], a débuté. Elle soutient ainsi que c’est dans le cadre de l’article L.8221-1 du Code du Travail qu’une procédure pour travail dissimulé pour dissimulation d’activité a été engagée à l’encontre du requérant et que dans ce cadre elle a respecté les exigences imposées par l’article R.249-53 du Code de la Sécurité Sociale. Elle précise également que la lettre d’observations dont a été destinataire [W] [C] mentionne bien une date de fin de contrôle au 10 Novembre 2021 et que ce dernier a consenti à son audition libre devant les inspecteurs. Sur le chef d’infraction de travail dissimulé avec verbalisation/Micro-entreprise/taxation forfaitaire, elle fait valoir que ses inspecteurs du recouvrement ont jugé la comptabilité de [W] [C] incomplète pour permettre l’établissement des revenus servant de base de calcul des cotisations dues et qu’il a donc été fait application d’une taxation forfaitaire, dans le respect des dispositions l’article R.243 59-4 du Code de la Sécurité Sociale. Elle précise que lors de son audition, [W] [C] n’a fourni aucun document à l’inspecteur et que la jurisprudence dont se prévaut le requérant est inapplicable dès lors qu’il ne remettait pas en cause le recours à la taxation forfaitaire. Elle indique également que dans le cadre de l’action pénale et sur l’action publique en particulier, la culpabilité de [W] [C] a bien été établie pour les faits tels que qualifiés dans la requête. Concernant les mises en demeure du 6 Juillet 2022, elle fait valoir que celles-ci respectent le formalisme prévu à l’article R.244-1 du Code de la Sécurité Sociale puisqu’elles précisent la cause, la nature et le montant des cotisations réclamées. Sur la prescription des cotisations dues au titre de l’année 2016, elle relève que si celles-ci se prescrivent normalement au 30 Juin 2022, il faut aussi tenir compte de la période de suspension de 76 jours (pendant le redressement), et qu’elle avait jusqu’au 14 Septembre 2022 pour adresser sa mise en demeure et qu’en conséquence les cotisations relatives à cette année ne sont pas frappées de prescription. Concernant l’autorité de la chose jugé de la première mise en demeure du 7 Avril 2022, elle fait état d’un arrêt de la Cour d’Appel de BORDEAUX en date du 11 Mai 2023 et soutient que celles du 6 Juillet 2022 sont valides.
À l’issue des débats, les parties présentes ont été avisées que le jugement serait prononcé par sa mise à disposition au greffe le 8 Janvier 2026.
MOTIFS DE LA DÉCISION
À titre liminaire, il convient de constater que la recevabilité du recours de [W] [C] n’est pas contestée de sorte qu’il n’y a pas lieu de statuer sur ce point.
Sur la demande de nullité de la décision de la Commission de Recours Amiable :
L’article L.142-4 du Code de la Sécurité Sociale dans sa version applicable au lige prévoit que «Les recours contentieux formés dans les matières mentionnées aux articles L.142-1, à l’exception du 7°, et L.142-3 sont précédés d’un recours préalable, dans des conditions prévues par décret en Conseil d’État.».
En l’espèce, il n’est pas contesté que [W] [C] a saisi la Commission de Recours Amiable de l’URSSAF AQUITAINE par courrier de son Conseil en date du 7 Septembre 2022 en vue de contester le montant réclamé par l’organisme au titre des cotisations et majorations relatives au chef de redressement portant sur du travail dissimulé.
En outre, il ressort de la pièce A du demandeur (ou 2 URSSAF), que la commission a rendu une décision le 22 Novembre 2022 maintenant le redressement contesté et les sommes réclamées.
Il est constant que si elle n’est valablement saisie qu’après rejet explicite ou implicite de la réclamation préalable prévue par l’article L.142-1 du Code de la Sécurité Sociale, il appartient à la juridiction du contentieux général de se prononcer sur le fond du litige, les moyens soulevés devant elle et tirés d’une irrégularité de la décision de la Commission de Recours Amiable étant inopérants (Cass 2ème Civ 21 Juin 2018 N°17-27.756).
Ainsi, la Commission de Recours Amiable n’est pas une juridiction mais une simple instance administrative et le fait d’avoir été informé de la possibilité de saisir ladite commission ne permet pas d’invoquer l’irrégularité de sa composition ou l’absence des signatures de ces membres pour aboutir à une annulation de la procédure de recouvrement.
Dès lors, aucune nullité n’est encourue de ce chef.
En conséquence, et il convient de rejeter l’exception d’irrégularité soulevée par [W] [C].
Au surplus, il convient de rappeler, que le simple recours devant la présente juridiction amène celle-ci à réexaminer la situation de la partie requérante au regard du droit qui lui est contesté de telle sorte qu’il n’entre pas dans le champ d’attribution du présent tribunal d’annuler, de reformer, d’infirmer ou de confirmer les décisions prononcées par l’organisme ou sa Commission de Recours Amiable de sorte qu’il n’y a pas lieu de statuer sur ce point.
Sur la régularité de la procédure du contrôle
À titre liminaire, il convient de rappeler que le travail illégal, tel que défini à l’article L.8211-1 du Code du Travail, concerne les infractions suivantes : le travail dissimulé, le marchandage, le prêt illicite de main-d’œuvre, l’emploi d’étrangers sans titre de travail, les cumuls irréguliers d’emplois, la fraude aux revenus de remplacement. Ainsi, le travail dissimulé constitue un élément du travail illégal.
De même, l’URSSAF peut procéder au redressement de cotisations pour travail dissimulé dans deux situations distinctes :
— lorsque a été mise en œuvre la procédure de contrôle spécifique à la recherche des infractions aux interdictions de travail illégal et qu’un procès-verbal de travail dissimulé a été établi le redressement étant calculé sur la base des informations contenues dans ce procès-verbal,
— lorsque, à l’occasion de la procédure de contrôle de l’application de la législation de la sécurité sociale prévue par l’article L.243-7 du Code de la Sécurité Sociale, il relève l’existence d’une situation de travail dissimulé justifiant le redressement des cotisations soustraites aux déclarations sociales (2e Civ., 7 Juillet 2016, pourvoi n°15-16.110).
Dans le premier cas, le redressement est régi par les articles L.8271-1 et suivants du Code du Travail. Dans le second cas, le contrôle est régi par l’article L.243-7 du Code de la Sécurité Sociale et est dit contrôle de droit commun ou encore contrôle comptable d’assiette. Les deux procédures de contrôle présentent un caractère autonome.
En l’espèce, il ressort de la lettre d’observations en date du 10 Novembre 2021 adressé à [W] [C] que dans le cadre d’un premier contrôle (comptable d’assiette) engagé à l’encontre de la SAS CCEB (entreprise spécialisée dans l’achat vente et pose de bardage), il a été constaté que [W] [C] était à la fois dirigeant de l’entreprise CCEB mais aussi à la tête d’une micro-entreprise en son nom propre. Les inspecteurs ont ainsi relevé lors de l’exploitation du Grand Livre de la SAS CCEB que la micro entreprise de [W] [C] facturait des prestations de nettoyage pour le compte de la SAS CCEB.
Il est ainsi clairement mentionné au chapitre des «faits constatés» que compte tenu des informations recueillies et des montants perçus lors du premier contrôle comptable d’assiette visant la SAS CCEB, une vérification du chiffre d’affaires de [W] [C] a été opérée en sa qualité de travailleur non salarié (indépendant).
Ainsi, la lettre d’observations du 10 Novembre 2021 indique en objet la «Recherche des infractions aux interdictions de travail dissimulé mentionnées aux articles L.8221-1 et L.8221-3 du code du travail». De même il est inscrit en page 2/6 de la lettre que la raison sociale est «[C] [W], TRAVAILLEUR NON SALARIE» avec un numéro Siret dont il n’est pas discuté qu’il ne serait pas celui du requérant.
Enfin, et surtout la lettre d’observations rappelle que le redressement est opéré sur la base des informations contenues dans le procès-verbal de travail dissimulé du 18 Octobre 2021 (référence 3316/2021).
Dès lors, il est établi, sans confusion possible, que l’URSSAF a engagé à l’encontre de [W] [C], travailleur non salarié, une procédure pour travail dissimulé, qui certes s’inscrit dans la continuité de la procédure engagée à l’encontre de la SAS CCEB mais qui n’est pas une extension des investigations menées dans le cadre de la procédure de contrôle de la SAS CCEB, qui en tout état de cause est une entité distincte.
1- Sur l’envoi d’un avis de contrôle
Aux termes de l’article R.243-59 du Code de la Sécurité Sociale, «Tout contrôle effectué en application de l’article L.243-7 est précédé, au moins quinze jours avant la date de la première visite de l’agent chargé du contrôle, de l’envoi par l’organisme effectuant le contrôle des cotisations et contributions de sécurité sociale d’un avis de contrôle. Toutefois, l’organisme n’est pas tenu à cet envoi dans le cas où le contrôle est effectué pour rechercher des infractions aux interdictions mentionnées à l’article L.8221-1 du code du travail. Dans ce dernier cas, si l’organisme entend poursuivre le contrôle sur d’autres points de la réglementation, un avis de contrôle est envoyé selon les modalités définies au premier alinéa.(…)».
En l’espèce, dès lors qu’il s’agit d’un contrôle visant la recherche des infractions aux interdictions de travail dissimulé tel que prévues aux articles L.8221-1 et L.8221-3 du Code du Travail, l’organisme n’était pas tenu d’envoyer un avis de contrôle.
Dès lors, aucune irrégularité ne peut résulter de l’absence d’envoi d’un avis préalable de contrôle.
Par conséquent, [W] [C] doit être débouté de sa demande visant à voir annuler les opérations de contrôle et le redressement subséquent de ce chef.
2- Sur le consentement à l’audition
Aux termes de l’article L.8271-6-1 du Code du Travail, les inspecteurs du recouvrement en charge du contrôle mentionnés à l’article L.8271-1-2 du même code, sont habilités à entendre, en quelque lieu que ce soit et avec son consentement, tout employeur ou son représentant et toute personne rémunérée, ayant été rémunérée ou présumée être ou avoir été rémunérée par l’employeur ou par un travailleur indépendant, afin de connaître la nature des activités de cette personne, ses conditions d’emploi et le montant des rémunérations s’y rapportant, y compris les avantages en nature. De même, ils peuvent entendre toute personne susceptible de fournir des informations utiles à l’accomplissement de leur mission de lutte contre le travail illégal.
Conformément à l’article 28 du Code de Procédure Pénale, l’article 61-1 du même code est applicable lorsqu’il est procédé à l’audition d’une personne à l’égard de laquelle il existe des raisons plausibles de soupçonner qu’elle a commis ou tenté de commettre une infraction.
Il est précisé que “Ces auditions peuvent faire l’objet d’un procès-verbal signé des agents mentionnés au premier alinéa et des personnes entendues».
De même, l’article R.243-59 du Code de la Sécurité Sociale dans sa version applicable au litige, prévoit que «Lorsqu’il est fait application des dispositions de l’article L.8271-6-1 du code du travail, il est fait mention au procès-verbal d’audition du consentement de la personne entendue. La signature du procès-verbal d’audition par la personne entendue vaut consentement de sa part à l’audition.»
Il résulte des dispositions précitées que la preuve du consentement préalable de la personne à être entendue peut résulter du procès-verbal d’audition signé par les agents de contrôle et la personne entendue ou de tout autre document.
En l’espèce, il n’est pas contesté que [W] [C] a fait l’objet d’une audition libre (article 61-1 du Code de Procédure Pénale), et qu’il a été entendu le 28 Septembre 2021 par deux inspecteurs du recouvrement, agréés et assermentés de l’URSSAF AQUITAINE (pièce 9 en annexe du procès-verbal de travail dissimulé pages 599 & suivantes).
Le requérant expose que ni la lettre d’observations ni les convocations faisant référence à l’article L.8271-6-1 du Code du Travail ne comportent de mentions relatives au recueil préalable du consentement à l’audition et entraîne l’irrégularité d contrôle et des redressements pratiqués. Au soutien de son argumentation, [W] [C] fait état d’une décision de la Cour de Cassation du 9 Décembre 2021(n°20-13.498) qui après avoir rappelé que «Selon l’article L.8271-6-1 du code du travail, les auditions auxquelles les agents de contrôle procèdent pour la recherche et le constat des infractions en matière de travail illégal ne peuvent être réalisées qu’avec le consentement des personnes entendues» retient qu’il convient d’établir la preuve du recueil préalable au consentement.
Il ressort de cette décision que si la preuve du consentement doit sans conteste être établie, son recueil préalable n’a pas obligatoirement à figurer dans la lettre d’observations ou même dans la convocation à cette audition, cette mention n’étant par ailleurs prévu par aucun texte.
En outre, il ressort du procès-verbal d’audition libre de [W] [C] en date du 28 Septembre 2021 (pièce 9 URSSAF pages 599 & 600) que préalablement aux questions qui lui ont été posées, [W] [C] a signé un document à 14h00 lui notifiant les dispositions de l’article 61-1 du Code de Procédure Pénal qui prévoient que «la personne à l’égard de laquelle il existe des raisons plausibles de soupçonner qu’elle a commis ou tenté de commettre une infraction ne peut être entendue librement sur ces faits qu’après avoir été informée :
1°- de la qualification, de la date et du lieu présumés de l’infraction qu’elle est soupçonnée d’avoir commise ou tenté de commettre, en l’occurrence l’infraction de travail dissimulé entre le 1er Janvier 2016 et le 31 Décembre 2020, à VILLENAVE D’ORNON,
2° du droit de quitter à tout moment les locaux où elle est entendue (…)».
De même il est noté que la personne auditionnée a reconnu avoir un reçu un document détaillant la notification de ses droits et qu’elle consent à l’audition.
Enfin, [W] [C] a apposé sa signature à la fin de ses déclarations le 28 Septembre 2021 à 15h00.
Dès lors, il est établi que [W] [C] a consenti librement à son audition de telle sorte que les moyens de nullité du contrôle et du redressement pratiqué développés par le requérant de ce chef sont infondés.
Par conséquent, [W] [C] doit être débouté de sa demande visant à voir annuler les opérations de contrôle et le redressement subséquent de ce chef.
3- Sur la mention relative à la fin du contrôle
L’article R.243-59 III du Code de la Sécurité Sociale, dans sa version applicable au litige, énonce qu'‟À l’issue du contrôle ou lorsqu’un constat d’infraction de travail dissimulé a été transmis en application des dispositions de l’article L.8271-6-4 du code du travail afin qu’il soit procédé à un redressement des cotisations et contributions dues, les agents chargés du contrôle mentionnés à l’article L.243-7 communiquent au représentant légal de la personne morale contrôlée ou au travailleur indépendant une lettre d’observations datée et signée par eux mentionnant l’objet du contrôle réalisé par eux ou par d’autres agents mentionnés à l’article L.8271-1-2 du code du travail, le ou les documents consultés, la période vérifiée, le cas échéant, la date de la fin du contrôle et les observations faites au cours de celui-ci.
En l’espèce, [W] [C] fait valoir qu’il ne dispose d’aucun document faisant état de la fin de contrôle
Toutefois, il ressort de la lettre d’observations qu’il est noté en page 2 : «Date de la fin du contrôle : 10 Novembre 2021» de sorte que contrairement à ce qu’indique le requérant, il n’y a pas lieu de constater l’absence de la date de fin de contrôle
Au surplus, la lettre d’observations, qui indique la nature, le mode de calcul et le montant des redressements, répond aux exigences de motivation posées par l’article précité.
Dès lors, la demande de nullité du redressement est rejetée de ce chef.
Par conséquent, [W] [C] doit être débouté de sa demande visant à voir annuler les opérations de contrôle et le redressement subséquent de ce chef.
Sur la nullité des mises en demeure
À titre préliminaire, il convient de rappeler que l’URSSAF ne discute pas que les deux mises en demeure ont fait l’objet d’un recours préalable régulier devant la Commission de Recours Amiable de sorte qu’elle ne remet pas en cause la régularité de la contestation de [W] [C]. Par conséquent, n’y a pas lieu de statuer sur ce point.
1- Sur la fin de non-recevoir tirée de la prescription des cotisations et contributions sociales au titre de l’année 2016
Selon l’article L.244-3 du Code de la Sécurité Sociale, les cotisations et contributions sociales se prescrivent par trois ans à compter de la fin de l’année civile au titre de laquelle elles sont dues. Pour les cotisations et contributions sociales dont sont redevables les travailleurs indépendants, cette durée s’apprécie à compter du 30 Juin de l’année qui suit l’année au titre de laquelle elles sont dues. Toutefois, et en vertu de l’article L.244-11 du même code, ce délai est porté à cinq ans en cas de constatation d’une infraction de travail illégal par procès-verbal.
Dans le cadre d’une procédure de contrôle diligentée pour travail dissimulé, l’article L.244-3 du Code de la Sécurité Sociale prévoit que le délai de prescription des cotisations, contributions, majorations et pénalités de retard est suspendu pendant la période contradictoire mentionnée à l’article 243-7-1-A. L’article R.243-59 dudit code, dans sa version applicable au litige, précise que la période contradictoire est engagée à compter de la réception de la lettre d’observations par la personne contrôlée, qui dispose d’un délai de 30 jours pour y répondre, et qu’elle prend fin, soit au terme du délai de réponse en cas d’absence d’observations du cotisant ou, à la date d’envoi de la réponse de l’agent chargé du contrôle.
Le délai de prescription court à compter de la fin de l’année civile au titre de laquelle les cotisations sont dues, ou, pour les travailleurs indépendants, à compter du 30 Juin de l’année suivant l’année au titre desquelles elles sont dues.
En l’espèce, le délai a démarré le 13 Novembre 2021, date de réception de la lettre d’observations (non contestée ) et s’est terminé le 28 Janvier 2022, date à laquelle les inspecteurs ont répondu aux observations de [W] [C] (pièce C4 demandeur).
En outre, l’organisme peut recouvrer les sommes pour l’année 2016 jusqu’au 30 Juin 2022 (le délai ayant démarré le 30 Juin 2017).
Toutefois, compte-tenu de la suspension à partir du 13 Novembre 2021 jusqu’au 28 janvier 2022, soit pendant 76 jours, le délai est reporté au 14 Septembre 2022.
Dès lors, la mise en demeure du 6 Juillet 2022 d’un montant de 70.693 Euros incluant l’année 2016 porte sur des cotisations, majorations et pénalités non prescrites.
Par conséquent, [W] [C] doit être débouté de sa fin de non-recevoir portant sur la prescriptions des cotisations, majorations et pénalités de l’année 2016.
2- Sur l’émission de plusieurs mises en demeure successives
Suivant les dispositions de l’article L.244-2 du Code de la Sécurité Sociale dans sa version en vigueur depuis le 23 Décembre 2018 applicable en l’espèce «Toute action ou poursuite effectuée en application de l’article précédent ou des articles L.244-6 et L.244-8-1 est obligatoirement précédée, si elle a lieu à la requête du ministère public, d’un avertissement par lettre recommandée de l’autorité compétente de l’État invitant l’employeur ou le travailleur indépendant à régulariser sa situation dans le mois. Si la poursuite n’a pas lieu à la requête du ministère public, ledit avertissement est remplacé par une mise en demeure adressée par lettre recommandée ou par tout moyen donnant date certaine à sa réception par l’employeur ou le travailleur indépendant.»
Il ressort de ce texte que si la mise en demeure est un préalable nécessaire pour exiger le paiement des sommes réclamées rien n’indique que lorsqu’une erreur affectant la mise en demeure est constatée l’organisme ne puisse pas la rectifier et dresser une nouvelle demeure.
En l’espèce, il ressort des pièces versées à la procédure que l’URSSAF AQUITAINE a émis envers [W] [C] deux mises en demeure datées du 7 Avril 2022 réclamant une somme de 12.639 Euros et une somme de 70.693 Euros. Elle explique que, constatant que ces mises en demeure comportaient des erreurs, elle a, de nouveau, adressé à [W] [C] deux nouvelles mises en demeure en date du 6 Juillet 2002 tel qu’il suit :
— l’une d’un montant de 12.639 Euros correspondant à 9.503 Euros de cotisations, 2.376 Euros de majorations de redressement et 760 Euros de majorations de retard, pour l’année 2020,
— l’autre d’un montant de 70.653 Euros correspondant à 51.038 Euros de cotisations, 12.760 Euros de majorations de redressement et 6.895 Euros de majorations de retard pour les années 2016 à 2019.
Dans le cadre du présent recours, [W] [C] expose qu’en réalité, les deux mises en demeure en date du 7 Avril 2022 ont autorité de la chose jugée et que de nouvelles mises en demeure ne pouvaient pas être adressées.
Il n’est pas contesté que les mises en demeure en date du 6 Juillet 2022 comportent chacune la mention «annule et remplace la mise en demeure du 7 Avril 2022».
Toutefois, il résulte des dispositions de l’article 1355 du Code Civil que l’autorité de la chose jugée n’a lieu qu’à l’égard de ce qui a fait l’objet du jugement. Dès lors, [W] [C] ne peut se prévaloir de l’autorité de la chose jugée s’agissant d’une mise en demeure.
Enfin, les erreurs pour lesquelles les mises en demeure du 7 Avril 2022 ont été annulées par l’URSSAF AQUITAINE sont manifestement des erreurs de forme dès lors que les sommes réclamées sont identiques. De plus, il n’est pas contesté que préalablement à l’envoi de ces mises en demeure, [W] [C] avait bien reçu la lettre d’observations du 10 Novembre 2021 et le courrier du 28 Janvier 2022 par lequel les inspecteurs du recouvrement ont répondu à ses observations de telle sorte qu’il ne pouvait pas se méprendre sur les opérations de contrôle et qu’il n’existait aucun obstacle à la notification d’une ou même deux nouvelles mises en demeure.
Par conséquent, il convient de débouter [W] [C] de sa demande visant à l’annulation des mises en demeure de ce chef.
3- Sur la régularité des deux mises en demeure du 6 Juillet 2022
Aux termes de l’article R.244-1 du Code de la Sécurité Sociale, dans sa version en vigueur depuis le 16 Décembre 2018 et applicable au litige prévoit que : «L’avertissement ou la mise en demeure précise la cause, la nature et le montant des sommes réclamées, les majorations et pénalités qui s’y appliquent ainsi que la période à laquelle elles se rapportent.
Lorsque la mise en demeure ou l’avertissement est établi en application des dispositions de l’article L.243-7, le document mentionne au titre des différentes périodes annuelles contrôlées les montants notifiés par la lettre d’observations corrigés le cas échéant à la suite des échanges entre la personne contrôlée et l’agent chargé du contrôle. La référence et les dates de la lettre d’observations et le cas échéant du dernier courrier établi par l’agent en charge du contrôle lors des échanges mentionnés au III de l’article R.243-59 figurent sur le document. Les montants indiqués tiennent compte des sommes déjà réglées par la personne contrôlée.».
En l’espèce, il convient de relever que les deux mises en demeure précisent :
— la nature des cotisations «Cotisations et contributions sociales personnelles obligatoires, majorations et pénalités»,
— le motif de la créance (du recouvrement) : «Contrôle – Articles R.243-59 du Code de la Sécurité Sociale et L.8221-1 du code du travail ; Chefs de redressement notifiés par lettre d’observations n°7780133L OBS LCTI 131 UR en date du 10 novembre 2021»,
— le montant des cotisations et des majorations de retard ainsi que chacune des périodes :
* concernant la mise en demeure réclamant la somme de 70.683 Euros, il est noté les périodes suivantes : années 2016, 2017, 2018 et 2019, auxquelles elles se rapportent,
* concernant la mise en demeure réclamant la somme de 12.639 Euros, il est noté la période suivante : du 1er Janvier 2020 au 31 Décembre 2020.
[W] [C] fait valoir qu’aucune référence sur son activité ne figure sur l’une ou l’autre mise en demeure. L’URSSAF AQUITAINE soutient que les deux lettres de mise en demeure font bien référence au compte URSSAF (727 652095696) sur lequel porte le redressement et que ce compte correspond à l’activité d’auto-entrepreneur de [W] [C].
En tout état de cause, la mention relative à l’activité de la personne à laquelle est adressée la mise en demeure n’est pas exigée par les textes. Il en est de même concernant la date de fin du contrôle opéré qui n’est pas une mention exigée comme devant figurer dans la mise en demeure.
Par conséquent, il convient de rejeter la demande tenant à voir prononcer l’annulation des deux mises en demeure datée du 6 Juillet 2022 et celle du redressement subséquent.
Sur le bien-fondé du chef de redressement «Travail dissimulé avec verbalisation – Micro entreprise – Taxation forfaitaire »
L’article L.8221-1 du Code du Travail prévoit l’interdiction du travail totalement ou partiellement dissimulé défini et exercé dans les conditions prévues aux articles L.8221-3 et L.8221-5 du même code.
L’article L.8221-3 dudit code, dans ses différentes versions applicables au litige, énonce qu’ ‟Est réputé travail dissimulé par dissimulation d’activité, l’exercice à but lucratif d’une activité de production, de transformation, de réparation ou de prestation de services ou l’accomplissement d’actes de commerce par toute personne qui, se soustrayant intentionnellement à ses obligations (…) n’a pas procédé aux déclarations qui doivent être faites aux organismes de protection sociale ou à l’administration fiscale en vertu des dispositions légales en vigueur. Cette situation peut notamment résulter de la non-déclaration d’une partie de son chiffre d’affaires ou de ses revenus ou de la continuation d’activité après avoir été radié par les organismes de protection sociale en application de l’article L.613-4 du Code de la Sécurité Sociale (…)”.
Ainsi, le défaut d’accomplissement par le travailleur indépendant, auprès d’un organisme de recouvrement, de ses obligations déclaratives relatives aux rémunérations perçues est constitutif de travail dissimulé par dissimulation d’activité.
En l’espèce, il ressort du procès-verbal de travail dissimulé clos le 18 Octobre 2021qu’à l’occasion du contrôle comptable d’assiette de la SAS CCEB, les inspecteurs de recouvrement de l’URSSAF ont constaté que pour les années 2016 à 2020 la société avait eu recours à des prestations de nettoyage facturées par la micro entreprise de [W] [C]. Pour autant et d’après leurs vérifications, les déclarations de chiffre d’affaires effectuées auprès de l’URSSAF par ce dernier n’étaient pas en adéquation avec les sommes versées par la SAS CCEB à celui-ci.
En outre, il ressort de cette même pièce qu’après avoir analysé les comptes bancaires de [W] [C], les inspecteurs de l’URSSAF ont convoqué et entendu ce dernier au cours d’une audition libre en date du 28 Septembre 2021 (en annexe du procès-verbal de travail dissimulé, pièce 9 URSSAF pages 599 et suivantes).
Il convient tout d’abord de relever qu’au cours de cette audition [W] [C] a indiqué qu’il ne pouvait pas dire si les chiffres énoncés par les inspecteurs comme correspondant à son chiffre d’affaires déclaré pour les années 2016, 2017, 2018, 2019 et 2020 étaient exacts. Il a précisé que c’était sa femme qui effectuait les déclarations.
De même à la question «Comment connaissez-vous le montant de votre chiffre d’affaires ?» [W] [C] a répondu «Très honnêtement je n’en ai aucune idée».
Enfin à la question des inspecteurs : «Peut-on dire que vous avez omis de déclarer l’intégralité de votre chiffre d’affaires et que suite au contrôle de la SAS CCEB, vous avez voulu régulariser votre situation ?» [W] [C] a répondu oui.
En tout état de cause, il convient de souligner que dans le cadre du présent recours, [W] [C] ne remet pas en cause le contenu de ses déclarations mais fait valoir une absence de justification du chiffre d’affaires retenu par les inspecteurs de l’URSSAF considérant que ces derniers n’indiquent pas de la nature des sommes prises en compte. Il affirme qu’il s’agirait en réalité de rémunérations versées par la SAS CCEB au titre de ses fonctions de Président mais que celles-ci n’ont pas fait l’objet de régularisation en assemblée générale. Toutefois [W] [C] n’apporte aucun élément à l’appui de ses dires.
En réalité, rien ne permet de remettre en cause les discordances relevées par les inspecteurs concernant le montant des chiffres d’affaires déclarés par [W] [C] pour les années 2016 à 2020 et les encaissements relevés représentant ce chiffre d’affaires relevé sur son compte bancaire.
De plus, il convient de rappeler que les procès-verbaux constatant des infractions de travail dissimulé font foi jusqu’à preuve du contraire conformément aux dispositions de l’article L.8271-8 du Code du Travail.
En outre, il ressort de la pièce 10 versée par l’organisme que le Président du Tribunal Judiciaire de BORDEAUX a homologué le 6 Avril 2022 la proposition de peine formée par le Procureur de la République concernant [W] [C] qui était ‟prévenu pour avoir à VILLENAVE D’ORNON entre le 1er janvier 2016 et le 31 décembre 2020 (…) intentionnellement exercé à but lucratif une activité de production, de transformation, de réparation (…) en l’espèce en exerçant l’activité d’auto entrepreneur en ne procédant pas aux déclarations devant être faites aux organismes de protection sociale ou à l’administration fiscale en l’espèce en ne déclarant pas le chiffre d’affaires pour l’année 2018 et en minorant les déclarations de chiffre d’affaire pour les années 2016, 2017,2019 et 2020 (…) .
Concernant l’action publique, il est expressément mentionné que la culpabilité de la personne, c’est-à-dire [W] [C], est établie et que ce dernier reconnaît les faits reprochés et accepte les peines proposées.
Or, il n’est pas contestable que les faits reprochés et énumérés dans le cadre de cette procédure pénale, ainsi que les périodes, correspondent à ceux indiqués dans le procès-verbal d’infraction de travail dissimulé du clos le 18 Octobre 2021 et à ceux repris dans la lettre d’observations du 10 Novembre 2021 adressée à [W] [C].
Par conséquent, il convient de constater que le redressement opéré par l’URSSAF AQUITAINE au titre du travail dissimulé pour dissimulation d’activités est justifié et bien fondé.
Sur le montant du redressement opéré
Aux termes de l’article R.243-59-4 du Code de la Sécurité Sociale :
«I – dans le cadre du contrôle effectué en application de l’article L.243-7, l’agent chargé du contrôle fixe forfaitairement le montant de l’assiette dans les cas suivants :
1 la comptabilité de la personne contrôlée ne permet pas d’établir le chiffre exact des rémunérations, ou le cas échéant des revenus, servant de base au calcul des cotisations dues ;
2 la personne contrôlée ne met pas à disposition les documents ou justificatifs nécessaires à la réalisation du contrôle ou leur présentation n’en permet pas l’exploitation.
Cette fixation forfaitaire est effectuée par tout moyen d’estimation probant permettant le chiffrage des cotisations et contributions sociales. (…)
En cas de travail dissimulé, cette fixation forfaitaire :
b) Peut être fixée, à défaut de preuve contraire, à hauteur pour chaque exercice contrôlé de trois fois la valeur annuelle du plafond mentionné à l’article L.241-3 en vigueur à la date à laquelle le contrôle a débuté lorsque la personne contrôlée est un travailleur indépendant.»
Il ressort de ces dispositions qu’elles créent le principe d’une fixation forfaitaire du redressement lorsque les éléments communiqués par la personne contrôlée ne permettent pas de déterminer l’assiette de calcul.
En l’espèce, il ressort de la lettre d’observations du 10 Novembre 2021 que l’assiette retenue par les inspecteurs de l’URSSAF a été déterminée en fonction des relevés bancaires obtenus, ce qui leur a permis de reconstituer un chiffre d’affaires à partir d’encaissements, soustraction faite des salaires perçus de la SAS CCEB et des chiffres d’affaires déjà déclarés.
Dans le cadre du présent recours, [W] [C] fait valoir qu’il ignore comment les inspecteurs de l’URSSAF ont pu constituer l’assiette du redressement. Il affirme que le contrôle opéré par l’organisme repose sur une méthode alternative convenue avec lui consistant à produire des factures «pour les besoins du redressement». Il indique que l’URSSAF aurait dû établir le redressement sur une base réelle et s’appuie sur une décision de la Cour de Cassation du 9 Janvier 2025 pour solliciter la nullité du contrôle opéré et du redressement subséquent.
L’URSSAF AQUITAINE fait valoir que la jurisprudence dont se prévaut le requérant est inapplicable au cas d’espèce et que les inspecteurs du recouvrement n’ont eu d’autre choix que de procéder à une taxation forfaitaire en l’absence d’élément probant permettant une autre méthode de chiffrage.
Il convient tout d’abord de relever que la décision de la Cour de Cassation précitée du 9 Janvier 2025 énonce que «dès lors que l’URSSAF a à sa disposition les éléments de la comptabilité permettant d’établir le redressement sur des bases réelles, elle ne peut pas recourir à une autre méthode d’évaluation, même d’un commun accord avec le cotisant, sous peine de nullité du contrôle et des actes subséquents.».
Ainsi, il est constant que l’URSSAF ne peut recourir à l’évaluation d’une assiette de cotisations qu’à condition qu’elle ne soit pas en mesure de pouvoir établir une base réelle, à défaut d’éléments suffisants. Cet arrêt ne fait donc que rappeler ce principe.
Or, il ressort des explications et pièces versées à la procédure que si [W] [C] a certes effectué des déclarations annuelles pour les années 2016, 2017, 2018, 2019 et 2020 à hauteur respectivement de 3.392 Euros, 2.495 Euros, 0 Euro, 6.487 Euros et 15.700 Euros, ce dernier ne justifie pas avoir tenu une comptabilité permettant d’assurer la cohérence de tels montants avec la réalité du chiffre d’affaires constatés au travers les informations recueillies dans le cadre du contrôle de la SAS CCEB.
D’ailleurs, [W] [C] a confirmé, lors de son audition réalisée le 28 Septembre 2021 qu’il ne connaissait pas le montant de son chiffre d’affaires en disant «Très honnêtement, je n’en ai aucune idée».
De même, [W] [C] n’apporte aucun élément aux débats pour démontrer le caractère excessif du redressement forfaitaire établi par les inspecteurs, notamment une facturation probante et complète pour la période contrôlée, alors qu’une telle charge de la preuve lui incombe (Cass civ 2ème- 18 Octobre 2005 n°04-30.194).
Dès lors, le recours à la taxation forfaitaire appliquée est parfaitement justifié par l’URSSAF AQUITAINE qui ne disposait d’aucun élément pour procéder à un redressement au réel.
Par conséquent, le chef de redressement contesté ayant été déclaré bien fondé tant sur son principe que dans son montant, il convient de condamner [W] [C] à verser à l’URSSAF AQUITAINE les sommes de 57.933 Euros représentant 51.038 Euros de cotisations et contributions sociales ainsi que 6.895 Euros de majorations de retard au titre des années 2016 à 2019 et 10.263 Euros représentant 9.503 Euros de cotisations et contributions sociales ainsi que 2.376 Euros majorations de retard au titre de l’année 2020.
Sur les majorations de redressement
En application de l’article L.243-7-7 du Code de la Sécurité Sociale, dans sa version en vigueur du 23 Décembre 2018 au 1er Janvier 2023 applicable au litige, le montant du redressement des cotisations et contributions sociales mis en recouvrement à l’issue d’un contrôle réalisé par un organisme de recouvrement est majoré de 25% en cas de constat d’infraction aux interdictions de travail dissimulé définies aux articles L.8221-3 et L.8221-5 du Code du Travail.
L’article précise également que dans certains cas et sous certaines conditions, la personne contrôlée peut bénéficier d’une réduction de dix points du taux de ces majorations de redressement.
Toutefois et selon l’article R.243-20 alinéa 3 du Code de la Sécurité Sociale, il ne peut être accordé de remise des majorations et pénalités prévues par l’article L.243-7-7 du même code, c’est-à-dire dans l’hypothèse d’un redressement intervenu dans le cadre d’un travail dissimulé.
En l’espèce, il n’est pas contestable que [W] [C] a fait l’objet d’un redressement pour travail dissimulé.
En outre, et même en considérant, comme le suggère [W] [C] que ces majorations représentent une sanction ou une punition, il convient de relever que ce dernier a été condamné par ordonnance du Président du Tribunal Correctionnel BORDEAUX du 6 Avril 2022 pour travail dissimulé sur la période du 1er Janvier 2016 au 31 Décembre 2020 à une peine de 3 mois d’emprisonnement avec sursis outre une amende de 3.000 Euros ainsi qu’à verser des dommages et intérêts à hauteur de 500 Euros outre 500 Euros au titre de l’article 475-1 du Code de Procédure Pénale de sorte que les majorations de redressement appliqué à hauteur de 25% n’apparaissent pas disproportionnées.
Par conséquent, il convient de débouter [W] [C] de ses demandes visant à écarter l’application de ces majorations de redressement et de le condamner à verser à l’URSSAF AQUITAINE les sommes de 12.760 Euros au titre des majorations de redressement titre des années 2016 à 2019 et 2.376 Euros au titre des majorations de redressement au titre de l’année 2020.
Sur les autres demandes :
Succombant à l’instance, [W] [C] doit être condamné aux entiers dépens, sur le fondement des dispositions de l’article 696 du Code de Procédure Civile applicable en vertu du paragraphe II de l’article R.142-1-A du Code de la Sécurité Sociale.
Succombant à l’instance et étant condamné aux dépens, [W] [C] ne saurait prétendre à aucune somme au titre de ses frais irrépétibles sur le fondement des dispositions de l’article 700 du Code de Procédure Civile applicable en vertu du paragraphe II de l’article R.142-1-A du Code de la Sécurité Sociale.
De même, il serait inéquitable de laisser à la charge de l’URSSAF AQUITAINE les frais irrépétibles qu’elle a dû engager pour assurer sa défense dans cette procédure. Il convient par conséquent de lui allouer à ce titre une somme de 1.000 Euros sur le fondement des dispositions de l’article 696 du Code de Procédure Civile applicable en vertu du paragraphe II de l’article R.142-1-A du Code de la Sécurité Sociale.
Enfin, s’agissant des décisions rendues en matière de sécurité sociale, l’exécution provisoire est facultative, en application de l’article R.142-10-6 du Code de la Sécurité Sociale. Compte tenu de l’ancienneté du litige il y a lieu d’ordonner l’exécution provisoire du présent jugement.
PAR CES MOTIFS
Le Tribunal Judiciaire de Bordeaux, statuant par décision contradictoire, rendue par mise à disposition au greffe et en premier ressort,
DÉBOUTE [W] [C] de l’ensemble des irrégularités soulevées concernant la décision de la Commission de Recours Amiable de l’Union de Recouvrement de Cotisations de Sécurité Sociale et Allocations Familiales AQUITAINE, la régularité de la procédure de contrôle de celle-ci, des mises en demeure,
N° RG 23/00194 – N° Portalis DBX6-W-B7H-XRG6
DÉBOUTE [W] [C] de sa fin de non-recevoir liée à la prescription de l’action en recouvrement pour l’année 2016, de son exception d’irrégularité liée aux décisions de la commission de recours amiable et de l’ensemble de ses demandes,
DIT que le redressement opéré au titre du travail dissimulé avec verbalisation est justifié tant en son principe qu’en son quantum,
EN CONSÉQUENCE,
CONDAMNE [W] [C] à verser à l’URSSAF AQUITAINE les sommes suivantes:
— SOIXANTE DIX MILLE SIX CENT QUATRE-VINGT-TREIZE EUROS (70.693 Euros) dont 51.038 Euros au titre des cotisations et contributions sociales, 12.760 Euros au titre des majorations de redressement et 6.895 Euros au titre des majorations de retard portant sur les années 2016 à 2019,
— DOUZE MILLE SIX CENT TRENTE-NEUF EUROS (12.639 Euros) dont 9.503 au titre des cotisations et contributions sociales, 2.376 Euros au titre des majorations de redressement et 760 Euros au titre des majorations de retard portant sur l’année 2020,
— MILLE EUROS (1.000 Euros) au titre des frais irrépétibles,
DÉBOUTE [W] [C] de sa demande au titre de ses frais irrépétibles,
CONDAMNE [W] [C] aux entiers dépens,
ORDONNE l’exécution provisoire du présent jugement.
Ainsi jugé et mis à disposition au greffe du tribunal le 8 Janvier 2026 et signé par la présidente et la greffière.
LA GREFFIÈRE LA PRÉSIDENTE
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